« Comment pouvez-vous ne pas comprendre que le monde est aspiré dans une irréversible direction ? […] Je ne sais pas comment toucher davantage vos esprits » [V.V.Poutine, 18-VI-2016]. Quelques documents sur la sensibilité stratégique des autorités russes & sur la doctrine militaire de la Fédération de Russie [avec, en chemin, des considérations sur l’accès à l’océan mondial, le déploiement de l’OTAN & la doctrine nucléaire française]

 

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La série des champignons vénéneux provient de la collection Getty. Certains ressemblent étrangement à des lampes, tantôt Art Nouveau, tantôt Art Déco plutôt.

 

À titre de brillante introduction à cette bien modeste et très insuffisante compilation, je vous suggère d’entendre, en langue française, une communication prononcée à Paris le 25 mars 2017 par M. Alekseï Pouchkov, devenu, après une carrière au fond assez fluide, comme beaucoup de Russes de sa génération, président de la Commission des Affaires Étrangères de la Douma d’État [lien ci-dessous]. Ne soyez pas étonnés de l’excellent niveau de cet orateur : la formation de la jeunesse était une préoccupation majeure de l’Union soviétique ; tous ses pays, et tous les pays qui furent autrefois sous sa domination en Europe de l’Est, en ressentirent les profonds effets, parmi d’autres, moins féconds. L’on me dit parfois que, avec « retard » sur nous, certes, ces effets tendent à s’estomper peu à peu désormais dans la toute nouvelle génération – les suites délétères de l’individualisme libéral affectant aussi, ainsi que j’ai déjà eu l’occasion de le remarquer, nombre d’aspects de la vie d’un pays devenu capitaliste, en dépit du maintien plus solide, en apparence du moins, de vues éthiques plus traditionnelles – : je ne sais si cette vue pessimiste est pleinement justifiée. Notez que M. Pouchkov fut formé – quant à sa formation supérieure – au fameux MGIMO, l’Institut d’État des Relations Internationales de Moscou, pépinière des futurs personnels des Affaires étrangères, et placé d’ailleurs sous l’autorité de la Place Smolenskaya [le ministre Lavrov en est lui-même issu, comme sa porte-parole bien connue, Mme Maria Zakharova, directrice du Département de l’Information du Ministère des Affaires étrangères russe]

De M. Trump, les observateurs de la vie internationale qui demeurent indépendants, et qui ont assez de force d’âme pour échapper aux emballements mimétiques de la toujours renouvelée rhinocérite évoquée par un grand dramaturge, pouvaient en tout cas, dans l’ordre des « relations internationales », redouter une orientation et se réjouir d’une autre : redouter le souhait plausible d’en découdre d’une façon ou d’une autre avec la République islamique d’Iran – en rompant avec le seul aspect véritablement – mais très profondément et courageusement – positif de la politique étrangère conduite au cours des deux mandats de M. Obama – ; se réjouir du vœu manifesté d’explorer les voies d’un apaisement avec la Fédération de Russie – en tournant la page des brutalités bushiennes et des narcissiques habiletés obamiennes [[préférables certes aux folies auxquelles eût conduit la victoire de M. McCain : serions-nous ici si ce furieux l’avait emporté le 4 novembre 2008 ? se fût-il « contenté », comme son concurrent victorieux, de la destruction de la Libye et des ruineuses contradictions manifestées par les États-Unis en Syrie ? [pour le moins, car il me semble que l’on est à même désormais de porter, avec un très haut degré de probabilité, un jugement beaucoup plus sévère sur le comportement à peu près monstrueux des Etats-Unis au « Levant »] ; le « Smart Power » obamien – regardez, semble dire, se contemplant, le héros des classes globalisées, ou qui pensent l’être, et, pour l’essentiel de l’effectif, déchanteront assez vite, comme je suis beau, drôle, moral, bon golfeur, bon danseur, génial tacticien… – put bien s’accompagner d’actes de délinquance internationale effroyables et sans nombre – l’ancien président ignore sans doute ainsi le nombre d’enfants que les attaques par drones ordonnées hebdomadairement depuis la Maison-Blanche ont mutilés ou tués dans tant de pays -, il marqua du moins un repli certain au regard du messianisme belliciste de l’ère Bush dont on peut penser que le curieux M. McCain l’eût « sécularisé » peut-être, mais encore amplifié dans ses effets, acheminant plausiblement le monde vers une nouvelle guerre planétaire à force de tentatives de coups colorés.]]

Dans le lit [ci-dessous], très dangereux terroriste, véritable fauve, mis – temporairement – hors d’état de nuire par une frappe de drone commandée par M. Obama, ainsi que cela a été établi très précisément, depuis le « bureau ovale ». [Tout ce que j’affirme – et j’affirme peu, m’en tenant d’ordinaire à des conjectures – peut être précisément documenté : ici, les dubitatifs n’auront qu’à prendre connaissance du livre bouleversant de Jeremy Scahill, Dirty Wars, traduit d’ailleurs en français.] Hélas, ces innombrables assassinats étatsuniens, perpétrés dans le plus complet mépris de tant d’États souverains du Grand Moyen Orient [ici la scène se déroule au Pakistan en 2010], seront poursuivis sous M. Trump qui paraît même avoir élargi encore leur possibilité puisque – curieusement au regard des doutes profonds qu’il éprouve, fort justement je crois, et au fond après le fondateur même de l’agence, le président Truman qui évoquait sur le tard « a mistake », sur la rectitude de la CIA – il vient d’autoriser, par un acte couvert par le secret, mais qui a « fuité », cette trouble officine à frapper d’elle-même par drone tout simple suspect [Wall Street Journal, 13 mars 2017]. Je ne sais pas s’il s’agit-là d’ « apologie du terrorisme » au sens de la loi – qu’il faut bien dire Valls [cet homme vociférant a été la plus grande calamité des dernières décennies pour nos libertés nationales] – du 13 novembre 2014, qui a favorisé déjà d’invraisemblables abus et encouragé même des décisions de justice absurdes, mais pour ce qui me concerne, je comprends qu’à la longue tous ces gens ne soient pas très contents et puissent même nous en vouloir un peu, de notre complète indifférence au moins [vous voyez comme je suis prudent, bien que nos comportements – puisque nous sommes « alliés » d’une part des États-Unis, membres désormais activistes de l’OTAN, et que M. Hollande s’est vanté, d’autre part, entre deux grasses bouchées, de répandre la mort tout comme le longiligne M. Obama [livre de MM Davet et Lhomme] – me fassent pleurer de honte. Mais tous ceux qui s’en soucient douze minutes et demie – consultent une simple liste – comprennent que la justice pénale internationale n’a compétence, en fait, que pour les Africains ou à peu près [la CPI] et les Balkaniques [en droit alors – le TPIY] – elle est l’une des expressions de l’impérialisme à son stade suprême, si l’on peut jouer avec les formules graves. Comme, ainsi que je le disais, les frappes des drones sont réservées à toutes sortes de gens qui n’ont pas l’air du coin, les jeunes gens de par ici peuvent bien entendu se dire que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles : ils ont tort.]

14. Au Pakistan - Après le passage d'un drone (2010).png

Une autre image [ci-dessous]. Nid de frelons terroristes – dont vous noterez le caractère abominablement menaçant pour nos « valeurs » – mis en fuite au Yémen par les glorieuses forces démocratiques séoudiennes du prince Mohamed bin Salman, puissamment soutenues par les États-Unis et l’essentiel de la communauté « civilisée » [avril 2015] – avec un peu de chance, un avion des Séoud les a carbonisés quelques kilomètres plus loin – le « Free World » peut enfin respirer. Rassurons-nous surtout : à la mi-mars la prise de contact entre le prince et M. Trump a été merveilleuse, on l’a vu dans le dernier billet [en émettant un léger doute pourtant, dans la considération de la mine fort préoccupée de M. Trump] – le travail sera poursuivi sans mollir, davantage de gens jetés sur les routes, davantage d’attentats qaïdistes subventionnés par certains heureux de ce monde, davantage de populations privées d’eau, davantage de famine, d’avantage d’épidémies frappant des corps affaiblis par les privations, toujours moins de médicaments… Tout cela pour quoi ? Le motif de la tentative d’anéantissement de ce pays misérable  demeure au fond moins net qu’on ne le dit – admettons, en l’absence d’urgence stratégique : le souhait des nouveaux hommes forts de  la Maison de Séoud de montrer que le temps de l’assez prudent roi Abdallah était révolu [prince nullement modéré, furieusement antichiite lui aussi, mais c’est autre chose – les sentiments, dans l’ordre, extérieur, de la politique, ne comptent guère, les actes pèsent seulement en fin de compte] ; la volonté, désormais expresse, d’affronter en tous lieux le monde chiite ; peut-être les perspectives d’exploitation de considérables gisements d’hydrocarbures dans ce pays dans lequel, toutefois, la production de pétrole était tombée à presque rien par le fait de l’épuisement des nappes antérieurement exploitées [l’on évoque ces temps-ci des affaires assez obscures sur ce chapitre, au cœur desquelles se trouve d’ailleurs l’entreprise française Total].

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Hélas, ce que ces observateurs redoutaient paraît bien s’actualiser – même si la messe n’est pas tout à fait dite -, et ce qu’ils pouvaient espérer semble se dissoudre chaque semaine un peu plus dans le temps qui passe et les propos mal pesés qui volent [mal pesés ou proférés à dessein peut-être par ceux qui souhaitent mettre le feu aux poudres du monde jusqu’au cœur de l’Administration Trump – le porte-parole Toner du SD ainsi, et le non moins terne porte-parole Spicer, de WH qui plus est, que j’ai déjà eu l’occasion d’évoquer l’un et l’autre – comment le brillant « communiquant » qu’est Trump peut-il accepter que la parole de son Administration soit portée par de tels quinzièmes couteaux du logos ?], effilochant toujours davantage les bonnes intentions, donnant toute chance aux mauvaises de prospérer de plus belle, encourageant, de part et d’autre des frontières orientales, les anxiétés propices aux anticipations noires et aux décisions risquées, dans le tintamarre des chantiers d’installations militaires variées [dont celles accueillant des systèmes d’armes sophistiqués rendant l’ouest de la Russie toujours plus vulnérable à l’Occident, et en fait aux États-Unis – écartant pour Moscou la possibilité d’une riposte pleinement utile en cas de frappe surprise, abaissant ainsi l’efficace de la dissuasion réciproque] et parmi la musique sinistre des camions, des chars, des bottes et des hélicoptères des forces de l’OTAN [qui n’a rien à voir avec la musique qui se joue, « en miroir », plus à l’est pour la bonne et simple raison que les forces de l’OTAN ne sont pas chez elles, et que leurs démonstrations constituent une manifeste agression, certes à cette heure symbolique – mais le pied glisse bien vite parfois sur la ligne rendue visible d’une frontière tendue]. 

Lors du cours du jeudi 23 mars, j’ai cru discerner quelque intérêt chez nombre d’entre vous, lorsque j’ai suggéré qu’il ne faudrait pas croire que la France, puissance nucléaire, pourrait échapper à des frappes nucléaires en cas de conflit de haute intensité entre l’OTAN et la Fédération de Russie. Je songeais à une phrase précise de M. Poutine, que je n’ai pas retrouvée, qui intéressait dans mon souvenir les puissances nucléaires de l’OTAN autres que les États-Unis – à savoir le Royaume-Uni et la France [dont la situation respective n’est d’ailleurs pas exactement la même, j’y reviendrai à propos du dernier document, le discours d’Istres de M. Hollande – dont l’inévitable ambiguïté toutefois ne laissera pas d’inquiéter les plus lucides d’entre vous, ceux qui ne pensent pas naïvement que la guerre ne saurait plus être pour nous, tandis que nous la conduisons maladroitement sur tant de fronts et que nous multiplions les provocations les plus contraire à l’intérêt national]. Mais vous trouverez ci-après tous éléments utiles pour prendre la mesure du caractère fort peu douteux de ma suggestion. J’ai ajouté à la fin – vous l’aurez compris il y a trois lignes – l’important discours prononcé il y a deux ans à Istres par M. Hollande – discours de bonne qualité soit dit en passant, dans toute la complexité tendue que je viens d’annoncer, dans son impossibilité même en quelque sorte, comme s’il était des sujets qui, par leur mortelle gravité, pouvaient exhausser.

Puisque les questions touchant à l’examen vous préoccupent, je vous précise qu’il ne s’agit pas pour vous de connaître le détail de ce qui suit – ce serait beaucoup trop lourd et, selon une telle perspective scolaire, assez inutile. Je poserai au propos des textes eux-mêmes – c’est-à-dire en supposant une certaine lecture, certes assez minimaliste, de ces textes – une seule question, accompagnée d’un coefficient triple, en juin [au-delà, je n’ai pas de vue] ; elle sera assez simple dans sa formulation [simple comme question, mais triple par son coefficient ; et simple ne signifiant pas : rendant l’exercice du jugement personnel et la fermeté de l’esprit inutiles] ; toute personne qui passera une heure – une vraie heure, une heure de concentration – dans les textes qui suivent, une fois achevée sa lecture assez large, saura à mon sens la formuler – l’aura sans doute repérée même -, et donc y répondre moyennant un certain effort qu’il s’agit d’effectuer maintenant ; puis-je vous inviter une nouvelle fois, après ce moment d’effort personnel, à vous organiser en petits groupes, qui rendent la préparation d’un tel exercice à la fois plus facile et plus amusante ? Pour le reste, il ne doit pas être inintelligible que s’il m’arrive ici de croiser tel aspect d’importance évoqué en cours – concernant par exemple les perspectives trumpiennes en politique extérieure, ou bien l’extension constante de l’OTAN, je ne pourrais guère sans quelque artifice, ni difficulté intellectuelle d’ailleurs, séparer ce que j’aurais porté à l’écrit de ce que j’eusse pu exprimer à l’oral ; il faudra aussi considérer, tout bien pesé, mes observations sur la doctrine nucléaire française vers la fin – alors que l’élection présidentielle approche, et que vous êtes conduits en droit constitutionnel à méditer les institutions de la Cinquième République, sans peut-être toujours bien discerner le lien, si clairement envisagé par le Général de Gaulle, entre dissuasion nucléaire et ce que nous pourrions appeler aspects monarchiques de la fonction présidentielle.

I. DISCOURS DE M. VLADIMIR POUTINE PRONONCÉ LE 10 FÉVRIER 2007 À LA CONFÉRENCE DE MUNICH SUR LA SÉCURITÉ

[traduction française fournie par RIA Novosti]

Il est admis qu’il faut toujours revenir à ce très important discours, les vues du président Poutine s’inscrivant dans une grande continuité, en particulier dans le domaine de la politique internationale [continuité, il est vrai, qui n’a d’égale que l’obsédante hostilité américaine à l’encontre de la Russie – aussi vibrante, peut-on redouter désormais – à l’âge Trump-Tillerson-Mattis-[Nikki]Haley qu’à l’âge Obama-Kerry-Carter-[Samantha]Power].

 Madame la chancelière fédérale, Monsieur Teltschik, Mesdames, Messieurs,

Je vous remercie pour cette invitation à participer à une conférence aussi représentative, qui a réuni hommes politiques, militaires, entrepreneurs et experts de plus de quarante pays du monde.

Le format de la conférence me permet d’éviter les formules de politesse superflues et de recourir aux clichés diplomatiques aussi agréables à entendre que vides de sens. Le format de la conférence me permet de dire ce que je pense des problèmes de la sécurité internationale et, si mes jugements vous semblent inutilement polémiques ou même imprécis, je vous demande de ne pas m’en vouloir. Ce n’est qu’une conférence et j’espère que dans deux ou trois minutes Monsieur Teltschik n’allumera pas la « lampe rouge ».

On sait que les problèmes de la sécurité internationale sont bien plus larges que ceux de la stabilité militaro-politique. Ces problèmes concernent la stabilité de l’économie mondiale, la lutte contre la pauvreté, la sécurité économique et le développement du dialogue entre les civilisations.

Le caractère universel et indivisible de la sécurité est reflété dans son principe de base : « la sécurité de chacun signifie la sécurité de tous ». Franklin Roosevelt avait déclaré au début de la Seconde Guerre mondiale : « Où que la paix soit rompue, c’est le monde entier qui est menacé ».

Ces paroles restent valables aujourd’hui. D’ailleurs, le sujet de notre conférence en témoigne : « Les crises globales impliquent une responsabilité globale ».

Il y a vingt ans, le monde était divisé sur le plan économique et idéologique et sa sécurité était assurée par les potentiels stratégiques immenses des deux superpuissances.

La confrontation globale reléguait les problèmes économiques et sociaux urgents à la périphérie des relations internationales et de l’agenda mondial. De même que n’importe quelle guerre, la guerre froide nous a laissé, pour ainsi dire, des « obus non explosés ». Je pense aux stéréotypes idéologiques, aux doubles standards et autres clichés hérités de la mentalité des blocs.

Le monde unipolaire proposé après la guerre froide ne s’est pas non plus réalisé.

Certes, l’histoire de l’humanité a connu des périodes d’unipolarité et d’aspiration à la domination mondiale. L’histoire de l’humanité en a vu de toutes sortes.

Qu’est ce qu’un monde unipolaire ? Malgré toutes les tentatives d’embellir ce terme, il ne signifie en pratique qu’une seule chose : c’est un seul centre de pouvoir, un seul centre de force et un seul centre de décision.

C’est le monde d’un unique maître, d’un unique souverain. En fin de compte, cela est fatal à tous ceux qui se trouvent au sein de ce système aussi bien qu’au souverain lui-même, qui se détruira de l’intérieur.

Bien entendu, cela n’a rien à voir avec la démocratie, car la démocratie, c’est, comme on le sait, le pouvoir de la majorité qui prend en considération les intérêts et les opinions de la minorité.

A propos, on donne constamment des leçons de démocratie à la Russie. Mais ceux qui le font ne veulent pas, on ne sait pourquoi, eux-mêmes apprendre.

J’estime que le modèle unipolaire n’est pas seulement inadmissible pour le monde contemporain, mais qu’il est même tout à fait impossible. Non seulement parce que, dans les conditions d’un leader unique, le monde contemporain (je tiens à le souligner : contemporain) manquera de ressources militaro-politiques et économiques. Mais, et c’est encore plus important, ce modèle est inefficace, car il ne peut en aucun cas reposer sur la base morale et éthique de la civilisation contemporaine.

Cependant, tout ce qui se produit actuellement dans le monde – et nous ne faisons que commencer à discuter à ce sujet – est la conséquence des tentatives pour implanter cette conception dans les affaires mondiales : la conception du monde unipolaire.

Quel en est le résultat ?

Les actions unilatérales, souvent illégitimes, n’ont réglé aucun problème. Bien plus, elles ont entraîné de nouvelles tragédies humaines et de nouveaux foyers de tension. Jugez par vous-mêmes : les guerres, les conflits locaux et régionaux n’ont pas diminué. Monsieur Teltschik l’a mentionné d’une manière très délicate. Les victimes de ces conflits ne sont pas moins nombreuses, au contraire, elles sont bien plus nombreuses qu’auparavant.

Nous sommes en présence de l’emploi hypertrophié, sans aucune entrave, de la force – militaire – dans les affaires internationales, qui plonge le monde dans un abîme de conflits successifs. Par conséquent, aucun des conflits ne peut être réglé dans son ensemble. Et leur règlement politique devient également impossible.

Nous sommes témoins d’un mépris de plus en plus grand des principes fondamentaux du droit international. Bien plus, certaines normes et, en fait, presque tout le système du droit d’un seul État, avant tout, bien entendu, des États-Unis, a débordé de ses frontières nationales dans tous les domaines : dans l’économie, la politique et dans la sphère humanitaire, et est imposé à d’autres États. A qui cela peut-il convenir ?

Dans les affaires internationales, on se heurte de plus en plus souvent au désir de régler tel ou tel problème en s’inspirant de ce qu’on appelle l’opportunité politique, fondée sur la conjoncture politique.

Evidemment, cela est très dangereux, personne ne se sent plus en sécurité, je tiens à le souligner, parce que personne ne peut plus trouver refuge derrière le droit international. Evidemment, cette politique est le catalyseur de la course aux armements.

La domination du facteur force alimente inévitablement l’aspiration de certains pays à détenir des armes de destruction massive. Qui plus est, on a vu apparaître des menaces foncièrement nouvelles qui étaient connues auparavant, mais qui acquièrent aujourd’hui un caractère global, par exemple, le terrorisme.

Je suis certain qu’en ce moment crucial il faut repenser sérieusement l’architecture globale de la sécurité.

Il faut rechercher un équilibre raisonnable des intérêts de tous les acteurs du dialogue international. D’autant plus que le « paysage international » change très rapidement et substantiellement en raison du développement dynamique de toute une série d’Etats et de régions.

Mme la chancelière fédérale l’a déjà mentionné. Ainsi, le PIB commun de l’Inde et de la Chine en parité de pouvoir d’achat dépasse déjà celui des Etats-Unis. Le PIB des Etats du groupe BRIC – Brésil, Russie, Inde et Chine – évalué selon le même principe dépasse le PIB de l’Union européenne tout entière. Selon les experts, ce fossé va s’élargir dans un avenir prévisible.

Il ne fait pas de doute que le potentiel économique des nouveaux centres de la croissance mondiale sera inévitablement converti en influence politique, et la multipolarité se renforcera.

Le rôle de la diplomatie multilatérale s’accroît considérablement dans ce contexte. L’ouverture, la transparence et la prévisibilité en politique n’ont pas d’alternative raisonnable et l’emploi de la force doit effectivement être une ultime mesure, de même que la peine de mort dans les systèmes judiciaires de certains États.

Aujourd’hui, au contraire, nous observons une situation où des pays dans lesquels la peine de mort est interdite même à l’égard des assassins et d’autres dangereux criminels participent allégrement à des opérations militaires qu’il est difficile de considérer comme légitimes et qui provoquent la mort de centaines, voire de milliers de civils !

Une question se pose en même temps : devons-nous rester impassibles face à divers conflits intérieurs dans certains pays, aux actions des régimes autoritaires, des tyrans, à la prolifération des armes de destructions massive ? C’est le fond de la question posée à la chancelière fédérale par Monsieur Lieberman, notre vénérable collègue. Ai-je bien compris votre question [s’adressant à Joseph Lieberman] ? Bien entendu, c’est une question importante ! Pouvons-nous assister impassiblement à ce qui se produit ? J’essaierai de répondre à votre question. Bien entendu, nous ne devons pas rester impassibles. Bien sûr que non.

Mais avons-nous les moyens de faire face à ces menaces ? Oui, nous les avons. Il suffit de se rappeler l’histoire récente. Le passage à la démocratie n’a-t-il pas été pacifique dans notre pays ? Le régime soviétique a subi une transformation pacifique, malgré la grande quantité d’armes, y compris nucléaires, dont il disposait ! Pourquoi donc faut-il bombarder et pilonner aujourd’hui à tout bout de champ ? Manquerions-nous de culture politique, de respect pour les valeurs démocratiques et le droit, en l’absence d’une menace d’extermination réciproque ?

Je suis certain que la Charte des Nations unies est l’unique mécanisme d’adoption de décisions sur l’emploi de la force en tant que dernier recours. Dans cet ordre d’idées, ou bien je n’ai pas compris ce qui vient d’être déclaré par notre collègue ministre italien de la Défense, ou bien il ne s’est pas exprimé clairement. En tout cas, j’ai entendu ce qui suit : l’usage de la force ne peut être légitime que si cette décision a été prise par l’OTAN, l’Union européenne ou l’ONU. S’il l’estime effectivement, alors nos points de vue sont différents. Ou bien j’ai mal entendu. L’usage de la force n’est légitime que sur la base d’un mandat des Nations unies. Il ne faut pas substituer l’OTAN et l’Union européenne à l’Organisation des Nations unies. Lorsque l’ONU réunira réellement les forces de la communauté internationale qui pourront réagir efficacement aux événements dans certains pays, lorsque nous nous débarrasserons du mépris du droit international, la situation pourra changer. Sinon, elle restera dans l’impasse et les lourdes erreurs se multiplieront. Il faut oeuvrer pour que le droit international soit universel aussi bien dans sa compréhension que dans l’application de ses normes.

Il ne faut pas oublier qu’en politique, le mode d’action démocratique suppose nécessairement une discussion et une élaboration minutieuse des décisions.

Mesdames et messieurs,

Le risque potentiel de déstabilisation des relations internationales tient également à l’absence évidente de progrès dans le domaine du désarmement.

La Russie se prononce pour la reprise du dialogue à ce sujet.

Il est très important d’appliquer les normes juridiques internationales en matière de désarmement, tout en poursuivant la réduction des armements nucléaires.

Nous avons convenu avec les États-Unis de ramener nos charges nucléaires équipant les vecteurs stratégiques à 1700 – 2 200 unités d’ici au 31 décembre 2012. La Russie a l’intention de respecter strictement ses engagements. Nous espérons que nos partenaires agiront en toute transparence, eux aussi, et ne garderont pas sous le coude quelques centaines de charges nucléaires pour les « mauvais jours ». Donc, si le nouveau ministre américain de la Défense annonce que les États-Unis se garderont de mettre leurs charges excédentaires en stock, ni de les dissimuler « sous un coussin » ou « sous une couverture », je vous demanderai de vous lever pour applaudir ses paroles. Ce serait une déclaration très importante.

La Russie respecte strictement le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires et le régime multilatéral de contrôle de la technologie des missiles, et elle a l’intention de les respecter à l’avenir également. Les principes à la base de ces documents revêtent un caractère universel.

A cette occasion, je tiens à rappeler que dans les années 1980, l’URSS et les États-Unis ont signé un Traité sur l’élimination des missiles à moyenne et plus courte portée sans toutefois conférer de caractère universel à ce document.

A l’heure actuelle, toute une série de pays possèdent des missiles de cette classe : la République populaire démocratique de Corée, la République de Corée, l’Inde, l’Iran, le Pakistan, l’Etat d’Israël. De nombreux autres pays sont en train de concevoir ces systèmes et envisagent d’en doter leurs forces armées. Or, seuls les Etats-Unis d’Amérique et la Russie restent fidèles à leur engagement de ne pas construire ces armes.

Il est clair que dans ces conditions nous sommes obligés de veiller à assurer notre sécurité.

En même temps, il faut empêcher l’apparition de nouveaux types d’armes de pointe susceptibles de déstabiliser la situation. Je ne parle pas des mesures visant à prévenir la confrontation dans de nouveaux milieux, surtout dans l’Espace. On sait que les « guerres des étoiles » ne relèvent plus de la fiction, mais de la réalité. Dès le milieu des années 1980, nos partenaires américains ont réussi à intercepter un de leurs satellites.

Selon la Russie, la militarisation de l’Espace est susceptible d’avoir des conséquences imprévisibles pour la communauté mondiale, conséquences qui ne seraient pas moins graves que l’avènement de l’ère nucléaire. C’est pour cela que nous avons maintes fois lancé des initiatives visant à prévenir le déploiement d’armes dans l’Espace.

Aujourd’hui, je tiens à vous dire que nous avons préparé un projet de Traité sur le non-déploiement d’armes dans l’Espace. D’ici peu, nous l’enverrons à nos partenaires en qualité de proposition officielle. Je propose de travailler ensemble sur ce document.

En ce qui concerne les projets prévoyant le déploiement en Europe d’éléments du système de défense antimissiles, ils ne manquent pas non plus de nous inquiéter. Qui a besoin d’une nouvelle relance – inévitable en l’occurrence – de la course aux armements ? Je doute fort que ce soient les Européens.

Aucun des pays dits « à problèmes » ne possède de missiles ayant une portée de l’ordre de 5000 à 8000 kilomètres et susceptibles de menacer l’Europe. Mieux, dans un avenir prévisible, leur apparition dans ces pays n’est pas envisageable. Je dirais même plus : une tentative de lancer un missile nord-coréen, par exemple, vers les Etats-Unis via l’Europe serait contraire aux lois de la balistique.

