Un communiqué du Département d’État étatsunien en date du 16 mars 2017 à propos de la Crimée [avec une incise sur la « polyarchie » & un excursus de contextualisation concernant les relations entre la Maison Blanche, la République islamique d’Iran & le royaume du « Khadim al-Haramayn al-Sharifayn »]

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Sur le site du Department of State, les Briefings sont soigneusement distingués des Statements. Le premier genre, spontané et même largement dialogique, ne saurait revêtir la même signification que le second ; et l’on ne peut douter que le communiqué produit ici [même s’il s’agit – ci-dessous in fine – d’un « Press Statement »] n’ait bénéficié de la plus vive attention des plus hautes autorités du département, et du Secrétaire d’État lui-même. Certes, M. Tillerson, aujourd’hui à Séoul, et demain, 18 mars, à Pékin, se trouvait hier à Tokyo : il est fort accaparé à n’en pas douter par l’affaire nord-coréenne, de fait préoccupante [sans que cela puisse justifier n’importe quelle action « préventive » de la sorte à laquelle on a prétendu nous habituer – je reprendrai bien sûr cette affaire, en laquelle fleurissent les mauvaises idées, le jeudi 23 mars prochain, ou le suivant peut-être – Inch’Allah bien sûr, l’on ne saurait être assez prudent concernant l’avenir… – et s’agissant aussi du passé d’ailleurs, dès lors qu’on n’y accède qu’avec les lunettes vertes d’Heinrich von Kleist – qui pourraient être rouges aussi, ou bleues, que Kant me pardonne et que Nietzsche, dans l’emballement du criticisme, m’accueille -, lunettes proprement constituantes du monde qui semble contemplé et paraît se donner dans une illusoire dé-couverte, un apaisant dé-voilement, et dès lors qu’on n’y parvient aussi que par les chemins hasardeux et tout d’exécution de la conjecture, et dessinés de toute façon dans le seul ajustement intérieur de l’esprit]. Mais ce communiqué a été, bien entendu, mûri et rédigé avant son départ.

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La Maison Blanche a-t-elle été consultée ? L’immense désordre de la polyarchie étatsunienne – polyarchie irréductible dans tout ensemble humain complexe, mais singulièrement frappante outre-Atlantique -, ne saurait autoriser aucune affirmation péremptoire concernant les procès effectifs de la décision de communiquer et d’agir.

