Compléments au billet portant « Annonce pour le cours de Relations internationales » [26-IX-2016] : aspects divers des – ou interférant avec les – « relations internationales » : I) Conjectures sur l’évolution des cours du pétrole

 

Mouy_usine_croix.jpg

J’ai évoqué ce spectacle désespérant, à deux kilomètres de chez moi, lors de mon premier cours, il y a un mois. À Mouy [ici, plus exactement, à Angy, commune contiguë], comme dans toute la vallée du Thérain [Oise], presque tous les emplois industriels ont disparu en un tiers de siècle – cette vallée était une grande vallée industrielle depuis le XVIIIe siècle – il reste ici cent traces émouvantes de ce passé à la fois douloureux et glorieux – en lequel, quelles que furent par ailleurs les conditions générales de l’exploitation humaine, se manifesta assez souvent au XIXe siècle la sincère préoccupation sociale – concernant en particulier les logements ouvriers – d’un patronat chrétien du nord, bien différent dans son esprit des parvenus égoïstes et m’as-tu vu, éloignés de tout sentiment moral et de tout esprit patriotique de fraternité [et pour cause – la classe dominante est spirituellement internationalisée désormais], qui forment le gros du grand patronat de notre temps. Ici, ces croix – il y en a beaucoup d’autres [74 emplois ont été perdus en 2016 – évidemment non compensés par une vingtaine de reclassements – lors de la « réorganisation industrielle » – toujours la novlangue du Capital et de ses « consultants » – du groupe Prysmian, et cette usine bénéficiaire qui fabriquait des câbles pour l’industrie automobile a été purement et simplement fermée] symbolisent des emplois détruits par les politiques néo-libérales et globalistes — tendant, en un sens nullement deleuzien, à une déterritorialisation générale, multiforme, délibérée et violente du monde comme horizon pour la projection de la vie et la constitution d’une présence qui soit ultimement présence à soi — ardemment conduites par la « droite » et la « gauche » sous la houlette de « Bruxelles ». TINA – There Is No Alternative, n’est-ce pas… « Défendre le bilan » : telle est l’obsession de l’homme qui se gausse des « sans-dents » tandis que sa politique n’a pu que les multiplier. « Mais quel bilan? » monsieur le président . [Dois-je préciser que le Prysmian Group est installé à Milan et a annoncé le déplacement de la fabrication dans un pays de l’Europe orientale… en vue de suivre, a-t-il prétendu, bouclant l’argumentaire de la dépossession, ses clients de la construction automobile – et encore que son bénéfice net en 2015 s’est élevé à 214 millions d’euros ?]

Prysmian à Angy.png

Warst du entzwei, ich zwang dich zu ganz

Wagner, Siegfried, I, 3 [Tu étais en deux (= rompue), je t’ai réduite en Tout – il s’agit de Nothung, mais Nothung, ici, est plus qu’une épée – l’on peut garder à l’esprit un propos de Siegfried en III, 2, soulignant avec l’audace propre au héros que la lame brisée ne lui eût servi à rien s’il ne l’eût reforgée lui-même – qu’y pensent ceux qui aiment penser : cela vaut, pour les épées brisées, pour les États malades, mais aussi peut-être pour les « savoirs » transmis]

Le présent billet sera complété à mesure. Il livrera les « données » brutes [données ne saurait jamais être, épistémologiquement si l’on veut, le mot qui convient] avec parfois peu de commentaires si ces derniers ont été proposés à suffisance en cours.

I. ASPECTS CONTRADICTOIRES MÉRITANT CONSIDÉRATION EN VUE DE LA CONJECTURE DE L’ÉVOLUTION À MOYEN TERME DES COURS DU PÉTROLE :

I. –

Hier, jeudi 9 mars, j’ai eu l’occasion de livrer quelques brèves observations sur le très intéressant diagramme suivant [dont vous noterez qu’il concerne les hydrocarbures, et non le seul pétrole, d’une façon compréhensible sur laquelle je ne m’attarderai pas – retenez que la recherche est la même] :

71 Investissement mondiaux dans l'exploration pétrolière et gazière.png

Bien entendu, dans les circonstances dépressives de divers marchés, et en particulier, en dépit d’un certain redressement récent, de celui du pétrole [peut-être contrarié ces jours-ci], le choix des acteurs en ce domaine est assez compréhensible :

De façon très générale, dans une telle situation, les compagnies se ruent moins ardemment dans la quête de licences d’exploration pétrolière, en vue de démarches malgré tout assez coûteuses, impliquant la mise en œuvre de moyens techniques et humains lourds pour effectuer les opérations que l’on appelle de « sismique de réflexion », ces dernières pouvant suggérer, mais rarement en assurant des résultats qui seront obtenus à la fin, un « forage d’exploration » dont le coût est de quelques millions de dollars sur terre, quelques dizaines de millions assez souvent en mer [offshore].

Pourquoi, de plus, désormais, prospecter ardemment des gisements dont les coûts d’exploitation risqueraient d’excéder le prix de vente espéré ? – puisqu’il va de soi, les gisements les plus accessibles ayant été compréhensiblement découverts et exploités d’abord – que les conditions de mise en valeur des nouveaux gisements sont toujours plus difficiles et donc plus coûteuses : grossièrement, le prélèvement d’une ressource énergétique comporte en particulier un coût énergétique et celui-ci doit rester nettement inférieur au prix de vente attendu pour que le jeu en vaille la chandelle ; moins techniquement, les capitaux se portent inévitablement vers les secteurs dans lesquels le retour sur investissement est le plus important ou, s’il s’agit de prêts bancaires, le moins risqué. [La forte baisse des cours depuis 2014, leur effondrement au tout début de 2016, ont pu indirectement fragiliser un certain nombre d’institutions financières.] 

Il n’est donc pas inintelligible qu’entre 2015 et 2016, le nombre de découvertes ait chuté de l’ordre de 40% et celui des volumes conventionnels espérés à la suite de ces découvertes de l’ordre de 25% [Enquête de Wood Mackenzie]. [Plus parlant peut-être : les découvertes d’hydrocarbures en 2016 ont chuté à un peu plus de 11 milliards de bep – barils équivalent pétrole – contre des pointes à 59 en 2005 ou 43 en 2010.]

NOTE SUR LA NOTION D’ « EROEI » :

L’EROEI, Energy Returned on Energy Invested, ou TRÉ, Taux de Retour Énergétique, permet en principe d’évaluer, dans tout procès de production énergétique [cela vaut bien sûr – je m’adresse aux naïfs des grandes villes – pour les éoliennes…] la production d’énergie nette au travers du rapport énergie utilisable/énergie dépensée. Il est de plus en plus admis que l’on surestime ce taux. L’on sous-estime d’un côté les dépenses d’énergie en amont de la production – et aussi en aval bien sûr, mais ce n’est pas la vocation d’un tel taux de le mesurer -, faute d’une bonne et honnête internalisation de tous les aspects dans la colonne des coûts énergétiques de la production d’énergie. L’on surestime d’un autre côté les possibilités totales de production (production de toute façon le plus souvent décroissante après un certain temps lorsqu’il s’agit d’énergies fossiles – très rapidement s’il s’agit de l’exploitation des hydrocarbures de schiste – ; et, lorsqu’il s’agit d’énergies « renouvelables », production le plus souvent incroyablement inférieure, ou mal adaptée s’il s’agit des éoliennes par exemple, à ce que l’on avait laissé entendre aux fins manifestes d’enrichir certains [la « croissance verte » chère au sinistre M. Sarkozy, l’homme, pour aller à l’essentiel, du traité de Lisbonne et de la guerre de Libye, mais aussi, il ne faut pas l’oublier, de la ruse écologique du Capital – je ne tire pas sur une ambulance : j’étrillais déjà dans Libération, dont la politique éditoriale a bien changé, ce maleducato, en vérité fort construit sous ses dehors brouillons, lorsque tous tremblaient devant lui en 2008 et 2009 – voir, pour les rares que cela amuserait, les références dans le billet « Rousseau – Un deuxième texte […] »] et d’imposer à tous une idéologie favorisant le contrôle, et même, peu à peu, le cassage psychique de peuples roués de coups par leurs « élites » qui les détruisent en exposant du matin au soir qu’ils sont des « déplorables », des « populistes » [fi donc !, la mauvaise graine que voici…], qu’ils devraient avoir honte, manger de la brioche s’ils n’ont plus de pain, qui appellent tous ces pauvres peu à peu dessillés à demander pardon d’être des victimes, et à renoncer bien entendu – ils y songent parfois, les gredins – à pénétrer dans le sanctuaire urbain s’ils n’ont pas les les moyens de changer de voiture.) Dois-je ajouter qu’il serait sage de construire aussi, pour le moins, lorsque l’on évoque la production de quoi que ce soit, et d’abord des hydrocarbures, une sorte d’ICNI [Indicateur Composé des Nuisances Induites] ou de SEDC [Synthèse Évaluative des Dommages Collatéraux], considérant bien entendu, mais en tous les aspects de leur présence au monde, les humains – tous les humains, et pas seulement – ils sont d’ailleurs eux-mêmes des victimes du système pour la plupart, mais ils développent une fausse conscience vaniteuse qui le leur cache – ceux des grandes métropoles globalisées [voir le très bon film de France 3 en 2013, « La France en face »], mais aussi nos proches frères les autres animaux, et encore, sinon « los derechos de la Madre Tierra », comme les défend le magnifique président Evo Morales, du moins nos devoirs éminents envers celle-ci [ne correspondant d’ailleurs, pour ceux qui ne veulent pas démordre du lexique de l’économique bourgeoise du XVIIIe siècle, qu’aux « intérêts bien entendus » de l’humanité] ? Des considérations plus globales et plus sincères conduiraient par exemple à tempérer, pour bien des motifs, l’éloge désormais obligé de l’éolienne…

NOTE SUR LA NOTION DE PEAK :

L’on parle volontiers de peak oil, et je le ferai – et l’on peut bien sûr évoquer toutes sortes de peaks, le peak coal ainsi, ou le peak gold, etc. L’on fait comme si le sens de telles expressions allait de soi, mais il n’est pas certain qu’il en soit ainsi. Au fond, plusieurs vues coexistent et interfèrent sans être toujours clairement distinguées dans la conversation courante.

