Annonce pour le cours de Relations internationales du deuxième semestre de l’année académique 2016-2017 (avec des observations sur l’étrange affaire de Deir ez-Zor)

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Relations internationales [L1]

I.

L’annonce des grandes orientations d’un cours d’actualité, devant être dispensé entre février et mai 2017, est malaisée au mois de septembre 2016. A cette heure, tout semble suspendu à l’élection présidentielle aux Etats-Unis dans un contexte d’envenimement, désormais redoutable très au-delà de la région, de la situation en Syrie.

L’invraisemblable bombardement de Deir ez-Zor par la « Coalition », le 17 septembre dernier, le soutien plausiblement apporté, médiatement ou immédiatement selon les cas, aux jihadistes d’Alep par certains acteurs occidentaux ou régionaux, la radicalisation du procès de la Russie par les puissances occidentales, peuvent faire redouter un dérapage élargi de ce que certains, commencent à appeler, en évoquant un précédent inquiétant, la nouvelle « Drôle de Guerre ». Sans doute le plus probable demeure-t-il qu’un peu de sagesse l’emporte au regard des risques d’un conflit plus direct entre grandes puissances, mais ce n’est pas certain. Quoi qu’il en soit, deux interprétations données de l’affaire de Deir ez-Zor paraissent désormais plus difficiles à tenir :

1) Le bombardement de l’Armée syrienne par des avions de la « Coalition » conduite par les Etats-Unis a d’abord été imputé à une erreur : cette possibilité est aujourd’hui réputée extrêmement improbable par beaucoup (a little hard to believe, selon les mots de l’excellent Stephen F. Cohen) ; les implantations des forces respectives étaient parfaitement connues ; les moyens de renseignement sont remarquablement performants ; l’occupation immédiate d’une colline stratégique – évacuée sous le choc par l’armée syrienne – par des troupes de l’État islamique, assurant la perte du contrôle d’un important aéroport par les forces loyalistes, a bien entendu suscité beaucoup de commentaires parmi les observateurs sérieux et indépendants (que l’on n’entend guère dans la « grande presse » ni sur les ondes) ; le refus de principe, par ailleurs, de la « Coalition » d’opérer des frappes qui puissent avantager d’une façon ou d’une autre l’Armée arabe syrienne, semble exclure qu’en un lieu d’affrontements entre cette dernière et Daesh, l’intention (seule intention alternative à celle qui semble avoir prévalu) ait pu être de pilonner les « jihadistes » au bénéfice de Damas.

2) La suggestion selon laquelle la polyarchie extrêmement complexe des Etats-Unis (très au-delà des équilibres constitutionnels formels évoqués par les « constitutionnalistes »), abritant des tendances contradictoires sur certaines grandes questions à commencer par la question syrienne, se fût trouvée profondément désunie dans cet épisode – certains effectifs militaires du Centcom suscitant une opération qui n’eût pas été voulue en plus haut lieu – semble avoir été démentie par le redoublement depuis lors des plus violentes attaques verbales contre la Russie et la Syrie.

C’est ainsi que plusieurs commentateurs suggèrent un assez large accord des organes concernés de l’Administration des États-Unis (au minimum l’appui de l’assez falot Ashton Carter, Secrétaire à la Défense – emporté par l’esprit d’indépendance qui semble répandu au Pentagone et dans les forces armées -, mais peut-être celui de la Maison Blanche, et même l’agrément du Secrétaire d’État Kerry, qui avait pourtant négocié peu auparavant une trêve et qui semble souvent plus modéré que d’autres en ces affaires – même s’il a tenu officieusement des propos plus bellicistes) en vue d’exaspérer, pour un motif qui demeure peu clair, les tensions avant l’élection présidentielle.

Les derniers jours de septembre et le mois d’octobre permettront de vérifier ou d’infirmer cette construction, qui eût semblé assez improbable il y a peu encore.

Quoi qu’il en soit, les élections américaines du mardi 8 novembre 2016 ne sont pas seulement un enjeu de politique intérieure américaine : elles retentiront considérablement, non seulement sur l’ensemble des relations internationales, mais sur la politique intérieure de nombreux États. Le mandat du prochain président commencera seulement le 20 janvier 2017. Mais il ne sera pas, en France, jusqu’aux « primaires » dites de la droite et du centre, les 20 et 27 novembre 2016, qui ne seront affectées par le résultat de la présidentielle aux Etats-Unis ; les programmes, les discussions et les résultats de l’élection présidentielle française des 23 avril et 7 mai 2017 pourraient aussi être infléchis.