[J’insiste une nouvelle fois sur cet aspect crucial, déjà suggéré, et même souligné, en cours. Mon propos n’est pas d’évoquer ici seulement les échelons les plus apparents de cette polyarchie, ceux que vous rencontrez en droit constitutionnel, selon des configurations de superposition ou de juxtaposition plus ou moins collaboratives, ainsi ce que l’on dit « fédéralisme » par exemple, ou bien ce que l’on caractérise assez généralement concernant les États-Unis comme « séparation stricte des pouvoirs », formule à laquelle il vaudrait mieux préférer, si l’on souhaite se maintenir dans un ordre de perspective agréé par les juristes – qui n’ont certes pas l’exclusivité de la méditation utile des « institutions » -, la double spécification « faible distribution des fonctions et forte indépendance des organes constitutionnels » ; cela, bien sûr, joue – et nul ne saurait douter que, par exemple, le Sénat en particulier – ou même la Chambre des Représentants – ne pèse d’un poids propre à entraver sérieusement le président lorsqu’une majorité le souhaite ; ou que des juges ne puissent le faire trébucher. Mais, à côté de cette partie émergée de l’iceberg, il y a ce que beaucoup désignent comme « Deep State » ; bien que cette expression soit répandue désormais, très au-delà des milieux « antisystème » qui en avaient naguère le monopole [un journaliste accrédité auprès de la Maison Blanche y a eu recours le dix mars dans une question posée à Sean Spicer, le porte-parole], je la crois assez malheureuse ; elle conduit en effet à supposer qu’il serait un lieu plus ou moins inconnu pour l’unité – que certains entendraient bien entendu sur le mode « conspirationniste » que dénoncent les, d’ailleurs, non moins « conspirationnistes » laquais du « système » – ceux ainsi qui passent leur temps à discerner désormais, à le prétendre du moins, la malignité dans la naturelle surprise devant tant d’invraisemblances assenées péremptoirement par les autoproclamées « élites », et le complot dans toute quête patiente de plus d’intelligibilité dans le monde, avec même, à l’arrière-plan, noire comme la mort ou rouge comme le sang, crochue peut-être, nouvelle « causalité diabolique », manifestant l’éternelle reviviscence de quelque obscur « empire du Mal », la main comme surnaturelle de Moscou – ; ne valent-ils pas, ces derniers soupçonneux du contre-soupçon et autre dénonciateurs d’on ne sait quelle « post-vérité » [comme s’ils étaient les maîtres d’un lieu qui fût la vérité], par cette manière de dérapage animiste qui cherche toujours l’unité consciente et efficace de l’intention, le dieu dans la machine dirais-je en tordant une expression fameuse, ces malheureux qui pensent que des « Illuminati », des lézards peut-être même [au fond d’une façon analogue à celle du génial et plaisamment subversif film de John Carpenter, « They live »], tirent avec une satanique efficacité les ficelles de l’ensemble de la politique mondiale, dont ils décideraient souverainement et opérativement en de souterraines et secrètes réunions, présidées bien entendu par la reine d’Angleterre ? Mon sentiment est que, certes sur le fond d’une domination de classe toujours plus rigoureuse de l’oligarchie, et d’une oligarchie ploutocratique largement globalisée désormais, dont les intérêts peuvent être partiellement, et même significativement, contradictoires, il n’y a pas d’unité, mais le chaos, un chaos engendrant un chaos toujours accru, non point donc la manifestation de la trop fameuse directive « Ordo ab Chao », mais celle, irréductible désormais, d’un vortical – vor et non, certes ver – « Chaos ab Chao » – chaos en lequel s’affairent d’innombrables officines, sans existence constitutionnelle, n’ayant assurément pas vocation ainsi à devenir des organes de l’Etat, dotés d’une capacité propre et originaire de vouloir, mais point non plus une vocation avouable à infléchir les opérations des organes formels dudit Etat, mais l’usurpant souvent, telles celles de la pléthorique « Intelligence Community », si nombreuse, éclatée, divisée et source de considérables embarras dont certains pourraient conduire quelque jour à une catastrophe planétaire, celles aussi, publiques ou privées, du « Military-Industrial Complex », selon l’expression du président, et five stars general, Eisenhower dans son anxieuse « Farewell Address » de janvier 1961, associant haute armée et grande industrie de guerre, celles encore de la presse bien évidemment, certes souvent, et toujours davantage, étroitement dépendante du Capital, celles bien sûr de groupes spirituels, ainsi aux États-Unis et en beaucoup d’autres lieux, les sectes évangéliques, ou bien de certains réseaux, en particulier maçonniques – puissants certes, mais dont la surestimation conduit justement aux trop simples vues « illuminatistes » -, etc. A la charnière du monde constitutionnel des organes et de ces mondes moins immédiatement visibles, le monde du « Cabinet » ne laisse pas d’être étrange : il n’y a évidemment pas de « cabinet » dans l’acception parlementaire du terme – les chefs de départements en principe ne devraient pas être grand chose, de dociles chefs d’administrations ; mais il n’en va nullement ainsi, non seulement du point de vue des opérations légales qui leur sont ouvertes, mais sur le chapitre même des politiques conduites – à tel point qu’assez souvent, dans les affaires qui nous préoccupent, l’on peut avoir le sentiment qu’il y a, ou à peu près, une politique de la Maison Blanche, une du Département d’Etat et une du Pentagone, et même, au Département d’Etat, que le Secrétaire d’Etat ne tient pas parfaitement ses adjoints dotés d’une compétence régionale.

L’on finit, pour peu que l’on soit attentif, pas complètement idiot, raisonnablement soupçonneux et prêt à y passer un tout petit peu de temps, par faire d’étranges découvertes, jusqu’à des échelons assez médiocres mais point forcément sans portée – ce qui suit peut sembler bien sûr anecdotique mais révélateur pourtant : je trouvais ces dernières semaines certains propos de M. Mark Toner, porte-parole du Département d’Etat, assez bizarres – anormalement contraires aux positions prêtées naguère à M. Trump – anormalement dis-je, car il y a bien sûr, dans la présente Administration, un jeu plus important que dans toute autre précédemment, et qu’il faut donc, pour que cela attire l’attention, qu’un certain seuil soit dépassé – ; en ligne, l’on apprend fort peu – étrangement peu au fond – de cet homme vraiment sans charme et sans talent à mon sens ; dans une notice Wikipédia maigrelette, parfaitement silencieuse sur tout aspect privé, ceci toutefois : « Toner was Deputy Spokesperson for the State Department from 2010 to 2013, serving with Spokesperson Victoria Nuland » – l’affaire, on peut le dire, est entendue : la communication principale en matière de politique étrangère est dans les mains d’un néoconservateur clintonien de l’incandescente variante nulandienne [la dame Nuland, dois-je le rappeler, est femme du néocons Robert Kagan, l’un des most prominent, comme l’on dit là-bas, parmi les néocons], de deuxième plan simplement. [Toner a été remplacé le 24 avril 2017 par Mme Heather Nauert, journaliste de Fox News, le chaîne préférée de M. Trump ; celle-ci a parfois ému les réseaux sociaux par le passé du fait d’un jeu de jambes parfois impressionnant à l’écran ; son époux est banquier – chez Goldman Sachs bien sûr -, bref, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes étatsuniens possible.]