Sachant qu’une ressource non-renouvelable est forcément une ressource finie [même si une partie de ses réserves demeure – et demeure sans doute irréductiblement et définitivement – inconnue], et que s’agissant du pétrole il est fortement présumable qu’une grande partie des réserves soient en cours d’exploitation ou du moins connues, l’on peut imaginer qu’un peak soit atteint

lorsque la moitié des réserves – d’un gisement, d’un pays, d’une région, du monde – a été exploitée, même si la production poursuit un temps son ascension

lorsque la production maximale – d’un gisement, d’un pays, d’une région, du monde – a été atteinte et décline irrésistiblement, que ce soit pour des motifs physiques tenant au rendement décroissant des gisements exploités, ou bien du fait de la dégradation du Taux de Retour Énergétique que l’on vient d’évoquer, ou bien encore pour des motifs économiques complexes [ceux par exemple que l’on croisera en évoquant Mme Tverberg], ou bien peut-être du fait de révolutions techniques permettant la substitution de sources d’énergie à d’autres, ou même du fait de motifs statégiques – le développement d’une insécurité non jugulable -, démographiques, au cas par exemple d’une diminution significative, à cette heure improbable, de la population mondiale [songeons toutefois, avant de faire les malins, comme nous y sommes risiblement accoutumés, aux ravages de la Grande Peste de 1348-1351 qui a prélevé environ un tiers de la population européenne], etc.

Bien entendu, l’on peut imaginer de faux peaks, pour toutes sortes de motifs, des peaks ultérieurement démentis. Cela ne ruine en rien l’importance ni la fécondité de la méditation en termes de peaks : la seule chose absolument assurée dans une terre finie est que toute réserve est épuisable – ce qui ne veut pas dire qu’elle sera épuisée – et que toute production résultant de l’exploitation d’une ressource naturelle ne peut que tendre ultimement vers zéro. Au-delà, toute discussion est légitime. Avec une population désormais considérable et toujours croissante, il n’est pas interdit de considérer même que la discussion est urgente.

II. –

Tout au plus, du fait de l’épuisement tendanciel et donc des rendements décroissants des nappes exploitées [variable, mais en moyenne, pour les gisements conventionnels, de l’ordre de quelques pourcent par an], peut-on imaginer une tension, dépassant l’ampleur d’inévitables fluctuations conjoncturelles, entre l’offre et la demande, génératrice d’une hausse, peut-être brutale, des cours, à échéance de trois ou quatre ans.

Pour que survienne une telle circonstance, toutefois, il faudrait au moins

Premièrementque les signes d’un essoufflement persistant de l’économie mondiale s’inversent suffisamment [tous ceux qui vont répétant depuis un an que la situation est, selon leurs perspectives, bien entendu platement productivistes, étroitement capitalistes et ardemment globalistes, en bonne voie, se sont trompés [dans le meilleur des cas, moralement parlant – le propos du discours économique officiel, celui des gouvernants et de la presse conformiste, pourrait aussi être cynique, ordonné au totem boursier ou à des échéances électorales qui se corsent], ce sont les « pessimistes » qui ont eu raison [le gros ainsi des « éconoclastes », et en particulier le courageux et plaisamment rebelle Olivier Delamarche – l’homme qui permet de ne pas jeter sa tablette contre un mur lorsque l’on a eu sa dose de Nicolas Doze, à tous égards le bien nommé, ou lorsqu’on a cédé à la malencontreuse tentation de feuilleter les « pages saumons » – d’élevage – ou, pis, là on touche vraiment le fond, Les Échos], et en ces premiers mois de 2017, les valeurs hasardées, mais péremptoirement, il y a encore peu de temps par les prévisions officielles ont pour la plupart été corrigées, souvent sensiblement, à la baisse, tandis que les valeurs du premier trimestre 2017 menacent d’être souvent mauvaises (dans le désordre, je citerai : la poursuite de l’explosion du chômage au Brésil en dépit du coup de force des libéraux et des corrompus contre le pouvoir de gauche – c’est bien entendu la conséquence inévitable de la forte récession qui touche ce pays autrefois si prometteur – le P.I.B. s’est contracté de plus de 3,5% à la fois en 2015 et en 2016 -, le recul de la production industrielle en janvier au Japon, ou bien, pour le troisième mois consécutif, en France, la baisse imprévue en janvier toujours de la construction aux États-Unis, en janvier encore la plus forte baisse depuis huit ans des commandes à l’industrie en Allemagne ; le  pic sans aucun précédent du déficit commercial en France – 8 milliards d’euros en janvier ! [l’ineffable sieur Macron a piloté l’économie depuis cinq ans, à partir de l’Élysée puis de Bercy : il est urgent, on le voit, de continuer dans une voie aussi brillante, au bénéfice il est vrai, éclatant dans ses choix, d’une étroite minorité d’insatiables prédateurs] – et près de 50 milliards de dollars aux États-Unis [le plus fort déficit depuis cinq années] ; contrairement à toutes les « prévisions » des gens qui savent, baisse des ventes au détail, pour le troisième mois consécutif, dans la « Zone euro », etc. Bien entendu, les esprits optimistes prétendent argüer d’une certaine hausse des cours de quelques matières premières, après une longue période dépressive – un papier du Figaro saumon le suggérait le 7 mars -, mais il ne semble pas que ces mouvement soient très significatifs à cette heure, je ne les avais pas vraiment jugés tels en tout cas dans mon régulier suivi en ligne des cours principaux, et une vérification rapide n’a pas modifié mon point de vue, les niveaux, par exemple, de certains métaux, ayant simplement retrouvé ceux de la fin de 2015 ; de toute façon, certaines annonces de M. Trump font naître des espoirs et la politique chinoise, au regard d’échéances politiques prochaines – le XIXe congrès du PCC à l’automne, à l’occasion duquel M. Xi sollicitera sa réélection pour cinq ans -, se montre volontariste – il est plutôt curieux que les agitations de tels mastodontes n’emportent pas plus d’effets – sauf dans les bourses, certes, mais pour diverses raisons, les bourses semblent depuis assez longtemps déconnectées des « réalités » de l’économie, et plutôt indexées sur les politiques, disons non-conventionnelles, des banques centrales).  

S’agissant des États-Unis – qui nous intéressent si particulièrement ce semestre -, j’espère, sachant que la situation de notre pays est plus mauvaise encore sous divers aspects, que vous serez intéressés par le montage réalisé par le site nonconformiste businessbourse.com à partir de la très riche adresse au Congrès du président Trump le mardi 28 février dernier [la reproduction est portée en vert et encadrée par deux jeux d’astérisques – j’ai fait en sorte que les liens soient actifs comme dans l’original.]

***

L’économie américaine s’effondre. Voici les 11 citations du discours de Donald Trump qui le montrent…

# 1 – « 94 millions d’Américains sont en dehors du marché du travail »

– Article en relation de décembre 2016 :

http://www.businessbourse.com/2016/11/09/donald-trump-aux-portes-de-la-maison-blanche-102-millions-damericains-sans-emploi-se-sont-exprimes/

# 2 – « Plus de 43 millions d’américains vivent aujourd’hui dans la pauvreté » (Plus de 46 millions en réalité selon le site povertyusa)

– Article en relation de mai 2016 :

http://www.businessbourse.com/2016/05/05/les-laisses-pour-compte-de-leconomie-americaine-et-ils-sont-des-millions/

# 3 – « Plus de 43 millions d’Américains bénéficient de coupons alimentaires »

– Article en relation d’août 2015 :

http://www.businessbourse.com/2015/08/18/plus-de-46-millions-damericains-font-la-queue-devant-les-banques-alimentaires-et-parfois-des-6-h-30-le-matin/

# 4 – « Plus de 20% des américains sont sans emploi durant les meilleures années de leur vie active »

– Article en relation de septembre 2016 : 

http://www.businessbourse.com/2016/09/08/usa-remake-des-annees-30-le-pourcentage-dhommes-sans-emploi-est-identique-a-celui-de-la-grande-depression/

# 5 – « Nous connaissons le pire redressement financier en 65 ans »

– Article en relation d’août 2016 :

http://www.businessbourse.com/2016/08/06/le-constat-est-terrible-mais-nous-assistons-a-la-plus-faible-reprise-economique-depuis-1949/

# 6 – « Au cours des huit dernières années, l’ancienne administration a créé plus de dettes que tous les autres présidents américains réunis »

– Article en relation de janvier 2017 :

http://www.businessbourse.com/2017/01/04/obama-quitte-la-maison-blanche-en-super-king-le-roi-de-la-dette-cest-lui-historiquement-ya-pas-plus-haut/

# 7 – « Nous avons perdu plus d’un quart de nos emplois industriels depuis que l’ALENA a été adopté »

– Article en relation de mars 2016 :

http://www.businessbourse.com/2016/03/17/alerte-la-forte-chute-des-exportations-americaines-porte-un-coup-mortel-a-son-economie/

# 8 – « Nous avons perdu 60.000 usines depuis que la Chine a rejoint l’Organisation mondiale du commerce en 2001 »

– Article en relation d’août 2016 :

http://www.businessbourse.com/2016/08/28/etats-unis-detroit-de-la-splendeur-a-la-decadence-detroit-nest-plus-que-lombre-delle-meme/

