Examen GD [M1 – UEF] – Janvier 2018

Grandes doctrines [UEF]

Cours du Professeur Rials

Examen de l’hiver 2018

L’on choisira l’un des trois sujets de dissertation suivants [un seul], présentés par ordre – supposé par moi – d’ampleur et de difficulté décroissantes.

Le recours à la minuscule ou à la majuscule dans les intitulés des sujets sera considéré.

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1er sujet : Contemplation et subjectivité

2e sujet : « écriture » et interprétation

3e sujet : Luther et l’Écriture

 

Cela n’a pas grand sens de proposer un corrigé pour une dissertation ambitieuse. C’est pour cela que je me contenterai d’évoquer ici le troisième sujet – dont je suppose qu’il aura été choisi par une majorité -, sujet à mon sens assez simple [dès lors que l’on aurait suivi le cours et lu un peu le blogue, le billet portant en particulier sur les évangéliques], mais permettant une copie élégante, intéressante, et même nerveuse. Je l’ai retenu aussi parce qu’il se prête, comme « naturellement », à un plan très classique : je ne suis pas obsédé par une telle perspective, on n’en doutera pas, mais je ne brise pas non plus les idoles pour le simple plaisir de briser les idoles.

Il n’est pas difficile, en prenant le parti de privilégier de façon très directe la question qui garantit que l’on évite les hors sujets, de saisir ici le ressort structurant le plus commode d’un plan en deux parties : le luthéranisme semble un « littéralisme », mais il ne saurait être réputé un « littéralisme »

Dans le premier mouvement, il pourrait être avisé d’adopter une démarche régressive, puisque le « littéralisme » évangélique, et en tout cas « dispensationaliste » a été évoqué, ce qui est bien commode ici. L’on partirait ainsi de cette revendication prétendument « littéraliste » [I,A], et l’on remonterait au « Sola Scriptura » [I,B] en insistant sur le fait que, dans un premier temps du moins, la polémique antiromaine de Luther l’a conduit à afficher – moins sans doute du fait d’une sorte d’état premier de sa doctrine que pour des motifs tactiques transparents – un littéralisme assez grossier [face, d’ailleurs, à une Église romaine dont la contre-offensive à ce propos sera plutôt timorée – souvenez-vous de l’esprit d’ensemble malgré tout assez scripturariste manifesté par la quatrième session du concile de Trente en avril 1546, conformément au fond à certaines des illusions de l’âge humaniste].

Dans le deuxième mouvement, il conviendrait bien sûr de renverser largement cette première orientation. D’abord en développant le montage de ce que j’ai appelé doctrine de la « foi interprétante » [II,A] : si l’on se contente [puisqu’il est des versions plus développées] de conserver la trilogie Sola Scriptura, Sola Fide, Sola Gratia, l’on admettra que, dans le cadre d’ailleurs d’une anthropologie très sombre, l’Écriture ne devient loquace pour l’homme déchu que dans la lumière de la Foi, elle même don et signe de la Grâce ; avec le risque, certes, en l’absence de toute centralisation magistérielle de l’interprétation, du fait de la doctrine du Sacerdoce universel, d’une dispersion toujours accrue des mondes protestants et réformés. Dans un deuxième temps [II,B], il serait possible de suggérer que, dans cette lumière, ce devrait en principe être la « lettre » supposée de l’Écriture qui se trouve ouverte, en rappelant la critique instruite par Luther des abus de la quête traditionnelle du « sens spirituel », propre selon lui à assister les errements romains ; mais il faudrait ajouter que Luther ne put se tenir au delà d’un certain point à ce programme purificateur, en tout particulier parce que le choix de conserver l’ « Ancien Testament », notamment comme ressource prophétique supposée, au sein du canon chrétien de l’Écriture appelait l’interprétation suffisamment « spirituelle » de ce qu’il fallait bien réputer « charnel », appelé comme tel, sous cet aspect, à voir sa force, sa valeur, sa signification, anéantie.

En introduction, l’erreur serait bien sûr de livrer un trop long « placard » historique déconnecté de la question ; il faudrait veiller aussi, tout en construisant la possibilité du plan, à ne pas trop déflorer les développements du corps même de la dissertation [à mon sens, c’est là l’aspect le plus difficile de l’exercice – aspect « tout d’exécution » et demandant donc de la maîtrise -, et je pense que l’on aura été bien inspiré de se tenir à une introduction de taille assez modeste pour les facultés de droit – de l’ordre d’une page et demie à deux, pas davantage]. Deux brèves évocations ne devraient pas être oubliées d’emblée – l’une générale : le caractère central, crucial, de la question de l’interprétation dans les mondes dogmatiques, et la constance de la problématique  des « sens de l’Écriture » [depuis le judaïsme hellénistique en tout cas – Philon ainsi] ; l’autre concernant Luther, traducteur et exégète, et donc « praticien » du texte en quelque sorte.

En conclusion, il peut sembler opportun de suggérer qu’il vaut mieux voir ainsi en Luther un père du magnifique geste philosophique de l’idéalisme allemand que des platitudes du positivisme cher aux facultés de droit. Ou : comment parvenir à se faire des amis jusque dans une esquisse de corrigé d’examen…