Bien entendu, cette abracadabrantesque  fatrasie – laquelle, enveloppée dans les plis illusoires de l’impeccable « narrative » des juristes, transforme aujourd’hui la « démocratie », et la « représentation » aussi d’ailleurs, en un mot non seulement creux mais mensongèrement détourné – ne date aucunement de M. Trump. Mais elle ne saurait guère ne pas s’approfondir sans mesure à l’heure où le conflit des globalistes, naguère si proches d’une victoire à peu près complète, et de ceux qui leur opposent désormais, tout aussi mondialement, la rude résistance de leurs faiblesses obstinées et conjuguées – et dialoguantes aussi, toujours plus informées, spéculairement nourries, grâce à la toile, accrues sans fin par la force de l’esprit – s’exaspère planétairement, trouvant des prolongements jusqu’au cœur du « swamp » washingtonien ; et il est plus que douteux que l’actuel POTUS — au regard 1) de l’immensité de la tâche, qui le conduit à déléguer beaucoup, hélas à une équipe plutôt médiocre [beaucoup trop – peut-être ce gars est-il un fainéant qui joue trop au golf comme son prédécesseur, l’on se pose la question : a) l’on a appris en effet à la mi-mars qu’il autorisait la CIA à frapper à sa guise au moyen de drones tout suspect qu’elle pourrait librement déterminer ; b) la sotte dame Nikki Haley, qui bavasse à tort et à travers à l’ONU, annonçait au début d’avril 2017 qu’elle n’avait jamais reçu la moindre indication de M. Trump concernant les orientations de la politique extérieure étatsunienne, et qu’elle procédait donc à sa façon ; avant, il est vrai, le 6 du même mois, caquetant à tout va sur la Syrie, de se vanter de la manière dont elle ne cesse de « remonter les bretelles » [!] des dirigeants russes, et cette fois de faire état – quand donc a-t-elle menti ? – de ses conversations répétées avec le président qui considérerait que « la Russie est un problème » [!], et d’annoncer, comme une évidence, une nouvelle violation du droit international qui est effectivement intervenue dans la nuit du 6 au 7 lorsqu’une cinquantaine de « Tomahawks » ont été lancés sur une base aérienne syrienne, pouvant donner le sentiment que non M. Trump, mais Mme Clinton eût été élu le 9 novembre dernier… ; c) dans le même temps l’on découvrait qu’au Yémen ou en Somalie, le Pentagone et l’armée étaient de fait habilités à agir dans tout sens de leur choix sans en référer à la Maison Blanche…], 2) de son contexte aussi – celui de la consistance subjective à peu près universelle que revêtent en ce pays, que son aveuglement même, au demeurant, a fait triompher, ces illusions de l’ « État de droit » qui appelleraient une sauvage critique de type marxiste et des moyens révolutionnaires un peu sévères auxquels la nature de sa réussite personnelle, si elle ne fait pas [n’a pas fait ?] obstacle à un certain anticonformisme de l’intérieur, assez remarquable au fond, lui interdit à n’en guère douter d’incliner — soit jamais en mesure de la juguler [la = fatrasie].

L’on ne saurait ainsi procéder que conjecturalement, en esquissant des montages prudents, en les révisant souplement, en suspendant bien souvent – par delà la pochade très générale que je viens de barbouiller – son jugement lorsque celui-ci apparaît encore impossible – en s’employant surtout à maîtriser la dynamique paranoïde du soupçon, dont la remarquable fécondité ne doit pas empêcher le jugement de retenir le scalpel excessif, avide de tailler dans des chairs apparentes, la surestimation en particulier, en des affaires telles que celles que nous croisons, de « l’adversaire », dont il n’est pas certain au fond qu’il ne soit pas aussi borné et aussi brouillon que « l’allié » – je m’adresse ici à ces compréhensibles contestataires qui prétendent discerner les opérations d’un art impeccable et discipliné à l’arrière-plan du désordre apparent, là où il peut sembler plausible que le désordre ne prenne son fragile appui que sur le désordre même, maillé certes dans une certaine mesure par le jeu des ordinaires passions viles. [De façon plus générale, Dali, évoquant sa « méthode paranoïa[que]-critique », disait fort bien les choses.]