# 9 – « Notre déficit commercial vis-à-vis du reste du monde a atteint l’an dernier près de 800 milliards de dollars »

– Article en relation de septembre 2016 :

http://www.businessbourse.com/2016/09/06/usa-de-leconomie-industrielle-a-leconomie-de-la-planche-a-billets-lincroyable-declin-de-lindustrie-americaine/

# 10 – « Les primes Obamacare à travers le pays ont augmenté, ont doublé, ont triplé. A titre d’exemple, dans l’Arizona, les primes a augmenté de 116% l’année dernière. »

– Article en relation d’août 2016 :

http://www.businessbourse.com/2016/08/26/comme-prevu-lobamacare-est-en-train-de-tuer-la-classe-moyenne-americaine/

# 11 – « L’Amérique a dépensé 6.000 milliards de dollars au Moyen-Orient alors que nos infrastructures sont en piteux état chez nous. Or, avec cet argent, nous aurions pu bâtir notre pays 2 fois, et même 3 fois si nous avions eu de bons négociateurs »

– Article en relation de février 2017 :

http://www.businessbourse.com/2017/02/21/les-infrastructures-americaines-sont-dans-un-etat-de-delabrement-plus-quavance-11-faits-lattestent/

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Deuxièmement, que l’accord passé il y a peu au sein de l’OPEP tienne bon, et que l’Iran et les États-Unis ne perturbent pas trop le jeu. Concernant ces trois aspects, de façon très grossière :

a) Le 30 novembre 2016, à Vienne, les pays de l’OPEP avaient décidé, afin de soutenir les cours, d’abaisser leur production d’1,2 mbj [million de barils par jour – sachant que le baril équivaut à 158,987 litres], soit un peu moins d’1,5% de la production mondiale [évaluée en 2016 en moyenne à environ 95 mbj – mais les chiffres sont moins assurés qu’on ne le dit, et l’on doit ajouter qu’une chose est la production, autre chose la consommation, sur laquelle il est peu aisé de se faire une idée très précise], mais par contre 3,6% de leur propre production. Un certain nombre de pays extérieurs à l’OPEP s’étaient orientés dans le même sens et avaient signé l’accord de Vienne au début de décembre [notamment la Russie], permettant d’espérer un effet plus assuré de la démarche à mesure de sa mise en œuvre au premier trimestre 2017. Si des pays tiers profitent de la situation pour accroître leur part de marché, il faut craindre toutefois que les bonnes résolutions ne s’étiolent et que l’accord, conclu pour six mois, ne soit pas reconduit, avec des conséquences baissières qui pourraient être sévères. [J’écris craindre car les soubresauts trop violents d’un marché aussi stratégique présentent toutes sortes d’inconvénients en chaîne, et que de toute façon un prix trop bas du baril présente des avantages simplement superficiels et temporaires pour les pays importateurs, laissant de toute façon présager, en principe et sous les réserves que j’évoquerai, un rebond cruel pour ceux-ci à terme – des cours pétroliers compris entre 60 et 70 $ le baril pourraient sembler, dans les circonstances générales du temps, concilier des intérêts opposés qui sont aussi des intérêts complémentaires.]

b) Le cas de l’Iran est bien sûr particulier ; ce grand pays, dont j’ai eu l’occasion de suggérer dans mon cours du jeudi que sa culture de l’hyperbole pouvait lui nuire internationalement – sans la lui reprocher -, a souffert pendant trop longtemps, à la mode d’aujourd’hui, de sanctions véritablement persécutrices qui ont pesé et pèsent lourdement encore sur son peuple. Voyant s’ouvrir de nouvelles perspectives pour l’exportation de ses hydrocarbures, il eût été difficile qu’il se résignât à laisser sa production au si maigre étiage auquel elle était maintenue depuis de longues années. Dans un premier temps, la République islamique accepta, par accord avec l’OPEP [à laquelle elle appartient], de se limiter à une quantité qui n’excédât pas 3,8 mbj. Mais il semble que, dès ce mois de mars, elle ait délibérément porté sa production un peu plus haut, sans qu’il ne faille exclure qu’elle n’aille plus loin, dans un climat, certes, encore dégradé par les propos intempestifs de tel ou tel de l’Administration de M. Trump [la démission du général Flynn, le 13 février dernier, de sa fonction de National Security Advisor ayant toutefois fait baisser un peu une tension dont il n’est pas certain que M. Trump ne l’ait lui-même jugée trop rapidement excessive – et ce fut du moins son aspect positif].

c) Mais ce sont les États-Unis qui risquent ici de perturber le marché, comme à mon sens ils y avaient principalement contribué naguère [plus à mon sens que les Séoudiens, ainsi que les perroquets, manifestement indifférents à la considération des chiffres disponibles, l’allaient répétant], lors de l’envol de leur production d’hydrocarbures de schiste.

Celle-ci, comme vous le verrez dans le graphique ci-dessous – en vert -, fut remarquable  par son décollage très rapide au cours des cinq premières années de la présente décennie. [Je tire cette image saisissante d’un article de Mme Tverberg qui n’est pas celui qui me retiendra plus particulièrement ci-après, mais que vous trouverez sur le site de cet auteur, « Our Finite World », sous le titre « US 2015 Oil Production and Future Oil Prices ».]

Capture d’écran 2017-03-18 à 15.16.27.png

M. Trump, dont certes le propos général est compréhensible, ne serait-ce qu’au regard du caractère très dégradé de la balance commerciale des États-Unis, a annoncé que son Administration favoriserait autant qu’elle le pourrait cette dernière activité. Le graphique ci-dessous montre assez que l’exploitation non conventionnelle du pétrole a finalement assez bien résisté au choc pétrolier inversé, même si ce dernier a brisé son irrésistible envol. En ce début de 2017, la production tourne d’ailleurs toujours autour de 4,5 mbj. La crise s’est traduite toutefois par un grand nombre de faillites de petits producteurs et, par conséquent, un mouvement de concentration capitalistique. Les forages se multiplient à nouveau – des cours à plus de 50 dollars le baril semblent rendre la plupart rentables – et l’on ne saurait exclure que la production de shale oil [de tight oil] n’excède 5 mbj d’ici à la fin de 2017, sachant que le déclin, évoqué un peu plus haut, des découvertes d’hydrocarbures conventionnels est plus que compensé par les considérables découvertes de gisements d’hydrocarbures de schiste, en particulier au Texas.

Toutefois, de telles perspectives risquent, sur fond d’activité économique insuffisante, de plomber une nouvelle fois les cours.

pétrole de schiste aux États-Unis.png

De fait, le climat s’est brutalement dégradé en milieu de semaine [retournement amorcé le 6 mars, amplifié dans les jours suivants, le cours descendant temporairement à 51 $ dès le 10 mars après avoir tourné depuis trois mois entre 54 et 57 $]. L’on s’est aperçu que les stocks étatsuniens étaient plus élevés que prévu ; mais l’on ne doutera guère que les assez mauvais résultats économiques mondiaux d’une part, et d’autre part la perspective d’une nouvelle élévation de la production, n’aient joué un rôle important. Regardez bien, ci-dessous, la courbe : vous observerez l’impact immédiat de l’accord de Vienne – avant même sa signature, et bien entendu, avant qu’il ne porte ses effets ; dans le jeu permanent des anticipations, la simple parole des acteurs majeurs, dès lors qu’elle manifeste une ferme détermination, porte ; et bien entendu, les effets des variations de production ou de consommation sont d’ordinaire sensiblement plus nets que ne l’est leur propre ampleur ; enfin, vous noterez que les volumes échangés [en bas] furent important lors de la hausse, ce qui peut se comprendre, les opérateurs la supposant irrésistible et préférant acheter avant qu’elle ne s’affirme, et ce faisant, bien sûr, la suscitant, mais qu’ils le furent aussi pendant la baisse des derniers jours, ce qui au fond peut aussi se comprendre, des opérateurs redoutant qu’elle ne soit que passagère, et accroissant leurs achats, sans d’ailleurs que cela ne retarde une chute qui paraît ainsi avoir été solidement engagée.

Brent en dollars par barril.png

III.

Dans un terme à définir, la méditation des implications du peak oil – je ne précise pas davantage dans l’immédiat [v. éléments qu’il serait trop de dire de définition un peu plus haut] – pourrait aussi peser à la hausse, même si notre monde est, inévitablement du fait du système économique qui y prévaut, court-termiste [mais aussi du fait des irréductibles agendas d’humains promis à la mort, qui peinent à se soucier au-delà d’un certain point de ce qui pourrait survenir après leur disparition, d’humains qui doivent aussi se nourrir et se chauffer, et se rendre à leur travail ici et maintenant].

Les esprits forts de notre temps – qui sont vraiment, dans leur pénible suffisance parmi les catastrophes qu’ils ont fait advenir, l’une des plaies de la longue Modernité – se moquent volontiers du thème du peak oil. J’appartiens au monde de ces esprits faibles qui haussent en général les épaules lorsqu’ils entendent les esprits forts [car l’humilité n’interdit pas le mépris de la suffisance]. Il faut partir de deux considérations n’appelant aucune discussion [ce qui n’est pas fréquent] :

La Terre, à la différence du dieu de la théologie négative, ne saurait être, sous aucun aspect, réputée infinie ; elle est une circonscription de l’être, et placée ainsi sous la contrainte, heureuse et imparfaite, de la finitude [la totalité de l’être, si nous souhaitons y songer, peut être considérée comme illimitée – au sens de : sans limites pensables, sans lieu ni temps pour dire les limites – le dieu, hors temps et hors lieu, et hors loi bien entendu, peut-il entendre les limites, l’infini peut-il embrasser le fini ? je ne sais -, mais non comme infinie, ce n’est pas la même chose – cette vue cosmologique, que j’avais esquissée dans mes Siluæ metaphysicæ d’un point de vue en quelque sorte seulement philosophique, est agréée très largement aujourd’hui par de savants astrophysiciens dont, bien entendu, je ne suis pas en mesure de saisir profondément les travaux ; mais s’agissant de la terre, la question ne se pose pas même en ces termes, bien évidemment – la terre est une minuscule petite chose dans l’univers, point même une tête d’épingle].