D’un point de vue international, qui est celui qui nous intéresse, l’élection de Mme Clinton aurait pour effet probable une exaspération aggravée des tensions dans les relations avec la Russie, avec l’appui d’une part très significative de l’establishment washingtonien ; l’élection de M. Trump pourrait au contraire constituer le point de départ d’une certaine détente sur ce front désormais extrêmement sensible (encore que la complexité bureaucratique de l’appareil d’État des États-Unis, et les habitudes de relative autonomie qu’elle permet, en particulier aux « services », comme la puissance propre du Congrès, et en particulier du Sénat, ne favorisent pas la pleine efficacité des impulsions présidentielles, même lorsqu’elles sont fermes et constantes). A l’heure où ces lignes sont écrites, aucune prévision sérieuse n’est possible, d’autant que les mécanismes de l’élection américaine n’assurent pas à coup sûr que le vainqueur en voix l’emporte.

En toute hypothèse, l’on ne voit pas comment ce que l’on peut appeler, pour d’autres motifs que de stricte commodité, le « Très Grand Moyen Orient » – du Pakistan au Nigéria, et bien sûr des régions du Caucase ou du Kazakhstan (en Asie centrale) jusqu’au Yémen et à la Somalie – ne nous retiendrait pas tout particulièrement, d’une façon ou d’une autre.

Mais l’on aura compris que cet ensemble de questions ne pourra pas être distingué de la redoutable affaire du nouvel affrontement « Ouest-Est », qui pourrait se trouver revivifié en d’autres lieux, à commencer par l’Ukraine bien sûr, où la situation demeure extrêmement tendue.

Il n’est pas certain que les tensions  sérieuses en Mer de Chine, ou bien, à nouveau vives, au Cachemire, ou encore, internes à titre principal pour le moment, dans les Amériques latines relèvent au-delà d’un certain point, d’une façon ou d’une autre, des perspectives précédentes : mais elles ne sont pas sans liens divers avec celles-ci. Bien entendu, il n’est pas possible en septembre de savoir si ces lieux appelleront ou non notre attention de façon prioritaire en mars ou en avril.

Dans les circonstances générales du temps, nul ne sera étonné sans doute qu’une particulière attention soit accordée aux questions économiques d’une part, religieuses d’autre part.

II.

En dehors du cours, les étudiants sont appelés à un certain effort personnel, sans lequel la parole risquerait de flotter dans une sorte d’apesanteur, en particulier historique et territoriale.

1) A cette fin, ils apprendront la carte des États et des mers et autres étendues aquatiques significatives, en portant une suffisante attention aux principaux détroits – la demande est très modeste : non les fleuves, les capitales, les composantes des divers États (qui pourront certes être rencontrés à l’occasion des leçons elles-mêmes), simplement les États et les espaces fluides aquatiques significatifs (concernant les terres émergées, un minimum de savoir géographique, et en particulier orographique va bien sûr de soi – il ne faut pas confondre le Caucase et les Andes…)

Deux sites permettront de créer des fonds de carte afin de s’entraîner (l’on n’oubliera pas ici qu’il y a comme une sorte de mémoire de la main d’une part, et que d’autre part les modestes besognes patiemment accomplies fortifient l’âme) :

– http://indiemapper.com/app/

– http://d-maps.com/index.php?lang=fr

2) Les grandes valeurs de la démographie seront aussi connues, et connues dans leur évolution – c’est l’une des variables essentielles du monde en général et de notre temps notamment. (Lorsque l’effectif de l’humanité passe de moins de deux milliards et demi au milieu du vingtième siècle à plus de sept milliards et demi en 2017, et que le ratatinement démographique des uns est surcompensé par l’explosion démographique des autres, l’on se trouve assurément confronté à une considérable affaire.)

L’on identifiera en particulier les pays les plus peuplés – ainsi, au début de l’automne de 2016 :

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NB : le Mexique devance le Japon désormais, bien que l’ordre du classement des pays n’ait pas été modifié.

