Le cours de Relations internationales de l’hiver & du printemps de 2018

HIER 29 MARS :

Je ne porterai pas ici de complément cette semaine et me contenterai de laisser – ci-après – celui de la semaine précédente.

 

Mais je ne peux, ce vendredi matin, n’attirer pas votre attention sur cette nouvelle saisissante… puis son infirmation.

Palinodie en deux actes [pour l’heure…]

Au petit matin.

M. Macron a reçu hier une délégation tantôt présentée comme émanant du « Rojava » – le nom revendiqué pour leur éventuel État par les indépendantistes kurdes de Syrie – tantôt dite de la « Coalition arabo-kurde », c’est-à-dire de l’entité à cette heure assez factice voulue par les États-Unis pour justifier leur occupation gravement illégale de toute la rive gauche de l’Euphrate – non loin de trente pour cent du territoire de la Syrie, comportant des ressources significatives en hydrocarbures en particulier.

Ce n’est nullement cette réception qui est surprenante en elle-même : c’est l’annonce d’une intervention directe de la France à Manbij pour bloquer les forces turques.

Le site de l’Élysée, toutefois, ne fait nullement état ce matin d’une telle intention – fort déraisonnable au regard de ce qui attendrait nos hommes, dont il y a tout lieu de penser qu’ils ne seraient certes pas épargnés par M. Erdogan, lequel pourrait même les laisser « accommoder » par les milices qui opèrent autour de l’armée turque [turkmènes en particulier semble-t-il, mais l’on compte aussi – le néo-ottomanisme d’Ankara complétant commodément son panturquisme – des jihadistes recyclés, conscients, certes, du soutien d’ensemble apporté ces dernières années par la Turquie au Jihad]. La nouvelle émane de la seule Mme Asiya Abdellah, l’un des membres de la délégation kurde. 

L’on ne doutera guère que M. Macron se fût passé de cette communication intempestive, soit maladroite, soit délibérée, avec le propos alors d’exercer sur lui une pression en donnant une contraignante publicité à des paroles imprudentes. Le fond même de la perspective au sein de laquelle prend place le propos de Mme Abdellah n’est guère douteux, hélas : 1) l‘intention occidentale de dépecer la Syrie n’a nullement diminué ; 2) la subordination de la France aux perspectives étatsuniennes est désormais totale – la France est un pays qui, depuis en tout cas 2007, a complètement perdu sa souveraineté [et donc, dans un cadre profondément antidémocratique, ses citoyens leur liberté, comme Rousseau en a assuré la plus rigoureuse démonstration dans son Contrat social], au profit de l’Union d’une part, et d’autre part de l’OTAN, c’est-à-dire des États-Unis, qui ne peuvent que souhaiter pousser le pion docile que nous sommes dans une affaire en laquelle ils ne veulent certainement pas se confronter à la Turquie, membre toujours stratégique de l’OTAN ; 3) il y a un lobby prokurde qui œuvre ici à un haut niveau – l’on dit, sans qu’il y ait moyen semble-t-il de le vérifier – que le chef de l’état-major particulier du président de la République, l’amiral Bernard Rogel, partagerait ses perspectives ; 4) j’ai déjà eu l’occasion de vous préciser que des éléments des forces spéciales françaises et britanniques opéraient illégalement dans le nord-est syrien, au service de l’occupation étatsunienne ; la présence de nos troupes ne serait donc pas une nouveauté, même si elle revêtirait une signification nouvelle, et nous exposerait à de tout autres dangers ; 5) Gageons au demeurant que notre gouvernement ne commettra pas la folie d’opérer de façon frontale ; nous nous contenterons probablement de poursuivre dans la mauvaise voie dans laquelle nous a enfoncés M. Sarkozy dès 2011 – année au cours de laquelle [Libye, Syrie, Côte d’Ivoire] cet artiste s’est vraiment dépassé ! -, avant que M. Hollande – activistement assisté de M. Fabius – n’amplifie dès 2012 notre intervention nuisible dans les affaires syriennes [en particulier par la livraison très gravement illégale d’armes à des « rebelles modérés » qui ne l’étaient pas ou finissaient par les céder à des forces jihadistes caractérisées] ; cette fois, le plus probable est que nous augmentions la présence de nos forces spéciales, de nos « conseillers », et de notre assistance « technique ».