Profitant de mon séjour en Allemagne, je tiens à évoquer la crise que traverse le Traité sur les forces armées conventionnelles en Europe.

Signé en 1999, ce Traité était adapté à une nouvelle réalité géopolitique : le démantèlement du bloc de Varsovie. Sept ans se sont écoulés depuis, mais il n’a été ratifié que par quatre pays, dont la Fédération de Russie.

Les pays de l’OTAN ont ouvertement déclaré qu’ils ne ratifieraient pas le Traité, dont les dispositions relatives aux limitations dans la zone des « flancs » [déploiement sur les « flancs » d’un certain nombre de forces armées], tant que la Russie ne procéderait pas au retrait de ses bases de la Géorgie et de la Moldavie. Le retrait de nos troupes de la Géorgie est en cours et ce, à un rythme accéléré. Tout le monde sait que nous avons déjà réglé ces problèmes avec nos collègues géorgiens. Quant à la Moldavie, on y trouve pour le moment une formation de 1 500 militaires chargés de maintenir la paix et de protéger les entrepôts de munitions qui y subsistent depuis l’époque soviétique. Nous discutons en permanence de cette question avec Monsieur Solana : il connaît bien notre position. Nous sommes prêts à aller plus loin dans cette direction.

Mais que se passe-t-il pendant ce temps-là ? Eh bien, on voit apparaître en Bulgarie et en Roumanie des « bases américaines légères avancées » de cinq mille militaires chacune. Il se trouve que l’OTAN rapproche ses forces avancées de nos frontières, tandis que nous – qui respectons strictement le Traité – ne réagissons pas à ces démarches.

Il est évident, je pense, que l’élargissement de l’OTAN n’a rien à voir avec la modernisation de l’alliance, ni avec la sécurité en Europe. Au contraire, c’est un facteur représentant une provocation sérieuse et abaissant le niveau de la confiance mutuelle. Nous sommes légitimement en droit de demander ouvertement contre qui cet élargissement est opéré. Que sont devenues les assurances données par nos partenaires occidentaux après la dissolution du Pacte de Varsovie ? Où sont ces assurances ? On l’a oublié. Néanmoins, je me permettrai de rappeler aux personnes présentes dans cette salle ce qui a été dit. Je tiens à citer des paroles tirées du discours de M. Werner, alors Secrétaire général de l’OTAN, prononcé à Bruxelles le 17 mais 1990 : « Que nous soyons prêts à ne pas déployer les troupes de l’OTAN à l’extérieur du territoire de la RFA, cela donne à l’Union soviétique des garanties sûres de sécurité. » Où sont aujourd’hui ces garanties ?

Les blocs de béton et les pierres du Mur de Berlin sont depuis longtemps des souvenirs. Mais il ne faut pas oublier que sa chute est devenue possible notamment grâce au choix historique de notre peuple – le peuple de Russie – en faveur de la démocratie et de la liberté, de l’ouverture et du partenariat sincère avec tous les membres de la grande famille européenne.

Or, maintenant, on s’efforce de nous imposer de nouvelles lignes de démarcation et de nouveaux murs. Même s’ils sont virtuels, ils ne manquent pas de diviser, de compartimenter notre continent. Faudra-t-il à nouveau des années et des décennies, une succession de plusieurs générations de responsables politiques pour démanteler ces murs ?

Mesdames, Messieurs,

Nous préconisons le renforcement du régime de non-prolifération. L’actuelle base juridique internationale permet de mettre au point des technologies de production de combustible nucléaire pour l’utiliser ensuite à des fins pacifiques. Et bon nombre d’États veulent, à juste titre, développer leur propre nucléaire civil en tant que base de leur indépendance énergétique. En même temps, nous comprenons que ces technologies peuvent se transformer rapidement en know-how pour la production de matériaux nucléaires militaires.

Cela suscite une grave tension internationale. La situation autour du programme nucléaire iranien en est un exemple éclatant. Si la communauté internationale n’élabore pas de solution raisonnable à ce conflit d’intérêts, le monde sera ébranlé, à l’avenir également, par ce genre de crises déstabilisatrices, car l’Iran n’est pas l’unique pays du seuil, et nous ne le savons que trop, nous et vous. Aussi, nous serons en permanence confrontés à la menace de prolifération des armes de destruction massive [ADM].

L’année dernière, la Russie a proposé de créer des centres d’enrichissement d’uranium multinationaux. Nous acceptons que de tels centres se créent non seulement en Russie, mais aussi dans d’autres pays où le nucléaire civil se développe sur une base légale. Les Etats cherchant à développer leur nucléaire civil pourraient recevoir du combustible, en participant directement au travail de ces centres, évidemment, sous le contrôle rigoureux de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIÉA).

Or, les dernières initiatives du président des Etats-Unis, George W. Bush, sont à l’unisson de cette initiative russe. Je pense que la Russie et les États-Unis sont objectivement et également intéressés au durcissement du régime de non-prolifération des armes de destruction massive et de leurs vecteurs. Et ce sont justement nos deux pays, leaders pour leur potentiel nucléaire et balistique, qui doivent, eux aussi, devenir leaders de la mise au point de nouvelles mesures plus rigoureuses en matière de non-prolifération. La Russie est prête à effectuer un tel travail. Nous menons des consultations avec nos amis américains.

Somme toute, il doit y être question de la mise en place de tout un système de leviers politiques et de stimulants économiques qui n’incitent pas les États à créer leurs propres capacités en matière de cycle du combustible nucléaire, mais leur permettent de développer leur nucléaire civil, en renforçant ainsi leur potentiel énergétique.

A cette occasion, je tiens à parler plus en détail de la coopération énergétique internationale. Mme la chancelière fédérale en a parlé, elle aussi, bien que brièvement. Dans la sphère énergétique, la Russie s’oriente vers l’élaboration de principes de marché et de conditions transparentes qui soient les mêmes pour tous. Il est évident que le prix des hydrocarbures doit être établi par le marché et ne doit pas faire l’objet de spéculations politiques ni de pressions ou de chantages économiques.

Nous sommes ouverts à la coopération. Des compagnies étrangères participent à nos plus grands projets économiques. Selon différentes évaluations, jusqu’à 26 % de l’extraction de pétrole en Russie reviennent – réfléchissez bien à ce chiffre -, jusqu’à 26 % de l’extraction de pétrole en Russie reviennent au capital étranger. Essayez donc de me citer un exemple de présence aussi large du business russe dans les branches clés de l’économie des États d’Occident. Il n’y en a pas !

Je tiens aussi à rappeler la proportion d’investissements arrivant en Russie et partant de Russie vers d’autres pays du monde. Ce rapport est à peu près de quinze pour un. Voilà un exemple éclatant de l’ouverture et de la stabilité de l’économie russe.

La sécurité économique est une sphère où tous doivent s’en tenir à des principes uniques. Nous sommes prêts à une concurrence loyale.

L’économie russe a de plus en plus de possibilités pour cela. Cette dynamique est objectivement évaluée par des experts et nos partenaires étrangers. Récemment, par exemple, la Russie a été mieux notée au sein de l’Organisation de coopération et de développement économiques [OCDÉ] : notre pays est passé notamment du groupe à risque 4 au groupe 3. Profitant de l’occasion, ici, aujourd’hui à Munich, je voudrais remercier tout particulièrement nos collègues allemands de leur concours à l’adoption de la décision évoquée.

Continuons. Comme vous le savez, le processus d’adhésion de la Russie à l’Organisation mondiale du Commerce [OMC] est entré dans sa phase finale. Je rappellerai qu’au cours des négociations longues et difficiles, nous avons plus d’une fois entendu des paroles sur la liberté d’expression, la liberté de commerce et des possibilités égales, mais seulement quand il s’agissait du marché russe.

Et encore un thème très important qui influe directement sur la sécurité globale. On parle beaucoup aujourd’hui de la lutte contre la pauvreté. Mais qu’est-ce qui se produit en réalité ? D’une part, des ressources financières – et souvent importantes – sont allouées à des programmes d’assistance aux pays les plus pauvres. Quoi qu’il en soit, et beaucoup le savent ici également, il n’est pas rare que les compagnies des pays donateurs eux-mêmes « les utilisent ». D’autre part, l’agriculture dans les pays industrialisés est toujours subventionnée, alors que l’accès des hautes technologies est limité pour d’autres.

Appelons donc les choses par leurs noms : il s’avère qu’une main distribue les « aides caritatives », alors que l’autre entretient l’arriération économique, mais récolte aussi des bénéfices. La tension sociale surgissant dans de telles régions dépressives se traduit inévitablement par la croissance du radicalisme et de l’extrémisme, tout en alimentant le terrorisme et les conflits locaux. Et si tout cela se produit de surcroît, par exemple, au Proche-Orient dans le contexte d’une vision aggravée du monde extérieur, en tant que monde injuste, une déstabilisation globale risque de se produire.

Il va sans dire que les principales puissances mondiales doivent voir cette menace et organiser, par conséquent, un système plus démocratique et plus équitable de rapports économiques qui donne à tous une chance et une possibilité de développement.

Intervenant à une conférence sur la sécurité, on ne peut pas, non plus, Mesdames et Messieurs, passer sous silence l’activité de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). L’OSCE a été créée pour examiner tous les aspects, je tiens à le souligner, tous les aspects de la sécurité, qu’il s’agisse des aspects politico-militaires, économiques ou humanitaires et ce, dans leurs rapports réciproques.

Mais que voyons-nous aujourd’hui en réalité ? Nous voyons que cet équilibre est manifestement perturbé. On essaie de transformer l’OSCE en instrument vulgaire au service des intérêts politiques extérieurs d’un seul pays ou d’un groupe de pays à l’égard d’autres États. Et c’est pour cette tâche, que l’on a aussi « monté de toutes pièces » l’appareil bureaucratique de l’OSCE qui n’est nullement lié aux États fondateurs. On a « monté de toutes pièces » pour cette tâche également les procédures d’adoption des décisions et d’utilisation des fameuses « organisations non gouvernementales (ONG) ». Formellement, il s’agit effectivement d’organisations indépendantes, mais financées rationnellement et, par conséquent, contrôlées.

Conformément aux documents fondateurs, dans la sphère humanitaire, l’OSCE est appelée à accorder aux pays membres, à leur demande, un concours en matière de respect des normes internationales dans le domaine des droits de l’homme. C’est une importante mission. Nous la soutenons. Mais cela ne signifie pas qu’on peut s’ingérer dans les affaires intérieures d’autres pays et encore moins tenter de leur dicter la manière dont ils doivent vivre et se développer.

Il est parfaitement évident qu’une telle ingérence ne contribue pas du tout à la maturation d’Etats authentiquement démocratiques. Par contre, elle les rend dépendants, avec comme conséquence l’instabilité sur les plans économique et politique.

Nous espérons que l’OSCE se guidera sur ses tâches immédiates et organisera ses relations avec des Etats souverains sur la base du respect, de la confiance et de la transparence.

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Mesdames, Messieurs,

En conclusion, je voudrais retenir ceci. Nous entendons très souvent – et je les entends personnellement – les appels de nos partenaires, y compris nos partenaires européens, exhortant la Russie à jouer un rôle de plus en plus actif dans les affaires internationales.

Je me permettrai à cette occasion une petite remarque. Nous n’avons pas besoin d’être éperonnés ou stimulés. La Russie a une histoire millénaire, et pratiquement elle a toujours eu le privilège de pratiquer une politique extérieure indépendante.

Nous n’avons pas l’intention aujourd’hui non plus de faillir à cette tradition. En même temps, nous voyons que le monde a changé et nous évaluons avec réalisme nos propres possibilités et notre propre potentiel. Et évidemment nous voudrions aussi avoir affaire à des partenaires sérieux et tout aussi indépendants avec lesquels nous pourrions travailler à l’édification d’un monde plus démocratique et plus équitable, tout en y garantissant la sécurité et la prospérité non seulement des élites, mais de tous.

Je vous remercie de votre attention.

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II UNE INTERVENTION DU PRÉSIDENT POUTINE À L’OCCASION DU DIXIÈME « SELIGER NATIONAL YOUTH FORUM » [29 AOÛT 2014]

[Sur le site de la présidence dans sa version anglaise – en.kremlin.ru ]

Ici, j’eusse pu choisir un autre document certes. Mais celui-ci me semble bien convenir. L’on se trouve, en effet en août [deux mille] quatorze [cent ans jour pour jour après que la Russie impériale ait subi une cruelle défaite à Tannenberg contre les Allemands, mais avec l’effet d’immobiliser assez d’ennemis pour que la France puisse se sauver quelques jours plus tard lors de la bataille de la Marne où ma famille a perdu – le premier après cinq semaines de guerre seulement – mon arrière-grand-oncle, tout juste breveté de l’École de Guerre, le capitaine Joseph Dunogier, splendide officier à la mémoire duquel je dédie avec émotion ce billet]. Le président Poutine s’exprime donc quelques mois seulement après l’annexion de la Crimée.

[[Un jeune homme m’ayant écrit pour me demander une référence sur l’épisode de Tannenberg, je la lui donne avec très grand plaisir : Pierre Rigoux, Tannenberg 1914. Sacrifice russe pour la France ?, Economica, 2010, dans une très précieuse série de grandes batailles – l’étude des grandes batailles, et la lecture des grands capitaines, est infiniment formatrice, même pour ceux, femmes et hommes, qui ne se préparent pas à la carrière militaire. [Ceux qui souhaiteraient en être persuadés trouveront en annexe un petit recueil de citations de Napoléon que je copie depuis un site qui n’a pas lieu de nous retenir ici.] Le propos de M. Rigoux, exprimé avec une certaine vivacité, est de critiquer une vue trop angélique de l’affaire ; l’on peut admettre, de fait, que le très gros des troupes allemandes se trouvait sur le front occidental [ainsi que notre état-major l’avait suggéré depuis longtemps, sans que la Stavka ne le croie suffisamment] ; qu’il ne s’est pas agi pour les forces impériales russes d’aider subjectivement les Français, mais de développer, contrairement à ce que suggérera par la suite l’historiographie soviétique puis russe, une offensive en Prusse orientale qui était tout à fait rationnelle, avec toutefois, objectivement, l’effet de retenir des troupes allemandes à l’est et d’entraîner même le transfert d’un certain nombre d’unités depuis l’ouest ; qu’il y a là, de toute façon, une illustration des bienfaits de l’entente francorusse, appelée plus qu’aucune autre par la géopolitique, s’il s’agit de contenir les empires qui menacent l’une et l’autre nation, les éternels « empires centraux » et leurs divers pseudopodes en des temps lointains, les Teutoniques ainsi, tel autre empire à prétention universelle aujourd’hui bien sûr ; j’ajouterai que si les Russes, très supérieurs en nombre [si du moins la Ière armée s’était coordonnée avec la IIe], avaient été plus efficacement commandés, l’effet immédiat d’une victoire apparemment à portée de main eût été de soulager le front occidental – beaucoup s’est joué alors, hélas, jusqu’au destin ultérieur de la Russie, et de l’Europe et du monde peut-être – qui pourra jamais le dire ? Je ne veux pas terminer sans ajouter que le commandant de la IIe armée russe, le général Samsonov — homme de valeur mais manquant sans doute de capacités stratégiques et organisationnelles – l’art de la guerre, ici l’art de la bataille, est l’un des plus difficiles qui soit, le flux imprévisible des combats surprend de toute façon les plus doués, que l’on songe à notre éblouissant Napoléon ! –, brouillé depuis longtemps avec l’officier, peut-être assez douteux, qui commandait la Ière armée russe, le général balte Pavel von Rennenkampf, battu lui-même peu après dans la bataille du lac Mazure [ou des lacs de Mazurie] – sauva son honneur en se suicidant le 29 [16] août auprès du champ de bataille. Dans Août Quatorze, Soljenitsyne a longuement évoqué cette affaire terrible ; voici comment il imagine la mort du général Samsonov – je cite d’après la version complète, pp. 413 sq. : « De bonne grâce, avec un petit bruit léger, son revolver passa au cran armé. Samsonov le posa par terre sur sa casquette renversée. Il défit son sabre, le porta à ses lèvres. Il trouva en tâtonnant le portrait en médaillon de sa femme, le baisa. / Il fit quelques pas pour trouver un endroit d’où on voyait le ciel. / Le ciel était couvert, on n’apercevait qu’une seule et unique petite étoile. Un nuage la couvrit, puis elle reparut. A genoux sur les aiguilles chaudes, ne sachant où se trouvait l’est, Samsonov priait, tourné vers cette étoile. / D’abord des prières aux paroles consacrées. Puis sans paroles : agenouillé, il regardait le ciel, il respirait. Puis il gémit à voix haute, sans gêne aucune, comme toute créature des bois quand elle va mourir : / – “Seigneur ! Si tu le peux, pardonne-moi et accepte-moi. Tu le vois : je ne pouvais rien faire d’autre et ne peux rien faire d’autre.” » – « […] sauva son honneur » ai-je écrit, un peu mécaniquement ; oui, bien sûr, tel est, pourrait-on dire, le côté des hommes, mais là n’est pas l’intérêt des pages merveilleuses de Soljenitsyne, écrivain et penseur, res-sentant grandement, dont il semblerait qu’il ait excédé – dans les deux acceptions du terme – notre temps de si invraisemblablement basses eaux de l’âme. Les vaincus marchent en file indienne dans la pénombre puis dans la nuit noire lorsque le ciel se couvre ; ils tentent d’échapper à l’ennemi allemand ; solitude de l’immense vaincu – car la très grande défaite, tout autant que la très grande victoire, arrache au rang commun des hommes ; jamais je n’avais mieux senti que dans ces pages la grandeur sans pareille de la défaite, sauf toutefois dans la méditation d’Azincourt, où mourut une part significative de la plus notable chevalerie [mais dont réchappa mon lointain ancêtre Léonard qui deviendra Roergas en se faisant languedocien], au début de ces années terribles qui verraient renaître, plus grand que jamais, après le sacrifice de la sainte guerrière, le royaume des lys ;  la nuit humide, hostile aux autres, tente Samsonov, elle l’aspire, le dérobe à la fin à la vue de ses subordonnés,  gens du lendemain et non de l’éternité ; vaincu et pécheur du côté des  hommes, l’étoile, apparaissant de nouveau, lui dit qu’il est pardonné et appelé ailleurs – fortune supérieure de la grande infortune. — Ci-après, le général  Alexander Samsonov]]

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L’on ne voit guère comment M. Poutine – plus contrarié encore peut-être du fait que ses « amis » étatsuniens aient mis à profit pour agir ces jeux de Sotchi qui représentaient un moment si important pour son peuple et pour lui – eût pu demeurer inerte, I) après ce qu’il faut bien appeler, comme je l’ai montré jeudi dernier, le « coup de Maïdan » – non qu’il n’y ait eu une partie importante de la si divisée, par moitié en gros, population de l’Ukraine légale qui n’ait soutenu le mouvement, mais parce que 1) l’activisme des États-Unis dans cette affaire, autour en particulier de Mme Nuland, la secrétaire d’État adjointe pour l’Eurasie, est prouvé dans son détail, les Européens jouant les « idiots utiles » [à l’exception de l’Allemagne, toujours à ses rêves de domination de l’Europe moyenne et orientale, de refoulement de la Russie, et finalement d’empire continental – qui douterait une seconde de cela aujourd’hui que ce pays exsangue démographiquement conduit l’Europe de la main sans finesse de Mme Merkel ? -, à l’exception de l’Angleterre aussi sans doute, tout à ses nostalgies de « Grand Jeu » et adversaire irréductible de la Russie, adversaire au fond d’ailleurs de toute puissance continentale] et que 2) le caractère de false flag de l’intervention de snipers est avéré, avoué même par tel participant – et II) au regard, à la fois 1) des sentiments de grande inquiétude de l’essentiel de la population criméenne, si russe de langue et de cœur, et 2) de l’impossibilité vitale pour la Russie d’accepter la perte de Sébastopol dans un premier temps, et la probable installation d’une base navale américaine à échéance rapprochée [le traité de Montreux sur les détroits turcs et la Mer Noire de 1936 se trouvant très évidemment appelé à être emporté dans la dynamique, qui eût été désormais irrésistible, d’otanisation de la Mer Noire]. Il est bien entendu possible de balancer des claques ultraviolentes à un ours qui joue comme un chat, qui a dit et répété qu’il trouvait les façons atlantiques fort indélicates, mais il ne faut pas pleurer dès lors lorsque l’on perd un bras [même s’il était d’acquisition récente – v. le billet « Quelques cartes », deuxième partie] et sans doute avoir la sagesse de ne pas continuer à lancer sauvagement les dés, sauf à s’exposer à en perdre un second – ce qui à mon sens est en train d’advenir doucement, ainsi que j’essaierai de vous le montrer lors des cours du jeudi 30 mars et, après Pâques, du jeudi 20 avril en vous présentant les divers aspects de l’approfondissement, assez évidemment irréparable désormais, du divorce entre Kiev et le Donbass.

Il n’est pas inutile il me semble que, sans attendre le cours de droit international de troisième année, vous ayez vu au moins un grand document international sur un grand sujet, que nous venons de croiser et que j’ai eu l’occasion d’évoquer en cours – puisqu’il s’agit des détroits turcs et de la Mer Noire – : le traité de Montreux de 1936 [ci-dessous, le lien et une image du premier plat de la reliure de l’exemplaire du Quai d’Orsay ; puis l’image d’une page finale, juste avant des annexes, qui porte les premiers sceaux et précise que la France, déjà déclarée précédemment dépositaire des instruments de ratification, est constituée en dépositaire du traité. Cet exemplaire, revêtu des sceaux, doit être considéré, bien que ce ne soit pas précisé, comme l’exemplaire authentique – celui auquel on aurait recours si, très improbablement, un autre exemplaire était affecté d’une malfaçon.]

http://basedoc.diplomatie.gouv.fr/exl-php/util/documents/accede_document.php

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Malheureuse Ukraine, étouffée par ses mémoires contradictoirement douloureuses, rançonnée par ses oligarques sans foi ni loi, corrompue jusqu’à la moëlle, souvent, simplement, sans doute, parce que chacun fait ce qu’il peut pour survivre et que la plupart manquent de l’indispensable — malheureuse Ukraine jetée dans la détresse par le délire néoconservateur de « l’ami américain », selon les termes d’une folie impériale sans précédent dans l’histoire de l’humanité, d’une revendication d’exceptionnalité et d’indispensabilité et de l’invocation d’enjeux stratégiques planétaires qui, nous conduisant vers une destruction totale qui risque fort un jour de n’être pas simplement asymptotique, n’étaient nullement accordés aux besoins ni aux souffrances des peuples divers, et certes infortunés, d’entre Dniestr et, presque, Don — malheureuse Ukraine considérée, comme tous les pays de l’Europe orientale, comme le moyen – avant, je le répète, collapsus démographique et donc civilisationnel – d’une dernière manifestation de puissance par la tante Picsou de Berlin – cela vaut mieux certes que le vieil oncle Pickelhaube -, tout à la quête d’une main d’œuvre suffisante et meilleur marché et de débouchés propres à nourrir un excédent commercial monstrueux, permis seulement parce que l’euro-mark-franc-lire-peseta-drachme, etc., pèse vingt à trente pour cent de moins que ne pèserait l’euromark. [M. Trump considère expressément l’euro comme une manipulation allemande – c’est une évidence – ; mais il faut ajouter que l’Allemagne a su trouver des appuis vibrants dans les « élites » de chaque pays de la zone euro, même si curieusement les pays européens qui demeurent extérieurs à celle-ci, la plupart des grands bénéficiaires orientaux de l’Union en particulier, s’obstinent, avec quelque bon motif imaginera-t-on à ne pas tenir leur promesse de la rejoindre – il est vrai que beaucoup, jusque, c’est dire, dans le groupe de Višegrad – Pologne, Hongrie, République tchèque, Slovaquie -, organiquement liés à la machine industrielle allemande, en ont par-dessus la tête des violentes façons et constants froncements de sourcils schäublo-merkéliens, et de ceux bien entendu de M. Juncker dont nul n’ignore qu’il est une « créature » imposée par Berlin, contre en particulier, anticipant peut-être certains risques référendaires, M. Cameron lui-même, encore une fois : c’est dire – et n’attendent bien entendu rien de plus du sieur Schulz, qui, en des fonctions qui appelaient un tout autre tact, fut un président particulièrement partial et vindicatif du prétendu « Parlement européen » – ; l’affolant M. Erdogan joue au fond sur du velours en maniant en ce mois de mars l’insulte contre Berlin après avoir fait mine de cultiver une relation particulière avec une Kanzlerin dont les ambivalences de fille de pasteur ayant choisi la RDA doivent être profondément et désagréablement inintelligibles pour lui.]

A la suite de certains de mes développements et présentation d’images justificatives concernant le rôle central des États-Unis dans le coup de février 2014 en Ukraine, l’un d’entre vous m’a demandé la référence de l’échange entre Mme Nuland et l’ambassadeur Pyatt auquel j’ai fait allusion. Il me semble préférable d’étancher la juste curiosité d’un plus grand nombre [les moins curieux sauteront sans danger aucun ce document] en produisant la transcription de l’échange.

Transcription d’une conversation téléphonique entre Mme Nuland et l’ambassadeur Pyatt. Cette transcription a été effectuée par M. Jonathan Marcus, correspondant diplomatique de la BBC, à partir de la mise en ligne d’une « fuite » divulguée dans les premiers jours du mois de février 2014. La conversation date donc probablement de trois semaines avant le « coup de Maïdan », disons de l’extrême fin de janvier.

Nuland What do you think?

Pyatt’s – I think we’re in play. The Klitschko piece is obviously the complicated electron here. Especially the announcement of him as deputy prime minister and you’ve seen some of my notes on the troubles in the marriage right now so we’re trying to get a read really fast on where he is on this stuff. But I think your argument to him, which you’ll need to make, I think that’s the next phone call you want to set up, is exactly the one you made to Yats [Arseniy Yatseniuk]. And I’m glad you sort of put him on the spot on where he fits in this scenario. And I’m very glad that he said what he said in response.

Nuland – Good. I don’t think Klitsch should go into the government. I don’t think it’s necessary, I don’t think it’s a good idea.

Pyatt Yeah. I guess… in terms of him not going into the government, just let him stay out and do his political homework and stuff. I’m just thinking in terms of sort of the process moving ahead we want to keep the moderate democrats together. The problem is going to be Tyahnybok [faut-il préciser qu’il s’agit du leader du parti social-nationaliste d’Ukraine devenu le significatif parti Svoboda ?] and his guys and I’m sure that’s part of what Yanukovych is calculating on all this.

Nuland – I think Yats is the guy who’s got the economic experience, the governing experience [y a-t-il plus néolib et néocons que « Yats » dans l’Ukraine de 2014 ? j’en doute – dois-je préciser que l’homme choisi par Washington sera le déplorable Premier ministre ukrainien du 27 février 2014 au 14 avril 2016]. He’s the… what he needs is Klitsch and Tyahnybok on the outside. He needs to be talking to them four times a week, you know. I just think Klitsch going in… he’s going to be at that level working for Yatseniuk, it’s just not going to work.

Comme il est bon de s’amuser un peu, voici une scène nullement remarquable de la vie représentative à la Rada Suprême de Kiev. Sur la photo, M. Iatseniouk, le 11 décembre 2015, est arraché de la tribune par un député membre du groupe Poroshenko dont pourtant il a dans l’ensemble été l’allié. L’on souffre pour lui… Ne me demandez pas pourquoi il tient, surréalistement, un bouquet de roses rouges : je n’ai pas élucidé ce mystère, qui n’est certes pas le plus important sans doute.

Le 11 XII 2015,  Arseni Iatseniouk est arraché de la tribune de la Rada Suprême par un député du Bloc Poroshenko... dont il est l'allié.png 

Pyatt Yeah, no, I think that’s right. OK. Good. Do you want us to set up a call with him as the next step?