Quelques pays mériteront certainement une attention un peu plus poussée :

Un exemple de quelque importance ainsi : la Fédération de Russie, dont on parle davantage par ici qu’on ne semble la connaître

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La démographie de la Russie : en dépit des politiques spécifiques conduites et, dans la durée, d’une plausible reprise de confiance de la population dans son avenir collectif, un redressement encore insuffisant, menacé dans les prochaines années par l’arrivée à l’âge de la procréation des classes très creuses nées pendant l’ère Eltsine

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3) Chacun, seul ou – mieux – en collaboration avec des condisciples, construira encore à son usage une chronologie des « faits », y compris des faits de « droit », des relations internationales depuis la révolution iranienne de 1979 (l’objectif de deux bonnes centaines de dates bien choisies est raisonnable – les années, sans plus de précision, suffiront).

4) Comme l’année dernière, une attention particulière sera portée aux évolutions des cours de quelques matières premières (en tout particulier ceux des hydrocarbures), des cours de l’or, et de certaines parités monétaires (euro-dollar en particulier, mais sans négliger les évolutions du yuan, du rouble, de la livre, etc.)

Vous trouverez presque tout ce dont vous avez besoin dans les liens du pavé noir qui se trouve en bas de la page d’accueil du site de Boursorama

http://www.boursorama.com

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Il est très facile pour vous de constituer sur votre bureau électronique des boutons spécifiques appelant à chaque fois une valeur qui vous intéresse. Vous pouvez auparavant très aisément modifier le graphique – le « personnaliser » selon le mot retenu – : je vous suggère de retenir la période de trois ans qui, pour nos affaires, est pertinente, puisqu’elle englobera jusqu’à votre examen le printemps de 2014, très important à divers égards.

Un autre exemple, le Brent (considérez d’abord le cours, mais ne négligez surtout pas le volume échangé – un moindre volume peut conduire à ne pas s’exagérer la portée d’une évolution assez ponctuelle du cours) :

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Pour l’or, je vous invite à retenir non le cours de l’once, peu parlant (j’imagine) pour vous, mais celui du lingot d’un kilo et du Napoléon à Paris

http://france-inflation.com/cours-de-l-or-lingot-et-napoleon.php

Prêtez attention aussi, dans un tout autre domaine, à l’indice du Baltic Dry Index par exemple sur http://www.bloomberg.com/quote/BDIY:IND ou encore, plus maniable peut-être http://data.cnbc.com/quotes/.BADI

Parmi les autres sites intéressants ou curieux :

http://www.worldometers.info/fr/

http://www.planetoscope.com

5) La publication annuelle du SIPRI, extrêmement complète et assez détaillée, nous retiendra cette année encore au début du printemps. Bien entendu, l’affermissement du dollar depuis 2014 doit être pris en considération puisqu’il peut conduire à une certaine sous-estimation des dépenses des pays dont la devise s’est affaiblie par rapport à celle des États-Unis. Faut-il ajouter que la guerre ne se fait pas seulement avec des armes, mais aussi avec des hommes – des effectifs – et des âmes ?

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6) Enfin – aspect important -, sept ou huit films seront vus et travaillés personnellement par les étudiants.

Une première liste de six films figure sur le présent site à la date du 22 août 2016- ou, plus commodément, à l’adresse

https://assasri.wordpress.com/2016/08/22/liste-des-films-pour-les-annees-academiques-2016-et-2017/

III.

L’examen, sur le mode dit de l’oral écrit, consistera en un Questionnaire – dit là encore – à choix multiples. Les étudiants pourront consulter les précédents qcm sur le présent site. Faut-il préciser que les modalités exactes de l’examen peuvent changer d’une année à l’autre ? (nombre et type de questions, modalités de correction, etc.)

Il n’y a pas de manuel dont la connaissance serait supposée lors de l’examen, du fait même du choix de donner un cours non-dogmatique. Mais ceux qui souhaiteraient pouvoir vérifier ou préciser certains aspects, en particulier légaux, pourront utiliser le très bon et très complet manuel du Pr Serge Sur, Relations internationales, chez Montchrestien (dernière édition en 2011).

25 septembre 2016