Sur la prétendue vague macronienne

 

Il est à peu près hors de doute que M. Macron souhaitera tenir les promesses faites à ses commettants globalistes, et qu’il procédera à « marche » forcée. Il est assuré qu’il trouvera bien des soutiens à cette fin auprès d’une opposition pour partie factice – celle des membres de l’UDI pour la plupart, d’une partie des élus « socialistes », mais celle aussi de ces « Républicains » qui ont tout renié du gaullisme depuis au moins 2007 même lorsqu’ils ne se ruent pas dans la voie « constructive » que certains esquissent en collaboration avec leurs alliés de l’ « UDI ». Et il n’y aura rien d’étonnant à ce que s’accroissent la protestation populaire d’une part, le dégoût ou du moins le désenchantement d’une large majorité du pays d’autre part, des comportements anomiques divers et contradictoires enfin. Le Top Down, dans le sens que peut revêtir une telle expression dans l’ordre politique, trouvera les limites de son opérativité sociale, même si la division difficilement surmontable des forces objectivement ou subjectivement révolutionnaires par rapport au « système » [terme non polémique puisque ledit se revendique expressément – et ambitieusement – comme tel] rend improbable pour le moment l’éclosion d’un véritable mouvement révolutionnaire capable de parvenir, d’une façon ou d’une autre, à des fins partageables par des rebelles « populistes » de divers horizons. L’avenir ne saurait jamais être prévu : il peut toutefois sembler plus incertain que jamais, hors même la perspective plausible d’une crise financière et économique plus lourde que celle de 2008 [la plupart des ingrédients en sont réunis], et l’éventualité, sérieuse, qu’à force de comportements très imprudents, l’Occident, conduit par les États-Unis ne commette une erreur de trop dans l’ordre que l’on dira des relations internationales.

[[[ Pour répondre simplement à une question qui m’a été posée sur le terme « système » : De façon traditionnelle, ce sont de supposés « antisystèmes » qui dénoncent « LE SYSTÈME », non sans toutes sortes de risques pour la pensée lorsque l’on n’y prend pas garde, le plus net étant de négliger les tendances « polyarchiques », et tendanciellement chaotiques des prétendues « démocraties » contemporaines, qui sont des oligarchies habillées en quelque sorte, mais des oligarchies desquelles ne sont pas absentes de véritables contradictions, les intérêts strictement ploutocratiques eux-mêmes n’étant pas, par-delà un certain socle, toujours plus large d’ailleurs, parfaitement uniformes, d’un pays à l’autre, voire d’un secteur d’activité à un autre au sein d’un même pays. Mais il se trouve que les tenants, dans les grandes lignes, du monde libéral-capitaliste atlantocentré tendent à considérer que la « Market Democracy » ingérentielle qu’ils soutiennent forme bien un système cohérent, dont la valeur est universelle, et qui d’un certain point de vue constitue le dernier terme de l’histoire humaine [ce qui est d’ailleurs bien possible, mais peut-être pour cause de collapsus planétaire  plus que selon l’argument hégélo-kojévo-fukuyamien, optimiste si l’on veut, que prolongent ceux qui prétendent justifier aujourd’hui le terrible système de domination, habillé – je reprends le mot – en système de libéra[lisa]tion, qui ne cesse d’approfondir son emprise sur le monde, et même sur l’humanité, et au fond sur l’ensemble du vivant, et même la totalité des étants, à l’époque contemporaine, en particulier par l’extraordinaire prolifération des droits de propriété].

Il se trouve, assez curieusement, que « l’Europe » est probablement la région en laquelle le « système » se projette le plus profondément, simplement parce qu’elle est celle où, en l’absence d’un monument constitutionnel, tutélaire et sacré, tel que la constitution de 1787, il peut être réfléchi le plus librement et complété inlassablement en ses divers aspects institutionnels. C’est ainsi qu’en mars 2014, la Commission a inventé une procédure tendant à faire obstacle à toute « menace systémique pour l’Etat de droit » ; dès janvier 2016, l’on a compris, lorsque la Pologne a souhaité simplement retoucher ses institutions de justice constitutionnelle, qu’il s’agirait de considérer toujours davantage que le dernier état des techniques constitutionnelles les plus répandues en Europe devait tendre à devenir une sorte d’étrange étiage du droit universel opposable aux constituants nationaux eux-mêmes. Je ne peux ici évoquer davantage cette invraisemblable usurpation de souveraineté et les voies selon lesquelles la plupart font comme si une « Communication » de la Commission auprès du Parlement européen et du Conseil avait vocation à être considérée à l’instar d’un traité discuté entre les membres – lors même qu’elle semblerait s’enter sur les articles 6 et 7 du Traité sur l’Union européenne, mais en amorçant un glissement procédural inacceptable. Ceux que cela intéresse pourront jeter un coup d’œil sur le texte de mars 2014 – image ci-dessous pour retrouver aisément le document en ligne. ]]]