— Sans doute n’est-il pas sans aucun intérêt pour l’histoire contemporaine des usages de la langue dans l’analyse commune des opérations de la politique étatsunienne de conserver mémoire de cet échange, évoqué il y a quinze ou vingt lignes, entre le journaliste Hunter [qui, toutefois, est peut-être le jeune journaliste anti-« liberal » Derek Hunter, ce qui limiterait la portée de la présente observation] et le porte-parole Spicer lors du Press Briefing du 10 mars dernier ; le voici : —

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— Bien entendu, les implications de l’expression sont lourdes – beaucoup trop lourdes à mes yeux, je le redis. Pour autant, la façon dont un « décodeur » du New York Times s’empare de l’affaire immédiatement, afin d’inverser complètement – et dès lors abusivement – la suggestion et les usages de la langue de Derek Hunter, ne laisse pas de surprendre… Il semblerait qu’il ne faille vraiment pas s’exprimer dans certains termes – usuelle police de la langue qui est certes la condition de celle de la pensée. Voici un fragment du texte – fort long, et assez curieux – du NYT : —

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Il serait quoi qu’il en soit affolant – même si non impossible – qu’un tel texte [j’entends, le communiqué, qui donne sa première enseigne à ce billet] ait vu le jour sans que quiconque n’ait été prévenu dans l’entourage le plus proche du président ; sachant toutefois qu’il est, non pas probable seulement, mais avéré que le petit monde trumpien est agité de fortes dissensions entre, d’un côté, représentants à peine dissimulés de l’hydre néoconservatrice, incurablement bellicistes, et, d’un autre côté, partisans, peut-être assez peu nombreux au fond, d’orientations novatrices et raisonnablement pacifiques, et possiblement même alternatives, plus conformes aux perspectives tracées par M. Trump pendant sa campagne, et confirmées par le célèbre « twittos » dans telle critique cinglante faite encore récemment [mais avant, il est vrai, que ne trouve son terme cette affaire Flynn que j’ai évoquée à deux ou trois reprises en cours] des vatenguerres sénateurs John McCain et Lindsey Graham. 

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— Voir le tweet ci-dessous, en date du 29 janvier ; la pénultième photo est celle des deux boutefeux – le chef, McCain, à droite – ; ne pas se fier surtout à l’air passablement amorti, et même à peu près sénile, des deux bons vieillards – ainsi, souvent, dans le marigot, au cœur du swamp, le crocodile ressemble-t-il à un vieux tronc mort. —

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Malheureusement, depuis quelques semaines, les chances d’une détente – ainsi que je l’ai suggéré en cours à deux ou trois reprises [et en particulier dans une réponse circonstanciée à une question qui m’a été posée le 23 février – voir le billet « Quelques cartes […] », deuxième partie, vers la fin du III] – s’estompent peu à peu, et davantage sans doute. Il faut redouter que le point désormais atteint n’interdise l’espoir d’un retournement prochain, ni même possible à moyen terme. Car Moscou – toujours imperturbable certes – ne saurait guère n’entendre pas ce que Washington lui serine au moins depuis la première intervention de l’assez ridicule Mme Haley, la nouvelle représentante des États-Unis à l’ONU (fort lourd handicap que celui de se croire joli[e]) ; et peut-être ne faut-il pas écarter à la légère la possibilité désormais d’une nouvelle réponse finement ajustée – de la sorte de celle apportée il y a exactement trois ans, en Crimée justement – du berger russe à la bergère américaine, laquelle, il est vrai, même lorsque Mme Victoria Nuland ou Mme Samantha Power quittent enfin la scène, paraît toujours reviviscente, sous les traits d’ailleurs, cela va de soi, de l’un et l’autre sexe. 

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L’horizon devient ainsi à nouveau menaçant à cette heure, dans le domaine qui nous occupe, et point seulement à cause de ce royaume ermite dont le prince est un gros enfant vraiment trop joueur ; de redoutables cumulonimbus accompagnent ainsi l’accroissement dangereux, et fort pénible, car bien mal motivé, des tensions avec la République islamique d’Iran, qui, luttant au premier rang contre le « Califat », n’est aucunement, depuis bien longtemps, mère du « terrorisme », ni menace sérieuse immédiate pour qui que ce soit si elle n’est pas poussée à bout, et si les agitations occidentales n’ont pas pour conséquence de rendre plus difficile la réélection à la présidence dans quelques mois du mollah Rohani, certes peu concurrencé semble-t-il ; le départ du général Flynn, qui présentait d’autres avantages, sur le « front russe » ainsi, mais était remonté comme un coucou à propos de ce dossier, pourtant lié, dans une certaine mesure, avec le précédent, ne paraît pas avoir profondément apaisé un jeu périlleux, même si le rythme de l’aggravation de la tension paraît s’être un peu calmé.