Nuland My understanding from that call – but you tell me – was that the big three were going into their own meeting and that Yats was going to offer in that context a… three-plus-one conversation or three-plus-two with you. Is that not how you understood it?

Pyatt No. I think… I mean that’s what he proposed but I think, just knowing the dynamic that’s been with them where Klitschko has been the top dog, he’s going to take a while to show up for whatever meeting they’ve got and he’s probably talking to his guys at this point, so I think you reaching out directly to him helps with the personality management among the three and it gives you also a chance to move fast on all this stuff and put us behind it before they all sit down and he explains why he doesn’t like it.

Nuland OK, good. I’m happy. Why don’t you reach out to him and see if he wants to talk before or after.

Pyatt OK, will do. Thanks.

Nuland OK… one more wrinkle for you Geoff. [l’on entend un clic] I can’t remember if I told you this, or if I only told Washington this, that when I talked to Jeff Feltman [United Nations Under-Secretary-General for Political Affairs] this morning, he had a new name for the UN guy Robert Serry did I write you that this morning ?

Pyatt – Yeah I saw that.

Nuland – OK. He’s now gotten both Serry and Ban Ki-moon [UN Secretary General] to agree that Serry could come in Monday or Tuesday. So that would be great, I think, to help glue this thing and to have the UN help glue it and, you know, Fuck the EU. [vous avez bien lu…]

Pyatt – No, exactly. And I think we’ve got to do something to make it stick together because you can be pretty sure that if it does start to gain altitude, that the Russians will be working behind the scenes to try to torpedo it. And again the fact that this is out there right now, I’m still trying to figure out in my mind why Yanukovych [garbled] that. In the meantime there’s a Party of Regions faction meeting going on right now and I’m sure there’s a lively argument going on in that group at this point. But anyway we could land jelly side up on this one if we move fast. So let me work on Klitschko and if you can just keep… we want to try to get somebody with an international personality to come out here and help to midwife this thing. The other issue is some kind of outreach to Yanukovych but we probably regroup on that tomorrow as we see how things start to fall into place.

Nuland So on that piece Geoff, when I wrote the note [US vice-president’s national security adviser Jake] Sullivan’s come back to me VFR [direct to me], saying you need [US Vice-President Joe] Biden and I said probably tomorrow for an atta-boy and to get the deets [details] to stick. So Biden’s willing.

Pyatt OK. Great. Thanks.

Alors que le Kremlin a pu penser que le risque d’une intensification des tensions avec l’Occident était suffisamment fort [singulièrement à la suite des absurdités proférées immédiatement après la destruction, le 17 juillet 2014, du vol de Malaysia Airlines MH 17 et les sanctions sévères adoptées alors, un peu bizarrement d’une certaine façon du point de vue de la chronologie] pour placer ses forces stratégiques en alerte, comme il l’avait fait à la fin de l’hiver [les récits ont varié sur ce point, mais il me semble que la mise en alerte pouvait aller de soi ici], le président de la Fédération tient à rappeler – d’une façon que l’on peut juger un peu lourde peut-être pour un joueur aussi fin, mais peut-être doutait-il, à tort sans doute s’il s’agissait de M. Kerry, que ses adversaires le fussent autant que lui – que son esprit de paix ne devait pas incliner ceux-ci à oublier que la Russie est une immense puissance nucléaire.

Historical memory is a very important part of our culture, history and present. Of course, we must draw on our historical experience and historical memory as we look towards the future. I can therefore say straight away that Russia is certainly not about to let itself be drawn into any large-scale conflicts. We do not want this and will not let this happen.

Naturally, we need to be ready to respond to any aggression against Russia. Our partners, no matter what the situation in their countries and the foreign policy ideas they follow, always need to be aware that it is better not to enter into any potential armed conflict against us. Fortunately though, I don’t think anyone has the intention today of trying to start a large-scale conflict against Russia. 

Let me remind you that Russia is one of the world’s biggest nuclear powers. These are not just words – this is the reality. What’s more, we are strengthening our nuclear deterrent capability and developing our armed forces. They have become more compact and effective and are becoming more modern in terms of the weapons at their disposal. We are continuing this work to build up our potential and will keep doing so, not in order to threaten anyone, but so as to be able to feel safe, ensure our security and be able to carry out our economic and social development plans.

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III UNE RÉPONSE DE M. POUTINE À UNE QUESTION LORS D’UNE CONFÉRENCE DE PRESSE CONJOINTE TENUE AVEC LE PRÉSIDENT DE LA FINLANDE, M. SAULI NINISTÖ, LE 16 JUIN 2015, À NOVO-OGARYOVO, PRÈS DE MOSCOU

Il faut bien avoir en tête ceci : l’OTAN ne cesse de resserrer son étreinte autour de la Russie, tout en multipliant les propos violents et les gesticulations guerrières aux frontières de l’alliance dont certaines sont celles de la Russie ou de tel proche allié de celle-ci [la Biélorussie]. Je fais partie de ceux qui ont signé la pétition du Comité Valmy [réunissant des patriotes en particulier gaullistes et communistes, unis dans l’affirmation de leur fidélité au Programme du Conseil National de la Résistance] demandant, pour le moins, le retrait immédiat de la France de cette organisation belliciste, impérialiste et attentatoire à notre souveraineté, dans laquelle MM. Sarkozy et Hollande ont achevé de nous réenliser jusqu’au cou, anéantissant un aspect tout à fait central de l’œuvre du général de Gaulle. [[Je précise que je ne suis pas membre de ce très honorable Comité dont j’apprécie le plus souvent les vues : je n’ « appartiens » d’ailleurs à aucune formation, d’aucune sorte ; je suis en quelque manière, dans les circonstances du temps du moins, d’un côté, celui de l’agir, un résistant indépendant, et de l’autre, du côté théorique si l’on veut, ordonné aux questions des disciplines historiques [celles au sein desquelles campent les études possibles des relations internationales dès lors qu’elles échappent à la quincaillerie technicienne des uns et des autres], un sniper solitaire — au figuré bien entendu, d’autant que la question ici [ceux que cela soucie, et qui, à la faveur du printemps qui vient, souhaitent rêvasser au bord des rivières, pleines encore, déchiffreront les mots qui suivent dans le cadre de l’idéalisme, radical mais nullement « absolu », sceptique tout au contraire, que je revendique] est celle de la construction – dans l’ajustement créateur du coup, du métaphorique coup de feu justement – du fragment narratif à vocation de dépliement monadologique, la totalité étant, de façon simplement « méthodologique », réputée nicher en la partie que l’esprit détermine, et non celle d’individualités, seules « subsistantes » pourtant si l’on ose dire, ces âmes, mais qui n’interviennent qu’à la manière de détails plus ou moins importants, fort importants parfois, mais jamais isolés dans le fragment, toujours interagissant, c’est-à-dire, comprenons-le, se projetant dans l’interaction que chaque âme constitue, et ne revêtant de signification ainsi qu’au sein de ce réseau, au fond, à tous égards, d’invenzione, et pour elles et pour celui qui croit les contempler – et d’invenzione jusque dans cette langue et cette culture qui donnent leur seule chance à une certaine communication et à une certaine intelligence herméneutique d’un monde pourtant aveugle à lui-même.]]

[Ci-dessous, les trois premières images sont simplement capturées sur le site de l’OTAN. Vous verrez que l’organisation revendique 240 exercices en 2016. Mais elle se contente de présenter un peu plus précisément, accompagnés de leurs habituels intitulés débiles et violents, dix-neuf « Key […] exercises » – pour votre vocabulaire anglais ; le mot drill est souvent utilisé aussi, voire parfois wargame dont nous considérons, lorsque nous recourons à cette expression en « franglais », qu’elle concerne essentiellement les jeux de stratégie « en chambre », si l’on peut dire, ou les reconstitutions en maquettes de batailles à l’aide de figurines.

Notez bien que la Suède et la Finlande participent à certains exercices ; mais que ce peut-être aussi le cas de l’Ukraine ou de la Géorgie…

NB : les images qui suivent les trois premières seront légendées dans le texte ultérieur – ne vous en préoccupez pas dans un premier temps.]

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Vers le corrido caspien Russie-Azerbaïdjan-Iran.png

Le titanesque projet de

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J’ai déjà évoqué l’extrême difficulté d’accès de l’immense Russie à l’océan mondial :

  • c’est bien entendu le cas là où la mer est saisie, ou du moins encombrée par les glaces une partie de l’année – mais aussi bien entendu partout ailleurs :
  • la Mer Caspienne est une mer d’une extrême importance, mais fermée [l’Iran a évoqué en 2016 un projet inouï de « Persian Canal » reliant la Caspienne au Golfe Persique, ou peut-être même à l’Océan indien directement – respectivement, en très gros, tracé bleu et tracé rouge de la carte ci-dessus pénultième -, mais l’on peine à y croire au regard d’une géographie montagneuse et de coûts fabuleux dont on ne voit guère qui pourrait les soutenir ; alors que, par la route et le rail, le corridor caspien Russie-Azerbaïdjan-Iran paraît en bonne voie, malgré les tensions azebaïdjano-arménienne au Karabagh en 2016, si je vois bien les choses – v. antépénultième carte] ;
  • la Mer Noire est emprisonnée par le Bosphore et les Dardanelles, et au-delà soit par Gibraltar, soit par le double verrou du canal de Suez et de Bab el-Mandeb ;
  • la Baltique, auquel l’accès russe est désormais très étroitement comprimé [voir ci-dessus, au bout du Golfe de Finlande, fortement bordé par la Finlande au nord et l’Estonie au sud – Estonie où, comme en Lettonie un peu plus au sud, et en Lituanie un peu plus au sud encore, l’OTAN s’est fortement déployée militairement ces derniers mois, avec le simple propos de provoquer la Russie – what else ?], est barrée par les détroits danois – ou le canal de Kiel, allemand. [carte ci-dessous, exécutée en 2004 mais suffisante pour le présent propos]

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En mer Baltique, l’OTAN tient déjà toute la rive sud et sud-est, à l’exception bien entendu du modeste, mais essentiel empiècement de Kaliningrad : successivement, d’ouest en est, le Danemark, l’Allemagne, la Pologne, la Lituanie, la Lettonie et l’Estonie.

Au nord, la question est de savoir si La Finlande et la Suède vont entrer dans l’organisation, rompant (ou achevant de rompre peut-être) avec une longue tradition que l’on peut dire de neutralité.

N’oublions pas, car cela n’est peut-être pas entièrement indifférent, que les deux derniers Secrétaires généraux de l’OTAN sont des Scandinaves : M. Jens Stoltenberg est un ancien Premier ministre norvégien ; son prédécesseur, M. Anders Fogh Rasmussen, était un ancien Premier ministre danois. [En passant, préoccupez-vous de l’âme de M. Rasmussen, mais pas trop de ses fins de mois : il est bien entendu entré chez Goldman Sachs en 2015, tout comme le prédécesseur à la présidence de la Commission européenne de M. Juncker, M. José Manuel Barroso l’a fait en 2016 – comme vous le voyez, dans le monde qui est le nôtre, les laquais de haut vol, dont on ne saurait être certains qu’ils le soient davantage des États-Unis en tant que tels que des intérêts du Grand Capital globalisé, trouvent au terme de leur service de fort grasses récompenses, 10, 20 millions de dollars par an ? – parfois, le chemin est inverse il est vrai : monsieur Draghi préside ainsi la Banque centrale européenne après être passé par Goldman – tout cela, certes, crée des liens qu’il n’est certes pas besoin d’être un furieux « conspirationniste » pour imaginer.]

Une adhésion de la Finlande à l’OTAN – cette question se trouve a cœur du texte que je produis – serait considérée par la Russie, pour des motifs géographiques et historiques, comme une démarche d’une exceptionnelle violence. Elle perturberait davantage encore un équilibre stratégique très fragilisé à l’époque la plus contemporaine.

Or, en décembre 2014, le Premier ministre, Alexander Stubb, lui-même favorable à l’adhésion de son pays à l’OTAN, avait dit souhaiter l’organisation d’un référendum sur ce sujet. Avaient alors affiché leurs réserves le président de la République, M. Ni[i]nistö, et le ministre des Affaires étrangères, M. Tuomioja. L’argument, parfaitement sensé, de ces derniers étaient qu’à leur sens une telle évolution ne ferait qu’aggraver les tensions régionales déjà exaspérées par l’affaire ukrainienne.

N’oublions pas que le Grand Duché de Finlande a fait partie de l’Empire russe même s’il jouissait d’une assez large autonomie. Il fut la première région de l’empire à proclamer son indépendance en 1917. Par la suite, deux conflits, intervenus très rapidement, avec les Soviets, ont permis à la Finlande d’accroître son territoire, même si ce fut de façon insuffisante pour les nationalistes finnois, partisans de la « Grande Finlande ». En 1939-1940, par contre, la Guerre d’Hiver engagée par la Finlande s’est traduite par la perte d’une partie de son territoire qu’elle n’a pu regagner malgré ses tentatives.

Un espion soviétique rit alors que, en 1939, un soldat finlandais est sur le point de l’abattre. Un miracle de la « diamat »

Un espion soviétique rit pendant qu'un soldat finlandais l'exécute en 1939.png

Le Traité de Paris de 1947 a gelé – c’est le cas de le dire – cette situation territoriale, dans la considération malgré tout de ce que la Finlande s’était rangée du côté de l’Axe -, et débouché finalement sur ce que l’on appelait autrefois la « finlandisation » : celle-ci a été construite par un traité finlando-soviétique en 1948, l’Accord d’Amitié, de Coopération et d’Assistance mutuelle, par lequel la Finlande s’engageait à demeurer neutre et à comprendre les intérêts stratégiques soviétiques en échange du maintien d’une complète souveraineté intérieure. Cela a été une réussite de l’avis général et les relations des deux pays ont été mutuellement fécondes.

Si bien qu’en 1991, un nouveau traité a été conclu avec la Fédération de Russie, qui s’inscrivait plutôt, quoi que l’on en ait dit, dans la continuité des pratiques précédentes. L’article 4 de ce traité, en particulier prévoyait que chaque partie : 1) ne fournirait pas d’accès à son territoire à un agresseur de l’autre partie ; 2) a fortiori n’accorderait pas d’assistance militaire à un agresseur de l’autre partie.

Mais en 1995, la Finlande est entrée dans l’Union européenne. Il faut bien admettre que cela minait le statut de neutralité finlandais.

Dès 1994 (selon un ordre chronologique bien connu des observateurs – un lien avec l’OTAN tendant à précéder un lien avec l’Europe…), la Finlande avait de plus adhéré au « Partenariat pour la paix », programme de l’Alliance Atlantique qui peut être considéré comme une sorte d’antichambre à une possible adhésion.

L’affaire a véritablement rebondi lors de l’élection présidentielle de 2006. Il se trouve qu’alors M. Ni[i]nistö était plutôt favorable à l’adhésion à l’OTAN. Mais il a été battu par un candidat hostile à cette démarche, M. Halonen. La chose a pu sembler entendue pendant huit ans, les relations des deux pays voisins – Finlande et Russie – demeurant très bonnes.

Mais les tensions ukrainiennes semblent avoir conduit certains responsables et une partie de l’opinion à des vues plus atlantistes, et donc à envisager la rupture de l’équilibre traditionnel dans la région. Dès avril 2014, c’est-à-dire immédiatement après l’annexion de la Crimée, consentie rappelons-le par une écrasante majorité de ses habitants, la Finlande a signé un accord d’entente avec l’OTAN, le gouvernement protestant toutefois, plus ou moins sincèrement, du fait qu’il ne s’agissait pas d’une étape vers une adhésion programmée – évolution à laquelle au demeurant il semble bien qu’une majorité de Finlandais demeure hostile.

Notons pourtant que le 1er décembre 2015, M. Stoltenberg a reçu les ministres des Affaires étrangères finlandais et suédois en même temps [dans le cadre du développement de liens fort méthodiques puisque, ainsi, le général Petr Pavel, président du comité militaire de l’OTAN s’est rendu pour une visite approfondie en Finlande et en Suède à la fin d’avril 2016]. En dehors des généralités d’usage a été évoquée en décembre 2015 une affaire lourde : la possibilité d’associer ces deux pays non-membres de l’OTAN à la Force de Réaction de l’OTAN, en particulier pour la Baltique. Les deux pays nordiques font d’ailleurs partie – avec l’Australie, la Géorgie et la Jordanie – des cinq pays qui bénéficient d’un programme dit « Nouvelles Opportunités » dont on comprend bien – dans l’immense toile d’araignée en dégradé d’intensité que tisse l’OTAN – qu’il dessine une sorte de situation intermédiaire favorable au rayonnement de l’Alliance, en vue n’en doutons pas d’ultérieures captures.

À l’époque la plus récente, la Finlande a continué à petits pas à se rapprocher de la pieuvre. Ainsi, pour la première fois, geste de portée symbolique non négligeable, le président Ni[i]nistö a rendu visite à l’OTAN à Bruxelles le 9 novembre 2016, et son pays a signé avec l’organisation un accord le 16 février 2017 tendant à une contribution renforcée dans le domaine de la cyberdéfense [suivez le regard – pas la CIA, pas la NSA – qui écoutent la planète, mais ça ne compte pas – mais les affreux de Moscou bien entendu].

L’histoire du pays voisin de la Finlande, la Suède, est profondément différente – la Suède participa un temps en particulier à la « grande histoire » européenne, ainsi que vous l’aurez peut-être relevé dans les billets « Quelques cartes […] ». Je ne veux pas, faute de temps, m’attarder ici sur cet aspect. 

Par contre, ne négligeons pas, face au prétendu péril russe, que le climat d’affolement s’est fait plus intense en Suède qu’en Finlande à l’époque récente, non sans quelques épisodes assez rocambolesques. D’ailleurs, le royaume s’est lancé dans la remilitarisation de l’île de Gotland [carte ci-dessous], avec l’effet d’accroître encore l’obturation de la Baltique pour les navires russes [à terme, car à ce jour, ce ne sont pas quelques blindés et cent-cinquante soldats crapahutant dans ce lieu splendide qui changent grand chose au rapport régional de forces]. Pour être juste, les Suédois – à la fois sur le chapitre des armes, faute d’un budget de la Défense décent, et sur celui des âmes – semblent fort peu redoutables militairement, comme la plupart des peuples de la vieille Europe à quelques exceptions près [dont la France et le Royaume Uni], fort inférieurs à ce qu’ils purent être en tout cas dans un passé pas si lointain. Mais Gotland pourrait être une dot splendide dans la corbeille des noces avec l’OTAN. Et si quelque jour des systèmes d’armes élaborés étaient installés sur l’île, cela constituerait une épine supplémentaire pour la Russie

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Car il n’est guère douteux que, ces deux dernières années, l’évolution de la Suède vers une adhésion à l’OTAN a tendu à se renforcer. La Russie a exprimé ses plus vives réserves et a même parlé de « représailles » possibles, par la bouche de Mme Zakharova, plutôt talentueuse porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, en septembre 2015, déclenchant une modeste crise diplomatique entre les deux pays.

N’oublions pas que, comme la Finlande, la Suède était déjà membre du Partenariat pour la Paix… (depuis 1994 elle aussi). Elle est aussi devenue membre du Conseil de partenariat euro-atlantique en 1997. Toutes ces institutions, tous ces mécanismes, ont pour vocation – je me répète, mais c’est très important – d’engluer dans une toile complexe, et par étape, les derniers pays plus ou moins hésitants.

Aujourd’hui, quoi qu’il en soit, la collaboration de la Suède avec l’OTAN semble très poussée en dépit des protestations de non-alignement militaire du pays scandinave. Il s’agit, comme l’on dit, d’assurer – et ce n’est pas rien – une suffisante interopérabilité des forces militaires de la Suède et de l’OTAN… [L’interopérabilité est davantage que la simple compatibilité ; il s’agit – en disant très simplement la chose – pour deux systèmes de la possibilité d’interagir pleinement en tous leurs aspects actuels ou appelés à être développés. Doit-on préciser que tendanciellement une telle exigence conduit, pour la commodité, à l’adoption d’un matériel commun, avec l’effet inéluctable de favoriser les exportations d’armes des États-Unis.]

La Suède a d’ailleurs été active dans plusieurs démarches de l’OTAN, dans les Balkans puis en Afghanistan. Elle fait partie, tout comme la Finlande d’ailleurs [mais au titre non de l’action militaire, mais de l’aide financière et logistique], de l’absurde « Coalition » internationale réunie par les États-Unis pour lutter [fort inégalement, et même parfois de façon très ambiguë – v. par ex., en attendant les cours de la fin d’avril, le billet de septembre évoquant la sinistre et plus que trouble affaire de Deir ez-Zor] contre le jihadisme au Proche Orient.

L’on peut donc craindre désormais que la Suède ne se laisse emporter. A la différence de la Finlande ou de l’Ukraine, toutefois – ou encore quelque jour lointain de la Biélorussie, ou peut-être même de la Géorgie ou de la Moldavie, ardemment courtisées par l’Ouest et progressivement pénétrées par l’OTAN, mais passablement divisée s’il s’agit de la seconde, je ne pense pas que l’effet d’une adhésion suédoise pourrait entraîner davantage – mais c’est trop déjà dans les circonstances générales du moment – qu’un accroissement des tensions régionales.

Toutefois, il est assez improbable que les deux pays scandinaves, unis dans la durée par la proximité géographique, par une longue histoire commune [la Finlande a été une partie du royaume de Suède pendant six siècles avant de devenir, je le répète, une dépendance fort autonome de la Russie entre 1809 et 1917], par leur commune neutralité, laissent diverger au-delà d’un certain point leurs destins. Les autorités otaniennes font manifestement tout ce qu’elles peuvent pour que les deux pays procèdent à une adhésion conjointe. Un rapport d’ « experts » [les experts sont une plaie des disciplines historiques et dogmatiques, ils sont toujours qui plus est, puisque ce trait de corruption morale seul les distingue des innombrables personnes tout aussi capables qu’eux de bavasser de façon un peu informée dans les pays européens, mais moins « introduites », des réseauteurs endiablés ; quelle expertise saurait-on avoir, d’ailleurs, du sable qui s’écoule d’une main rêveuse, et inconnue, dans l’eau d’oubli et en dépôts inconscients ? – il faut arracher à ceux qui les revêtent les masques de l’expertise et de la neutralité : ils sont les oripeaux qui ont la préférence des gens sans droiture, ni de jugement, ni de cœur, lesquels prétendent réduire des questions fondamentalement politiques à des perspectives techniques appelant des solutions univoques, dictées par un savoir incontestable et excluant toute alternative – les peuples seuls doivent d’ailleurs, chacun, se prononcer sur le destin des peuples, et sans, surtout, avoir entendu tous ces pantins oligarchiques – nul n’a mieux suggéré que notre aimé Jean-Jacques le monde de silence profond de cette République que nous dirions, pour une fois avec sérieux, démocratie] – des « experts », donc, ont conclu en ce sens au printemps 2016 [tous finlandais ou suédois à l’exception de l’ineffable M. Heisbourg, qui est un homme que j’évite charitablement de qualifier – je me contente généralement de rappeler qu’il a placé son « expertise » au service de l’argument de la criminelle administration Bush selon lequel Saddam Hussein eût détenu d’abominables « armes de destruction massive » – sensiblement plus d’un million de morts irakiens et syriens plus tard, et après que je l’aie entendu proférer toutes sortes de dangereuses, péremptoires et satisfaites sornettes et commettre trop de livres dans le meilleur des cas inutiles et conformistes, je ne suis bien entendu jamais surpris de le trouver là où il se trouve.]

Voici en premier lieu la carte produite par le site de l’OTAN [valide à la date de la première semaine d’avril – v. compléments ci-après concernant le Monténégro] :

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Vous trouverez un peu plus bas une carte fort claire présentant le mouvement continu d’élargissement de l’OTAN, qui compte donc à ce jour vingt-huit membres – le vingt-neuvième, le Monténégro – pays très profondément divisé, dans lequel l’opposition réclame ardemment un référendum sur la question – devant faire en principe son entrée dans l’Alliance en 2017.  [V. carte immédiatement ci-dessous, fort éclairante, publiée en 2008 par le Monde diplomatique.]

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Il s’agit très évidemment d’assurer le complet bouclage, en particulier maritime, de notre vieille alliée la Serbie – mais, à la différence d’une Allemagne impeccablement fidèle, si l’on ose dire, aux alliés du IIIe Reich, aux régions « yougoslaves » tout simplement qui furent dans la zone d’influence des Empires centraux dans la durée, nos incultes et serviles hommes politiques ont bien oublié ce trait si important de nos histoires ; le dernier qui l’ait su, affaire au fond de génération et de culture, était François Mitterrand ; mais il s’est laissé, hélas, circonvenir par l’effrayant « BHL », philosophe risible d’orientation « botulienne », artiste imposteur, « entarté » sans esprit, mais homme surtout, opiniâtrement, de toutes les catastrophes contemporaines – ; notre alliée d’autrefois, la Serbie, dis-je, plusieurs fois héroïque dans son histoire, mais désormais, sous les coups répétés de l’Occident, candidate à l’entrée dans l’Union européenne, membre du Partenariat pour la Paix de l’OTAN depuis 2006, et signataire depuis d’autres engagements renforçant cette orientation, mais affirmant pourtant sa neutralité depuis une résolution parlementaire de 2007, et jugée trop proche encore de la Russie [alors qu’elle a mis tant et tant d’eau dans son vin ; au fond, l’on pourrait se contenter ici, pour comprendre cette inflexion sans fin – mais je n’ai pas le temps de m’attarder – de suivre l’itinéraire de l’ancien Premier Ministre Vučić – prononcer, je crois, Voutchitch’tch, j’entends, à tort ou raison, ce difficile redoublement final – qui vient, en ce début d’avril 2017, d’être assez largement élu président de la Serbie après une constante « normalisation » de ses vues – d’abord peu mesurées certes, et même choquantes pour certaines – depuis le début du siècle, lorsqu’il était un proche du fameux šešelj [Chechel, je crois] au sein du Parti Radical Serbe ; c’est un homme ambitieux et – trop – habile qui sera à mon sens un ami moins sûr pour Moscou que son prédécesseur Nikolić, pourtant engagé en gros dans la même voie depuis longtemps au sein de leur commun Parti Progressiste ; l’une des curiosités, assez balkanique désormais, est que M. Vučić combine un tropisme autoritaire – qui le conduira à tenter de changer une constitution qui ne pourvoit pas le président de grands pouvoirs – avec son europhilie, et que Bruxelles ne trouve rien à redire à cela, l’important étant sans doute que la Serbie tombe dans l’escarcelle occidentale à terme ; l’avenir nous instruira, mais le maintien de points de résistance pour une amitié russo-balkanique ancienne, liée dans une large mesure à l’orthodoxie d’une bonne partie des peuples des Balkans, semble plutôt menacé à moyen terme si le monde euratlantique continue à cheminer comme il le fait ; il faudrait bien sûr que j’évoque ici les si importantes affaires macédoniennes, mais je ne veux pas trop m’attarder, le syndrome serbe paraissant d’ailleurs très aggravé en Macédoine puisque, plus ce petit pays se trouve maltraité par l’UE et l’OTAN – mues une nouvelle fois, et par leur hostilité aux mondes orthodoxes, traditionnellement compréhensifs envers la Troisième Rome, et par leur préférence pour un monde musulman albanophone dont les tendances islamistes ne sont certes pas marginales dans le monde balkanique -, plus il semble n’aspirer qu’à rejoindre ce pénible attelage].