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Mais Sufficit diei malitia sua [Mt 6, 34, vulg.], à chaque jour suffit sa peine. Contentons-nous à cette heure, grâce en particulier à Jacques Sapir [ russeurope.hypotheses.org ] et à Olivier Berruyer [ les-crises.fr ], blogueurs toujours très précieux et courageux, de consulter et méditer les tableaux fascinants que je produis ci-dessous.

A peine moins de 19% des inscrits ont voté pour la République en Marche ou le Modem, mais comme des millions de français ne sont pas même inscrits sur les listes électorales, l’on peut considérer que seulement dix-huit français sur cent en âge de voter environ ont accepté, le cas échéant après avoir fait un autre choix au premier tour, d’apporter leur soutien à la politique projetée par M. Macron, à savoir sensiblement moins d’un Français sur cinq.

[[[Pour répondre simplement à une question qui m’a été posée sur le calcul : Inscrits théoriques : 47 292 967 + [± 3 000 000] ≈ 50,3 millions eussent pu statutairement voter. — Abstention + Blanc + Nul + Non inscrits  ≈ 32,1 millions n’ont pas participé à la désignation des élus. — L’on peut considérer ainsi qu’il y a eu, certes plausiblement divers, 64% d’objectants à l’offre électorale. — Autrement dit, à peine plus d’un tiers de l’électorat légal a exprimé un choix politique positif, fût-il un second choix, un choix de repli. — REM + MODEM = 7 826 432 + 1 100 790 ≈ 8 927 000 électeurs ont choisi finalement la « majorité présidentielle » de façon avouée et dépourvue d’ambiguïté, c’est-à-dire : 1) un peu moins de la moitié des électeurs qui ont effectué un choix politique positif et, 2) sensiblement moins d’un électeur statutaire sur cinq, un peu moins de 18% de l’effectif de ces derniers. — Si l’on admet qu’une partie des trois millions de non inscrits appartiennent à cette catégorie pour des motifs que l’on pourrait dire simplement techniques, et non pas fondamentalement politiques, il demeure que l’on peut sans trop de risque admettre qu’au plus 18,5% des électeurs statutaires ont choisi d’apporter leur soutien à la politique projetée, laquelle au demeurant ne manquera pas, sauf improbable révision, de surprendre une notable partie d’entre eux, égarée par la parole captieuse et délibérément embrouillée – cela a été beaucoup souligné par nombre d’analystes en communication – de M. Macron.]]]

Faut-il ajouter que ces élections achèvent de dessiner un paysage social et politique troublant, celui qu’annonçent depuis des années de bons géographes comme M. Christophe Guilluy ? D’un côté, la France de ceux qui, à tort ou à raison, se croient les bénéficiaires des évolutions accélérées des deux dernières décennies ; de l’autre une France diverse certes, mais désemparée, « périphérique » – s’étendît-elle à quelques dizaines de kilomètres de Paris -, et parfois au bord, et davantage, du désespoir. 

 

 

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J’ajoute les résultats du second tour publiés par le ministère de l’Intérieur, sans lesquels telles de mes propositions liminaires seraient inintelligibles. Il sont d’un intérêt supérieur à ce qu’il en est d’habitude puisque – mais c’est un signe aussi – un nombre infime, exceptionnellement bas, de députés a été élu dès le premier tour.

 

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Admettons qu’il y ait eu, comme certains journalistes de studio [car il est aussi des journalistes de terrain qui meurent pour faire leur travail] n’ont cessé de le suggérer ces jours-ci, un « tsunami » ; mais doutons qu’il ait été celui que l’on prétend nous indiquer si péremptoirement ; et soyons assez assurés que ceux qui auront saisi ce qu’indiquent MM. Sapir, Berruyer et quelques autres, seront dans de meilleures dispositions intellectuelles pour comprendre les épisodes suivants du feuilleton représentatif.