L’humanité pourrait bien décroître de façon accélérée à la suite d’une catastrophe d’une sorte ou d’une autre, mais à cette heure, elle n’en prend pas du tout le chemin et franchit ce mois de mars 2017 l’effectif de sept milliards et demi d’âmes [d’autres évaluations suggèrent un décalage de quelques mois, mais s’accordent sur le millésime. – Rappel : autour d’un milliard vers 1800, d’1,7 vers 1900, de 2,5 vers 1950, de 4 milliards vers 1975, de 6 milliards vers 2000…]. Il semble, sauf imprévu, qu’il soit peu probable que la valeur de dix milliards ne soit pas atteinte d’ici à une période comprise entre 2050 et 2070.

Conclusion : sauf évolutions très profondes, la plupart des ressources naturelles [terrestres – laissons le soleil ainsi, qui n’est nullement éternel, mais dont la vie s’inscrit dans une échelle de temps qui, en principe, ne peut nous concerner] sont appelées à s’épuiser dans un délai plus ou moins bref. S’il s’agit de l’énergie ainsi, même l’uranium ou le charbon, dont on parle parfois comme s’ils ne devaient jamais faire d’une façon ou d’une autre défaut, ne se trouvent pas dans ce cas, loin s’en faut – j’espère avoir l’occasion d’y revenir assez vite.

Le sourire supérieur des esprits forts est inspiré par trois réflexions : d‘une part, les « réserves prouvées » se sont beaucoup accrues au cours des dernières décennies ; il n’y a pas lieu que cela ne se poursuive pas ; d‘autre part les progrès techniques permettront certainement, si grande est l’ingéniosité humaine, une exploitation optimisée, sur le plan des possibilités comme des coûts, des ressources ; il ne faut pas exclure enfin que soient trouvées, d’une façon qui soit suffisante, des énergies de substitution. Ces trois séries de considérations sont persuasives. Mais elles appellent au moins les fortes nuances suivantes : 1) toute ressource demeure limitée ; 2) toute ressource n’est pas exploitable avec un TRÉ acceptable ; 3) toute ressource n’est plus largement pas exploitable d’une façon qui la maintienne accessible en grande quantité et à un prix supportable pour un large public, ou du moins une demande étendue, même d’un nombre assez restreint d’opérateurs [il en va ainsi de l’uranium] ; 4) s’il s’agit d’innovations techniques, permettant une meilleure exploitation des énergies connues, ou bien la captation de nouvelles ressources, l’on n’en maîtrise pas l’agenda ; or le temps est l’un des aspects les plus cruciaux de la présence humaine au monde – à l’échelle individuelle ou collective.

Plus profondément : la moindre discontinuité significative dans l’approvisionnement en énergie, sa simple perspective, bouleverserait de fond en comble les sociétés humaines, dont le mode de vie a toujours été assez fondamentalement indexé sur leur capacité à maîtriser ou non toutes sortes d’énergies [la maîtrise de ce transformateur d’énergie qu’est le corps humain constituant, pour évoquer très grossièrement les choses, la première étape, ultérieurement complétée par la mise au point progressive d’outils rudimentaires, etc.]. Pour dire les choses simplement : le Mongol eût été moins redoutable – et même ne l’eût pas été du tout sans doute à des milliers de kilomètres de sa région d’origine – sans le cheval, et mes amis les infortunés Indiens domineraient toujours peut-être les immensités américaines sans l’utilisation de la voile par des navigateurs hardis… Surtout, les phénoménaux « progrès » des deux cents dernières années, qui ont bouleversé, quantitativement et qualitativement, la présence humaine au monde, ont été essentiellement permis par une immense révolution énergétique, ont été à proprement parler indexés en quelque sorte sur l’accès à une quantité croissante d’énergie globalement assez « bon marché », car jusqu’à aujourd’hui abondante et d’un accès et d’un traitement globalement aisés. Ce déluge énergétique toujours croissant a seul permis, peu à peu, l’envol de la population, et en particulier une monstrueuse urbanisation [cinq villes comptent plus de vingt millions d’habitants ; le taux d’urbanisation de la population mondiale a dépassé 50% en 2007, avec des variations bien entendu considérables, et, à la suite qui plus est d’un accroissement considérable de la population globale, il devrait atteindre de l’ordre de 66% autour de 2050] – urbanisation autorisée seulement par la mécanisation et la chimisation totales, et dévastatrices, de l’agriculture, dans une certaine mesure irrémédiables. Imaginons que cela s’arrête brutalement un premier janvier : l’on compterait les morts, de toutes sortes de manières, par centaines de millions quelques semaines plus tard, parmi des violences bien entendu inimaginables – je ne détaille pas – ; mais je vous rassure : je ne crois pas que les choses se passent ainsi – ce scénario ne présente d’ailleurs, tel quel, aucun sens imaginable dans l’instantanéité de sa radicalité. Par contre, que ce que j’appelle le décours de certains peaks – la pente descendante, si vous préférez – puisse comporter beaucoup d’aspects assez frappants, à commencer par une hausse redoutable des cours, dans un premier temps du moins, puisse en tout cas se placer sous le signe de la discontinuité et non de la pente douce, je crois sage de le considérer comme un horizon pour la pensée – en particulier s’agissant du miraculeux pétrole. [Sur les effets de hausses importantes, je vais revenir en IV].

Le peak oil, donc, et lui seul au regard de ma question [même si certaines statistiques disponibles pourraient suggérer que le peak coal lui-même ait été dépassé en 2012 ou 2013 ; peut-être s’agit-il simplement des effets de la politique chinoise de fermeture de nombreux puits, mais, sachant que celle-ci n’a été engagée qu’à la mi-2013, peut-être davantage se dessine-t-il, sachant que la ressource en charbon, eu égard à son importance planétaire, semble incompensable par aucune autre à vue humaine.]

Je vais ici me contenter de vous présenter, pour illustrer mon propos, une représentation graphique assez sérieuse, intéressante parce que déjà ancienne, et au fond plutôt juste dans sa prévision de la production actuelle qu’elle semble situer autour de 35 milliards de barils par an [95 millions x 365 jours]. Comme vous le voyez, elle envisageait plusieurs scénarios, mais ne considérait pas que le « Seneca Cliff », si l’on peut dire, pût être différé au-delà du milieu du siècle.

Une prévision déjà ancienne du peak oil.png

Pardonnez-moi de ne pas trop m’attarder sur cette image. Je pense qu’elle souffre, dans son pessimisme même, des faiblesses qu’emporte le linéarisme de l’optimisme moderne : elle admet certes que le « progrès » ne puisse être prolongé vers l’infini ; mais elle suppose quelque régularité dans l’acheminement vers le bord de la falaise. Je crois une telle vue plausiblement dépourvue de sens ; elle est d’ailleurs de celles qui emportaient, il y a quatre ou cinq ans encore, même chez de remarquables connaisseurs comme le défunt président de Total, le fort avisé Christophe de Margerie, l’assurance que les cours ne manqueraient pas de grimper – assez rapidement, put-il confier parfois – jusqu’à 200 dollars -, avec l’effet d’ailleurs de différer mécaniquement le peak oil. Comme on le sait, il n’en a rien été, et au fond, cela a profondément surpris tous les observateurs [écrivant cela, je me demande si d’ici à notre cours du jeudi 16 mars le Brent ne sera pas tombé en-dessous de 50 dollars…]

La seule chose dont nous puissions être à peu près assurés est la suivante : le siècle ne saurait s’écouler, loin s’en faut, sans que l’humanité ne soit appelée à se passer, au moins assez largement, de la ressource pétrolière, soit qu’elle fasse défaut, soit que le TRÉ soit trop défavorable du fait du coût croissant de l’exploitation de gisements difficiles, soit que des économies plutôt exsangues ne soient pas en mesure de se la procurer aisément, etc. Par contre, nous sommes incertains de la possibilité qui sera ou non celle de l’humanité de faire face à cette difficulté, d’autant qu’elle s’accompagnera très probablement peu à peu d’un certain nombre d’autres du même genre, affectant des ressources à divers égards stratégiques, si bien que le maintien du niveau individuel de la consommation d’énergie, non seulement pourrait bien stagner – il a commencé, on va le voir, à stagner dans les pays « développés », même en tenant compte de l’effet spécifique de certaines économies délibérées d’énergie, permises par exemple par de nouveaux moteurs automobiles – puis décliner, mais pourrait même dégringoler à quelque moment – non sans conséquences fabuleuses si l’on admet ma position – qui est celle aussi de Mme Tverberg, mais qui va de soi pour route personne dotée d’un peu de jugement et en mesure de considérer l’obstacle constant et généralement insurmontable que constituent la pesanteur, la pente, la dureté minérale du monde pour l’homme qui ne dispose que de son corps -, position, donc, de l’indexation de l’essentiel des genres de vie contemporains, et des possibilités même de la survie contemporaine d’une population pléthorique, sur la quantité d’énergie consommée. La simple décroissance assez rapide de la production globale d’énergie, quelques pourcent par an peut-être seulement, non pas de façon purement conjoncturelle et très limitée dans le temps, mais répétitivement, comme irrésistiblement, évidemment possible dans les les années vingt, trente ou quarante  du présent siècle, ne laisserait pas un seul de nos gestes identique, et nous contraindrait à retrouver mille gestes oubliés, et dans le même temps à oublier, fort heureusement, les pires aspects de nos modes de vie, à commencer par la scandaleuse sottise aéroportée de masse qui joue le rôle d’une drogue forte de notre temps, si prompt à abuser de toutes sortes de stupéfiants dont les plus répertoriés ne sont peut-être pas les plus menaçants, les aéroports sont d’immenses salles de shoot hantées par des zombies – si bien entendu le glissement, au moins possible, sans doute probable, vers le chaos, en cas de rupture énergétique, d’une population si nombreuse, si urbanisée et si remarquablement dépendante, très au-delà de ce dont elle est consciente, de certaines « commodités » qui peuvent avoir modelé jusqu’à son corps, et bien entendu son esprit, lui en laissait le temps.