Le Monténégro n’est rien en termes de puissance, mais la côte dalmate, j’y insiste, est désormais entièrement verrouillée par l’OTAN, ce qui semblait un enjeu d’importance pour l’organisation. Le comique, si l’on peut dire, est que tous ces gens qui souhaitent imposer partout, le cas échéant par les bombes, le régime oligarchique qu’ils appellent « démocratie de marché », s’accommodent parfaitement du régime passablement dictatorial et notoirement mafieux de M. Djukanović, qui se maintient au pouvoir, d’une façon ou d’une autre, depuis plus d’un quart de siècle ; lorsqu’il s’agit d’embarrasser la Russie ou tel pays qui entretient encore de convenables relations avec Moscou, les fameuses « valeurs », dont le caractère strictement fonctionnel éclate alors, deviennent remarquablement discrètes. Pour comprendre les sentiments des autorités russes, il me semble qu’il suffit de saisir qu’elles ne peuvent que lire à livre ouvert dans le jeu de l’Occident tel qu’il s’épanouit dans le constant maniement de « doubles standards » grossiers. Pour faire bonne mesure, un faux coup russe a été organisé en vue de peser sur les élections fort disputées du 16 octobre 2016 [Même le New York Times [!] a trouvé cette affaire plus que bizarre ; ayant un peu travaillé, malgré des sources peu riches, sur cet épisode grotesque, je n’ai guère de doutes que l’organisateur supposé, un certain Aleksandr Sindjelić, d’origine serbe, passé par le Donbass où il a laissé le souvenir d’un escroc, a été utilisé comme agent par des commanditaires qui appartiennent le plus plausiblement à l’entourage de M. Djukanovic – en tout cas, l’idée que les services russes aient confié à ce pied nickelé bavard leurs intérêts est évidemment absurde – les Russes sont gens sérieux.] Rien décidément ne nous sera épargné ! Quoi qu’il en soit, ceux qui avaient espéré que l’ère trumpienne pourrait voir la grande puissance refuser de donner son assentiment à un tel élargissement se sont trompés, comme il était ici prévisible – le Sénat des États-Unis a autorisé le 28 mars 2017 la ratification, en sorte que deux ou trois pays seulement manquent encore à l’appel pour parfaire une procédure dont il semble assuré qu’elle aboutira désormais rapidement. – Dois-je ajouter que notre beau pays a bien entendu ratifié ce brillant élargissement ? Je recommande en particulier aux amateurs de lectures – cyniques ou comiques, ou les deux – le rapport au Sénat du sieur Pintat, membre girondin des « Républicains », sénateur depuis près de vingt ans… à la suite de son père [après un petit intermède il est vrai] – décidément, notre monde est autant que jamais celui des héritiers -, et « juppéiste » de choc – avec quelques assez beaux passages : « L’adhésion du Monténégro à l’OTAN consacrerait les efforts que ce pays a fournis en matière de démocratie, de droits de l’homme et d’économie de marché, valeurs en faveur desquelles il s’est engagé depuis son indépendance, et conforterait les avancées enregistrées dans ces domaines, même si celles-ci doivent indéniablement se poursuivre. » [Vous comprenez une nouvelle fois, en passant, que le libéralisme à outrance est devenu, sous l’appellation « Market Democracy », une manière d’élément de standing moral et d’honorabilité politique – l’on se pince pour croire à un tel renversement des « valeurs » qui prévalaient il y a seulement quatre décennies, à la chute en quelque sorte d’un excès dans l’autre, de la nationalisation absurde de l’artisanat par le grand Castro à la libéralisation globalisée du moindre service public ! – et pour comprendre par quels étranges détours de l’esprit des orientations qui ne sauraient être considérées qu’à la façon d’un problème complexe, n’admettant aucune solution évidente, ont fini par donner lieu, partout ou presque, à l’imposition violente de vues sommaires, dogmatiques, incontestables.]

Les 28 membres de l'OTAN en 2016.png

I think the best guarantee for Finland’s security is its neutral status. Because as soon as some sort of threat occurs from any neighbouring state, Russia must react correspondingly and build its defence policy so as to neutralise possible threats in its direction.

If somebody threatens any of our territories, that means we will need to aim our Armed Forces, our modern weaponry towards the territories from which that threat originates. How could it be otherwise? NATO is advancing towards our borders; it is not Russia that is moving towards them.

Nevertheless, I would not escalate anything here. Naturally, we will analyse everything and carefully monitor it, but so far, I do not see anything that would be cause for particular concern. These are most likely just political messages aimed at Russia or its allies. We are more concerned, for example, about the deployment of the strategic missile defence system – that’s a serious matter of strategic importance.

Train Barguzin devant venir en service en 2019.png

Les trains Barg[o]uzin[e] doivent venir en service en 2019 ; extérieurement, l’on dirait des trains de marchandise de la plus grande banalité ; ils transporteront un missile balistique intercontinental. Je ne sais pas ce qui leur vaut leur nom – celui en particulier d’un bourg bouriate, dans la région sibérienne donc du lac Baïkal, glacial en hiver, brûlant parfois en été, le nom de la rivière au bord de laquelle il se trouve aussi.

IV UN EXTRAIT DE L’INTERVENTION DU PRÉSIDENT POUTINE LORS DES DOUZIÈMES RENCONTRES DU « CLUB VALDAÏ » [SOTCHI, 22-X-2015]

La réunion annuelle du Club Valdaï est un grand moment pour la construction de la pensée internationale, en tout particulier parce que M. Poutine s’y exprime longuement. Du long discours de 2015, j’ai retenu simplement quelques passages, portant essentiellement sur la doctrine générale des relations internationales, la question stratégique, celle des « sanctions », et sur l’affaire ukrainienne et en particulier le refus par les autorités kiéviennes de mettre en œuvre l’accord de Minsk – d’autres, concernant ainsi le Proche et Moyen Orient, nous importent moins ici malgré leur vif intérêt [Je reviendrai d’ailleurs après Pâques sur la situation en Syrie pendant plusieurs heures]. J’ai choisi aussi de reporter quelques fragments des réponses apportées par M. Poutine aux questions qui lui furent posées. Quant à la source : j’ai un document électronique dont je ne sais plus comment je me le suis procuré ; il comporte quelques omissions ; mais il va de soi à mes yeux qu’il s’agit bien là des propos tenus par le président fédéral russe.

[…] 

The end of the Cold War put an end to ideological opposition, but the basis for arguments and geopolitical conflicts remained. All states have always had and will continue to have their own diverse interests, while the course of world history has always been accompanied by competition between nations and their alliances. In my view, this is absolutely natural.

The main thing is to ensure that this competition develops within the framework of fixed political, legal and moral norms and rules. Otherwise, competition and conflicts of interest may lead to acute crises and dramatic outbursts.

We have seen this happen many times in the past. Today, unfortunately, we have again come across similar situations. Attempts to promote a model of unilateral domination, as I have said on numerous occasions, have led to an imbalance in the system of international law and global regulation, which means there is a threat, and political, economic or military competition may get out of control.

What, for instance, could such uncontrolled competition mean for international security? A growing number of regional conflicts, especially in « border » areas, where the interests of major nations or blocs meet. This can also lead to the probable downfall of the system of non-proliferation of weapons of mass destruction (which I also consider to be very dangerous), which, in turn, would result in a new spiral of the arms race.

We have already seen the appearance of the concept of the so-called disarming first strike, including one with the use of high-precision long-range non-nuclear weapons comparable in their effect to nuclear weapons.

The use of the threat of a nuclear missile attack from Iran as an excuse, as we know, has destroyed the fundamental basis of modern international security – the Anti-Ballistic Missile Treaty. The United States has unilaterally seceded from the treaty. Incidentally, today we have resolved the Iranian issue and there is no threat from Iran and never has been, just as we said.

The thing that seemed to have led our American partners to build an anti-missile defence system is gone. It would be reasonable to expect work to develop the US anti-missile defence system to come to an end as well. What is actually happening? Nothing of the kind, or actually the opposite – everything continues.

Recently the United States conducted the first test of the anti-missile defence system in Europe. What does this mean? It means we were right when we argued with our American partners. They were simply trying yet again to mislead us and the whole world. To put it plainly, they were lying. It was not about the hypothetical Iranian threat, which never existed. It was about an attempt to destroy the strategic balance, to change the balance of forces in their favour not only to dominate, but to have the opportunity to dictate their will to all: to their geopolitical competition and, I believe, to their allies as well. This is a very dangerous scenario, harmful to all, including, in my opinion, to the United States.

The nuclear deterrent lost its value. Some probably even had the illusion that victory of one party in a world conflict was again possible – without irreversible, unacceptable, as experts say, consequences for the winner, if there ever is one.

In the past 25 years, the threshold for the use of force has gone down noticeably. The anti-war immunity we have acquired after two world wars, which we had on a subconscious, psychological level, has become weaker. The very perception of war has changed: for TV viewers it was becoming and has now become an entertaining media picture, as if nobody dies in combat, as if people do not suffer and cities and entire states are not destroyed.

Unfortunately, military terminology is becoming part of everyday life. Thus, trade and sanctions wars have become today’s global economic reality – this has become a set phrase used by the media. The sanctions, meanwhile, are often used also as an instrument of unfair competition to put pressure on or completely ‘throw’ competition out of the market. As an example, I could take the outright epidemic of fines imposed on companies, including European ones, by the United States. Flimsy pretexts are being used, and all those who dare violate the unilateral American sanctions are severely punished.

You know, this may not be Russia’s business, but this is a discussion club, therefore I will ask : Is that the way one treats allies ? No, this is how one treats vassals who dare act as they wish – they are punished for misbehaving.

[…]

The creation of economic blocs by imposing their terms on the strongest players would clearly not make the world safer, but would only create time bombs, conditions for future conflicts.

The World Trade Organisation was once set up. True, the discussion there is not proceeding smoothly, and the Doha round of talks ended in a deadlock, possibly, but we should continue looking for ways out and for compromise, because only compromise can lead to the creation of a long-term system of relations in any sphere, including the economy. Meanwhile, if we dismiss that the concerns of certain countries – participants in economic communication, if we pretend that they can be bypassed, the contradictions will not go away, they will not be resolved, they will remain, which means that one day they will make themselves known.

FRAGMENTS TRÈS PARTIELS DES RÉPONSES AUX QUESTIONS [UNE NOUVELLE FOIS, JE LAISSE DE CÔTÉ LES AFFAIRES SYRIENNES OU AUTRES] :

[à l’ambassadeur Jack Matlock, qui avait été l’avant-dernier ambassadeur étatsunien en URSS de 1987 à 1991 :]

[…]

As I can tell you, and the specialists know, the missile defence deployment sites can be used effectively for stationing cruise missile attack systems. Does this not create a threat for us ? Of course it does, and it changes the very philosophy of international security. If one country thinks that it has created a missile defence shield that will protect it from any strikes or counter-strikes, it has its hands free to use whatever types of weapons it likes, and it is this that upsets the strategic balance. You have worked on arms agreements in the past and have achieved some amazing results. I can but take off my hat to you and congratulate you on this. You and your Russian partners have had some great successes, but what is happening now cannot fail to worry us. I am sure that you would agree with this in your heart. Essentially, you admitted as much when you said that you did not support the USA’s unilateral withdrawal from the treaty.

Now, on the subject of Ukraine, and on the idea that this creates dangers for us, yes, of course it creates dangers, but was it we who created this situation? Remember the year when Mr Yanukovych lost the election and Mr Yushchenko came to power? Look at how he came to power. It was through a third round of voting, which is not even in the Ukrainian Constitution’s provisions. The Western countries actively supported this. This was a complete violation of the Constitution. What kind of democracy is this? This is simply chaos. They did it once, and then did it again in even more flagrant form with the change of regime and coup d’état that took place in Ukraine not so long ago.

Russia’s position is not that we oppose the Ukrainian people’s choice. We are ready to accept any choice. Ukraine genuinely is a brotherly country in our eyes, a brotherly people. I don’t make any distinction between Russians and Ukrainians. But we oppose this method of changing the government. It is not a good method anywhere in the world, but it is completely unacceptable in the post-Soviet region, where, to be frank, many former Soviet republics do not yet have traditions of statehood and have not yet developed stable political systems. In this context, we need to take great care of what we do have and help it to develop. We were ready to work even with the people who came to power as a result of that unconstitutional third round back then. We worked with Mr Yushchenko and Mrs Timoshenko, though they were considered to be completely pro-Western politicians – I think this is not an accurate label in general, but this was the way they were viewed. We met with them, travelled to Kiev, received them here in Russia. Yes, we sometimes had fierce debates on economic matters, but we did work together.

But what are we supposed to do when faced with a coup d’état ? Do you want to organise an Iraq or Libya here ? The US authorities have not hidden the fact that they are spending billions there. The authorities have said directly in public that they have spent $5 billions on supporting the opposition. Is this the right choice?

Another of our colleagues said that it is wrong to interpret things as suggesting that the United States seeks to change the political system and government in Russia. It is hard for me to agree with that argument. The United States has a law that concerns Ukraine, but it directly mentions Russia, and this law states that the goal is democratisation of the Russian Federation. Just imagine if we were to write into Russian law that our goal is to democratise the United States, though in principle we could do this, and let me tell you why.

There are grounds for this. Everyone knows that there were two occasions in US history when a president came to power with the votes of the majority of the electoral college members but the minority of voters. Is this democratic ? No, democracy is the people’s power, the will of the majority. How can you have someone elected to the country’s highest office by only a minority of voters ? This is a problem in your constitution, but we do not demand that you change your constitution.

We can debate all of this forever, but if you have a country writing such things into its domestic laws and financing the domestic opposition [of another country]… Having an opposition is a normal thing, but it must survive on its own resources, and if you have a country openly spending billions on supporting it, is this normal political practice ? Will this help to build a spirit of trust at the interstate level ? I don’t think so.

Now, on the subject of democracy moving closer to our borders. You seem to be an experienced person. Do you imagine we could be opposed to having democracy on our borders ? What is it you call democracy here ? Are you referring to NATO’s move towards our borders? Is that what you mean by democracy? NATO is a military alliance. We are worried not about democracy on our borders, but about military infrastructure coming ever closer to our borders. How do you expect us to respond in such a case ? What are we to think ? This is the issue that worries us.

[…]

[à une question dont j’ignore l’auteur :]

Regarding the Minsk Agreements. I believe (and I have already said this) that there is no other way if we want to achieve lasting peace in the southeast of Ukraine and restore the country’s territorial integrity, there is no other way but to comply with the Minsk Agreements. Can Germany play a positive part here? It can.

I believe that the Federal Chancellor of Germany and the President of France are being sufficiently objective today, and though it is obvious that for political reasons they support the current Kiev authorities, in my opinion they have a sufficiently fair assessment of the situation. They already have the understanding that the problems that have accumulated there are not only black and white – it is much more complicated.

I spoke about this in New York at the meeting with my American colleague and partner – the President of the United States of America. I said that without the participation of Europe and the United States it would hardly be possible to resolve the situation. There is no point in accusing Russia of non-compliance or failure to motivate the authorities of the unrecognized republics in the southeast of Ukraine to some action to implement the Minsk Agreements, if the Kiev authorities fail to comply with the key terms of those agreements. And the Kiev authorities are not in compliance.

This is no secret, it is something we often speak about, but I will say again what I mean when I say that the Kiev authorities are not complying with the Minsk Agreements.

The first thing that needs to be done to achieve a political settlement is amending the Constitution of Ukraine, this is stated directly in the Minsk Agreements, it is important: upon agreement – as it says – with these territories, the unrecognised republics. The authorities in Kiev amended the Constitution without any agreement with these unrecognized republics, insisting that they have reached agreement with the Venice Commission. Fine, but the Minsk Agreements say nothing about the Venice Commission, they require agreement with Donbass – something that has not been reached.

Second. The amendments should be permanent. Actually, they are made in transitional provisions, and in our view this means that it is a temporary measure. Our opponents speak of the opposite. How exactly was the Constitution amended? In essence the law on special status for these territories has been added to it, which has already been passed. When I ask what law is that, the German Chancellor, the French President and the Ukrainian President all confirm this is the law that the Ukrainian Rada has already passed. I asked if this was permanent, and they said it was.

So then, I ask them if they know that the law was passed for only three years, and one year has already passed, and Mr Poroshenko confirmed this. My European partners expressed their view that if the law was added to the Constitution, it should be permanent, but then this should be fixed in the Constitution.

Next. There was an argument about elections in the unrecognized republics. The Minsk Agreements say the Rada should pass a law on elections and they should be held in accordance with Ukrainian law. However, this law should also be agreed upon with these unrecognized republics. They sent in their proposals three times, but received no reply.

Moreover, the law that was passed says clearly that it will not apply to elections on these territories. Then what should they do ? That is why they declared they would hold the elections on their own. We have managed to convince both territories to postpone the elections. We agreed that the law should be drafted together with Kiev. But this has to be done.

Finally, the Minsk Agreements say clearly : within 30 days of their signing the Rada should pass a resolution to introduce a law on special status. As I have said, it was passed by the Rada earlier. What did our partners in Kiev do ? They approved the resolution passed by the Rada and formally, they were in compliance with the Minsk Agreements.

At the same time, without agreement with Donbass they passed another article – article 10 of that law that says that it would only come into effect after the elections there, in other words they again put it off. These are simply manipulations. This is exactly what I said to my Ukrainian partner. These are nothing more but manipulations. Formally, they seem to have complied. As the classics of Marxism-Leninism used to say, correct in form but mockery in essence.

Finally, they should pass a law on amnesty. If everyone keeps telling us that the elections have to be conducted in line with OSCE standards, they should not forget that OSCE standards envisage one important condition of the election campaign : nobody can be criminally persecuted, while all the leaders of the Lugansk and Donetsk people’s republics are under criminal persecution. However, this is something everyone agrees on – both our American and European partners: that the law on amnesty needs to be passed. It has not been passed.

The Minsk Agreements say this directly. The reference to the fact that it is covered in the law on special status does not work because the law is not in effect. A reference to having it covered in the law on future elections does not work either because there is no such law. There should be a separate amnesty law. I doubt that anyone here would say this is impossible. This is an international standard – you cannot have elections where people with active or passive voting rights are subject to criminal persecution.

There are a number of other issues, but they are not being resolved ; the ball, so to speak, is on the side of the Kiev authorities. This needs to be done and it can only be done by the Kiev Government and the Kiev President together with their European and American partners, not with Moscow. I apologise for taking such a long time, but I had to make my position clear.

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V. THE MILITARY DOCTRINE OF THE RUSSIAN FEDERATION [25 XII 2014]

[Source : theatrum-belli.com à la date du 29 juin 2015 – cette traduction semble officielle mais n’apparaît pas sur le site du Kremlin – notons que la traduction du russe a été longue à venir : l’on devait lire des commentaires sans pouvoir se reporter au texte, ce qui était embarrassant]

Voici un texte de grande importance bien que ce que l’on appellerait ici sa « valeur juridique » n’aille pas de soi. A mon sens, il reprend, ici ou là, des dispositions légales [de l’échelon « constitutionnel » le cas échéant] ; mais pour l’essentiel, on a là un texte effectivement doctrinal, à la fois très curieux et intéressant par la façon dont il procède à un ensemble de définitions par énumération [il y a là souvent matière à réflexion bien sûr, voire à enrichissement peut-être de votre lexique anglais, mais il va de soi que l’essentiel n’a pas à vous retenir]. Ce qui nous intéresse le plus dans le contexte de ce billet se trouve bien entendu à l’article 27 al. 1er – j’y reviendrai à propos du document suivant.

Puisque certains parmi vous aiment les concours d’éloquence judiciaire, voici un sujet propre à ravir, il me semble, un public exigeant et amateur d’émotions oratoires fortes :

Le président de la Fédération de Russie a fait le choix, à la suite d’une agression extérieure de haute intensité génératrice de pertes humaines et territoriales importantes [préciser les contours exacts de cette agression] de ne pas recourir au feu nucléaire ; peut-on imaginer qu’il soit destitué pour cette abstention selon la procédure de l’article 93 de la constitution ? [Comme vous le savez, on peut tout imaginer, et tout plaider…]

Article 93.

1. Le président de la Fédération russe ne peut être démis de ses fonctions par le Conseil de la Fédération que s’il est accusé par la Douma d’État de haute trahison ou d’un autre délit grave, après confirmation par un acte de la Cour suprême de la Fédération russe établissant des éléments délictueux dans les actes du président de la Fédération russe, et par un acte de la Cour constitutionnelle de la Fédération russe relatif au respect de la procédure établie pour la mise en accusation.

2. La décision de mise en accusation par la Douma d’État et la décision du Conseil de la Fédération de destituer le président doivent être prises à la majorité des deux tiers de l’ensemble des députés dans chacune des chambres, et sur l’initiative d’au moins un tiers des députés à la Douma d’État, à condition que la commission spéciale formée par la Douma d’État ait déposé ses conclusions.

3. La décision du Conseil de la Fédération de destituer le président de la Fédération russe doit être adoptée au plus tard dans les trois mois qui suivent la mise en accusation du président par la Douma d’État. Si le Conseil de la Fédération n’a pas pris sa décision dans ce délai, l’accusation portée contre le président est considérée comme rejetée.

Assez ri – le texte :

Approved by the President of the Russian Federation on December 25, 2014, No. Pr.-2976.

I – GENERAL PROVISIONS

1 The Military Doctrine of the Russian Federation (hereinafter the Military Doctrine) represents a system of officially adopted by the State views on preparations for armed defense and on the armed defense of the Russian Federation.

2 The Military Doctrine contains the main provisions of the military policy and of military-economic support for defense of the State based on the analysis of military risks and military threats facing the Russian Federation and the interests of its allies.

3 The legal basis of the Military Doctrine consists of the Constitution of the Russian Federation, generally recognized principles and norms of international law and international treaties of the Russian Federation in the field of defense, arms control and disarmament, federal constitutional laws, federal laws, as well as statutory legal acts of the President of the Russian Federation and the Government of the Russian Federation.

4 The Military Doctrine takes into consideration fundamental provisions of the Concept of the Long-Term Socio-Economic Development of the Russian Federation for the Period up to 2020, the National Security Strategy of the Russian Federation for the Period up to 2020, as well as relevant provisions of the Foreign Policy Concept of the Russian Federation, the Maritime Doctrine of the Russian Federation for the Period up to 2020, the Development Strategy of the Arctic Zone of the Russian Federation and of the National Security Protection for the Period up to 2020 and other strategic planning documents.

5 The Military Doctrine reflects the commitment of the Russian Federation to taking military measures for the protection of its national interests and the interests of its allies only after political, diplomatic, legal, economic, informational and other non-violent instruments have been exhausted.

6 The provisions of the Military Doctrine are specified in the addresses of the President of the Russian Federation to the Federal Assembly of the Russian Federation and may be adjusted within the framework of strategic planning in the military sphere (military planning).

7 Implementation of the Military Doctrine shall be achieved through the centralization of state governance in the field of defense and security and shall be carried out in accordance with federal legislation and statutory legal acts of the President of the Russian Federation, the Government of the Russian Federation, and federal executive authorities.

8 The following basic terms are used in the Military Doctrine :

a) military security of the Russian Federation (hereinafter military security) is the state of safety of vital interests of the individual, the society, and the State from external and internal military threats related to the use or a threat of the use of military force that is characterized by the absence of a military threat or by the ability to counter such a threat;

b) military risk is a situation in the inter-state or intra-state relations characterized by the totality of factors which can lead to a military threat under certain conditions;

c) military threat is a situation in the inter-state or intra-state relations characterized by a real possibility of an outbreak of a military conflict between opposing sides and by a high degree of readiness of a given state (group of states) or separatist (terrorist) organizations to resort to military force (armed violence);

d) military conflict is a form of resolving inter-state or intra-state contradictions with the use of military force (the term encompasses all types of armed confrontation, including large-scale, regional and local wars and armed conflicts);

e) armed conflict is an armed clash of a limited scale between states (international armed conflict) or between opposing sides in the territory of one state (internal armed conflict);

f) local war is a war pursuing limited military-political objectives when military actions take place within the borders of the warring states and affecting mainly the interests (territorial, economic, political, etc.) of these states;

g) regional war is a war involving several states if the same region waged by national or coalition armed forces in the course of which the sides are pursuing important military-political objectives;

h) large-scale war is a war between coalitions of states or major states of the world community in which the sides are pursuing radical military-political objectives. A large-scale war may result from an escalation of an armed conflict or a local or regional war and involve a significant number of states from different regions of the world. It would require mobilization of all physical resources available and spiritual strength of the participating states;

i) military policy is the activities of the State aimed at organizing and conducting defence and maintaining the security of the Russian Federation as well as the interests of its allies;

j) military organization of the State (hereinafter military organization) is a complex of state administration and military command and control bodies, the Armed Forces of the Russian Federation, other troops, military units and bodies (hereinafter the Armed Forces, other troops and bodies) that form its basis and carry out their activities using military methods as well as the country’s defense-industrial complex and whose joint activities are aimed at preparing for armed defense and at conducting armed defense of the Russian Federation;

k) military planning is an identification of the procedure and methods of attaining objectives and fulfilling tasks related to the development of the military organization, to the building and development of the Armed Forces, other troops and bodies, to their employment and providing with comprehensive support;

l) mobilization readiness of the Russian Federation is the ability of the Armed Forces, other troops and bodies, economy of the State, as well as federal state administration bodies of the constituent entities of the Russian Federation, local governments and organizations to execute the mobilization plans;

m) system of non-nuclear deterrence is a complex of foreign policy, military and military-technical measures aimed at preventing aggression against the Russian Federation through non-nuclear means.

II – MILITARY RISKS AND MILITARY THREATS ENCOUNTERED BY THE RUSSIAN FEDERATION

9 World development at the present stage is characterized by the strengthening of global competition, tensions in various areas of inter-state and interregional interaction, rivalry of proclaimed values and models of development, instability of the processes of economic and political development at the global and regional levels against a background of general complication of international relations. There is a stage-by-stage redistribution of influence in favour of new centres of economic growth and political attraction.

10 Many regional conflicts remain unresolved. There is a continuing tendency towards their resolution with the use of force, including in regions bordering the Russian Federation. The existing international security architecture (system) does not ensure equal security for all states.

11 There is a tendency towards shifting the military risks and military threats to the information space and the internal sphere of the Russian Federation. At the same time, despite the fact that unleashing of a large-scale war against the Russian Federation becomes less probable, in a number of areas the military risks encountered by the Russian Federation are increasing.

12 The main external military risks are :

a) build-up of the power potential of the North Atlantic Treaty Organization (NATO) and vesng NATO with global functions carried out in violation of the rules of international law, bringing the military infrastructure of NATO member countries near the borders of the Russian Federation, including by further expansion of the alliance;

b) destabilization of the situation in individual states and regions and undermining of global and regional stability;

c) deployment (build-up) of military contingents of foreign states (groups of states) in the territories of the states contiguous with the Russian Federation and its allies, as well as in adjacent waters, including for exerting political and military pressure on the Russian Federation;

d) establishment and deployment of strategic missile defense systems undermining global stability and violating the established balance of forces related to nuclear missiles, implementation of the global strike concept, intention to place weapons in outer space, as well as deployment of strategic non-nuclear systems of high-precision weapons;

e) territorial claims against the Russian Federation and its allies and interference in their internal affairs;

f) proliferation of weapons of mass destruction, missiles and missile technologies;

g) violation of international agreements by individual states, as well as non-compliance with previously concluded international treaties in the field of arms prohibition, limitation and reduction;

h) use of military force in the territories of states contiguous with the Russian Federation and its allies in violation of the UN Charter and other norms of international law;

i) existence (emergence) of seats of armed conflict and escalation of such conflicts in the territories of the states contiguous with the Russian Federation and its allies;

j) growing threat of global extremism (terrorism) and its new manifestations under the conditions of insufficiently effective international anti-terrorist cooperation, real threat of terrorist acts with use of radioactive and toxic chemical agents, expansion of transnational organized crime, primarily of illicit arms and drugs trafficking;

k) existence (emergence) of seats of inter-ethnic and inter-confessional tensions, activities of radical international armed groupings and international private military companies in areas adjacent to the state border of the Russian Federation and the borders of its allies, as well as territorial contradictions and upsurge in separatism and extremism in some regions of the world;

l) use of information and communication technologies for the military-political purposes to take actions which run counter to international law, being aimed against sovereignty, political independence, territorial integrity of states and posing threat to the international peace, security, global and regional stability;

m) establishment of regimes, which policies threaten the interests of the Russian Federation in the states contiguous with the Russian Federation, including by overthrowing legitimate state administration bodies;

n) subversive operations of special services and organizations of foreign states and their coalitions against the Russian Federation

13 The main internal military risks are :

a) activities aimed at changing by force the constitutional system of the Russian Federation; destabilizing domestic political and social situation in the country; disrupting the functioning of state administration bodies, important state and military facilities, and information infrastructure of the Russian Federation;

b) activities of terrorist organizations and individuals aimed at undermining the sovereignty and violating the unity and territorial integrity of the Russian Federation;

c) subversive information activities against the population, especially young citizens of the State, aimed at undermining historical, spiritual and patriotic traditions related to the defense of the Motherland;

d) provoking inter-ethnic and social tensions, extremism, stirring up ethnic and religious hatred or enmity.