[Je vous renvoie à mes commentaires du cours du jeudi 16 mars sur la rencontre, l’avant-veille – véritable « turning point » selon un communiqué de l’entourage du second -, de M. Trump – la mine soucieuse, peut-être, sur la photo, et l’on verra là un possible signe de l’inquiétude qui pourrait être la sienne de se trouver entraîné plus loin qu’il ne le souhaiterait, s’agissant de l’Iran bien sûr, mais peut-être aussi de la Syrie ou du Yémen – avec le prince Mohammed bin Salman – personnage considérable, ambitieux et souciant dont on sait le rôle qu’il tient auprès de son royal père et la façon dont il pesa, il y aura deux ans dans neuf jours, dans le déclenchement de la guerre au Yémen, à la fois injustifiable et particulièrement cruelle pour les infortunées populations civiles – sans que l’on ne s’en émeuve nullement parmi les bonnes âmes de par ici, qui semblent partager avec l’État islamique et quelques autres le sentiment que, au Yémen, en Syrie, ou dans une mesure assez différente, et contradictoire dans la durée, en Irak, et peut-être quelque jour en Iran ou au Liban, les meilleurs chiites sont les chiites morts. Je produis en annexe un dossier, à mon sens d’un grand intérêt, sur cette rencontre.]

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— Ci-dessous, l’extrait le plus pertinent du « Readout » de la Maison Blanche, le 15 mars – sur le site de celle-ci -, concernant l’entrevue avec le prince Mohammed bin Salman. L’on relèvera que, dans ce texte assez long, la mention de l’Iran est plutôt minimaliste. Le contraste est assez net avec le ton du communiqué diffusé par un conseiller du prince, dont malheureusement il n’a pas été possible de trouver en ligne davantage [dans un premier temps du moins] que des extraits diffusés par deux agences de presse – je ne reprends pas mes observations sur ces grandes créatrices de l’ « information » mondiale que sont les agences de presse, bien qu’il s’agisse d’une question véritablement cruciale. [Finalement, Bloomberg a publié deux jours plus tard une version complète du communiqué du conseiller du prince héritier en second – voir annexe ci-après.] Les préoccupations du « Readout » américain paraissent surtout économiques ; l’on en vient à se demander si le voyage du roi Salman en Asie orientale, quelques jours plus tôt, évoqué dans le cours du 16 [mais il faudra y revenir, au moins brièvement, le 23], en particulier par son épisode japonais [photo ci-dessus, en compagnie du Premier ministre Shinzo Abe], essentiellement consacré à la coopération économique, n’avait pas aussi pour propos d’exercer une certaine pression concurrentielle sur la présidence étatsunienne. – NB : l’on ne sait comment traduire readout, qui comporte l’idée première d’une lecture à haute voix, et seconde d’un affichage ; proclamation conviendrait assez mais semble bien pompeux pour ce sobre et modeste exercice ; les usages plus ou moins mécanographiques – tirage, sortie – ne présentent guère d’intérêt – peut-être faudrait-il arrêter son choix à relevé ou à relation – procès-verbal serait trop sans doute. —

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L’on peut certes, méditant tout cela, s’apaiser un peu en se disant que c’eût été bien pire avec l’insensée dame « we came, we saw, he died » … : assez maigre consolation toutefois – l’espoir demeurant pourtant que la lutte engagée avec une fermeté manifeste contre le libre-échange-monde – j’y reviendrai en cours – n’aboutisse dans une certaine mesure, ce qui serait à soi seul un admirable tournant [dont les effets risquent hélas d’être gâchés pour une France ridiculement à la remorque de l’Allemagne du fait, désormais, de la profonde médiocrité passéiste de la plupart des pauvres candidats qui se bousculent pour nous diriger sans comprendre que notre jeu le plus assuré réside dans l’intensification de nos relations bilatérales avec la Russie et la peut-être nouvelle Amérique].

— Ci-dessous le communiqué formant l’objet principal du présent billet —

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ANNEXE ANNONCÉE : READOUT PRÉSIDENTIEL ET COMMUNIQUÉ PRINCIER.