IV. –

Toutefois, il n’est pas impossible que le décours de la consommation de pétrole n’aille plus vite que le décours emporté comme nécessairement pour la production par des aspects purement physiques. Alors, en quelque sorte, le peak serait non pas physique, technique, mais en quelque sorte économique, l’on pourrait presque dire social. Sur cette possibilité, Mme Gail Tverberg, qui est un auteur toujours très stimulant, a écrit quelque chose d’intéressant il y a huit ou neuf mois. Mon souhait n’est pas ici de restituer son raisonnement, mais de suggérer quelques vues très simplifiées en partie accompagnées de sa méditation comme toujours raffinée et originale.

Au fond, s’agissant de l’établissement du prix du pétrole – et plus largement des diverses ressources naturelles -, deux aspects absolument distincts doivent être considérés [a et b, ci-dessous ; un autre aspect au moins devrait être pris en considération, que je vais porter préliminairement entre des astériques, mais sans m’y attarder trop].

+++ L’aspect que je ne veux pas passer sous silence, car il ne faut jamais le négliger, est celui des parités monétaires, telle qu’ici elles ont pu peser sur les ménages et, par suite, baissièrement, sur les prix. Je vais me contenter de vous proposer quelques graphiques avant de risquer quelques brèves observations, je l’espère persuasives.

Je vous propose de désigner le premier de façon parlante comme celui de la corrélation inversée du dollar et du baril ; si le dollar monte, le baril baisse, à moins que ce ne soit le contraire.

6aSur la corrélation inversée du pétrole et du dollar.png

Le second graphique retraces les moyennes mensuelles de l’INSEE et permet de comprendre comment les parités monétaires se combinent avec le prix du baril.

5 Moyennes mensuelles INSEE pour illustrer la combinaison de l'évolution de la parité des monnaies avec l'évolution du prix du Brent en 2014 2015.png

+++

a) les coûts de production, qui ont très lentement cru à la fin du XXe siècle, mais qui augmentent de près de dix pour cent l’an depuis une quinzaine d’années – du fait pour une bonne part que la proportion dans l’ensemble de gisements dont l’exploitation est très facile diminue [tels ceux de l’est séoudien dont on considère en général qu’ils permettent l’extraction d’un baril pour environ une douzaine de dollars – certains portent dix, d’autres quinze, il importe assez peu ici, l’on considère en tout cas qu’un cours de vingt dollars le baril est supportable pour l’exploitation des plus anciens gisements séoudiens, mais nullement certes pour des gisements plus récents, plus difficiles malgré tout – ; par comparaison, l’on peut imaginer que l’exploitation de l’huile de schiste aux États-Unis – là aussi, l’on relève des valeurs diverses, pour des situations peut-être moins homogènes qu’on ne serait tenté de le supposer d’ailleurs – pèse pour environ une forte quarantaine de dollars dans le prix d’un baril, dont l’extraction ne saurait donc être rentable dans la durée avec des cours trop bas, durablement inférieurs en tout cas à une cinquantaine de dollars de baril].

b) les possibilités des ménages [et des entreprises, et des acteurs publics aussi bien sûr, surtout si ces derniers sont emprisonnés dans des carcans idéologico-légaux comme en « Europe » ainsi] : l’on peut vous dire ainsi, à vous comme personne, qu’un prix est tiré au plus juste, il n’empêche que si vous manquez de revenus, vous n’achèterez pas, vous renoncerez à l’acquisition de ces biens dont la fabrication requiert tant de matières premières et d’énergie, ou bien – et c’est assez facile jusqu’à un certain point pour les hydrocarbures – vous achèterez moins, vous bornerez vos achats à l’indispensable, à ce qui, au regard de vos besoins, vous semblera urgent. Sans doute faudrait-il ajouter – et l’on va revenir sur cet aspect central – que si l’on vous proposait un crédit intéressant pour procéder à cet achat lui-même intéressant, mais que vous étiez déjà inquiet pour vos revenus à venir, ou plombé par l’endettement ou, comme beaucoup, les deux, vous déclineriez l’offre – ce qui permet de saisir peut-être pourquoi une période de taux d’intérêt invraisemblablement bas n’ait pas tiré la consommation en Occident [ce qui eût d’ailleurs eu pour effet de servir, non la production industrielle française – et pour cause – mais de « tirer » la Chine, en vérité peu à peu déclinante, et l’Allemagne, dont il est un mythe français qu’elle se porte bien, en dépit d’excédents commerciaux affolants. [Une chose doit être bien considérée, demeurer à l’arrière-plan de vos observations – les pays dits « développés » ont une énorme difficulté de « demande » – certains, ainsi notre pays si mal conduit depuis si longtemps, ont de plus de graves problèmes d’offre industrielle.]

Concernant ce deuxième aspect, j’attire encore votre attention sur l’un des arguments les plus captieux des globalistes : le libre-échange le plus radical favoriserait le plus radicalement aussi les consommateurs. Admettons-le jusqu’à un certain point [je ne développe pas mes quatre derniers mots – sans oublier aussi qu’il favorise principalement l’accroissement des marges des capitalistes et que là est le ressort véritable qui préside aux décisions tendant à son extension constante, du moins du côté des pays que l’on a le front de désigner comme « riches » alors qu’ils sont en voie, lente encore certes, mais très visible déjà, de paupérisation – avec des conséquences tout autres que celles de la pauvreté dans les sociétés traditionnelles, qui ne sont pas des sociétés, au même degré du moins, de la solitude et de l’abandon] ; mais que pourra bien consommer ce consommateur qui aura cessé d’être un producteur – ces hommes et femmes, pour beaucoup d’entre eux, dont les croix qui ouvrent mon billet rappellent que le Capital a tué leur travail -, et qui devra se contenter d’allocations déclinantes ? [l’allocation universelle étant la pire insulte qui puisse être faite au travailleur et l’une de ces ruses d’apparence gauchiste dont raffole le Capital contemporain, dont l’horizon si profond de l’accomplissement humain dans le travail est bien entendu le cadet des soucis – de ce point de vue, le malheureux Hamon, comme la plupart des autres candidats à la présidentielle, n’est nullement un dissident ou un rebelle, un anti-système, il prévoit même de calmer les masses en répandant davantage les stupéfiants – la boucle serait alors parfaitement bouclée] Et qu’ont donc en vue les capitalistes et leurs laquais, en particulier ceux, subjectifs ou simplement objectifs, de la presse capitaliste, qui est le tout ou presque de la presse aujourd’hui – si ce n’est leur intérêt, immédiat pour les uns, médiat, ce n’est pas un jeu de mot, pour les autres -, en nous parlant à longueur de temps de la trop passive, trop manipulable cible du « consommateur », là où les politiques d’il y a cinquante ou cent ans ou les penseurs du XIXe siècle s’intéressaient bien davantage à la haute figure, divine en quelque façon, du « producteur », du créateur ? [en quelque façon seulement car le dieu ne saurait rien ajouter à sa, disons, surressentialité, pour éviter d’écrire à son non-être, ce qui pourrait choquer ceux qui ne sont pas rompus à ces choses -, tandis que, produisant, le producteur se produit, créant, il se crée, et dans cette mesure se rend, en quelque manière, divin] L’on a là au fond – complétée par d’autres dont bien entendu le libertarisme « sociétal » – l’une des facettes des applications imaginables de la formule de Clouscard : « Tout est permis, mais rien n’est possible ». Si le libre-échange ruine peu à peu l’emploi et, lorsque ce n’est pas exactement le cas [mais cela a bien été le cas toutefois, à mesure, pour l’appareil industriel de ce malheureux pays-ci, si dynamique après le temps ardemment industrialiste et encore raisonnablement planificateur de Charles de Gaulle et Georges Pompidou, il y a seulement une quarantaine d’années], emporte du moins des tensions baissières toujours plus fortes sur certains revenus [la « com-pé-ti-ti-vi-té », comme disent – entre deux essayages, Savile Row pour l’un sans doute, l’homme du « costard » de Lunel, et chez Arnys pour l’homme couvert de si généreux amis – les protagonistes saisissants de la curieuse Guerre, sinon des Deux Roses, du moins, comme l’on disait dans ma jeunesse, des deux Minets -, les Siècles semblant fermer les yeux pour éviter le spectacle de ces Charmeurs vraiment sans Gloire], les prix à la consommation peuvent bien fléchir un peu, le plus probable est que l’on consommera moins et non pas davantage.