L’on persistera à chercher en vain l’intérêt national dans une telle aventure, et l’on relèvera notre constante violation du droit international à l’époque contemporaine. Soyons attentifs, et attendons la suite.

Au milieu du jour.

Cette suite n’a pas tardé.

Sans doute le propos de Mme Abdellah a-t-il été confirmé, à ce qu’il semble, par « le représentant du Rojava en France », M. Khaled Issa ; l’on imaginera qu’il faisait partie de la même délégation.

Bien entendu, du côté d’Ankara, les critiques ont fusé. M. Erdogan a dit qu’il était « extrêmement peiné ». Il est des films dans lesquels, lorsque certains personnages – d’origine souvent sicilienne ou calabraise – disent qu’ils sont « peinés », le massacre n’est pas loin. Ces understatements – je suis un peu surpris, je suis peiné… – sont un aspect très intéressant de la communication violente.

Fort heureusement, M. Erdogan peut sécher ses larmes. Le communiqué de l’Élysée est venu. Long et filandreux, mais s’employant à rassurer pleinement le gouvernement turc.

« Le Président de la République, Emmanuel Macron, a reçu ce jeudi 29 mars une délégation des Forces Démocratiques Syriennes (FDS), composée à parité de femmes et d’hommes, d’Arabes et de Kurdes syriens.

La délégation syrienne a informé le Président Emmanuel Macron de la situation sécuritaire et humanitaire au Nord de la Syrie, et dans la zone d’intervention où les FDS continuent de se battre avec courage et abnégation contre Daech, aux côtés des forces de la coalition internationale dont la France fait partie.

Le Président de la République a rendu hommage aux sacrifices et au rôle déterminant des FDS dans la lutte contre Daech, et réaffirmé la priorité de ce combat alors que la menace terroriste perdure. Il a assuré les FDS du soutien de la France, en particulier pour la stabilisation de la zone de sécurité au nord-est de la Syrie, dans le cadre d’une gouvernance inclusive et équilibrée, pour prévenir toute résurgence de Daech dans l’attente d’une solution politique au conflit syrien.

Le Président de la République a rappelé qu’à la suite de l’adoption de la résolution 2401 du Conseil de sécurité, la France avait exprimé clairement sa préoccupation sur la situation dans le canton d’Afrin et demandé le plein accès de l’aide humanitaire aux populations civiles.

Il a par ailleurs rappelé l’engagement de la France contre le PKK et son attachement à la sécurité de la Turquie. Prenant acte de l’engagement des FDS à n’avoir aucun lien opérationnel avec ce groupe terroriste et à condamner tout acte à caractère terroriste d’où qu’il vienne, il a souhaité qu’un dialogue puisse s’établir entre les FDS et la Turquie avec l’assistance de la France et de la communauté internationale.

Le Président de la République a indiqué que la France continuera à tout mettre en œuvre, avec les pays principalement intéressés, pour progresser vers une transition politique inclusive en Syrie, seule à même de ramener la paix en Syrie et d’assurer la sécurité de la région, conformément à la Résolution 2254 du Conseil de sécurité de l’ONU. »

Sans commentaire. Au-delà d’un certain nombre de cadavres, la question de la parité – des parités ici – paraît accessoire aux gens de goût. Le reste est à l’avenant. Et l’avant-dernier alinéa, en particulier, donne la plus complète satisfaction à Ankara, dont la scandaleuse agression se trouve au fond parfaitement justifiée [le « terrorisme », n’est-ce pas, cette universelle « War on Terror » dont on finit par n’être plus très certain que sa vocation ne soit pas, surtout, de justifier l’impérialisme et ses actions « préventives » et de transformer les oligarchies en dictatures].

Pour faire bonne mesure, « une source à l’Élysée » – ah ! ces rafraîchissantes sources auxquelles vont se désaltérer des journalistes triés sur le volet… – a précisé que la France ne planifiait aucune opération dans le nord de la Syrie. Ouf !