[je souligne ce qui me paraît le plus important pour nos affaires]

1°) Le Readout [site de la Maison Blanche] :

For Immediate Release                          March 15, 2017
Readout of the President’s Meeting with Mohammed bin Salman Abdulaziz Al Saud, Deputy Crown Prince and Minister of Defense of the Kingdom of Saudi Arabia

Yesterday at the White House, President Donald J. Trump and Saudi Deputy Crown Prince Mohammed bin Salman reaffirmed their support for a strong, broad, and enduring strategic partnership based on a shared interest and commitment to the stability and prosperity of the Middle East region. They directed their teams to explore additional steps across a broad range of political, military, security, economic, cultural, and social dimensions to further strengthen and elevate the United States-Saudi strategic relationship for the benefit of both countries. U.S. and Saudi officials intend to consult on additional steps to deepen commercial ties and promote investment, and to expand cooperation in the energy sector. The President and the Deputy Crown Prince noted the importance of confronting Iran’s destabilizing regional activities while continuing to evaluate and strictly enforce the Joint Comprehensive Plan of Action. The President expressed his strong desire to achieve a comprehensive, just, and lasting settlement to the Israeli-Palestinian conflict and to continue the two countries’ consultations to help reach solutions for regional issues. More broadly, the President and Deputy Crown Prince noted the ongoing security and military cooperation between the two countries in confronting Daesh/ISIS and other transnational terrorist organizations that pose a threat to all nations.

The two countries announced their determination to strengthen their cooperation in the economic, commercial, investment, and energy fields, with the aim of realizing growth and prosperity in the two countries and the global economy. President Trump provided his support for developing a new United States-Saudi program, undertaken by joint U.S.-Saudi working groups, and its unique initiatives in energy, industry, infrastructure, and technology worth potentially more than $200 billion in direct and indirect investments within the next four years. The President also provided his support for United States investments in Saudi Arabia and the facilitation of bilateral trade, which will result in sizable opportunities for both countries. On energy, the two countries affirmed their desire to continue bilateral consultations in a way that enhances the growth of the global economy and limits supply disruption and market volatility.

The two countries highlighted that expanded economic cooperation could create as many as one million direct American jobs within the next four years, millions of indirect American jobs, as well as jobs in Saudi Arabia. The Deputy Crown Prince reviewed Saudi Arabia’s Vision 2030 program for the President and agreed to put in place specific bilateral programs to help both countries benefit from new opportunities created by the Kingdom’s implementation of those new economic plans.

2°) Le communiqué du cabinet du Deputy Crown Prince :

Notons préalablement qu’il est assez curieux – sauf insuffisante attention de ma part – que le site officiel principal du Royaume d’Arabie séoudite, celui de la Saudi Press Agency [doc. 1] ne porte pas ce communiqué, alors qu’il est essentiellement composé d’une suite de documents de cette sorte classés chronologiquement. [Ce site comporte une version française ; mais je vous recommande bien entendu la version en anglais – il s’agit là d’un monde dont l’anglais est impeccable, mais rarement le français, pour de très évidents motifs]. Cela revêt peut-être une signification ; je suis incapable de l’apprécier. La chose est d’autant plus étrange que le message de remerciement au président Trump du prince Mohammed bin Salman figure à sa place dans ce site [doc. 2]. Peut-être le communiqué est-il rapporté dans le site du Ministère de la Défense du royaume [doc. 3]. Mais, bien que celui-ci porte un onglet english, ce dernier ne fonctionne pas et le site paraît n’être accessible qu’en arabe. L’on doit donc se fier – sans risque ici dès lors que le texte est intégral – à la version la plus complète de Bloomberg [doc. 4]. Faut-il insister sur l’intérêt remarquable à tous égards de ce texte dans lequel, 1°) M. Trump est loué comme un vrai ami des musulmans, et 2°) le prince manifestant la pleine conscience des mesures très restrictives prises par les monarchies du Golfe pour empêcher l’accès de réfugiés, qui sont aussi des coreligionnaires, à leur sol sacré, fait l’éloge des murs protecteurs en évoquant celui qu’a dressé son propre pays [fence, la clôture] à la frontière irako-séoudienne [doc. 5]. De toute façon, même si les relations entre les États-Unis et la monarchie séoudienne ne sont pas toujours parfaites [elles furent ainsi à n’en pas douter plus intenses sous les présidents Bush par exemple que sous M. Obama], elles ne sauraient être frontalement mauvaises et il serait vain d’espérer que soit remis en cause l’esprit ce que l’on appelle le Pacte du Quincy [du nom du croiseur USS Quincy sur lequel le second Roosevelt rencontra le roi Ibn Séoud à l’hiver de 1945] ; les Séoud sont au fond trop fragiles pour jouer trop fort ; de toute façon les États-Unis ont des motifs de politique internationale de ne pas voir d’un œil défavorable le soutien qu’ils apportent à une partie au moins de la radicalité islamique – même si M. Trump a pu sembler beaucoup plus réticent sur ce chapitre que nombre de ses prédécesseurs – ; enfin, même si les possibilités d’assurer leurs besoins en hydrocarbures ne rendent pas le Moyen Orient aussi irréductiblement indispensable aux États-Unis qu’on ne le dit parfois, il n’empêche que la domination d’une grande partie de cette région leur donne barre autant qu’utile sur une Chine profondément dépendante de ses importations dans ce domaine. [doc. 6, tout à la fin du billet, un dessin du talentueux et contesté dessinateur anti-impérialiste brésilien Latuff].