Je vous propose, ci-dessous, afin que vous les conserviez à l’esprit en lisant ces pages, deux graphiques publiés ces dernières semaines par Xerfi [ xerficanal-economie.com ]. Ils sont d’un grand intérêt l’un et l’autre [vous pouvez écouter en ligne le bref et clair commentaire qui les accompagne]. Le premier retrace l’évolution de la production manufacturière de la zone euro ; le second l’évolution du pouvoir d’achat en France pendant la même période. Vous pourrez multiplier les observations bien entendu, relever en particulier qu’il y a une certaine corrélation entre les deux, certes atténuée par l’exception allemande – l’Allemagne étant la grande bénéficiaire d’un système qui préjudicie manifestement à d’autres de façon grave. S’agissant du pouvoir d’achat français, il stagne en moyenne depuis huit ans dans le meilleur des cas – c’est-à-dire qu’il a fortement cru pour un certain nombre, fortement chuté pour d’autres [ainsi pour les chômeurs, pour ceux qui ne sont plus même chômeurs, ou bien, voici un exemple que je connais un peu, pour les professeurs d’université qui étaient au sommet de la classe exceptionnelle et donc privé de tout « avancement » imaginable, etc., et probablement stagné, tout bien pesé, pour une majorité. Je précise que l’inflation varie d’un individu à un autre selon ses choix ou ses nécessités de consommation : je ne m’attarde point sur cette question de grand intérêt – une moyenne est une moyenne.

Production manufacturère de la zone euro.png

Pouvoir d'achat par unité de consommation en France - évolution.png

Changeant de cadre géographique, je porte encore ci-dessous – après beaucoup de réflexion et quelques essais plus sophistiqués de mise en ligne – un simple indice composite de l’évolution du prix des métaux. Faites un léger effort synoptique avec ce qui précède ; le propos, je le redis, est de vous faire saisir quelque chose d’assez général à la période la plus contemporaine, sachant que les métaux ont dans l’ensemble varié de concert, le  minerai de fer présentant toutefois de fortes particularités régionales, d’une part parce que la part du fer dans le minerai varie, d’autre part parce que les besoins de la Chine, lors de la crise de 2008, ont rendu par endroit la crise de 2008 à peu près invisible dans la courbe du minerai fer [dont je rappelle que décarboné à certains niveaux il donne de la fonte, et décarboné davantage de l’acier, essentiel tant dans le bâtiment que dans la construction automobile ou navale en particulier. [Par contre le minerai chinois a sensiblement décru à partir de la fin de 2012 du fait de l’affaiblissement progressif, sensible, de la croissance, malgré le « volontarisme »  des autorités chinoises, qui multiplient les habitations, et même des villes entières, appelées pour l’heure à demeurer au moins partiellement vides.]

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Bien entendu – et on a pu l’observer – l’endettement peut permettre de maintenir un certain niveau, croissant même, de consommation – ainsi d’ailleurs vivons-nous dans un monde de « bulles » successives qui prolongent, et même amplifient un temps, l’euphorie des masses et font les affaires de ceux qui les manipulent [bulles technologiques, immobilières, automobiles, etc. – et même de la surconsommation d’études – réputée d’une rationalité contestable selon une perspective étroitement économique – misère de l’anthropologie libérale – si le choix est effectué finalement, de façon mimétique, de consommer de coûteuses années supplémentaires de formation universitaire aux Etats-Unis sans qu’il soit bien certain que cela emporte une sensible élévation des revenus ultérieurs].

Mais que se passe-t-il lorsque, 1) certains biens continuent à augmenter parce qu’ils incorporent des coûts croissants et incompressibles par exemple ou bien encore pour d’autres motifs qui ne sont pas toujours limpides, ou qui tout simplement renvoient à la rémunération toujours accrue du Capital ou de ses grands serviteurs, 2) les revenus véritablement disponibles continuent à s’éroder pour beaucoup, quoique l’on raconte, 3) le spectre du surendettement se dessine et le caractère de bulle de la bulle éclate aux yeux de tous ? Alors, un nombre croissant d’acteurs rompt avec le choix de la dette – pour certains il est trop tard d’ailleurs et, les difficultés familiales aidant, si l’on peut dire – la rage individualiste [emportant la guerre des sexes, la destructrice guerre intrafamiliale] ajoutant sa ruineuse folie au malheur -, tout l’équilibre antérieur de leur vie se trouve bientôt bouleversé, le pauvre et trop coûteux « pavillon », objet naguère de tant d’espoirs, vendu, après que des années se soient passées à acquitter plus d’intérêts que de capital – c’est vraiment révoltant, et les banquiers de mes relations ont beau m’expliquer que c’est inévitable, un tel mécanisme devrait être au moins atténué, plafonné, rendu moins cruel pour les faibles – : la misère est là, l’exclusion comme l’on dit, et le cortège horrible de tout ce qui peut l’accompagner – le retour à une situation professionnelle « normale » est bientôt impensable. 

Voici l’émoticône qui convient – l’une des versions du « Cri » de Munch [la plus connue, datée en bas à gauche de 1893]

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Mais, que le surendetté se désendette patiemment, douloureusement, à la faveur du maintien à suffisance de ses revenus menacés, ou peu à peu rognés, ou qu’il soit jeté dans l’épouvante par une série de coups du sort [permis toutefois par la forme et par l’informe aussi de notre société], de toute façon, sa contribution à la hausse de la consommation des ménages sera non seulement nulle, mais globalement négative, insusceptible d’ailleurs de profiter à l’industrie nationale-locale, puisque ce qu’il reste d’industrie plus ou moins nationale a « délocalisé » à tour de bras, tandis que les États et les personnes publiques, endettés aussi, coupant de diverses façons dans leurs dépenses, affaiblis par la faiblesse des particuliers, augmentant volontiers celle-ci par le renforcement des prélèvements – éventuellement détruits par la dynamique d’ensemble, affectant des pans entiers de leur économie, résultant des choix inadaptés mais effectués à dessein par certains [tel celui de cette calamité que fut et demeure l’euro, fausse monnaie unique au fond mais vrai crime économique contre la plupart des pays de la « zone », en particulier ceux du « Sud », au bénéfice principal de l’Allemagne] – les États et les personnes publiques, donc, sont évidemment peu capables de contribuer, dans les circonstances économiques et légales, monétaires, commerciales, touchant à toutes les libres circulations imaginables et à toutes les concurrences possibles, dans lesquelles ils se sont laissé engluer, à corriger fermement la trajectoire.

Il faut bien sûr, pour suivre dans la généralité de sa conjecture ce billet, surmonter un paradoxe apparent : comment pourrait-on suggérer qu’il y ait tension baissière sur certains prix par le fait d’une forme d’atonie de la dette sur le fond de la stagnation des revenus alors que l’accroissement constant de la dette est l’un des thèmes justement obsessionnels de notre temps ? Sans pouvoir ici explorer une question passionnante mais infiniment complexe, je vous indique quelques pistes de réflexion, aucunement exclusives les unes des autres : a) la dette du passé pèse de diverses façons sur le présent sans entraîner le présent ; b) la dette du passé conduit – à mon sens à tort – à privilégier, avec les simples apparences de la rationalité, sur le postulat de l’absence d’une autre politique — alors qu’à n’en guère douter une autre politique peut être esquissée, même s’il est bien tard, si le malade que nous sommes est affaibli, physiquement, moralement et intellectuellement, une politique passant en premier lieu par la sortie de l’euro et de l’ « Union », nom du quatrième empire allemand, exsangue qui plus est car sans enfants, condamné à mort à une génération, ce qui forme malgré tout un comble ! –, et avec des conséquences rudes sur le pouvoir d’achat et la consommation, des solutions néolibérales afin de préserver la dynamique globaliste et d’interdire toute évolution à la fois dirigiste, patriotique et d’une façon ou d’une autre socialiste, et non certes « sociale-libérale », selon une grande imposture de notre temps ; que l’on songe à l’épouvantable situation grecque, qui menace assez probablement d’autres pays dont peut-être la France – si l’emportent les candidats globalistes Macron, Fillon ou même Hamon, dont la profonde proximité eurolibérale sera démontrée lorsque, comme il est probable si un seul parvient au deuxième tour, ils s’engageront à gouverner de concert et à œuvrer en faveur du grand coup d’accélérateur exigé par la classe dominante mondialisée ; c) parmi les dettes contractées aujourd’hui, il y a dette et dette et les effets de l’endettement sur les cours des matières premières et des ressources énergétiques peut être variable ; d) une certaine analyse de classe au sens très large – de classes sociales, mais probablement aussi de classes d’âge – permet sans doute jusqu’à un certain point d’éclairer certaines contradictions apparentes.

Et c’est ainsi que je retrouve ici l’intéressante conjecture de Mme Tverberg, plus précisément [bien qu’elle ait déjà esquissé une telle construction dans des textes précédents de son blogue] son texte de juillet 2016, « Energy limits. Why we see rising wealth disparity and low prices ? » [par exemple sur son propre site, Our Finite World.]