14 The main military threats are :

a) drastic aggravation of the military-political situation (interstate relations) and creation of conditions for using military force;

b) impeding the operation of systems of state governance and military command and control of the Russian Federation, disruption the functioning of its strategic nuclear forces, missile warning systems, systems of outer space monitoring, nuclear munitions storage facilities, nuclear energy facilities, nuclear, chemical, pharmaceutical and medical industry facilities and other potentially dangerous facilities;

c) creation and training of illegal armed formations and their activities in the territory of the Russian Federation or in the territories of its allies;

d) demonstration of military force in the course of exercises in the territories of states contiguous with the Russian Federation or its allies;

e) intensification of activities of the armed forces of individual states (groups of states) involving partial or full mobilization and shifting the governance and military command and control bodies of these states to functioning as in wartime conditions.

15 Characteristic features and specifics of current military conflicts are:

a) integrated employment of military force and political, economic, informational or other non-military measures implemented with a wide use of the protest potential of the population and of special operations forces;

b) massive use of weapons and military equipment systems, high-precision and hypersonic weapons, means of electronic warfare, weapons based on new physical principles that are comparable to nuclear weapons in terms of effectiveness, information and control systems, as well as drones and autonomous marine vehicles, guided robotic weapons and military equipment;

c) exerting simultaneous pressure on the enemy throughout the enemy’s territory in the global information space, airspace and outer space, on land and sea;

d) a selective approach and inflicting large-scale damage on facilities, speedy troops (forces) and fire maneuver, employment of different mobile groupings of troops (forces);

e) reduction of the time periods required for preparing to conduct military operations;

f) enhanced centralization and computerization of command and control of troops and weapons as a result of transition from a strictly vertical system of command and control to global networked computerized systems of command and control of troops (forces) and weapons;

g) establishment of a permanent zone of military operations in the territories of conflicting sides;

h) participation in military operations of irregular military formations and private military companies;

i) use of indirect and asymmetric methods of operations;

j) employment of political forces and public associations financed and guided from abroad.

16 Nuclear weapons will remain an important factor of preventing an outbreak of nuclear military conflicts involving the use of conventional arms (large-scale war or regional war).

Ci-après, lors de la parade de la Victoire, sur la Place Rouge, le 9 mai 2015, missiles balistiques intercontinentaux RS-23 IARS. Aucun représentant d’un certain niveau des puissances occidentales ne s’est rendu à cette parade. L’on peut juger que cette absence, fort mal ressentie à Moscou, constitua, pour le moins, une impardonnable faute de goût – vingt-cinq millions de soviétiques, dont une grosse moitié de Russes, ayant péri pour nous libérer de la barbarie allemande .

Missile balistique intercontinental RS 24 IARS lors de la parade du 9 mai 2015 Place Rouge.png

III – MILITARY POLICY OF THE RUSSIAN FEDERATION

17 Main tasks of the Russian Federation’s military policy are determined by the President of the Russian Federation in accordance with the federal legislation, the National Security Strategy of the Russian Federation for the Period up to 2020 and the Military Doctrine.

18 The Russian Federation’s military policy is aimed at deterring and preventing military conflicts, improving military organization and forms and methods of employment of the Armed Forces, other troops and bodies, and enhancing mobilization readiness in order to ensure defense and security of the Russian Federation, as well as interests of its allies.

Russian Federation’s activities to deter and prevent military conflicts

19 The Russian Federation shall ensure the permanent readiness of the Armed Forces, other troops and bodies for deterring and preventing military conflicts and for armed defense of the Russian Federation and its allies in accordance with the norms of international law and international treaties of the Russian Federation.

20 Prevention of a nuclear military conflict as well as of any other military conflict is the basis of the military policy of the Russian Federation.

21 Main tasks of the Russian Federation with regard to deterring and preventing military conflicts are :

a) to assess and forecast the development of the military and political situation at global and regional levels, as well as the state of interstate relations in the military-political field with the use of modern technical means and information technologies;

b) to neutralize potential military risks and military threats through political, diplomatic and other non-military means;

c) to maintain global and regional stability and the nuclear deterrence potential at a sufficient level;

d) to maintain the predetermined level of combat readiness of the Armed Forces, other troops and bodies;

e) to maintain the mobilization readiness of the Russian’s economy, public authorities, local governments and organizations in the relevant areas of competence at a level required to ensure their operation in wartime;

f) to unite efforts of the State, society and individuals in defending the Russian Federation; to develop and implement measures, aimed at strengthening the effectiveness of military patriotic education of Russian citizens and their preparation for military service;

g) to work to increase the number of partner states and to promote cooperation with them on the basis of common interests in the area of international security in accordance with the provisions of the UN Charter, generally recognized norms and rules of international law, as well as international treaties of the Russian Federation, and to expend cooperation with BRICS countries (Brazil, Russia, India, China and South Africa);

h) to strengthen the system of collective security in the framework of the Collective Security Treaty Organization (CSTO) and to build up its potential; to intensify cooperation in the area of international security in the framework of the Commonwealth of Independent States (CIS), the Organization for Security and Cooperation in Europe (OSCE), and the Shanghai Cooperation Organization (SCO); to cooperate with The Republic of Abkhazia and the Republic of South Ossetia to ensure common defence and security; to maintain equitable dialogue on European security issues with the European Union and NATO; to promote creation of a new security model based on collective non-bloc principles in the Asia Pacific region;

i) to observe international treaties of the Russian Federation in the area of nuclear-missile arms limitation and reduction;

j) to conclude and implement agreements in the area of conventional arms control, as well as to implement confidence-building measures;

k) to create mechanisms of mutually beneficial bilateral and multilateral cooperation in countering potential missile threats, including if necessary, the creation of joint missile defence systems with Russian participation on a nuclear equal basis;

l) to resist attempts by some states or group of states to achieve military superiority through the deployment of strategic missile defence systems, the placement of weapons in outer space or the deployment of strategic non-nuclear high-precision weapon systems;

m) to promote the conclusion of an international treaty on prevention of placement of any types of weapons in outer space;

n) to adopt in the UN framework regulatory provisions to govern the secure conduct of outer space activities, including safety of outer space operations in the general technical sense;

o) to strengthen the Russian Federation’s potential in the area of monitoring objects and events in the near-Earth outer space, including the international cooperation mechanism in that area;

p) to participate in international peacekeeping activities, including under the auspices of the United Nations and in the framework of cooperation with international (regional) organizations;

q) to develop and adopt an international mechanism to monitor compliance with the Convention on the Prohibition of the Development, Production and Stockpiling of Bacteriological (Biological) and Toxin Weapons and on their Destruction;

r) to participate in combating international terrorism;

s) to create conditions to reduce the risk of using information and communications technologies for the military-political purposes to undertake actions running counter to international law, directed against sovereignty, political independence or territorial integrity of states or threatening international peace and security, and global and regional stability.

Employment of the Armed Forces, other troops and bodies, and their main tasks in peacetime under the conditions of an imminent threat of aggression and in wartime

22 The Russian Federation has the legitimate right to employ the Armed Forces, other troops and bodies to repel aggression against itself and/or its allies, to maintain (restore) peace as decided by the UN Security Council or another collective security body, as well as to protect its citizens abroad in accordance with generally recognized principles and norms of international law and international treaties of the Russian Federation.

23 In peacetime, the Armed Forces, other troops and bodies shall be employed by the decision of the President of the Russian Federation in accordance with the procedure prescribed by the federal legislation. Subject to the above, they shall be employed vigorously, purposefully and in an integrated manner on the basis of a timely and constant assessment of the military, political and strategic situation.

24 The Russian Federation shall regard an armed attack against a member state of the Union State [of Russia and Belarus] or any actions involving the use of military force against that state as an act of aggression against the Union State and shall take retaliatory measures.

25 The Russian Federation shall regard an armed attack against a CSTO member state as an aggression against all CSTO member states and shall take measures in accordance with the Collective Security Treaty.

26 Within the framework of strategic deterrence measures of a forceful nature the use of high-precision weapons is envisaged by the Russian Federation.

27 The Russian Federation shall reserve the right to use nuclear weapons in response to the use of nuclear and other types of weapons of mass destruction against it and/or its allies, as well as in the event of aggression against the Russian Federation with the use of conventional weapons when the very existence of the state is in jeopardy.

The decision to use nuclear weapons shall be taken by the President of the Russian Federation.

28 The activities to fulfill tasks assigned to the Aimed Forces, other troops and bodies shall be organized and carried out in accordance with the Defense Plan of the Russian Federation, decrees of the President of the Russian Federation, orders and directives of the Supreme Commander-in-Chief of the Armed Forces of the Russian Federation, as well as other statutory acts of the Russian Federation and strategic defense planning documents.

29 The Russian Federation shall provide military contingents for the CSTO peacekeeping forces to participate in peacekeeping operations as decided upon by the CSTO Collective Security Council. The Russian Federation shall also provide military contingents for the CSTO Collective Rapid Reaction Forces and the Collective Rapid Deployment Forces of the Central Asia Collective Security Region to promptly respond to military threats to CSTO member states and accomplish other tasks assigned by the CSTO Collective Security Council.

30 The Russian Federation shall provide military contingents for peacekeeping operations mandated by the UN or the CIS in accordance with the procedure established by the federal legislation and international treaties of the Russian Federation.

31 The Armed Forces of the Russian Federation may be employed outside the country to protect the interests of the Russian Federation and its citizens and to maintain international peace and security in accordance with the generally recognized principles and norms of international law, international treaties of the Russian Federation and the federal legislation.

32 The main tasks of the Armed Forces, other troops and bodies in peacetime are :

a) to protect sovereignty, territorial integrity of the Russian Federation and inviolability of its territory;

b) to ensure strategic (nuclear and non-nuclear) deterrence, including the prevention of military conflicts;

c) to maintain the composition, state of combat and mobilization readiness and training of the strategic nuclear forces and their support forces and facilities, as well as command and control systems at a level which guarantees the infliction of an unacceptable damage on an aggressor in whatever situation;

d) to ensure timely warning of the supreme commander-in-chief of the Armed Forces of the Russian Federation of an air or space attack as well as notification of public and military authorities and troops (forces) of military risks and military threats;

e) to maintain the capability of the Armed Forces, other troops and bodies to timely deploy groupings of troops (forces) along critical strategic axes, as well as to ensure their combat readiness;

f) to ensure the aerospace defence of the Russian Federation’s critical facilities as well as readiness to counter air and space attacks;

g) to deploy and maintain in the strategic space area orbital groupings of space vehicles to support the activities of the Armed Forces;

h) to protect and defend important state and military facilities, facilities on communication lines and special cargoes;

i) to build new military infrastructure facilities of the Armed Forces, other troops and bodies, and to modernize and develop the existing ones as well as to select dual-purpose infrastructure facilities to be used for defence purposes;

j) to protect citizens of the Russian Federation abroad from armed attack on them;

k) to participate in peacekeeping operations to maintain (restore) international peace and security, to take measures to avert (eliminate) threats to peace, and to suppress acts of aggression (violation of peace) on the basis of decisions of the UN Security Council or other bodies authorized to adopt such decisions in accordance with international law;

l) to combat piracy and ensure safety of navigation;

m) to ensure security of economic activities of the Russian Federation in high seas;

n) to combat terrorism in the territory of the Russian Federation and suppress international terrorist activities outside the Russian Federation;

o) to prepare for carrying out territorial defense and civil defense measures;

p) to participate in law enforcement activities and in ensuring public security;

q) to participate in the emergency management and to ensure the post-emergency restoration of special-purpose facilities;

r) to participate in the enforcement of state-of-emergency regime;

s) to protect national interests of the Russian Federation in the Arctic region.

33 The main tasks of the Armed Forces, other troops and bodies under the conditions of an imminent threat of aggression are :

a) to implement a set of additional measures aimed at reducing the threat of aggression and to increase the level of combat and mobilization readiness of the Armed Forces aimed at strategic deployment;

b) to maintain the nuclear deterrence potential at the required level of readiness;

c) to carry out the strategic deployment of the Armed Forces;

d) to participate in activities to enforce a martial law regime;

e) to carry out territorial defense activities, as well as to implement, in accordance with the established procedure, civil defense measures;

f) to fulfill international obligations of the Russian Federation with regard to collective defense, to repel or prevent, in accordance with the rules of international law, an armed attack against another state that has made a relevant request to the Russian Federation.

34 The main tasks of the Armed Forces, other troops and bodies in wartime shall include repelling aggression against the Russian Federation and its allies, defeating the aggressor’s troops (forces) and forcing the aggressor to cease hostilities on terms and conditions suiting the interests of the Russian Federation and its allies.

Development of military organization

35 The main tasks related to the development of the military organization are :

a) to bring the structure, composition and strength of the components of the military organization in line with their tasks in peacetime, under the conditions of an imminent threat of aggression and in wartime, taking into account the allocation of sufficient financial, physical and other resources for these purposes. The planned amount of such resources and timetable of their allocation shall be specified in planning documents on the long-term socio-economic development of the Russian Federation;

b) to provide for a more effective and secure functioning of public administration and military governance system and to ensure communication between federal government agencies, bodies of the constituent entities of the Russian Federation and other government authorities in addressing defense and security tasks;

c) to improve the aerospace defense system of the Russian Federation;

d) to improve the system of military and economic support for the military organization on the basis of efficient use of financial, physical and other resources;

e) to improve military planning;

f) to improve territorial defense and civil defense of the Russian Federation;

g) to improve arrangements related to the creation of mobilization reserves, including stocks of weapons, military and specialized equipment, as well as material and technical assets;

h) to strengthen the system of operation and maintenance of military hardware and specialized equipment;

i) to create integrated logistical, social, medical and scientific support structures in the Armed Forces, other troops and bodies, as well as military education and training institutions;

j) to improve the system of information security of the Armed Forces, other troops and bodies;

k) to raise the prestige of military service and to prepare citizens of the Russian Federation for such service in a comprehensive manner;

l) to support military-political and military-technical cooperation of the Russian Federation with foreign states;

m) to develop the mobilization base and to ensure the mobilization deployment of the Armed Forces, other troops and bodies, as well as to improve methods of recruiting and training of mobilization manpower reserves and mobilization manpower resources;

n) to improve the system of radiation, chemical and biological protection of troops (forces) and population.

36 The main priorities related to the development of the military organization are :

a) to improve the system of management of the military organization and to increase the effectiveness of its functioning;

b) to ensure that units, troops and formations of constant readiness are adequately manned, equipped, supported and trained at the required level;

c) to improve the quality of military training and military education, and to strengthen the military-related scientific potential.

Organizational building and development of the Armed Forces, other troops and bodies

37 The main task of the organizational building and development of the Armed Forces, other troops and bodies is to ensure that their structure, composition, strength, arms and equipment with up-to-date (prospective) types of weapons and military and special vehicles correspond to potential military threats, the substance and nature of military conflicts, their tasks in peacetime, under the conditions of an imminent threat of aggression and in wartime, as well as to political, socio-economic, military-technical and demographic conditions and capabilities of the Russian Federation.

38 As regards the organizational building and development of the Armed Forces, other troops and bodies, the Russian Federation proceeds from the necessity :

a) to improve the composition and structure of the Armed Forces, other troops and bodies, and to streamline their assigned strength; 

b) to ensure a sound ratio of constant-readiness troops and formations to troops and formations intended for the mobilization deployment of the Armed Forces, other troops and bodies;

c) to improve the quality of operational, combat, special and mobilization training;

d) to strengthen cooperation among the units and formations of the Armed Forces, other troops and bodies, and the federal authorities, authorities of the constituent entities of the Russian Federation, local governments and organizations involved in defense activities;

e) to ensure the provision of modem armaments and military and specialized equipment (materiel) and their mastering by personnel;

f) to ensure integration and coordinated development of technical, logistical and other types of support systems of the Armed Forces, other troops and bodies;

g) to improve system of military training and education, manpower development and military science;

h) to train highly professional servicemen devoted to their Homeland and to raise prestige of the military service.

39 The main objectives of the organizational building and development of the Armed Forces, other troops and bodies shall be achieved through :

a) formulation and consistent implementation of the military policy;

b) provision of effective military-economic support for and sufficient funding of the Armed Forces, other troops and bodies;

c) raising the functioning efficiency of the defense-industrial complex;

d) ensuring the reliable functioning of the command and control system of the Armed Forces, other troops and bodies in peacetime, under the conditions of an imminent threat of aggression and in wartime;

e) maintaining the capability of the national economy to meet the needs of the Armed Forces, other troops and bodies;

f) maintaining the mobilization potential at a level required to ensure the mobilization and strategic deployment of the Armed Forces, other troops and bodies;

g) developing civil defense forces of constant readiness capable of fulfilling their tasks in peacetime, under the conditions of an imminent threat of aggression and in wartime;

h) formation of territorial troops to provide protection and defense of military, state and special facilities, critical infrastructure, including transport, communications and energy, as well as potentially hazardous sites;

i) improvement of the deployment (stationing) pattern of the Armed Forces, other troops and bodies, including outside the territory of the Russian Federation, in accordance with the international treaties of the Russian Federation and the federal legislation;

j) creation of echeloned military infrastructure along strategic and tactical axes;

k) timely creation of mobilization stocks;

l) ensuring effective information security of the Armed Forces, other troops and bodies;

m) structural improvement of the system of military higher education institutions and of federal higher education institutions offering military training, and providing them with up-to-date training facilities;

n) improvement of social welfare of active and retired servicemen and their families, as well as of civilian personnel of the Armed Forces, other troops and bodies;

o) implementation of social guarantees established by the federal legislation for active and retired servicemen and their families, and improvement of their life quality;

p) improvement of the system of staffing with personnel under contract or under the draft with an emphasis on appointing enlisted servicemen under contract as private soldiers and sergeants ensuring combat readiness of the Armed Forces, other troops and bodies;

q) strengthening the law and order and military discipline, as well as prevention and suppression of corruption;

r) improving youth pre-draft training and military-patriotic education of citizens;

s) ensuring administrative and civilian control of the defense-related activities of federal executive bodies and the executive bodies of the constituent entities of the Russian Federation.

Mobilization preparation and mobilization readiness of the Russian Federation

40 Mobilization readiness of the Russian Federation shall be ensured through preparing for implementation of mobilization plans within established time limits.

The pre-determined level of mobilization readiness of the Russian Federation depends on an estimated military threat and the nature of a military conflict and shall be achieved through adequate activities for mobilization preparation, as well as equipping the Armed Forces, other troops and bodies with modern weapons and maintaining military-technical potential at a sufficient level.

41 The main task of mobilization preparation is to prepare the economy of the Russian Federation, economies of its constituent entities and municipalities and its state administration bodies, local government authorities and organizations, as well as to prepare its Armed Forces, other troops and bodies for the defense of the State against an armed attack and meeting the requirements of the State and the needs of the population in wartime.

42 The main tasks of mobilization preparation are :

a) to ensure sustainable governance in wartime;

b) to develop a legal framework regulating economic and other measures in the period of mobilization, during a state of martial law and in wartime taking into account the specific aspects of the functioning of financial, credit, tax and monetary systems during these periods;

c) to meet the requirements of the Armed Forces, other troops and bodies as well as the needs of the population in wartime;

d) to create ad hoc formations to be assigned to the Armed Forces or to be used for the purposes of the economy of the Russian Federation when mobilization is declared;

e) to maintain the industrial potential of the Russian Federation at a level sufficient to meet the requirements of the State and the needs of the population in wartime;

f) to provide the Armed Forces, others troops and bodies as well as economic sectors with additional human and logistical resources to address wartime tasks;

g) to organize reconstruction works at sites that were damaged or destroyed as a result of military operations including restoration of productive facilities designed to manufacture weapons, military and special equipment, as well as coverage on transportation lines;

h) to organize supplies of food and non-food commodities to the population under conditions of limited resources in wartime.

Military-economic support for the defense

43 The main task of the military-economic support for the defense is to create conditions for sustainable development and maintenance of the State’s military-economic and military-technical potential at the level necessary for the implementation of military policy and for meeting reliably the needs of the military organization in peacetime, in the face of an imminent threat of aggression and in wartime.

44 The tasks of military-economic support for the defense are:

a) to equip the Armed Forces, other troops and bodies with weapons and military and special equipment on the basis of the development of the military-scientific potential of the country, concentration of its financial, material and technical resources, as well as greater efficiency of their use in order to achieve the level sufficient to accomplish tasks assigned to the military organization;

b) to provide timely and full resource support for the Armed Forces, other troops and bodies with materiel needed for the implementation of their plans (programmes) for building and employment and for operational, combat, special and mobilization training of troops (forces);

c) to develop the defense-industrial complex by coordinating military-economic activities of the State aimed at ensuring defense, integration of the civilian and military sectors of the economy in specific spheres of production and legal protection of the results of military, special and dual-purpose intellectual activities;

d) to advance military-political and military-technical cooperation with foreign states for consolidation of confidence-building measures and reducing global and regional military tensions.

Equipping the Armed Forces, other troops and bodies with weapons and military and special equipment

45 The main task of equipping the Armed Forces, other troops and bodies with weapons and military and special equipment is to develop and maintain an interconnected and integrated system of weapons in a state corresponding to the tasks and purpose of the Armed Forces, other troops and bodies, to the forms and methods of their use, and to the economic and mobilization potential of the Russian Federation.

46 The tasks of equipping the Armed Forces, other troops and bodies with weapons and military and special equipment are :

a) to equip (re-equip) the Armed Forces, other troops and bodies in an integrated manner with up-to-date types and systems of weapons and military and special equipment, and to maintain them in a state ensuring their combat use;

b) to develop multifunctional (multipurpose) systems of weapons and military and special equipment using standardized components;

c) to enhance capacity and means of information warfare;

d) to improve the quality of the means of information exchange on the basis of up-to-date technologies and international standards, as well as a single information field of the Armed Forces, other troops and bodies as part of the Russian Federation’s information space;

e) to ensure the functional and organizational-technical unity of weapon systems of the Armed Forces, other troops and bodies;

f) to develop new types of high-precision weapons and means of counteracting them, aerospace defense assets, communication systems, reconnaissance and command systems, radio jamming systems, complexes of unmanned aerial vehicles, robotic strike complexes, modern transport aviation and individual protection systems for military personnel;

g) to create basic information management systems and integrate them with the systems of command and control of weapons and the computerized systems of command and control bodies at the strategic, operational-strategic, operational, operational-tactical and tactical levels.

47 The implementation of the tasks of equipping the Armed Forces, other troops and bodies with weapons and military and special equipment is provided for by the State Arms Programme and other national programmes (plans).

Provision of materiel for the Armed Forces, other troops and bodies

48 The provision of the Armed Forces, other troops and bodies with materiel and their stockpiling and maintenance shall be carried out within the framework of integrated and coordinated systems of technical and logistical support.

49 The main task of the provision of the Armed Forces, other troops and bodies with materiel in peacetime shall be stockpiling, echeloned placing, and maintenance of reserves of materiel supporting the mobilization and strategic deployment of the Armed Forces and the conduct of military operations (based on the time periods necessary for adapting the economy, its individual sectors, and industrial organizations to wartime conditions) in the light of physical and geographical conditions along the strategic axes and capacities of the transportation system.

50 The main task of the provision of the Armed Forces, other troops and bodies with materiel in a period of a direct threat of aggression shall consist in the additional provision of the troops (forces) with materiel according to wartime manning levels and norms.

51 The main tasks of the provision of the Armed Forces, other troops and bodies with materiel in wartime are :

a) to supply materiel taking into account the task assigned to a grouping of troops (forces), the procedure and schedule for its formation, and the expected duration of military operations;

b) to replenish losses of armaments, military and special equipment, and materiel in the course of military operations with due account of the capacity of industrial organizations to deliver and repair weapons and military and special equipment.

Development of the defense-industrial complex

52 The main task of the development of the defense industry is to ensure its effective functioning as a high-tech multi-profile sector of the national economy capable of meeting the needs of the Armed Forces, other troops and bodies in up-to-date weapons and military and special equipment, and the strategic presence of the Russian Federation in world markets for high-tech products and services.

53 The tasks of the development of the defense-industrial complex are :

a) to enhance the defense-industrial complex through creating and developing major research and production structures;

b) to improve the system of interstate cooperation in the development, production, and maintenance of weapons and military equipment;

c) to ensure the technological independence of the Russian Federation in the production of strategic and other types of weapons and military and special equipment in accordance with the State Arms Programme;

d) to improve the system of the guaranteed provision of materials and raw materials for the production and operation of weapons and military and special equipment through all stages of their life cycle, including in particular nationally produced related items and components;

e) to establish a complex of priority technologies ensuring the development and creation of prospective systems and models of weapons and military and special equipment;

f) to maintain the state control over strategically important organizations in the defense-industrial complex;

g) to step up innovation and investment activities making it possible to carry out a qualitative updating of the scientific, technical, production and technological base;

h) to develop, support and introduce military and civilian basic and critical technologies ensuring the development, production and maintenance of weapons and military and special equipment that are currently in service and prospective models of weapons and military and special equipment, as well as ensuring technological breakthrough or a forward-looking scientific and technological groundwork with a purpose of development of fundamentally new models of weapons and military and special equipment possessing previously unattainable performance capabilities;

i) to improve the system of targeted programme planning of the development of the defense-industrial complex with a view to increasing the effectiveness of equipping the Armed Forces, other troops and bodies with weapons and military and special equipment and ensuring the mobilization readiness of the defense-industrial complex;

j) to develop and produce prospective systems and models of weapons and military and special equipment and improve the quality and competitiveness of military products, to develop a management system for the full life cycle of weapons and military and special equipment;

k) to improve the mechanism for placing orders for the supplies of products, conducting of work and provision of services for federal needs;

l) to carry out measures stipulated by the federal legislation and aimed at providing economic incentives for entities implementing the State defense procurement programme;

m) to improve the performance of defense-industrial complex entities by introducing organizational and economic mechanisms ensuring their efficient functioning and development;

n) to improve the defense-industrial complex staffing structure, to strengthen its intellectual potential and to ensure social security of those working in the defense-industrial complex;

o) to ensure the production and technological mobilization readiness of defense-industrial complex entities for developing and producing priority types of weapons and military and special equipment in designated quantities and of due quality.

Military-political and military-technical cooperation of the Russian Federation with foreign states

54 The Russian Federation carries out military-political and military technical cooperation with foreign states (hereinafter military-political and military-technical cooperation) and with international, including regional, organizations on the basis of its foreign policy and economic expediency and in accordance with the federal legislation and international treaties of the Russian Federation.

55 The tasks of the military-political cooperation of the Russian Federation are :

a) to strengthen international security and strategic stability at global and regional levels on the basis of the rule of international law, and first of all the UN Charter provisions;

b) to establish and develop allied relations with the member states of the CSTO and the member states of the CIS, with the Republic of Abkhazia and the Republic of South Ossetia, as well as relations of friendship and partnership with other states;

c) to develop the negotiation process aimed at creating regional security systems with the participation of the Russian Federation;

d) to develop relations with international organizations for the prevention of conflict situations and maintenance and strengthening of peace in various regions, including with the participation of Russian military contingents in peacekeeping operations;

e) to maintain equitable relations with interested states and international organizations to counter the proliferation of weapons of mass destruction and their means of delivery;

f) to develop a dialogue with interested states on national approaches to confronting military risks and military threats brought about by the extensive use of information and communications technologies for military and political purposes;

g) to fulfill international obligations of the Russian Federation.