 [doc. 1]

Le site de l'officielle Saudi Press Agency.png

[doc. 2]

Message de remerciement du vice-prince héritier séoudien à M. Trump.png

[doc. 3]

Site du Ministère de la défense séoudien.png

[doc. 4]

[je le redis : je souligne]

A senior adviser to the Saudi Deputy Crown Prince Mohammed bin Salman gave the following statement on the meeting with U.S. President Donald Trump:

The meeting between Prince Mohammad bin Salman and President Trump was a huge success, marking a historic turning point in bilateral relation of the two countries.

Relations had undergone a period of difference of opinion. However, today’s meeting has put things on the right track, and marked a significant shift in relations, across all political, military, security and economic fields. All of this is due to President Trump’s great understanding of the importance of relations between the two countries and his clear sight of problems in the region.

Prince Mohammed Bin Salman discussed with President Trump the issue of banning some citizens from six countries from entering the United States of America and that His Excellency is closely monitoring this matter from the beginning. Saudi Arabia does not believe that this measure is targeting Muslim countries or the religion of Islam. This measure is a sovereign decision aimed at preventing terrorists from entering the United States of America. President Trump expressed his deep respect for the Religion of Islam, considering it one of the divine religions that came with great human principles kidnapped by radical groups.

At the same time, Prince Mohammed Bin Salman emphasized that information from Saudi Arabia confirms indeed the existence of a plot against the United States of America that has been planned in those countries in secret by those groups that took advantage of what they assume a security weakness to conduct operations against the United States of America. His Excellency expressed his understanding and support for this vital and urgent precaution measure to protect the United States of America from expected terrorist operations.

Many of the economic files between the two countries have been discussed. They included huge Saudi investments in the United States of America in addition to exceptionally and largely providing American companies with the opportunities to enter the Saudi market.

This would not have been achieved without President Trump’s efforts to improve the climate for investments inside the United States of America

Prince Mohammed bin Salman has stressed how bad and very dangerous the nuclear deal is on the region and that it is going to hold the Iranian radical regime back for a short period of time in their quest for producing a nuclear weapon. This deal could lead to a more dangerous and continuous armament among the region’s countries that will not accept any Iranian nuclear military capacity.

The President and the Deputy Crown Prince share the same views on the gravity of the Iranian expansionist moves in the region. Iran is trying to gain its legitimacy in the Islamic world by supporting terrorist organizations with the aim of reaching Mecca, the Qibla of all Muslims, which gives them the legitimacy they lack in the Islamic world. Iran’s support of terrorist organization such as Hezbollah, al-Qaeda, ISIS and others along with its obstructing of any deal to settle the Palestinian issue, as a form of exporting its issues abroad, are nothing but another attempt to the gain the legitimacy it lacks among Muslims.

The two sides expressed their agreement on the importance of the great change that President Trump is leading in the U.S, which coincides with the undergoing change in Saudi Arabia through “Vision 2030.”

Concerning terrorism in the region, both parties agreed that recruitment campaigns carried out by some terrorist groups in Saudi Arabia against Saudi citizens are launched to legitimize these groups. Since the Kingdom is seen as a leading country in the Islamic World, Seat of the Revelation, Land Two Holy Mosques, and the Qibla of all Muslims, which represent an unparalleled legitimacy. In addition to attempting to harm the Saudi strategic relations with the US in particular, and the rest of the world in general. This includes the actions of Al-Qaeda’s leader, Osama Bin Laden, about whom his deputy, Al-Zawahiri, said in his memorial speech that Osama was among Muslim Brotherhood since he was a college student, and Al-Zawahiri himself was a member of the Muslim Brotherhood as well. Al-Zawahiri added that Osama Bin Laden delayed the terrorist attacks on the US more than once, aiming to collect as many Saudis as possible to conduct the attacks, in order to harm the relations between the two countries.

Both sides discussed the Saudi successful experience in building a fence on the Saudi-Iraqi border, which led to preventing illegal entrance of individuals, as well as preventing smuggling operations.