L’auteur part de ce qu’elle considère comme un constat, qu’elle présente sous la forme de plusieurs graphiques que je vous reproduis :

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Aux peaks qu’elle pense pouvoir admettre, elle n’impute pas véritablement des causes physiques, « naturelles » [en dehors peut-être du renchérissement des coûts d’exploitation], selon le modèle le plus répandu que j’ai évoqué brièvement. Elle suggère, parmi d’autres considérations, qu’il faille prêter attention à la stagnation ou à la baisse de revenus des classes pauvres et moyennes dans de nombreux pays et à la tendance possible de celles-ci à un peu moins s’endetter qu’elle ne s’y risquait dans un passé relativement proche afin de compenser, en quelque sorte, la disparité entre revenus réels et revenus espérés, je dirais presque rêvés, s’il ne s’agissait pas simplement de ces revenus que les évolutions antérieures semblaient permettre – mais à tort – de projeter sur l’avenir – selon un biais cognitif à peu près inévitable [et sachant qu’il a fallu manifestement du temps pour qu’une prise de conscience du retournement de la situation antérieure s’opère, ce qui est un aspect très intéressant aussi, bien que l’on puisse, justement, supposer, tant qu’aucune crise sévère n’intervenait, que la dette ait permis d’assurer un lissage apaisant  – voir le très intéressant graphique que produisait Mme Tverberg dans le texte précité « US 2015 Oil Production […] » :]

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Pour lire ce graphique, retenir que : il considère l’évolution des revenus aux États-Unis entre 1948 et 2012 ; il distingue la moyenne des revenus du décile des plus aisés [en rouge], et la moyenne des revenus des neuf déciles les moins bien pourvus [en bleu]. Cette image est bien sûr saisissante [même si, je le redis, les moyennes peuvent masquer des mouvements plus complexes] : ce serait presque toute la population dont les revenus auraient au fond stagné, non après « trente glorieuses », comme on l’a dit, mais une grosse vingtaine seulement – stagnation, avec d’assez modestes fluctuations, de quarante années, suivie d’un décrochage après la crise de 2008, pour les moins aisés, stagnation plutôt orientée à la baisse d’une douzaine d’années pour les plus riches, avant un extraordinaire décollage, certes mis à l’épreuve parfois, au début des années quatre-vingt, du fait à n’en guère douter de la politique du président Reagan [1981-1989] dont on saisit bien ici comment, accompagnée par celle de Mme Thatcher [1979-1990], elle a finalement eu pour effet de précipiter le monde dans notre si bel aujourd’hui [comment en douterait-on si l’on accorde quelque pertinence aux corrélations suggérées par Mme Tverberg ?]

Il faut supposer aussi que les personnes publiques, empêtrées dans les suite de la dette accumulée, disposent de moins de latitude d’action pour étendre cette dette à des fins qui pourraient contribuer à accroître davantage l’activité [si du moins un minimum de protection existait].

Le cœur du propos de Mme Tverberg me paraît atteint lorsqu’elle écrit : « La raison pour laquelle la dette a presque un pouvoir magique est que si un acheteur potentiel obtient un prêt pour tout type de bien d’équipement, une maison, une voiture, ou une usine, il peut acheter le bien d’équipement beaucoup plus tôt que s’il avait besoin d’économiser avant de faire l’achat. Chacun de ces biens d’équipement nécessite des produits de divers types, tels que l’acier, le cuivre, le pétrole, le charbon et le gaz naturel. Ainsi, nous nous attendons à ce que l’élévation du niveau de la dette augmente les prix d’un large éventail de matières premières, en même temps. »

Au fond, Mme Tverberg va peut-être plus loin, et, par-delà la considération que je viens de dire sur les engrenages de la demande [selon sa formule, « more debt = more demand = higher prices], risque peut-être – telle que je la comprends [mais il n’est pas impossible que je la sollicite un peu] – une persuasive interprétation psychologique, d’un côté des évolutions fortement haussières de tant de cours, par exemple avant la crise de 2008, et d’une certaine façon lors du très sensible rebond de toutes sortes de ressources naturelles entre, disons, 2009 et 2012, et d’un autre côté du décrochage ultérieur par contre. Les acteurs dont les revenus s’accroissent envisagent avec optimisme la suite des choses ; ils pourront être tentés même de s’endetter pour jouir immédiatement de certains biens ; s’endettant, ils seront modérément sensible à l’évolution haussière des prix ; que font quelques pourcent de plus ou de moins lorsque la chose est lissée sur la longue durée d’un remboursement par mensualités envisagé sans angoisse particulière ; ce comportement emporte évidemment une spirale haussière ; je me souviens très bien de mes observations, il y a huit ou dix ans, sur le secteur de l’immobilier ; chacun semblait prêt à acheter plus cher en paraissant assuré que le bien aurait encore sensiblement augmenté un an plus tard ; il suffisait que les intérêts baissassent peu à peu pour qu’un tel mouvement prît un tour saisissant, semblant rejeter les valeurs de l’immobilier à la fin des années quatre-vingt-dix, très peu fastes pour les vendeurs, dans un passé définitivement révolu. S’agissant de biens de consommation, l’endettement paraissait de la même façon peu risqué, et même ceux dont, au fond, les revenus n’augmentaient guère, se montraient tentés de ne pas différer leurs [maigres] jouissances.

Bien entendu, lorsqu’il parut, un peu plus tard, que l’avenir s’obscurcissait sérieusement, beaucoup de revenus stagnant dans le meilleur des cas, le chômage n’interrompant certes pas sa course [en dépit des espoirs de M. Hollande, « issu de la Cour des Comptes » comme il l’avait jeté noblement à la tête de M. Sarkozy, mais n’ayant guère d’autres vues économiques, l’on s’en aperçut bientôt, que celles qu’il avait conservées d’un vague cours sur les « cycles en économie » de la rue Saint-Guillaume – Kondratiev, Simiand, Schumpeter, Juglar, Kitchin et autres « pour les nuls » … -, devenues en son esprit, certes point élargi par le long travail du politicien en quête de « synthèses » improbables, une sorte de curieux et conjuratoire « Après la pluie le beau temps »], les anticipations de l’avenir s’assombrissant progressivement chez beaucoup dont le sentiment était, non seulement que leurs enfants – selon l’un des points de passage obligés de la conversation courante -, mais eux-mêmes vivraient moins bien qu’ils n’avaient pu le faire, ou du moins ne l’avaient espéré, alors, irrésistiblement, un très grand nombre de cours partirent assez sévèrement à la baisse, en particulier à partir de 2014.

Certains couvraient « les Chinois » d’amers reproches : mais que faisaient-ils donc, « les Chinois » ? pourquoi ne « tiraient »-ils pas la croissance ? Le propos était risible. « Les Chinois », en vérité, étaient frappés aussi, encore que différemment bien sûr. Leur volontarisme économique – dicté par la plus élémentaire prudence politique [car une partie des masses fabuleuses risquerait bien de s’émouvoir quelque jour] – pouvait bien incliner leurs gouvernants – je le répète – à inventer des villes qui ne s’empliraient jamais : leur croissance fléchissait peu à peu, même si cela fut un temps dissimulé par des statistiques sans doute, délibérément ou non, peu réalistes [parmi les premiers qui, en France, l’assurèrent, il y eut certains « éconoclastes », et cela à mon sens contribua à l’accélération de leur notoriété chez beaucoup]. Au fond, nous ne « tirions » plus « les Chinois », et ils se trouvaient moins en mesure eux-mêmes de nous « tirer ». Ils expliquaient qu’ils souhaitaient être moins dépendants des échanges internationaux [avaient-ils le choix ? Il suffit de consulter l’évolution des divers indices concernant l’évolution du commerce international ces dernières années pour savoir que non], et qu’ils aspiraient à développer leur marché intérieur : louable intention certainement, mais rien de cette sorte ne s’opère d’un coup de baguette magique.

Assez curieusement, concernant le commerce international, l’on ne trouve pas très aisément des graphiques bien complets et globaux sur une durée suffisante d’une quinzaine d’années, et prolongés bien sûr jusqu’à aujourd’hui. Je vais me contenter donc – j’avais appelé votre attention sur cet instrument dans le billet d’annonce de l’enseignement – du très intéressant BDI ou BaDi, le Baltic Dry Index [ici site Bloomberg], particulièrement adapté – au moins pour partie – aux questions que nous nous posons ici au regard de son objet, ou d’une partie notable de son objet [le BDI est en effet un indice composite dont le propos est de retracer l’évolution des prix du transport maritime de vrac sec – pour l’essentiel, minerais, charbon et céréales – les prix manifestant bien sûr pour une bonne part l’activité – mais certes pas seulement puisque, bien entendu, les coûts sont très sensibles à la variation du prix du carburant, un voyage de la Chine à l’Europe entraînant la consommation, pour les très gros porte-conteneurs, d’environ… dix mille tonnes de carburant – cause bien sûr tout à fait majeure de pollution, tout comme d’ailleurs le transport aérien, mais l’idéologie libérale globaliste incline à ne pas trop évoquer ce chapitre]. Lorsque j’ai commencé mon cours, l’an dernier, je me souviens d’avoir évoqué un plus creux affolant que j’ai porté sur le graphique ; en cette mi-mars de 2017, un an plus tard, l’indice se trouve un peu en-dessous de 1200 ; l’on demeure fort éloigné des 2330 de la mi-décembre 2013 ; il est notable que la hausse des derniers temps ait accompagné le redressement, certes modeste, du cours de certaines matières premières.

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Mais revenons à notre affaire de pétrole. L’effondrement des cours à partir de la mi-2014, le caractère sans cesse différé de leur redressement à un niveau viable dans la durée, la violence de la rechute qui suivit, entre mai 2015 et janvier 2016, le modeste redressement de février à avril 2015, l’accentuation en cette mi-mars du léger frémissement baissier que l’on pressentait vaguement depuis le début de l’année 2017 après une significative, mais malgré tout poussive remontée de février à décembre 2016 – un tel climat n’a bien sûr rien à voir avec la perspective du peak naturel, qui devrait emporter des effets inverses, mais sa constance conduit à douter qu’il puisse être expliqué seulement par une offre surabondante dont l’évidence ne saute pas absolument aux yeux au regard des projections antérieures, et dont il faut supposer ainsi qu’elle est née justement de l’engrenage que l’on essaie de caractériser ici.

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L’on éprouve le sentiment, plutôt, que « quelque chose » est survenu, de suffisante importance pour n’être pas compensé par l’accroissement rapide de la population du monde – « quelque chose » qui ne saurait, il me semble, être borné à la détente de la demande par les « économies d’énergie », phénomène malgré tout encore assez modeste à divers égards. Les deux graphiques de Mme Tverberg, retraçant la « Per capita energy  consumption » [ci-dessus], manifestent l’importance d’un retournement amorcé dans les pays occidentaux ou au Japon dès les dernières années de la première décennie du présent siècle ; la courbe chinoise est fort intéressante aussi – l’on voit qu’après dix années folles, suivant l’adhésion à l’Organisation mondiale du commerce [O.M.C.], le mouvement se ralentit.