56 The main priorities of military-political cooperation shall include :

a) with the Republic of Belarus :

coordinating the activities in the sphere of development of the national Armed Forces and the use of the military infrastructure;

elaborating and harmonizing measures to maintain the defense capability of the Union State [of Russia and Belarus] in accordance with the Military Doctrine of the Union State;

b) with the Republic of Abkhazia and the Republic of South Ossetia – ensuring common defense and security;

c) with the CSTO member states – consolidating efforts to improve the capabilities of the CSTO collective security system for ensuring collective security and common defense;

d) with the CIS member states – ensuring regional and international security and carrying out peacekeeping operations;

e) with the SCO states – coordinating efforts to confront new military risks and military threats within common space, as well as establishing a necessary legal and regulatory framework;

f) with the United Nations and other international, including regional, organizations – involving representatives of the Armed Forces, other troops and bodies in the management of peacekeeping operations and in the process of planning and carrying out preparatory activities for operations aimed at maintaining (restoring) peace, as well as in participating in the elaboration, coordination, and implementation of international agreements on arms control and strengthening international security and increasing the participation of units and servicemen of the Armed Forces, other troops and bodies in operations aimed at maintaining (restoring) peace.

57 The tasks of military-technical cooperation are defined by the President of the Russian Federation in accordance with the federal legislation.

58 The key areas of military-technical cooperation are formulated in the Annual Presidential Address to the Federal Assembly of the Russian Federation.

* * *

The provisions of the Military Doctrine may be updated due to changes in the nature of military risks and military threats, the tasks in the sphere of military security and defense, as well as the conditions of development of the Russian Federation.

VI. THE MILITARY DOCTRINE OF THE RUSSIAN FEDERATION [25 II 2010 ; extrait bref]

 [Source : carnegieendowment.org  – Sur le site de la présidence russe, l’on a bien l’événement de la signature, le 5 février 2010, par le président Dmitri Medvedev, mais non le document]

Le propos de ce billet demeure assez superficiel et je ne souhaite pas approfondir les questions que nous croisons au-delà d’un certain point : mon propos est simplement que vous sachiez que certaines questions se posent et dans quels termes elles sont posées – ici en particulier, dans les circonstances du temps, s’agissant de la Russie.

Quoi qu’il en soit :

  1. Il est notable que la doctrine militaire de 2010, formulée pour une période décennale – 2010-2020 – ait été modifiée après cinq années.
  2. Il faut supposer qu’il y a eu quelque motif à cette accélération. Mais il n’est pas certain qu’il concerne notre affaire centrale. Je vous suggère de lire finement l’article 22 de la doctrine de 2010, ci-après, et de le comparer avec l’art. 27 de la doctrine de 2014. Y voyez-vous la manifestation d’une évolution significative ? Ma question peut recevoir une réponse positive ou négative bien entendu, c’est à vous de faire le bon choix.

16 Nuclear weapons will remain an important factor for preventing the outbreak of nuclear military conflicts and military conflicts involving the use of conventional means of attack (a large-scale war or regional war).

In the event of the outbreak of a military conflict involving the utilization of conventional means of attack (a large-scale war or regional war) and imperiling the very existence of the state, the possession of nuclear weapons may lead to such a military conflict developing into a nuclear military conflict.

22 […].

The Russian Federation reserves the right to utilize nuclear weapons in response to the utilization of nuclear and other types of weapons of mass destruction against it and (or) its allies, and also in the event of aggression against the Russian Federation involving the use of conventional weapons when the very existence of the state is under threat.

The decision to utilize nuclear weapons is made by the Russian Federation president.

VII. THE RUSSIAN FEDERATION MILITARY DOCTRINE [21-IV-2000 ; extrait bref]

[Source : https://www.armscontrol.org/act/2000_05/dc3ma00 ]

Evoquée au paragraphe précédent, signée par le président Poutine le 21 avril 2000, il suffira pour l’objet principal qui est ici le nôtre que vous considériez ce fragment :

I –

8 The Russian Federation’s military security is safeguarded by the sum total of the forces, means, and resources at its disposal.

Under present-day conditions the Russian Federation proceeds on the basis of the need to have a nuclear potential capable of guaranteeing a set level of damage to any aggressor (state or coalition of states) under any circumstances.

The nuclear weapons with which the Russian Federation Armed Forces are equipped are seen by the Russian Federation as a factor in deterring aggression, safeguarding the military security of the Russian Federation and its allies, and maintaining international stability and peace.

The Russian Federation reserves the right to use nuclear weapons in response to the use of nuclear and other types of weapons of mass destruction against it and (or) its allies, as well as in response to large-scale aggression utilizing conventional weapons in situations critical to the national security of the Russian Federation.

The Russian Federation will not use nuclear weapons against states party to the Nonproliferation Treaty that do not possess nuclear weapons except in the event of an attack on the Russian Federation, the Russian Federation Armed Forces or other troops, its allies, or a state to which it has security commitments that is carried out or supported by a state without nuclear weapons jointly or in the context of allied commitments with a state with nuclear weapons.

*

***

*

Je récapitule, afin que vous puissiez essayer de clarifier par vous-même vos idées – sachant bien sûr qu’il est [très] embarrassant de travailler sur une traduction – :

2000 – art I, 8 :

The Russian Federation reserves the right to use nuclear weapons in response to the use of nuclear and other types of weapons of mass destruction against it and (or) its allies, as well as in response to large-scale aggression utilizing conventional weapons in situation critical to the national security of the Russian Federation.

2010 – art. 22 :

The Russian Federation reserves the right to utilize nuclear weapons in response to the utilization of nuclear and other types of weapons of mass destruction against it and (or) its allies, and also in the event of aggression against the Russian Federation involving the use of conventional weapons when the very existence of the state is under threat.

2014 – art. 27 :

27 The Russian Federation shall reserve the right to use nuclear weapons in response to the use of nuclear and other types of weapons of mass destruction against it and/or its allies, as well as in the event of aggression against the Russian Federation with the use of conventional weapons when the very existence of the state is in jeopardy.

Clarifier et ordonner vos idées, c’est-à-dire :

  • déterminer ce qui vous paraît à peu près clair [en vous en tenant, je le redis, aux textes tels qu’ils sont traduits] ;
  • discerner continuités, dans les trois textes, et possibles discontinuités [entre chacun et chacun, ou bien entre un seul et les deux autres…]
  • vous attarder sur ce qui ne va pas de soi , et qui tient en particulier à tel ou tel mot ;
  • essayer de penser par vous-même : si vous lisez dans un commentaire, par exemple, que le niveau de la nucléarisation d’un conflit engagé conventionnellement par un agresseur est nettement abaissé en 2014 par rapport à 2010, et que vous ne le pensez pas – tenez-vous donc à ce que vous pensez [les vertus dianoétiques – intellectuelles – ne vont pas sans les vertus éthiques – morales, de fermeté en particulier, de force, de courage, vertu cardinale] ;
  • discuter ensemble afin que chacun puisse entendre les objections de certains autres.

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Concernant les Etats-Unis, la plaquette ci-dessus est très générale, vous pourrez le voir :

http://www.dtic.mil/doctrine/new_pubs/jp1.pdf

Ceux que cela intéresse peuvent consulter un assez commode inventaire historique – afin de pouvoir ensuite aller plus loin – :

docs.lib.purdue.edu/context/lib_research/article/…/viewcontent

Mais il y a beaucoup de documents qui mériteraient certainement attention. L’un doit être, il me semble, privilégié [mais je ne suis nullement connaisseur étendu et profond de cette question qui n’est pas de celles, si importante soit-elle, qui me passionnent – ne serait-ce que parce que, des doctrines de l’usage d’armes nucléaires aux pratiques en fin de compte, le cas échéant [et de préférence n’échéant pas], de ces doctrines, il peut y avoir  de la distance – c’est l’horizon de cette distance possible d’ailleurs qui, dans l’anticipation hallucinée de tous les acteurs, la produit inéluctablement] : la dernière version de la  « NPR », qui manifestait, en 2010, de bonnes intentions mais sans grandes chances d’actualisation au regard des conditions posées au désarmement nucléaire. L’évocation de celui-ci a paru à de bons observateurs de ces choses une stratégie de communication et aussi d’habile pression sur les alliés, adversaires et tiers, plus que l’expression d’un engagement sincère. De toute façon, le climat qui avait suivi le discours prononcé à Prague en avril 2009 par M. Obama, dans lequel ce dernier appelait un monde sans armes nucléaires, puis l’attribution assez absurde [comme c’est en général le cas] au même M. Obama du prix Nobel de la paix en octobre 2009, et enfin la signature en avril 2010 du traité New Start avec la Russie, limitant encore ogives et vecteurs nucléaires – ce climat, médiocre certes, mais point encore détestable, s’est estompé, et davantage.

https://www.defense.gov/Portals/1/features/defenseReviews/NPR/2010_Nuclear_Posture_Review_Report.pdf

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VIII. UNE RÉPONSE DE M. POUTINE LORS DE LA JOINT PRESS CONFERENCE WITH THE PRIME MINISTER OF GREECE M. TSIPRAS [27-V-2016]

[Sur le site du Kremlin President of Russia, en.kremlin.ru pour la version anglaise ; un bref extrait, composé en des termes différents, avait été présenté par Reuters.]

What is the impact of security-related issues on economic cooperation, in particular, the commissioning of the US anti-missile defence deployment area in Romania? What is the impact? The impact is negative, and it cannot be otherwise. Because some time ago the United States unilaterally withdrew from the Anti-Missile Defence Treaty and started what amounts to undermining the fundamentals of international security. Yet another step has been made now.

Since the early 2000s, we have been persistently repeating the same thing, like a mantra: we will have to respond to it in some way. Nobody listens to us, nobody is willing to have talks with us, we do not hear anything but platitudes, and those platitudes mainly boil down to the fact that this is not directed against Russia and does not threaten Russia’s security.

Let me remind you that initially there was talk about thwarting a threat from Iran, it was all about the Iranian nuclear programme. Where is the Iranian nuclear programme now? It no longer exists. The Unites States themselves initiated the signing of the treaty with Iran. The Iranian nuclear threat does not exist, while the US anti-missile deployment area is being created and was commissioned in Romania.

What is this? These are launch pads and radar stations. Today, 500-kilometre range Iskander land-based missiles are being deployed; in a few years they will be 1000-kilometre range missiles. We even know the approximate date when such missiles will be deployed. How can this not be a threat to us? It is a clear threat to our nuclear forces.

However, there is something else that is even worse: these compact launch pads can accommodate assault missiles with a 2,400-kilometre range, and replacing the missiles is no problem, one only has to change the software, and nobody is going to notice anything, even the Romanians. Isn’t it a threat to us? It certainly is.

That is the reason we have to respond now, and if yesterday some areas in Romania did not know what it is like to be a target, today we will have to take action to ensure our security. Let me repeat, these are response measures, a response only. We were not the first to take such steps.

The same will be done with regard to Poland. We will wait for certain actions to be taken in Poland. We are not going to do anything until we see missiles on the neighbouring territory. And we have the necessary resources. You saw, the whole world saw our capabilities in terms of medium-range sea and air based missiles. We are not violating anything, but the Iskander land-based missile systems have a brilliant record.

Incidentally, the fact that launch pads are deployed that may be charged with medium-range missiles is nothing short of erosion of the medium and short range missile treaty by our American partners. I think it is an obvious matter that requires the most careful consideration, and undoubtedly, the involvement of the parties concerned in detailed and substantial talks on these issues.

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IX. M. POUTINE RÉPOND À DES JOURNALISTES À LA FIN DU XXth ST PETERSBURG INTERNATIONAL ECONOMIC FORUM [SPIEF] DE 2016 [18-VI-2016]

[N.B. : Les usuels « éléments de langage » répandus par les agences de presse dominantes – bribes à la fois ironiques et injurieuses – ont contribué à diluer la force du propos dans une presse occidentale pratiquant de toute façon avec ardeur l’art des ciseaux. Je produis la version qu’une video sous-titrée du discours m’a permis de tracer, sensiblement plus longue que celle qui est la plus répandue.]

No matter what we said to our American partners [to curb the production of weaponry] they refused to cooperate with us, they rejected our offers and continue to do their own thing. Some things I cannot tell you right now publicly, I think that would be rude of me. And whether or not you believe me, we offered real solutions to stop this [arms race]. They rejected everything we had to offer. So here we are today – and they’ve placed their missile defense system in Romania – always saying « We must protect ourselves from the iranian nuclear threat ! » Where’s the threat ? There is no iranian nuclear threat. You even have an agreement with them – and the US was the instigator of this agreement, where we helped ; we supported it. But if not for the US then this agreement would not exist – which I consider President Obama’s achievement. I agree with the agreement, because it eased tensions in the area. So President Obama can put this in his list of achievements. So the Iranian threat does not exist, but missile defense system are continuing to be positioned. That means we were right when we said that they are lying to us. Their reasons were not genuine, in reference to the iranian nuclear threat. Once again, they lied to us. So they built this system and now they are being loaded with missiles. You, as journalists, should know that these missiles are put into capsules, which are utilised from sea-based, mid-range Tomahawk rocket launchers. These are being loaded with anti-missiles that can penetrate distances of up to 500 km. But we know that technologies advance ; we even know in which year the Americans will accomplish a new missile, which will be able to penetrate distances of up to 1000 km, and then even further, and from that moment on, they will start to directly threaten Russia’s nuclear potential. We know year by year what’s going to happen, and they know that we know ! It’s only you that they tell tall-tales to, and you spread it to the citizens of your countries. Your people in turn do not feel a sense of the impending danger – this is what worries me. How can you not understand that the world is being pulled in an irreversible direction ? That’s the problem. Meanwhile they pretend that nothing’s going on. I don’t know how to get through to you anymore. [Les deux fragments soulignés ont été repris dans le titre du présent billet.] And they justify this as a defense system, not weaponry that is used for the purposes of an offensive – system that prevent aggression : this is absolutely not true ; a missile defense system is one element of the whole system of offensive military potential ; it works as part of a whole that includes offensive missile launchers.

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X. DISCOURS SUR LA DISSUASION NUCLEAIRE PRONONCE LE 19 FEVRIER 2015 A LA BASE AERIENNE D’ISTRES PAR LE PRESIDENT HOLLANDE

[Site de L’Elysée]

Voici, une fois n’est pas coutume, un discours dans l’ensemble de bonne qualité – j’entends : rigoureux – de M. Hollande – si l’on passe sur les lourdes allusions à la menace russe, sur les réserves injustifiées émises envers l’Iran [qui annoncent l’effort qui sera celui, obstiné, de M. Fabius, alors notre catastrophique ministre des Affaires étrangères, en vue de faire échouer l’accord sur le nucléaire du 14 juillet 2015], et plus encore sur la pénible et belligène surexcitation que le président Hollande a partagée avec son prédécesseur dans l’affaire syrienne [il aurait absolument voulu que nous fissions à M. Assad ce que nous fîmes ou laissâmes faire pour notre honte au Raïs libyen – ; il en a beaucoup voulu à M. Obama, il l’a répété à plusieurs reprises, obstinément, inconsolable, d’avoir décommandé au dernier moment, le 31 août 2013, la criminelle, la gravissimement illégale, opération prévue – de toute façon, toute autre présence étrangère en Syrie que celle de la Russie, de l’Iran, du Hezbollah et de quelques poignées de militants agréés par le gouvernement damascène, est illégale puisque 1) non sollicitée par l’autorité légitime et 2) non autorisée par les Nations Unies] ; on le voit répéter ici que Damas eût utilisé des armes chimiques alors que cette version est pour le moins peu probable. [À propos de l’affaire de la Ghouta, voir le billet suivant – « Fragments d’un journal de guerre ».]

C’est que le sujet évoqué à Istres – la « dissuasion » – n’est certes pas ordinaire, et qu’il ne se prête aucunement aux manipulations politiciennes en lesquelles l’ancien Premier Secrétaire a toujours excellé, et excelle encore à l’évidence, même si elles ne lui ont pas permis, certes, de se hisser au niveau des fonctions redoutables qu’il avait su conquérir, et de s’y rendre ainsi estimé de ce peuple que, âgé pourtant, je n’avais jamais vu aussi irrémissiblement unanime dans son rejet. [L’une des difficultés de la Cinquième tardive tient à ce que les qualités qui favorisent la conquête du pouvoir aujourd’hui ne sont pas celles qui permettraient de l’exercer avec grandeur, d’où cette galerie de lamentables Césars qui attendent qu’un Suétone les étrille – l’amusant de la situation tenant à ce que le possible assassin de Tibère fut possiblement un certain… Macron, bientôt acculé au suicide par Caligula – mais, si l’on comprend bien, notre Macron à nous, si je peux dire, n’a point tué notre Tibère, eût peut-être même été de mèche avec lui suggère-t-on de façon insistante, et d’ailleurs l’on peut avoir le sentiment, dans notre galerie, que Caligula – à moins que ce ne fût Néron – ait plutôt précédé Tibère – ce Tibère d’ailleurs qui ressemblerait plutôt à Claude – l’on s’y perd.]

Ce grand sujet incline même le président à évoquer à plusieurs reprises notre « indépendance ». Nous savons hélas ce qu’il en est, mais nous allons comprendre – comme le film consacré au général de Gaulle qui fait partie de notre liste nous y aidera aussi – le lien très intime qui unit la « force de frappe » avec la perspective de l’indépendance, de la souveraineté, voire la forme même du régime. [I]

Concernant cet aspect, pourtant, nous saisirons les contours d’une forme d’aporie – je dirais volontiers : de grave aporie, si l’aporie n’était pas toujours grave, si l’aporie, dans les questions sérieuses, ne formait pas l’essence même du tragique – de notre doctrine militaire embrassée dans son ensemble – cela ne rend pas le discours moins intéressant, puisque celui-ci nous permet justement de mieux prendre la mesure de cette lourde difficulté. [II]

Au fond, si l’on s’en tient à l’essentiel, que dit M. Hollande :

I –

  1. Que « le temps de la dissuasion nucléaire n’est pas dépassé » ;
  2. Que cette dissuasion ne saurait opérer que sous la condition de la capacité d’ « infliger des dommages absolument inacceptables » à quelque adversaire que ce soit ;
  3. Que l’arme nucléaire a une vocation « défensive » et non « offensive » [sans qu’il soit bien facile de savoir jusqu’à quel point il s’agirait de laisser se développer une offensive ennemie pour réaliser une telle condition de « défensivité »] ; et même que le recours à une telle arme ne saurait être légitime en dehors de « circonstances extrêmes de légitime défense » ;
  4. Que l’arme nucléaire non seulement suppose l’indépendance mais la garantit, permet en particulier que la France puisse résister aux pressions qui prétendraient entraver la manifestation de sa volonté propre ;
  5. Que l’efficacité de la dissuasion implique la désignation d’un lieu proprement monarchique dans l’État, appelle un prince qui soit constitué en interprète strictement discrétionnaire des situations, des menaces, et des moyens dont celles-ci justifient l’usage, si bien que, du fait de l’arme nucléaire, la souveraineté de tous, c’est-à-dire leur liberté, ne saurait n’appeler pas la souveraineté d’un seul. [C’est ainsi que, dans ma longue méditation du Contrat social, je ne saurais me résigner à l’effacement du Grand Législateur – il faut en quelque sorte un Guide de la Révolution – et je n’évoque pas le Velayat-e faqih avec son inévitable dimension casuistique dans un monde de la Loi auquel ici l’on ne peut, de toute façon, qu’échapper.] – M. Hollande n’exprime rien d’autre en portant que c’est « la responsabilité suprême du Président de la République d’apprécier en permanence la nature de nos intérêts vitaux et les atteintes qui pourraient y être portées. » [Dois-je préciser, avec regret – nous touchons ici à l’essentiel -, que tout horizon un peu sérieusement entendu de « Sixième République » ne peut conduire qu’à de régressives sottises – la fine pointe de la souveraineté, entendue ici de façon à peu près schmittienne, doit être soustraite à toute discussion, les bonnes idées en de tels domaines sont de mauvaises idées et même des idées idiotes ; j’ajoute que, quels que soient mes sentiments envers M. Hollande, je n’ai jamais douté un instant qu’il ne fût à la hauteur de son devoir suprême, et la louable fermeté de ce discours a achevé de me persuader de ce à quoi il eût fallu de toute façon que je me résignasse.]
  6. Que la mesure de la décision de frappe est ordonnée à celle de nos « intérêts vitaux ». Doit-on définir, même de façon très large, une telle mesure ? Admettons qu’en évoquant des « intérêts vitaux », M. Hollande n’hypothèque guère la latitude présidentielle d’appréciation. Il semble même vouloir souligner cet aspect en ajoutant un complément d’une certaine façon assez étrange :  » […] je ne peux exclure qu’un adversaire se méprenne sur la délimitation de nos intérêts vitaux. C’est pourquoi je veux rappeler ici, que la France peut, en dernier ressort, marquer sa volonté à défendre nos intérêts vitaux par un avertissement de nature nucléaire ayant pour objectif le rétablissement de la dissuasion. » Pourquoi étrange ? Parce que l’on comprend bien que l’on ne recoure pas au feu nucléaire pour avertir que l’on pourrait bien y recourir ; bien entendu, l’on peut considérer que ce propos marque l’extrême détermination du Président ; mais d’un autre côté, si l’on annonce une salve d’avertissement, ne s’expose-t-on pas à laisser l’ennemi avancer tant qu’aucun coup de semonce n’est intervenu ? Je n’insiste pas davantage : tout cela est peut-être assez « théorique », comme l’on dit.
  7. Va-t-il plus loin ? l’ « intérêt vital », l’horizon du « vivre », ne concerne pas seulement la « population », mais aussi le « territoire », et au fond – puisque ce terme est utilisé de façon manifestement englobante – la « Nation », ce qui pourrait, admettons-le, autoriser toutes sortes d’interprétations extensives, méta-physiques au sens premier de ce terme. Quelle réserve opposer à cette vue large, qui semble admettre – et je ne saurais objecter à cela – que nous ne sommes pas seulement chair et terre ? Tout est décidément aussi parfait que possible sous la lune jusqu’ici.
  8. De même, l’on peut tout à fait se satisfaire du refus qui semble celui de M. Hollande de réserver le recours à l’arme nucléaire au cas d’agression nucléaire, tout au moins imminente : « L’intégrité de notre territoire, la sauvegarde de notre population constituent le cœur de nos intérêts vitaux. Quels que soient les moyens employés par l’adversaire étatique nous devons préserver la capacité de notre nation à vivre. Tel est le sens de la dissuasion nucléaire. » Bien que la formulation ne soit pas aussi limpide qu’on pourrait le souhaiter – à dessein peut-être -, il semble aller de soi que tel qui nous agresserait de façon strictement conventionnelle [« quels que soient les moyens employés »] puisse s’attendre, au-delà d’un certain degré d’atteinte à nos « intérêts vitaux » à subir une frappe nucléaire.
  9. Tout au plus peut-on juger qu’une difficulté pourrait ressortir de la discussion appelée par la portée d’un engagement : « Aujourd’hui, pose M. Hollande, je réaffirme solennellement que la France n’utilisera pas d’armes nucléaires contre les États non dotés de l’arme nucléaire, qui sont parties au Traité de non-prolifération et qui respectent leurs obligations internationales de non prolifération des armes de destruction massive. » Est-ce à dire qu’un État remplissant ces conditions pourrait envahir conventionnellement le pays sans que nous puissions nous sentir autorisés à riposter nucléairement ? Probablement pas puisque, dans ce passage, c’est de façon tout à fait générale que le Président affirme qu’aucun des engagements de la France évoqués dans ces lignes ne devrait être interprété comme emportant l’effet d’enlever quoi que ce soit au « droit à la légitime défense » de la France. [Bien entendu, il vaudrait la peine d’étudier de près les divers actes que ce passage du discours évoque – mais cela nous entraînerait trop loin. D’autant qu’il faudrait méditer, en termes en quelque sorte ontologiques, ce que peut bien signifier la légitime défense, sujet passionnant et à tous égards brûlant, mais qui appellerait, dans la considération au moins de la philosophie politique classique et moderne, et celle des aspects internes, comparés, et externes de la question, une bonne cinquantaine d’heures de cours…]

Le capitaine de Gaulle en 1915.png

Ci-dessus, le capitaine de Gaulle en 1915, la lippe plutôt dédaigneuse, sans exagération, l’œil toiseur – il est fort grand -, éperons aux pieds et swagger stick légèrement courbé par la pression des gants – parfait vous en conviendrez : chercher à être « sympathique » [pourquoi pas cool…] est un comportement de « commercial », l’officier à la hauteur de son destin doit être respecté et même admiré de ses hommes, aimé peut-être parfois, c’est tout autre chose ; notez qu’il n’est pas cavalier, comme vous pourriez le penser, mais fantassin, son rang à Saint-Cyr lui eût autorisé la cavalerie, plus élégante, mais il fit très délibérément ce choix – on lit des choses assez contradictoires là-dessus – jamais curieusement que la très grande taille n’est pas un avantage pour être cavalier -, et il finira au demeurant par commander beaucoup plus tard des formations de cavalerie et par se faire connaître en partie par ses vues concernant l’arme blindée, la nouvelle cavalerie ; quoi qu’il en soit, il est chaussé, me semble-t-il, des fameux brodequins à jambières de cuir des débuts de la Grande Guerre [je le précise au regard de l’alinéa qui vient].