Prince Mohammed expressed his regrets that Saudi Arabia did not apply this experience earlier on the Saudi-Yemeni border, noting that the success of the northern border experience will accelerate applying it on the Saudi southern border.
Prince Mohammed Bin Salman expressed, after the meeting, his satisfaction with the positive attitude and clarifications he heard from President Trump about his stance on Islam, which runs against what the media promoted about the President, stressing that his Excellency President Trump has an unprecedented and serious intention to work with the Muslim World and to achieve its interests and that Prince Mohammed considers his Excellency as a true friend of Muslims who will serve the Muslim World in an unimaginable manner, opposite to the negative portrait of his Excellency that some have tried to promote whether through publishing unjust statements that are taken out of their context or by means of unrealistic media commentaries and analyses about his Excellency.

After this historic meeting today, the cooperation between the two countries will be in its upmost level. He added that a lot of positive news and details will be announced within the coming period.

[doc. 5]

Cloture à la frontière séoudo-irakienne.png

Ainsi que je l’ai dit à deux ou trois reprises, je souligne très rarement avec un crayon rouge des demandes clairement formulées. J’ai tout écrit et tout dit sur l’examen. Un petit nombre, conscient qu’aucun « savoir » ne saurait être transmis dans la passivité des esprits, a manifestement – j’en suis très heureux – fort bien compris, et les méthodes de travail, et l’énormité des enjeux évoqués – puisqu’ils sont ceux, non seulement d’une certaine prospérité ou d’une probable paupérisation, mais encore de la paix ou de la guerre. Un très grand nombre semble avoir des yeux pour ne pas voir, et des oreilles pour ne pas entendre ; il n’a rien lu, rien écouté, et, lorsque tels viennent en cours, à titre exceptionnel certainement, ils persistent – trois pauvres jeunes filles encore jeudi dernier 16 mars – à me poser d’étranges questions qui portent le témoignage éclatant de leur incurie [ignorante même du fonctionnement du site de l’Université après six mois !]. J’ai dit l’importance que j’accordais à la bonne volonté dans le travail, et au climat stimulant qui en résulte pour tous. Les deux précédentes années ont été assez réussies à mon sens de ce point de vue. Cette année, le nombre d’étudiants manifestant un peu d’ardeur a sensiblement décru ; les indicateurs dont je dispose l’établissent de façon assurée. Qu’une moitié d’étudiants – une grosse moitié à mon sens désormais des mille cinq cents étudiants « théoriques », et probablement même des mille deux cent cinquante étudiants qui se présentent ordinairement en juin – n’assistent pas au cours, c’est beaucoup, et périlleux pour des enseignement inédits par la force des choses [la transmission électronique de notes souvent mal prises ne pouvant guère remplacer une présence attentive, sensible aux articulations fines, aux nuances, plus encore qu’à des « données » qui ne revêtent jamais une telle signification dans le travail de l’interprétation] ; que quatre-vingt-quinze pour cent ne passent manifestement pas les deux ou trois heures hebdomadaires qui leur permettraient de travailler un peu sur les documents et compléments que je produis dans ce blogue et de faire quelques recherches supplémentaires sur la toile, c’est tout à fait surprenant à mes yeux – une matière « complémentaire » n’est pas une matière inexistante, que l’on pourrait envisager d’ « apprendre » en une nuit autour du premier juin. Je ne souligne pas, mais lorsque je dis les choses, il est préférable de considérer que je les ai dites : elles sont dites, j’espère qu’un plus grand nombre saura s’engager résolument dans une voie plus féconde – et je ne doute pas que ceux qui seront parvenus jusqu’ici ne s’interrogent par exemple sur la bien intéressante expression Khadim al-Haramayn al-Sharifayn [translittération la plus fréquente dans le monde anglophone] dont on ne saurait surestimer la place et la fonction dans le discours de la monarchie séoudienne [vous en trouverez confirmation sur la page reproduite du site de Saudi Press Agency] et de ses obligés extérieurs.

Puisque me voici lancé dans un début d’histoire comparée des « murs » [grand sujet pour des juristes, qui ne sauraient d’ailleurs ne pas saisir que l’ensemble du monde du droit est placé sous le signe de la frontière : qu’est-ce que « qualifier juridiquement », si ce n’est essayer de tracer une frontière ? – seuls des esprits peu sérieux peuvent se montrer incapables de le comprendre], voici une vue intéressante de celui qu’a construit Israël :

LE MUR DE SEPARATION ISRAELIEN.png

Une autre vue, à Bethléem auprès de l’église orthodoxe de la Saine-Croix :

Bethléem - L'Eglise orthodoxe de la Sainte-Croix devant le Mur.png

Pour une mise en perspective « historique » de la question criméenne, voir la seconde partie du billet « Quelques cartes […] », en cours d’achèvement

LATUFF PETROLE ET RI.png

sr