Ce « quelque chose » est peut-être bien lié à la dégradation ou à la stagnation des revenus des gens « du bas » de la hiérarchie économico-sociale [ « people at bottom of hierarchy », selon l’expression de Mme Tverberg], de la composite couche pauvre et de ce que l’on appelle généreusement la classe moyenne – car il s’agit dans les définitions contemporaines d’une couche, là encore composite, absolument dépourvue d’aisance véritable. Or, bien entendu, ces populations nombreuses pèsent d’un toute autre poids que les couches aisées, riches ou très riches – toutes sortes de consommation n’étant nullement indexées sur la fortune. Et si elles ne se projettent pas favorablement dans l’avenir, il est douteux que leur tendance soit d’accroître leur endettement. Ici, d’ailleurs, l’on pourrait sans doute ajouter que le déclin de la natalité et le vieillissement de la population peuvent avoir assez lourdement pesé : le comportement de vieilles personnes ne saurait être le même que celui de jeunes gens fondant un foyer, soucieux d’avoir des enfants, et bien contraints de s’équiper.

Ici, il me semble intéressant de considérer l’évolution de l’endettement des ménages. Je vous propose ce graphique, assez éclairant sur la situation française. Vous observerez la flambée de l’endettement dans les années précédent la crise de 2008, sans oublier qu’elle a aussi accompagné la flambée des cours [ce qui est bien l’argument central de Mme Tverberg]. Vous noterez aussi la corrélation inversée – assez aisément intelligible, même si elle ne peut opérer exhaustivement par rapport à la question – de l’endettement et du chômage, contrairement à une idée reçue qui ne prend guère en considération l’impossibilité pour les personnes privées d’emploi de procéder à des emprunts auprès d’organismes financiers].

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Pour autant, dans la deuxième décennie du présent siècle, la dette des ménages n’a pas décru : sa place dans le revenu disponible brut s’est accrue. Mais je crois qu’il faut assortir cette considération de deux observations : j’évoquerais d’abord – j’espère que mon choix terminologique est intelligible, l’inertialité de prêts immobiliers sur vingt voire par la suite trente années – tel qui s’est endetté sur vingt ans dans la première décennie du siècle, le demeure aujourd’hui, et peut-être pour longtemps encore – ; il serait difficile de ne pas considérer par ailleurs l’abaissement constant des taux des prêts immobiliers ce dernier quart de siècle, ce qui a pu rendre l’accès à la propriété extrêmement tentant pour beaucoup. [Les encours des crédits à l’habitat dépassaient 900 milliards d’euros en France en janvier 2017 ; ceux des crédits à la consommation étaient de 160 milliards.]

Quoi qu’il en soit, il est possible de considérer, avec précaution – il faudrait bien entendu tout autre chose ici que le travail très rapide auquel je procède [un cours n’est qu’un cours, son propos est d’être simplement thought-provoking] -, les deux graphiques suivants [le premier sur les crédits à l’habitat, le second sur les crédits à la consommation des particuliers] comme n’infirmant pas le modèle tverbergien :

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[NB : les crédits à la consommation sont repartis assez vigoureusement en 2016]

Quant à la forte inflexion chinoise, il faudrait considérer qu’elle reflète dans une certaine mesure ce marasme latent d’un certain nombre de pays.

Plus largement, en dehors de la perspective de la croissance de l’endettement, ce que j’ai appelé les engrenages de la demande, avec leur effet haussier sur les cours, emporte ce que Mme Tverberg appelle de façon évocatrice une éjection par les prix de couches toujours élargies :  » […] la situation, écrit-elle, de la hausse constante des prix des matières premières ne peut pas continuer indéfiniment. À un certain point, les prix deviennent trop élevés pour les travailleurs. La demande a tendance à chuter à un moment donné, parce que les travailleurs au bas de la hiérarchie se trouvent éjectés par les prix, et ne peuvent donc plus acheter de marchandises telles que maisons et voitures qui pourraient aider à maintenir la demande en matières premières. »

L’interprétation suggérée par notre auteur, telle que je l’interprète en la simplifiant, est d’un très grand intérêt ; elle comprend au fond plusieurs aspects très persuasifs :

1 En premier lieu cette évidence globale que nos genres de vie sont largement indexés sur la consommation d’énergie [qu’il faudrait ici, il me semble, considérer de façon parfaitement neutre, en termes de joules – c’est d’ailleurs bien ce à quoi sert l’unité de mesure de l’énergie dite tep, tonne [d’] équivalent pétrole, qui par convention vaut à peine moins de 42 GJ – gigajoule, c’est-à-dire dix milliards de joules]

2 En deuxième lieu que le prix de l’énergie ne saurait ne pas être corrélé, par le truchement de la demande, au niveau des revenus, à leur évolution, et à la place de la dette

3 En troisième lieu que les prix respectifs des diverses ressources énergétiques ne sauraient guère ne pas varier en gros ensemble [voir graphique ci-dessous]

4 En quatrième lieu que l’accroissement des prix des ressources naturelles, et en tout particulier des ressources énergétiques, ne saurait pas ne pas emporter un effet d’éjection des plus faibles, qui sont aussi les plus nombreux, dans un contexte d’ensemble voyant à la fois la croissance décliner, ou parfois s’inverser,

5 En cinquième lieu qu’il n’est pas impossible, après l’emballement du début du siècle, que nous soyons entrés dans une période d’enrayement de la machine globale constituant peut-être certaines des valeurs de production atteintes en une forme de peak non pas naturel mais économique et social. En ce cas, il ne serait pas impossible à terme que les conditions toujours plus coûteuses de l’exploitation de telles ressources énergétiques ne conduisent à l’impossibilité qu’elle soit poursuivie à grande échelle à un prix acceptable. En ce cas, la glissade dans le Seneca Cliff risquerait d’être fort menaçant.

 

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V. –

Imaginons toutefois que le peak tverbergien ne semble pas tel dans quelques années, que Mme Tverberg ait conféré, dans le cadre de la conception cyclique au fond de l’histoire qui paraît bien être la sienne, une signification structurelle à ce qui pourrait revêtir respectivement le caractère d’une crise conjoncturelle, certes bien longue et malgré tout profonde.

[Il est vrai que cela fait bien des crises « conjoncturelles » et qu’il est permis de penser – c’est ce que je tends à penser en tout cas – que le système est frappé à mort : comment interpréter autrement l’absence d’effets sérieux sur la croissance — certes inégale selon les pays, mais partout fléchissante par rapport à une période pas si lointaine [sauf en de rares pays, dont l’Inde par exemple, malgré de récentes brutales folies monétaires de M.Moody, dont il faut redouter qu’elles n’annoncent la fin progressive du cash ailleurs que dans le sous-continent, avec des conséquences à tous égards fort lourdes — d’un endettement phénoménal des États et des collectivités plus ou moins publiques, complété par la drogue forte des salves de Quantitative Easing de plusieurs banques centrales ? Comment aussi comprendre les soubresauts politiques incroyables de la vie politique la plus récente, comme si, faute d’un exécuteur au geste parfait, le dragon Fafner mourait dans de tout autres transes que dans Siegfried ?]

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Le livret de Siegfried est splendide – ici, pour illustrer mon texte : Arthur Rackham, Siegfried, armé de la divine épée Nothung, blesse à mort Fafner, « der wilde Wurm », le sauvage dragon … [II, 2] Pour ceux qui seraient heureux de lire cette belle et profonde histoire, et de comprendre, par exemple, comment un héros de leur âge découvrit la peur – mais non devant le dragon, devant le corps, étendu au sommet d’une montagne ceinte d’un brasier, de la Walkyrie – cuirassée d’acier – Brünnhilde [Das ist kein Mann ! Feurige Angst, une brûlante peur le saisit enfin] -, voici une édition bilingue du livret, avec une traduction française audacieuse – dont l’auteur m’échappe -, manifestant assez une vue de la sorte de celle, que je vais dire, de Shaw :

http://leshumas.insa-lyon.fr/langues/allemand/page_allemande/cours/0708/07_theatre/_img_theatre/Wagner_Siegfried.pdf

Ceux qui aimeraient lire un petit essai particulièrement brillant sur la Tétralogie, cette mine – aussi – pour la méditation, peuvent lire en ligne le texte de Bernard Shaw, The Perfect Wagnerite [1883 – année de la mort de Wagner, de Marx et du comte de Chambord…] – il évoque, de façon intéressante, et provocatrice, Siegfried comme « the young Bakoonin ». Voici le lien :

https://www.marxists.org/reference/archive/shaw/works/wagner.htm

N’écartons pas ainsi la possibilité que, en dépit d’une « croissance » molle, malgré des tendances à la surproduction bientôt compensées malgré tout par l’affaiblissement de gisements anciens non remplacés, une certaine hausse survienne, rendue inévitable peut-être par l’accroissement inéluctable des coûts de production de gisements plus difficiles, ou même de raffinage d’huiles moins commodes, et emportée plausiblement, mais non certainement, comme on le répète [comme si rien ne pouvait sérieusement s’enrayer dans la mécanique, de façon régionale ou bien beaucoup plus large] par une certaine homogénéisation des consommations respectives des peuples [la lente mais régulière décroissance de la consommation individuelle dans les pays occidentaux se trouvant sensiblement surcompensée par l’accroissement de la consommation dans d’autres régions du monde – n’oublions pas qu’un Étatsunien consomme encore 24 barils de pétrole par an, un Allemand 10, un Chinois 2,5 et un Indien 1 seulement]. 

SR