II –

  1. C’est à partir du vingt-huitième alinéa [selon le découpage du texte que je produis] que, au fil d’une partie des alinéas, survient la catastrophe – catastrophe évidemment intellectuelle, telle que nous la caractérisons, mais catastrophe au fond surtout politique et militaire. Car, en même temps, chance pour notre pensée – « Wo aber Gefahr ist, wächst / Das Rettende auch », a répétitivement murmuré l’inégalable Hölderlin dans les cinq versions de « Patmos », là où est le péril, croît aussi ce qui sauve – puisque nous voici mis à même, du moins, de comprendre que, du Général, on ne peut enfiler une botte bien rigide d’officier au pied droit tout en chaussant son pied gauche d’on ne sait quelle douillette « charentaise ».
  2. Que porte donc M. Hollande ? Que « la définition de nos intérêts vitaux ne saurait être limitée à la seule échelle nationale, parce que la France ne conçoit pas sa stratégie de défense de manière isolée, même dans le domaine nucléaire. Nous avons affirmé à de nombreuses reprises, avec le Royaume Uni, avec lequel nous avons une coopération sans équivalent, cette conception. Nous participons au projet européen, nous avons construit avec nos partenaires une communauté de destin, l’existence d’une dissuasion nucléaire française apporte une contribution forte et essentielle à l’Europe. La France a en plus, avec ses partenaires européens, une solidarité de fait et de cœur. Qui pourrait donc croire qu’une agression, qui mettrait en cause la survie de l’Europe, n’aurait aucune conséquence ? C’est pourquoi notre dissuasion va de pair avec le renforcement constant de l’Europe de la Défense. » Est-il excessif de considérer que tout ce qui précède se trouve miné par ces lignes imprudentes, mais peut-être inévitables dans les circonstances dans lesquelles nous nous sommes laissés entraîner ? Ainsi ferions-nous accéder au rang de nos intérêts vitaux les intérêts vitaux d’autres peuples. Bien entendu, le propos est pâteux – l’on discuterait à perte de vue sur ce que pourrait bien comporter la notion de « survie de l’Europe ». Je n’insiste pas davantage, tant il saute aux yeux que M. Hollande introduit le doigt dans un terrible engrenage – mais l’embarras tient à ce que son doigt est le nôtre, et que notre doigt ici est plutôt notre tête même. Il ne saurait mieux dire à Moscou – qui ne saurait ne pas l’entendre [n’oubliez pas que nous sommes partis de cette question précise – celle de notre exposition à un danger que rien, certes, ne permettait de considérer comme inéluctable, mais dont nous contribuons à envenimer inlassablement les circonstances] – qu’il faudra compter avec nous, avec notre force de frappe, s’il se passe quoi que ce soit à des frontières qui ne sont pas les nôtres, qui n’ont cessé de considérablement se déplacer au fil des derniers siècles, et dont il faut bien dire que la plupart de nos compatriotes – ignorants d’autant de folies – se contrefichent dans l’ensemble.  Je ne suggère à personne de penser un quart de seconde que je puisse avoir peur : la peur est un sentiment dont ceux qui me connaissent savent qu’il m’est étranger, s’il s’agit du moins de ma personne – je peux avoir peur pour d’autres, cela va sans dire ; mais s’il s’agit des Baltes par exemple, leur avenir, que je souhaite certes, avec beaucoup de sincérité, le meilleur possible, me préoccupe moins – je pourrais détailler – que celui de nos voisins – et davantage, certes – algériens, exposés à de tout autre périls dans les années qui viennent, ou bien celui des infortunés Syriens – et, s’agissant de ces derniers, nullement depuis cinq ans, mais depuis toujours -, tout comme les obsessions légitimes de la Pologne, dont l’hostilité à la Russie est tout à fait compréhensible, même s’il serait sage à mon sens d’en atténuer un peu l’expression, me sont étrangères tandis que, né d’une éblouissante mère sarde, si amoureuse de la France, je me sens, de toujours, des affinités très puissantes, comme fraternelles, avec tous les mondes méditerranéens, tout en ne prétendant pas imposer ma préférence aux autres, mais souhaitant de même que les préférences des autres, en particulier à peu près « raciales », ne me soient pas imposées jusqu’au possible sacrifice ultime d’une partie notable de ce à quoi je peux tenir en ce monde, à commencer par mon pays, qui doit certes assumer ses devoirs, mais non s’en inventer de peu justifiables dont il est possible de redouter qu’ils ne dissimulent d’ailleurs les ordinaires montages globalistes, hégémonistes et impérialistes de notre temps, qui ne doit pas s’inventer des remparts menacés et lointains à la dentelle desquels nous devrions veiller en exaspérant les tensions et non en les faisant décroître. Nous ne devons collectivement notre sang qu’à notre patrie, et non à des chimères politique sans aucune consistance même imaginaire [mais manifestant bien entendu les intérêts de certaines classes et de certains peuples]. Et lorsque je vois tant de mes compatriotes archi-européistes – je pourrais fournir des exemples car l’on rencontre là un monde que je connais parfaitement – ne pas même vouloir acquitter leurs impôts, et passer six mois par an en Angleterre, en Belgique ou en Suisse, se tenant prêts, n’en doutons pas, à partir plus loin en cas de tensions majeures en Europe, je pense qu’ils devraient avoir la décence de ne pas œuvrer en plus en faveur d’une intégration toujours plus poussée de notre défense et de toutes sortes d’orientations globalistes qui font naturellement les affaires d’innombrables « passagers clandestins » à l’effectif duquel ils appartiennent bien entendu, et avec moins de justifications que la plupart des autres.
  3. Mais peut-on reprocher à M. Hollande, en ce capital discours d’Istres, la terrible contradiction en laquelle il s’enfonce, glissant de la « sanctuarisation » du sol national à celle, sans contours bien assurés, d’on ne sait quelle « Europe » ? Non, il me semble que, engoncé dans l’Europe et dans l’OTAN, il est conduit inévitablement à cette terrible contradiction : faire l’éloge de la monarchie nucléaire interne et prétendre incliner absurdement à la concertation nucléaire extérieure ; affirmer avec une force estimable la sanctuarisation de la nation et cheminer vers l’extension de notre [malgré tout assez modeste] parapluie nucléaire très au-delà de nos frontières ; anéantir ainsi, pour finir, l’efficacité résultant de la proportion qui existe entre l’enjeu stratégique que nous sommes [moyen] et la force de dissuasion dont nous disposons [moyenne] – nous sommes bien assez forts pour résister à toute menace plausible [quelle grande puissance nous attaquerait-elle ? à quelle fin ? avec quel objectif ?], mais nous ne le sommes bien évidemment pas pour prétendre protéger qui que ce soit d’autre que nous, y compris toutes sortes de petits pays assez agressifs, au terme d’une histoire souvent difficile il est vrai, qui semblent ne pas se lasser de tirer les moustaches de l’ours avec le sentiment qu’ils sont couverts par un Occident auquel, sottement et en rompant avec l’esprit de notre propre histoire, nous n’avons cessé de nous agréger davantage.
  4. Le président Hollande est d’ailleurs parfaitement conscient du monde de difficultés qui l’aspire. Il y a quelque chose de presque émouvant dans la façon dont il donne un coup du talon pour remonter à la surface : « C’est pourquoi, poursuit-il, notre dissuasion va de pair avec le renforcement constant de l’Europe de la Défense. Mais notre dissuasion nous appartient en propre ; c’est nous qui décidons, c’est nous qui apprécions nos intérêts vitaux. » Hélas : quelle peut bien être la portée de la juxtaposition, ainsi, de deux positions tendanciellement [pour le moins] contradictoires ?
  5. Les deux alinéas concernant l’OTAN qui achèvent le premier grand mouvement du discours hollandien [immédiatement avant la photo du Général à Mururoa] sont bien entendu d’un vif intérêt : mais non parce qu’ils permettent au Président d’échapper à la contradiction qui ne saurait ne pas donner un tour presque pathétique à son intervention ; parce qu’au contraire, ils la font se manifester dans une série de difficultés insurmontables – je cite : « Je veux également préciser notre relation avec l’Alliance Atlantique. L’Alliance Atlantique a une vocation nucléaire et les forces stratégiques indépendantes, comme la France et le Royaume-Uni en disposent, ont un rôle spécifique à jouer et contribuent à la dissuasion globale. / Ce constat, fait par tous, n’implique pas de changement de posture de notre pays. La France ne participe pas aux mécanismes de planification nucléaire de l’OTAN et la France ne participera pas à ces mécanismes. Ce principe demeurera. En revanche, la France souhaite contribuer à la définition de la politique nucléaire de l’Alliance. A cet égard, tous les pays membres de l’OTAN doivent faire preuve de constance et de détermination dans cet engagement. » Comment voudrait-on que soit admissible, et simplement construite pratiquement une si remarquable dissymétrie ? D’un côté, la France demeurerait comme seule dans l’ordre proprement nucléaire, apportant simplement, mais discrétionnairement, sa puissance nucléaire de feu à la puissance d’ensemble de cette alliance, mais l’apportant simplement comme un effet de la pure liberté de sa volonté, au regard de la considération de ses intérêts, tout au plus dilatés par moment, mais autant simplement que le chef nucléaire, le président de la République, le jugerait souhaitable ; d’un autre côté, la France appartiendrait bien à l’Alliance, de telle façon qu’il ne soit pas envisageable qu’elle puisse être exclue de l’ensemble des réflexions de celle-ci sur sa puissance nucléaire composite, en sorte que, en tout cas, sans mettre le doigt dans l’engrenage des « mécanismes de planification de l’OTAN » – ce qui ne manquerait pas d’emporter une limitation de son absolue liberté, puisque, contribuant à définir le procès commun, elle ne pourrait ensuite prétendre ne pas lui consentir quelque signification normative -, elle puisse prétendre pourtant « contribuer à la définition de la politique nucléaire de l’Alliance ». Bien entendu, l’on pourrait gloser à perte de vue, se lancer dans d’amples querelles terminologiques : il n’empêche que l’on ne saurait imaginer qu’il aille de soi de distinguer des « mécanismes de planification » et la « définition de la politique » dans un unique domaine, aussi intégré intellectuellement que celui qui nous intéresse, tant il semble aller de soi que les premiers, sauf à les réduire à fort peu, ne sauraient ne pas être inscrits dans le strict prolongement de la seconde. En toute hypothèse, il demeurerait que la France prétendrait définir une politique à laquelle elle échapperait dans le mouvement même de la souveraineté nucléaire qu’elle revendique, situation intenable et dont, sans vouloir lui faire sur un sujet aussi grave un procès d’intention, je peine à penser que M. Hollande n’en ait pas perçu la logique profonde, nullement favorable à la monarchie nucléaire pure qu’incarne et doit incarner notre présidence.
  6. Ici, bien entendu, je ne saurais imaginer que le merveilleux film qui figure en tête de votre liste de six films, « L’ami américain », ne soit pas présent à votre esprit : qu’a dit d’autre le très grand homme ? qu’il y a une incompatibilité absolue entre la souveraineté nucléaire et la participation contraignante à une alliance, entre notre force de frappe et l’OTAN. L’on ne saurait dire autre chose. Et il faut ajouter, ce que ce grand penseur et praticien de la guerre discernait parfaitement, que si l’on souhaitait concilier l’inconciliable, l’on ne manquerait pas de choir [l’on a déjà chu, bien entendu – et il s’agit aujourd’hui, justement, de se redresser et de se libérer – de Washington comme de Bruxelles-Berlin, aucunement bien sûr pour tomber dans les bras de Moscou : pour être à même simplement de discuter avec Moscou comme avec tous] – de choir dans la plus stricte dépendance vis-à-vis de la puissance dominante, et même hégémonique, de l’Alliance. Que croira-t-on ? Que Washington nous laisserait jouer avec le feu nucléaire, même si nous devions crever spirituellement de ne plus savoir être pris au sérieux par l’adversaire, c’est-à-dire dissuader ? Evidemment non : situation merveilleuse, véritablement, en laquelle notre bombe, en l’état actuel de la situation, serait placée au fond sous la dépendance du POTUS et de ses louches officines, et où pourtant le Kremlin devrait nous frapper de préférence aux membres de l’Alliance qui ne sont point dotés de l’arme nucléaire !
  7. « Comment pouvez-vous ne pas comprendre ? Je ne sais pas comment toucher davantage vos esprits » – je reprends à mon compte les mots, si poignants du président Poutine, mais en leur conférant une portée plus grave encore peut-être, et je m’adresse ici, parmi vous, à mes compatriotes, avec considération sincère et sympathique pour tous les autres, mis à même ainsi de savoir que notre patrie, souffrante certes – et ils le mesurent peut-être -, n’est pas tout à fait morte à cette heure : acceptez notre grand destin plus de quinze fois séculaire, ne baissez pas les bras, n’exprimez jamais l’idée que quoi que ce soit puisse se trouver au-delà de vos ou de nos possibilités si nous sommes unis dans nos efforts, ne pensez jamais que notre sécurité puisse être assurée par d’autres au-delà de la stricte mesure de leurs intérêts mouvants, voire de leurs foucades inscrites dans des enjeux dérisoires de politique intérieure [M. Trump, ces jours-ci, avec son histoire de « ligne rouge » en Syrie, pour annoncer au monde qu’il n’est pas M. Obama : mon Dieu qu’il se trouve, en ces heures de mensonge plausible – mais il n’est peut-être pas au courant -, et ridicule, et dangereux, galopant sans vue claire, le front bas, sans souhaiter enquêter même, sans prendre le temps d’une analyse froide de la situation, dans l’arène, le sabot lourd, les naseaux retroussés et tremblants, comme un vieux taureau incertain de savoir s’il encornera Pyongyang, avec, si la glissade ne va pas plus loin, le risque d’une brûlante banderille de Pékin – M. Xi sourit à cette heure, mais de cette aventure il ne veut pas, ni de l’installation des Thaad -, ou Damas, avec celui de sentir au flanc, d’une façon ou d’une autre, les possibles ne manquent pas, la morsure cruelle de la puya du picador de Moscou — le 7 avril dans la nuit, le dilemme a été surmonté – j’ai procédé plus haut à une mise à jour – : l’on a eu Damas, Pyongyang sera donc pour Pâques, la Pentecôte ou plus tard – la bête a reniflé le sang maintenant, elle a reçu même les applaudissement de deux aficionados improbables hier encore, les sénateurs McCain et Graham… Perilupos estin hē psuchē mou heōs thanatou]. Ne songez pas seulement à l’individu que vous êtes, car si vous étiez un strict individu, vous l’ignoreriez même ; prenez la mesure de la chance historique qui est la vôtre d’appartenir à un pays aussi impressionnant, qui porte ceux qui l’aiment, qui donne un sens vaste à toute vie, même humble, même monacale comme l’est celle de l’universitaire ; soyez conscient de ce que la « réussite » de chacun, qui ne saurait bien sûr relever d’une évaluation matérielle, passe par celle du plus grand nombre d’entre vous ; le progrès de chacun aide au progrès de chacun ; soyez profondément solidaires les uns des autres, aidez-vous les uns les autres, partagez avec joie, travaillez en bonne intelligence – et faites profiter nos amis étrangers, qui ont choisi de venir étudier ici plutôt qu’ailleurs, de cette unitive, heureuse et rayonnante Philia. Trouveriez-vous qu’il est bien étrange de défendre notre souveraineté nucléaire – et par-delà nationale – au nom de l’amitié politique qui doit régner entre nous ? Il n’en est rien pourtant. Cessons de nous ranger aux côtés de puissances et d’intérêts bellicistes ; participons tous en frères à la défense de notre sol sans agresser quiconque ; soyons les amis de tous les peuples qui ne nous attaquent pas, qui ne prétendent pas nous soumettre, sans nous attribuer surtout une planétaire supériorité morale qui, prétendant masquer la vulgarité des plus âpres intérêts, est aujourd’hui devenue – sous le nom d’ingérence ou de responsabilité de protéger – l’argument le plus invoqué au principe des plus injustes guerres, des plus manifestement impérialistes – une supposée « morale » occidentaliste est désormais l’une des ressources majeures de la lutte impérialiste pour le domination – ; alors notre force nucléaire, arme souveraine d’un pays souverain, apparaîtra telle que l’ont comprise ses fondateurs, et en tout particulier son penseur politique le plus profond, le général de Gaulle : comme une condition majeure de la paix et non comme un facteur propre à accroître les risques de guerre dans un monde perturbé.

PROCHAINEMENT J’APPORTERAI QUELQUES ULTIMES COMPLEMENTS A CE QUI PRECEDE, ET JE CONSACRERAI QUELQUES CONSIDERATIONS A LA DEUXIEME PARTIE DU DISCOURS DE M. HOLLANDE

Ci-dessous, le colonel de Gaulle aux côtés du Président Lebrun à l’automne de 1939. Quelques mois plus tard, parmi la terrible débâche de mai 1940, sa détermination fera pour le mieux à Montcornet.

Le colonel de Gaulle en compagnie du Président Lebrun.png

Messieurs les ministres,

Mesdames, messieurs les élus, les parlementaires,

Monsieur le Chef d’Etat major des Armées,

Monsieur le Chef d’Etat major de l’Armée de l’air,

Mesdames et messieurs.

Je suis sur la base d’Istres, une base aérienne. Vous m’accueillez aujourd’hui, c’est l’Armée de l’air, et je tiens à rendre hommage en cette circonstance, aux pilotes navigateurs mécaniciens qui ont payé de leur vie, ont été durement touchés dans leur chair il y a moins d’un mois, lors de ce terrible accident survenu en Espagne, à Albacete.

Une fois encore, nos armées ont payé un lourd tribut pour la sécurité de notre pays. Je tiens une fois encore, à rendre hommage aux personnels militaires qui se dévouent pour l’indépendance de la France.

C’est le sens même de ma visite ici.

L’Armée de l’air démontre tous les jours, sa capacité à assurer la protection du territoire national contre d’éventuelles attaques venues du ciel. L’Armée de l’air est également capable de déployer des moyens puissants, loin de la métropole, pour des opérations extérieures. C’est une des réponses que nous apportons, à notre place, dans la limite de nos engagements, à la lutte contre le terrorisme. L’Armée de l’air peut frapper des cibles hostiles, comme elle le fait en Irak ou au Sahel. L’Armée de l’air enfin, contribue à la mise en œuvre de la dissuasion nucléaire, et c’est l’objet du discours que je veux prononcer, aujourd’hui, devant vous.

J’appartiens à une génération qui a eu la chance inestimable, de ne pas avoir connu la guerre sur le sol de son pays. Mon père, mon grand-père avaient connu la guerre, les guerres. Né au début des années 50, j’ai eu cette formidable chance, en effet, d’être épargné par ces conflits. Mais, en même temps, ce qui s’est passé à l’est de l’Europe, depuis un an, nous rappelle que la paix ne doit jamais être considérée comme acquise.

De la même manière, la course aux armements a repris dans de nombreuses régions du monde, avec une augmentation importante, rapide même, des dépenses militaires et des arsenaux, dans un contexte de montée des tensions. Il y a des Etats qui investissent dans des technologies, qui peuvent être de nature à fragiliser les équilibres stratégiques que nous connaissons. Plusieurs développent même, des logiques d’influence, de menaces, dans leur environnement proche, terrestre ou maritime.

Aussi, et c’est particulièrement grave de le constater, la possibilité de conflit étatique nous concernant directement ou indirectement, ne peut pas être écartée. Dans le domaine du nucléaire militaire, de nouvelles puissances sont apparues ces vingt dernières années. D’autres cherchent à émerger, et les Etats qui avaient été, jusqu’à présent, dotés d’arme nucléaire et qui professaient l’urgence de leur désarmement, ont même accru leur capacité avec le développement de nouvelles composantes nucléaires, ou la poursuite de production de matière fissile pour les armes.

En parallèle, des arsenaux tactiques se renforcent, qui laissent craindre un abaissement du seuil d’emploi de l’arme nucléaire. Dans ce contexte, que doit faire la France ? Appeler toujours à l’organisation d’un monde plus sûr ; c’est ce que fait notre diplomatie. Mais la France doit être lucide. Elle sait qu’il ne suffit pas de proclamer le désarmement nucléaire immédiat et total, il faut que la réalité des actes de chacun soit cohérente avec les discours.

La France a donc décidé de lutter contre une des menaces les plus graves qui pèse sur la stabilité du monde, la prolifération des armes de destruction massive.

Tout accroissement du nombre d’Etats possédant l’arme nucléaire est un risque majeur pour la paix ; dans les régions concernées d’abord, mais aussi pour la sécurité internationale.

C’est le sens de la position que nous avons adoptée depuis déjà plusieurs mois pour ne pas dire plusieurs années, dans les négociations avec l’Iran. Si je voulais résumer ce qu’est notre attente par rapport à cette négociation, c’est très simple : oui au nucléaire civil, non à l’arme nucléaire. Le problème est que pour l’instant l’Iran ne nous a pas encore démontré qu’il voulait renoncer à la bombe. Mais dès qu’il le fera, l’accord sera conclu.

De son côté, la Corée du Nord a réalisé un troisième essai nucléaire il y a deux ans. C’est aussi inacceptable, qu’inquiétant.

Mais il n’y a pas que la prolifération nucléaire, il y a aussi la prolifération chimique, biologique et des vecteurs qui sont associés.

En Syrie, c’était à l’été 2013, un tabou fondamental de notre système de sécurité collective a été brisé, puisque le régime de Bachar El-Assad a employé des armes chimiques contre sa propre population. Il a fallu la menace de recourir à la force, pour que soit engagée la destruction des stocks, usines et armes chimiques, déclarés par le régime de Bachar El-Assad.

Ce processus est aujourd’hui terminé. Mais je ne suis pas pour autant complètement rassuré, car il reste des zones d’ombre et il est hautement probable que des bombes contenant du chlore aient été larguées, il y a moins d’un an sur des villages syriens.

Prolifération ; menace globale sur le monde. Prolifération ; forcément menace sur la France.

Certes, la France ne se sent pas directement agressée, elle n’a pas d’ennemi déclaré, mais nous avons vu, je le rappelais, au cours des douze derniers mois, la crise ukrainienne, la montée en puissance de Daesh, l’attaque informatique d’une ampleur inégalée contre Sony ; des surprises donc, voire des ruptures sont possibles. Et la réapparition d’une menace étatique majeure pour notre pays, ne peut être exclue.

Alors en tant que chef de l’Etat, j’ai le devoir impératif de prendre ces menaces en compte, car rien ne doit atteindre notre indépendance. Le contexte international n’autorise aucune faiblesse. Et c’est pourquoi, le temps de la dissuasion nucléaire n’est pas dépassé. Il ne saurait être question, y compris dans ce domaine, de baisser la garde.

Je vous l’ai dit, c’est ma responsabilité en tant que Président de la République, en tant que chef des Armées.

En la matière, comme l’avait dit le président François Mitterrand, le chef de l’Etat est le premier citoyen en France à avoir son mot à dire et à décider.

La dissuasion nucléaire vise à protéger notre pays de toute agression d’origine étatique contre ses intérêts vitaux, d’où qu’elle vienne, et quelle qu’en soit la forme. J’ajoute que pour la France, l’arme nucléaire n’est pas destinée à remporter un avantage quelconque dans un conflit. En raison des effets dévastateurs de l’arme nucléaire, elle n’a pas sa place dans le cadre d’une stratégie offensive, elle n’est conçue que dans une stratégie défensive.

La dissuasion, c’est aussi ce qui nous permet de préserver notre liberté d’action et de décision en toute circonstance, parce que c’est elle qui me permet d’écarter toute menace de chantage d’origine étatique qui viserait à nous paralyser.

La France est l’un des rares pays au monde dont l’influence et la responsabilité se situent justement à l’échelle planétaire. Parce que la France peut exercer ses responsabilités. Parce que chacun sait que lorsque la France parle, elle peut passer à l’acte. Et les forces de dissuasion permettent de garantir que les engagements internationaux de la France seront toujours honorés, même si l’emploi de l’arme nucléaire n’est concevable que dans des circonstances extrêmes de légitime défense.  

Nos forces nucléaires doivent être capables d’infliger des dommages absolument inacceptables pour l’adversaire sur ses centres de pouvoir, c’est-à-dire, sur ses centres névralgiques, politiques, économiques et militaires.

C’est la responsabilité suprême du Président de la République d’apprécier en permanence la nature de nos intérêts vitaux et les atteintes qui pourraient y être portées.

L’intégrité de notre territoire, la sauvegarde de notre population constituent le cœur de nos intérêts vitaux. Quels que soient les moyens employés par l’adversaire étatique nous devons préserver la capacité de notre nation à vivre. Tel est le sens de la dissuasion nucléaire.

Néanmoins, je ne peux exclure qu’un adversaire se méprenne sur la délimitation de nos intérêts vitaux. C’est pourquoi je veux rappeler ici, que la France peut, en dernier ressort, marquer sa volonté à défendre nos intérêts vitaux par un avertissement de nature nucléaire ayant pour objectif le rétablissement de la dissuasion.

La définition de nos intérêts vitaux ne saurait être limitée à la seule échelle nationale, parce que la France ne conçoit pas sa stratégie de défense de manière isolée, même dans le domaine nucléaire. Nous avons affirmé à de nombreuses reprises, avec le Royaume Uni, avec lequel nous avons une coopération sans équivalent, cette conception. Nous participons au projet européen, nous avons construit avec nos partenaires une communauté de destin, l’existence d’une dissuasion nucléaire française apporte une contribution forte et essentielle à l’Europe. La France a en plus, avec ses partenaires européens, une solidarité de fait et de cœur. Qui pourrait donc croire qu’une agression, qui mettrait en cause la survie de l’Europe, n’aurait aucune conséquence ?

C’est pourquoi notre dissuasion va de pair avec le renforcement constant de l’Europe de la Défense. Mais notre dissuasion nous appartient en propre ; c’est nous qui décidons, c’est nous qui apprécions nos intérêts vitaux.

Je veux également préciser ce qui est notre relation avec de nombreux Etats, qui, parties au Traité de non prolifération, demandent des garanties contre le recours ou la menace de recours aux armes nucléaires. C’est une aspiration légitime. La France a fait une déclaration unilatérale, qui n’enlève rien à son droit à la légitime défense, et le Conseil de sécurité en a pris acte en 1995. La France a confirmé ses engagements au titre de la mise en œuvre des zones exemptes d’armes nucléaires dans plusieurs régions du monde. C’était nécessaire.

Aujourd’hui, je réaffirme solennellement que la France n’utilisera pas d’armes nucléaires contre les Etats non dotés de l’arme nucléaire, qui sont parties au Traité de non-prolifération et qui respectent leurs obligations internationales de non prolifération des armes de destruction massive.

Je veux également préciser notre relation avec l’Alliance Atlantique. L’Alliance Atlantique a une vocation nucléaire et les forces stratégiques indépendantes, comme la France et le Royaume-Uni en disposent, ont un rôle spécifique à jouer et contribuent à la dissuasion globale.

Ce constat, fait par tous, n’implique pas de changement de posture de notre pays. La France ne participe pas aux mécanismes de planification nucléaire de l’OTAN et la France ne participera pas à ces mécanismes. Ce principe demeurera. En revanche,la France souhaite contribuer à la définition de la politique nucléaire de l’Alliance. A cet égard, tous les pays membres de l’OTAN doivent faire preuve de constance et de détermination dans cet engagement.

Voilà, Mesdames et Messieurs, ce que je voulais dire sur les fondements même de notre politique de dissuasion.

Ci-dessous : le Général, à bord du croiseur De Grasse, assiste à un essai nucléaire à Mururoa en 1966 – au fond, Pierre Messmer [Ministre des Armées sans discontinuer du début de 1960 jusqu’en juin 1969], à gauche Alain Peyrefitte [Ministre à la Recherche scientifique et aux Questions atomiques et spatiales], derrière le Général Pierre Billotte [alors ministre des DOM-TOM]

Le Général à Reggane.png

Je veux maintenant en arriver aux forces qui permettent de la mettre en mouvement et en ordre. Il y a maintenant plus de cinquante ans, en application d’un décret du président dela République, créant les Forces aériennes stratégiques, un Mirage IV prenait pour la première fois l’alerte avec une bombe nucléaire. Depuis cet acte décisif, pas un jour, pas une heure, sans que la permanence de la dissuasion nucléaire n’ait été assurée par nos forces. Je tiens ici à rendre hommage aux militaires et aux civils qui garantissent la crédibilité de notre dissuasion et ainsi, la sécurité de nos compatriotes.

Par définition, la dissuasion s’exerce en permanence. Que serait une dissuasion par intermittence ? En cinquante ans, c’est vrai, le monde a profondément changé et nos forces aussi. Pour assurer cette permanence, il fallait que nous les adaptions continument, en capacité comme en volume, à l’évolution des menaces qui pouvaient viser notre Nation.

La France a ainsi fait le choix – c’était en 1996 – de supprimer une de ses composantes, la composante sol/sol, en fermant le plateau d’Albion et en démantelant les missiles de courte portée. Nous avons conservé deux composantes, l’une aéroportée, l’autre océanique. Ce qui ne nous a pas empêchés de réduire le volume de nos forces, pour les maintenir à un niveau de stricte suffisance. C’est ce principe de stricte suffisance qui fonde aussi l’organisation de notre force de dissuasion.

Alors, il y a les voix qui s’élèvent régulièrement pour s’interroger sur le maintien de ces deux composantes, pour contester le programme de simulation pour les essais ou la nécessité de la permanence en mer des SNLE, de nos sous-marins. Ces débats sont légitimes dans une société démocratique, et je ne veux pas les écarter de la main. Mais il faut aussi que nous soyons capables de justifier nos choix et donc, de revisiter régulièrement les nécessités de la dissuasion.

Pour ce qui me concerne, je me détermine à partir du seul enjeu qui vaille : la sécurité ultime de la France. J’ai donc décidé de maintenir une composante océanique et, une composante aéroportée. Aucune n’est dédiée à l’atteinte d’un objectif qui lui serait propre. Toutes deux concourent à l’ensemble des missions de la dissuasion et c’est leur complémentarité qui permet au chef de l’Etat de disposer, à tout moment, de la gamme d’options nécessaires et suffisantes et de ne jamais être tributaire d’un seul type de moyens.

Je m’explique. La composante océanique, par la permanence à la mer de nos sous-marins, leur invulnérabilité, la portée des missiles, constitue un élément clé de la manœuvre dissuasive. Puisqu’un agresseur potentiel, tenté d’exercer un chantage contrela France, doit avoir la certitude qu’une capacité de riposte sera toujours opérationnelle et qu’il ne pourra, ni la détecter, ni la détruire. C’est l’intérêt, l’utilité de la composante océanique.

La composante aéroportée assure également la permanence de la dissuasion avec les forces aériennes stratégique. A leur côté, la force aéronavale nucléaire, mise en œuvre depuis le porte-avions Charles-de-Gaulle, offre d’autres modes d’actions. La composante aéroportée donne, en cas de crise majeure, une visibilité à notre détermination à nous défendre, évitant ainsi un engrenage vers des solutions extrêmes. Voilà l’intérêt des deux composantes, si je puis dire : une qui ne se voit pas et une autre qui se voit.

Il convient  aussi de maintenir les capacités et la crédibilité de ces deux composantes. Ce qui suppose de traduire dans les faits, c’est-à-dire dans les armes, les évolutions technologiques dans le domaine de la défense aérienne, de la défense antimissiles, de la détection sous-marine.

La loi de programmation militaire est justement celle qui nous permet de poursuivre l’adaptation des SNLE, nos sous-marins, aux M51, qui nous permet de mettre en service la tête nucléaire océanique à partir de 2016, de lancer les études de conception du SNLE de troisième génération et de remplacer, d’ici à 2018, les derniers Mirage 2000N par des Rafale emportant le missile ASMPA. Par ailleurs, la loi de programmation militaire a engagé le renouvellement de la flotte des avions ravitailleurs, 12 avions Phénix ont été commandés et les deux premiers seront livrés à partir de 2018.

Cette loi de programmation a donc veillé à préparer, à adapter, à traduire les engagements que j’avais pris pour assurer la fiabilité et la sûreté de notre force de dissuasion. Car, ma responsabilité, est d’anticiper mais aussi, de préparer l’avenir plus lointain qui sera le renouvellement de nos composantes. Ce qui fait le sens de l’action pour le chef de l’Etat, ce n’est pas simplement de se préparer éventuellement à affronter des menaces pour aujourd’hui, c’est de faire en sorte que notre pays, bien après même que le Président ne sera plus en exercice, celui-là – un autre y sera – pour qu’il y ait cette continuité, cette chaine qui ne peut pas être interrompue dans l’adaptation de nos forces pour la dissuasion.

J’ai donc fait en sorte aussi, s’agissant de la composante océanique, de lancer des adaptations futures du missile M51, pour permettre que le tonnage des futurs sous-marins reste très proche de celui nos Triomphant. Des études ont été également réalisées pour explorer ce que pourra être le successeur de l’ASMPA. Les technologies les plus exigeantes seront mises en œuvre pour, en particulier, être encore plus efficaces dans les domaines de la vitesse des matériaux et de la furtivité.

J’ai parallèlement, donné instruction au Commissariat à l’énergie atomique de préparer, à l’échéance de leur fin de vie, l’évolution nécessaire des têtes nucléaires. Et puis, il y a ce qui doit être fait pour renouveler les armes, sans effectuer d’essais nucléaires. C’est donc le programme de simulation qui est en pleine conformité avec le traité d’interdiction complète des essais nucléaires.

Mais là encore, je veux rappeler solennellement les engagements. La Francene produit pas et ne produira pas de nouveaux types d’armes nucléaires. Je voudrais donc saluer l’extraordinaire défi scientifique et technique que représente ce programme de simulation.La Direction des applications militaires du CEA respecte toutes les échéances de ce projet, tout en maitrisant la dépense.

L’année 2014 aainsi vu les premières expériences au Laser Mégajoule et de  l’installation EPURE. Là encore, pour ce programme de simulation, essentiel pour préparer l’avenir, nous menons une collaboration stratégique avec le Royaume-Uni. Nous nous sommes engagés à coopérer pour une durée d’au moins cinquante ans, en partageant deux installations de simulation, l’une en France, l’autre au Royaume-Uni. Nous pourrons bientôt inaugurer les premières réalisations, moins de cinq ans après la signature du Traité de Lancaster House, ce qui permet, une fois encore, de saluer tous les efforts qui ont pu être accomplis.

Alors, j’entends dire aussi que le budget de la dissuasion nucléaire aurait été épargné des efforts d’économies demandés à nos armées. Comme s’il était souhaitable d’entretenir je ne sais quelle compétition au sein de notre défense. Comme si faire en sorte que nous puissions préserver la force de dissuasion serait contradictoire avec les autres missions confiées à nos armées. Je tiens donc à répondre à ces éventuelles interrogations.

Le contexte budgétaire est contraignant pour toutes les dépenses, y compris pour les dépenses militaires, et dans les dépenses militaires, pour toutes les armes. Nous avons néanmoins, dans la loi de programmation, sanctuarisé les crédits qui sont nécessaires, aussi bien pour la force de dissuasion que pour les armements conventionnels. Ceux qui sont chargés de gérer cette dépense liée à la dissuasion ont été amenés à faire des efforts de réalisme, comme les autres, mais sans jamais transiger sur la crédibilité, l’autonomie, la fiabilité, dès lors qu’il s’agit, à travers la force de dissuasion, de la survie et de la souveraineté dela France.

Mais j’ajoute un autre argument. La dissuasion nucléaire est complémentaire de nos moyens conventionnels et elle exerce un effet d’entraînement sur l’ensemble de notre appareil de défense. Ainsi, certains moyens qui concourent à la dissuasion sont directement utilisés pour nos opérations conventionnelles ou classiques. Je pense aux satellites de renseignement, aux avions de chasse, aux avions ravitailleurs, aux sous-marins nucléaires d’attaque, aux frégates anti-sous-marine, aux chasseurs de mines.

Je veux donner une autre illustration. Les chasseurs des Forces aériennes stratégiques ont des capacités que l’on dit duales. Ils ont réalisé, ces avions, environ le quart des frappes effectuées lors des opérations en Libye et au Sahel. Ces mêmes avions à la capacité duale interviennent aujourd’hui en Afrique et en Irak, et contribuent tous les jours à l’alerte de défense aérienne.

Enfin, la dissuasion stimule nos efforts de recherche et de développement et contribue à l’excellence et à la compétitivité de notre industrie. C’est parce qu’il y a eu ces recherches qu’il y a eu des innovations. C’est parce que nous avons été capables d’être au plus haut niveau sur le plan de la dissuasion nucléaire, que nous avons pu diffuser, dans l’industrie, des savoir-faire, des technologiques incomparables qui ont été au service de l’économie et donc de l’emploi.

Mais on ne peut pas justifier des dépenses militaires simplement par la volonté de stimuler l’économie ou de créer des emplois. Les dépenses militaires doivent avoir un fondement par rapport à l’enjeu même qu’elles représentent, c’est-à-dire la sécurité dela France, la défense de nos intérêts, la promotion même de nos valeurs, ce qui fait que nous sommes la France.

Ce n’est pas une charge comme les autres, la défense, la sécurité ! Ce n’est pas simplement un investissement, même si ça peut avoir ce caractère ! C’est ce qui nous permet d’être libres.

Dans un monde dangereux – et il l’est – la France n’entend pas baisser la garde. Mais en même temps qu’elle est prête à se défendre, elle ne veut pas pour autant renoncer à l’objectif même du désarmement, y compris du désarmement nucléaire. La France, c’est une puissance de paix, et c’est pourquoi elle se défend, pour la paix ! La France est ce qu’on appelle un Etat doté au sens du Traité de non-prolifération nucléaire, c’est-à-dire qui nous reconnaît comme un Etat disposant d’armes nucléaires. Et cette situation nous confère des responsabilités particulières. Je partage donc l’objectif, à terme, de l’élimination totale des armes nucléaires, mais j’ajoute : quand le contexte stratégique le permettra. La France continuera d’agir sans relâche dans cette direction. Elle le fera avec constance, avec transparence, avec vérité, j’allais dire avec sagesse et en bonne intelligence avec les Alliés.

Le désarmement nucléaire ne peut pas être une incantation ou même une invitation ! Il doit être démontré et d’abord par l’Etat qui le proclame. La France a été exemplaire, en application du principe de stricte suffisance. Elle a donc réduit, ces dernières années, de moitié le nombre total de ses armes. De moitié ! Elle a diminué d’un tiers la composante nucléaire aéroportée. Elle a renoncé au missile sol-sol. Nous n’avons pas parlé du désarmement ; nous l’avons fait jusqu’au point nécessaire. La France a été exemplaire en termes d’irréversibilité. Elle ne s’est pas contentée d’arrêter les essais nucléaires, mais elle a aussi arrêté la production d’uranium et de plutonium pour les armes nucléaires. Elle a entièrement démantelé les installations correspondantes, faisant désormais reposer la dissuasion sur un stock limité de matière nucléaires. La France a été exemplaire quant au volume de son stock d’armes, c’est-à-dire 300. Pourquoi 300 ? Parce que cela correspond à l’évaluation que nous faisons du contexte stratégique.

Si les niveaux des autres arsenaux, notamment russes et américains, devaient un jour descendre à quelques centaines, la France en tirerait des conséquences, comme elle l’a toujours fait. Mais nous en sommes loin encore aujourd’hui.

Je veux encore aller plus loin dans la transparence, que ce soit sur notre doctrine, c’est ce que je fais aujourd’hui, devant vous, donc devant le monde entier ; transparence aussi sur nos arsenaux et sur nos efforts concrets de désarmement. C’est la raison pour laquelle je ne crains pas d’informer que la France dispose de trois lots de 16 missiles portés par sous-marins, et de 54 vecteurs ASMPA. Et je souhaite que tous les Etats disposant de l’arme nucléaire fasse le même effort de vérité, celui que je fais devant vous, pour toutes les catégories d’armes de leur arsenal nucléaire.

Dans ce même esprit de transparence, de vérité, la France proposera très prochainement la visite des nouveaux sites qui n’accueillent plus d’armes nucléaires ; le plateau d’Albion, où les silos qui abritaient la composante sol-sol sont complètement démantelés, la base de Luxeuil dont les dépôts de stockage d’armes sont maintenant vides, et là aussi je souhaite que ce geste inspire l’attitude d’autres puissances nucléaires, avec des visites auxquelles nos experts pourront également se rendre.

Il est également important de déclarer un moratoire sur la production des matières fissiles pour les armes, et de démanteler les installations de production de ces matières, ainsi que les sites d’essai nucléaire. Toute chose, là aussi, que la France invite une nouvelle fois tous les pays disposant de l’arme nucléaire à faire eux aussi.

Enfin l’outil diplomatique de la France, la politique étrangère de la France, restent pleinement mobilisés en faveur du désarmement et c’est particulièrement vrai à quelques semaines de la Conférence d’examen du Traité de non-prolifération. Notre première priorité, dans le cadre de cette discussion, demeure l’entrée en vigueur au plus tôt du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires. Je le dis d’autant plus aisément que la France a fait la démonstration que la renonciation complète, irréversible aux essais nucléaires était compatible avec le maintien d’une dissuasion crédible. Et ce message doit être porté auprès de tous nos partenaires.

Notre seconde priorité, c’est l’arrêt définitif de production de matières fissiles pour les armes. Cela fait des années qu’on en parle, mais la négociation n’a pas pu encore démarrer, faute d’accord des principaux Etats concernés. Et c’est pourquoi j’appelle aujourd’hui tous les pays dotés de l’arme nucléaire à engager sans attendre cette discussion sur l’arrêt total de la production de matières fissiles. Et la France proposera dans les semaines à venir un projet de traité ambitieux, réaliste et vérifiable, sur ces questions.

Je tenais à venir ici à Istres pour faire cet exercice de vérité, de transparence, et en même temps, de reconnaissance de ce qu’est la Force de dissuasion pour notre pays. Pour réaffirmer l’enjeu fondamental qu’elle représente, cette dissuasion nucléaire, pour la sécurité de la France. Elle n’est pas toute la politique de défense. Elle est complémentaire de ce que nous avons à poursuivre dans tous les domaines pour assurer la protection de notre territoire, pour mener des opérations extérieures, pour assurer la promotion de ce que nous représentons, et également pour lutter contre le terrorisme, où qu’il se situe.

La crédibilité de la Force de dissuasion réclame une rigueur et un professionnalisme, j’allais dire hors du commun, et c’est ce dont vous faites preuve, parce que vous avez poussé jusqu’à la perfection, dans les entraînements spécifiques que vous effectuez, cette exigence de haute qualité, de savoir-faire et de maniement des technologies les plus sensibles. Et c’est la raison pour laquelle devant vous, je veux vous exprimer toute la confiance de notre pays. C’est toute notre Nation qui sait ce qu’elle vous doit, qui sait ce qu’elle doit à la Force de dissuasion, qui témoigne ainsi, de sa reconnaissance. Car ce que vous faites, ce que la Force de dissuasion permet, c’est d’assurer à une Nation, à la France, à votre pays, ce qu’il y a de plus cher, de plus précieux, de plus essentiel, c’est-à-dire son indépendance. Et il n’y a pas d’indépendance s’il n’y a pas de liberté pour choisir son destin. La Force de dissuasion, c’est ce qui nous permet d’avoir la capacité de vivre libres et de pouvoir, partout dans le monde, porter notre message, sans rien craindre, sans rien redouter, parce que nous sommes sûrs de la capacité que nous avons à nous défendre.

Indépendance, liberté, capacité à faire prévaloir nos valeurs, voilà pourquoi nous devons chaque jour, assurer la permanence de la dissuasion nucléaire et être capables, à chaque instant, d’en améliorer encore l’organisation, le fonctionnement et les armes.

Vive la République et Vive la France.

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ANNEXE 1 : BRÛLANTE ACTUALITE DE NOTRE QUESTION

Comme le disent parfois ironiquement nos voisins et amis belges :  » Les Frouzes, y sont toujours dans la théorie ». Pour vous montrer qu’ils n’ont peut-être pas toujours raison, il m’a semblé de quelque intérêt de relever à votre intention deux billets publiés ce mardi 28 mars au milieu du jour sur l’important site russe Sputnik. Ils vous montreront la constance des préoccupations des autorités russes [qu’elles soient civiles ou militaires], telles que vous les avez vu exprimées dans les pages qui précèdent. Une nouvelle fois, je pense qu’une occasion historique a été manquée : tout indique que M. Trump n’est pas en mesure de prendre les vastes initiatives qui révèlent – très au-delà de l’homme de talent – le grand homme véritable [il y a même différence au fond entre le grand homme et le politique talentueux qu’entre le bon élève et l’esprit profond – il arrive parfois que les élèves les plus profonds ne soient pas les meilleurs sur le papier – ils sont trop « ailleurs » pour satisfaire aux exigences du petit jeu universitaire – n’exagérez pas tout de même…] ; dans le meilleur des cas, il ne tient – la Syrie le montre chaque jour – ni son Administration ni ses troupes ; il est désormais comme englué, sans politique internationale claire, vigoureuse, porteuse de nouveaux espoirs pour ceux, dont je suis, qui pensent que les Etats-Unis ne parviendront plus jamais à être la puissance à peu près exclusive qu’ils furent il y a une vingtaine d’années, et qu’ils ont le choix, seulement, entre l’acceptation raisonnée de cette situation et – cédant aux intérêts inouïs sur lesquels s’appuie le parti étatsunien de la guerre – l’évolution risquée vers, dans le meilleur des cas, une nouvelle « Guerre Froide ». [Nous y sommes penseront certains, mais ayant vécu toute ma jeunesse pendant la première, je peux assurer que ce n’est pas tout à fait le cas : car le temps de la Guerre Froide s’accompagnait d’une fragmentation profonde du monde entier – dont le caractère n’était pas exclusivement idéologique, comme on pourrait le croire, mais s’affirmait aussi, en des termes souvent assez proches de ceux d’aujourd’hui, comme géopolitiques –, et s’accommodait de la conscience aiguë, chez presque tous, que la « guerre chaude » menaçait à peu près constamment à l’horizon ; lorsque Kubrick donnait son extraordinaire « Dr Strangelove », avec le toujours saisissant Peter Sellers, l’on riait mais sans rire vraiment – ce qui nous semble une fable passait difficilement pour une simple fable. Un tel sentiment de l’imminence d’une catastrophe est encore peu répandu, à tort ou à raison.]

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Sad, ponctuerait le fameux twittos… Oui, very sad. D’autant que les plus fous des néocons paraissent, assez discrètement encore, songer davantage qu’il n’est raisonnable, et simplement humain, aux bénéfices que les Etats-Unis pourraient tirer de leur First Strike Capability, c’est-à-dire de leur [supposée] capacité d’anéantir « préventivement » les forces, et une partie de la population bien entendu, de la Russie, tout en faisant obstacle à toute imaginable Second Strike, conforme à la doctrine militaire russe mais rendue, justement – là est l’espoir des Folamour étatsuniens – à peu près impossible du fait de l’efficacité d’un bouclier antimissile sans pareil. Je ne doute pas qu’ils ne se trompent. Mais tout cela est de toute façon intolérable, pour le peuple russe, mais aussi pour le peuple américain, et aussi bien entendu pour les peuples européens qui seraient d’une façon ou d’une autre emportés dans cette folie.

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ANNEXE 2 : LES QUELQUES CITATIONS DE NAPOLÉON ANNONCÉES 

Peut-être tel ou tel, méditant ces sentences, éprouvera-t-il le goût, l’été prochain, de faire des lectures. Il ne saurait ici en être de meilleure que celle de Clausewitz – en particulier bien entendu le traité Vom Kriege –, qui fut au fond le plus profond commentateur de son immense ennemi Napoléon. Si, alors que nous nous acheminons vers la fin de ce semestre, je devais léguer un montage [trop] simple au petit nombre soucieux de la profondeur des choses, ce serait de combiner la pensée khaldunienne, déjà évoquée, d’une certaine nature des choses avec la pensée clausewitzienne – par ailleurs nettement post-kantienne – de l’imprévisibilité des batailles – il faut je crois, s’employer à tenir les deux bouts, et c’est pourquoi penser est intéressant. Lisant Napoléon, tels que la littérature « stratégique » intéresserait relèveraient peut-être d’ailleurs que la prose napoléonienne peut évoquer aussi, ponctuellement, celle d’un penseur de ce temps dont Clausewitz fut l’adversaire, Bülow [Heinrich et non son frère, plus fameux, Friedrich Wilhelm v. B.], le penseur d’une sorte de science mécaniste de la guerre – chez Clausewitz, les images mécanistes sont secondaires au fond. Je me tais.

L’art de la guerre consiste, avec une armée inférieure, à avoir toujours plus de forces que son ennemi sur le point qu’on attaque ou sur le point qui est attaqué. Mais cet Art ne s’apprend ni dans les livres, ni par l’habitude, c’est un tact de conduite, qui proprement constitue le génie de la guerre. 

L’art de la guerre est de disposer ses troupes de manière qu’elles soient partout à la fois. L’art du placement des troupes est le grand Art de la guerre. 

A la guerre, le Chef seul comprend l’importance de certaines choses, et peut seul, par sa volonté et par ses lumières supérieures, vaincre et surmonter toutes les difficultés.

N’attaquez pas de front les positions que vous pouvez obtenir en les tournant.

La guerre étant un métier d’exécution, toutes les combinaisons compliquées doivent être écartées. La simplicité est la première condition de toutes les bonnes manœuvres.

À peu d’exceptions près, c’est à la troupe la plus nombreuse que la victoire est assurée. L’art de la guerre consiste donc à se trouver en nombre supérieur sur le point que l’on veut combattre. Votre armée est-elle moins nombreuse que celle de l’ennemi […] Surprenez-le dans ses mouvements en vous portant avec rapidité sur les divers corps que vous aurez eu l’art d’isoler. Combinez vos manœuvres de manière à pouvoir opposer dans toutes les rencontres votre armée entière à des divisions d’armée. C’est ainsi qu’une armée moitié moins forte battra toujours celle de l’ennemi. Ainsi, vous serez toujours plus fort que lui sur le champ de bataille.

La science militaire consiste à bien calculer toutes les chances d’abord, et ensuite à faire exactement, presque mathématiquement, la part du hasard […] Le hasard demeure donc toujours un mystère pour les esprits médiocres et devient une réalité pour les hommes supérieurs […].

L’art de la guerre ne demande pas de manœuvres compliquées, les plus simples sont préférables ; il faut avoir du bon sens… C’est comme un combat à coup de poing : plus on en donne, mieux cela vaut […].

À la guerre, les trois quarts sont des affaires de moral ; la balance des forces n’est que pour un quart.

Le sort d’une bataille est le résultat d’un instant, d’une pensée. On s’approche avec des combinaisons diverses, on se mêle, on se bat un certain temps, une étincelle morale prononce et la plus petite réserve accomplit.

Il faut qu’un homme de guerre ait autant de caractère que d’esprit : les hommes qui ont de l’esprit et peu de caractère sont les moins propres ; il vaut mieux beaucoup de caractère et peu d’esprit.

Le général en chef est guidé par sa propre expérience ou par le génie. La tactique, la science peuvent s’apprendre dans les traités, à peu près comme la géométrie. Mais la connaissance des hautes parties de la guerre ne s’acquiert que par l’expérience et par l’étude des guerres et des batailles des grands capitaines.

Le génie militaire est un don du ciel, mais la qualité essentielle d’un général en chef est la fermeté de caractère et la résolution de vaincre à tout prix.

Ne faites pas ce que veut l’ennemi, par la seule raison qu’il le désire. Évitez le champ de bataille qu’il a reconnu, étudié, et encore avec plus de soin celui qu’il a fortifié, et ou il s’est retranché.

La perte de temps est irréparable à la guerre ; les raisons que l’on allègue sont toujours mauvaises, car les opérations ne manquent que par les retards.

Un mouvement en avant sans fortes combinaisons peut réussir quand l’ennemi est en retraite, mais il ne réussit jamais quand l’ennemi est en position et décidé à se défendre ; alors, c’est un système ou une combinaison qui font gagner une bataille.

Il n’y a point d’ordre naturel de bataille. Tout ce que l’on prescrirait là-dessus serait plus nuisible qu’utile.

Il faut surtout avoir du bon sens. On ne comprend pas, d’après cela, comment les généraux commettent des fautes ; c’est parce qu’ils veulent faire de l’esprit […].

Avec des troupes médiocres, il faut remuer beaucoup de terre.

La seule perte qu’on ne puisse pas réparer, ce sont les morts.

Le devoir d’une avant-garde ou d’une arrière-garde ne consiste pas à s’avancer ou à reculer, mais à manœuvrer.

*

*****

*

Puisque j’évoquai le si profond Clausewitz, voici quelques lignes qui donneront peut-être le goût de la lecture à plusieurs. [J’eusse pu retenir le thème – le plus fameux, et certes fort pertinent pour le propos de ce billet – de l’ascension aux extrêmes, mais je n’eusse pas aussi bien souligné l’universalité, si je peux dire, du propos clausewitzien ; qui ne comprendrait que, même si l’artiste supérieur qu’est le grand capitaine est un type humain fort rare, les lignes qui suivent valent, pour dire trivialement la chose, pour la vie la plus ordinairement quotidienne ? — Je porte les fragments d’après la traduction De la Guerre de Denise Naville, Minuit, 1970]

«  La guerre n’est donc pas seulement un véritable caméléon qui modifie quelque peu sa nature dans chaque cas concret, mais elle est aussi, comme phénomène d’ensemble et par rapport aux tendances qui y prédominent, une étonnante trinité où l’on retrouve d’abord la violence originelle de son élément, la haine et l’animosité, qu’il faut considérer comme une impulsion naturelle aveugle, puis le jeu des probabilités et du hasard qui font d’elle une libre activité de l’âme, et sa nature subordonnée d’instrument de la politique, par laquelle elle appartient à l’entendement pur. Le premier de ces trois aspects intéresse particulièrement le peuple, le second, le commandant et son armée, et le troisième relève plutôt du gouvernement. Les passions appelées à s’embraser dans la guerre doivent préexister dans les peuples en question ; l’ampleur que prendra le jeu du courage et du talent dans le domaine du hasard et de ses vicissitudes dépendra du caractère du commandant et de l’armée ; quant aux objectifs politiques, le gouvernement seul en décide. » [p. 69]

« Dans la guerre, tout est très simple, mais la chose la plus simple est difficile. Les difficultés s’accumulent et entraînent une friction que personne ne se représente correctement s’il n’a pas vu la guerre. […] en guerre tout baisse de niveau par suite d’innombrables contingences secondaires qui ne peuvent jamais être examinées d’assez près sur le papier, de sorte que l’on reste loin en deçà du but […]. La notion de friction est la seule qui corresponde de manière assez générale à ce qui distingue la guerre réelle de celle qu’on peut lire dans les livres. La machine militaire, c’est-à-dire l’armée et tout ce qui en fait partie, est au fond très simple, et paraît par conséquent facile à manier. Mais il faut se rappeler qu’aucune de ses parties n’est faite d’une seule pièce, que tout s’y compose d’individus, dont chacun conserve sa propre friction sous tous ses aspects. […] Le bataillon reste toujours l’agrégation d’un certain nombre d’hommes dont le plus insignifiant est capable, pour peu que le hasard s’en mêle, de provoquer un arrêt ou une irrégularité. […] Ce frottement excessif que l’on ne peut, comme en mécanique, concentrer sur quelques points, se trouve donc partout en contact avec le hasard ; il engendre alors des phénomènes imprévisibles, justement parce qu’ils appartiennent en grande partie au hasard. » [pp. 109 s.]

« La […] particularité de l’acte de guerre est la vivacité de la réaction et l’effet de réciprocité qui en découle. Il ne peut s’agir […] de prévoir cette réaction, car celle-ci est comprise dans la difficulté déjà mentionnée de traiter les forces morales et intellectuelles comme des grandeurs, mais du fait que l’action réciproque se dérobe par nature à tout plan préétabli ; l’effet qu’une mesure quelconque provoque chez l’adversaire est la donnée la plus personnelle de toutes celles qui constituent l’action […]. » [p. 133]

« […] la guerre n’est pas une activité de la volonté appliquée à une matière inerte, comme dans les arts mécaniques, ni à un objet vivant mais passif et soumis […], mais à un objet qui vit et réagit. » [p. 146], etc.

L’ultime photo de ce billet est très particulièrement émouvante. Que vont devenir les quelques humains qui, au premier plan, semblent encore vivre comme tous les jours ? [même si diverses circonstances ont fait que la mortalité ultérieure par cancers de toutes sortes ait été moindre qu’on ne pourrait le penser]. Le photographe se trouve dans les faubourgs de Nagasaki. Admettons que l’on puisse discuter du caractère criminel de la bombe d’Hiroshima, intervenant après d’intenses pilonnages « classiques » des villes japonaises : mais le crime constitué par le largage, trois jours plus tard, le 9 août 1945, sans même attendre que se développent les effets psychologiques de la première explosion, d’une seconde bombe sur Nagasaki est hélas impardonnable. Étrangement, Nagasaki avait dans la durée joué le rôle de point de contact d’un Japon fermé avec l’extérieur – plus étrangement encore, il s’agissait d’une ville pour partie chrétienne, en laquelle les chrétiens japonais s’étaient dissimulés pendant des siècles pour échapper aux persécutions, et ce fut la cathédrale catholique d’Urakami qui fut visée. Il est notable que M. Obama se soit rendu à Hiroshima en mai 2016 mais point à Nagasaki : ce choix est assez compréhensible dès lors qu’il ne comptait pas présenter les excuses du peuple étatsunien. Il est vrai que si les États-Unis commençaient à présenter leurs excuses, à tant de peuples, depuis les Indiens jusqu’aux Syriens, ils n’en finiraient pas – et puis il leur faudrait prendre de bonnes résolutions, et il n’est pas certain que beaucoup, parmi ceux qui jouent un rôle véritable, en aient l’intention, ni même le souhait vague.

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