Mme Abdellah est-elle une menteuse ? J’en doute plutôt. Il y a ce que l’on dit et ce que l’on écrit. Et parfois l’on dit plus qu’on ne l’eût voulu. C’est à mon sens ce qui s’est passé. M. Macron – il l’a trop souvent montré, dès la campagne électorale [affrontement moins de deux Titans que de deux Narcisses, laquelle a beaucoup tourné, inévitablement, autour des « costards », que l’on peut ou non « se payer » – M. Macron – ou que l’on se fait offrir – M. Fillon – misère de notre déclin] – a accoutumé de se griser du vin pâle mais abondant de ses propres paroles, s’enchantant lui-même en prétendant enchanter. Mais il est président, point professeur d’Université, et par malchance, le dérapage confidentiel a fuité dans l’instant.

Mais alors ? Est-ce à dire que nous n’opérons pas, clandestinement et illégalement, dans le nord de la Syrie ? Non, certes. Allons-nous continuer, voire élargir un tel comportement, actuellement assez marginal semble-t-il, mais relevant très évidemment de la délinquance internationale ? Cela dépendra des choix de Washington, tels qu’ils résulteront des jeux de forces propres à ce lieu si complexe.

Une hirondelle, simplement, a fendu l’azur de Richfield, près de Cleveland [Ohio], hier, semblant démentir les signes très sombres qu’ont pu paraître constituer les récentes promotions de M. Pompeo et de M. Bolton. M. Trump a entonné, à sa manière habituelle de vieux rocker, une répétitive chanson dont le titre est – vous le devinerez – « Very soon » :

« And by the way we’re knockin’ the hell out of ISIS. We’ll be coming out of Syria like very soon. Let the other people take care of it now. Very soon. Very soon. We’re coming out. We’re going to have 100 per cent of the caliphate, as they call it, sometimes referred to as land, we’ve taken it all back quickly, quickly. But we’re gonna be coming out of there real soon, we’re gonna get back to our country, where we belong, where we wanna be. »

Mais ce voyage en Ohio était celui d’un retour aux sources du trumpisme, devant en particulier ces représentants de la classe ouvrière de la Rust Belt [carte ci-dessous] – si affreusement sinistrée – que M. Trump avait su séduire, avant de donner le sentiment de leur préférer nettement la compagnie des généraux et des milliardaires. Le Ciel veuille que lui, du moins, se tienne à ce qu’il leur avait, et leur a, ainsi, de nouveau promis !

 

M. Trump à Richfield 29 III 2018.png

 

Rust Belt.png

 

 

CE DIMANCHE PREMIER AVRIL,

je dois faire le constat que les autorités turques ne se sont guère apaisées depuis avant-hier. Plusieurs responsables y sont allés de leur couplet contre le dérapage macronien, la maladresse plutôt de l’hôte de l’Élysée, laquelle a favorisé, sinon autorisé, les interventions inopportunes des représentants du « Rojava ».

L’on comprend, bien sûr, qu’Ankara souhaite nous exprimer davantage. Trois choses au fond :

1) certes, que nous serons en guerre avec la Turquie si nous allons à Manbij assister une possible résistance kurde ; d’ailleurs, tandis que M. Trump s’exprimait, il y a trois jours, annonçant le retrait des forces étatsuniennes de l’est syrien, deux soldats de la « Coalition », un Britannique et un Étatsunien semble-t-il, partaient en lambeaux à la suite d’une explosion dont le commanditaire ne saurait être considéré comme très mystérieux j’imagine [luttant contre le « terrorisme », les services n’hésitent pas à utiliser ses moyens, et la Turquie est devenue depuis longtemps un membre éminent du club des Rogue States, comme on dit à Washington, capitale du premier Rogue State du monde] ;

2) que notre prétention néo-coloniale à jouer les médiateurs en ces affaires – position sur laquelle la France prétendait se rabattre à défaut d’une intervention directe – était outrecuidante et serait systématiquement rejetée [bien entendu, nous pourrions ironiser sur les prétentions paléocoloniales de l’Ottoman, mais chacun comprend que le cliquetis des mots trouve ses limites devant la disproportion des épées, et que si nous voulions, comme il serait raisonnable, contenir Ankara, il nous faudrait faire le contraire de ce que nous faisons, c’est-à-dire, aider à une nouvelle dynamique « arabe » au sud [je mets des guillemets, car bien entendu, les orientation que l’on disait volontiers « panarabistes » reposaient en bonne part, je l’ai dit, sur un mythe qui n’eût su effacer la diversité infinie de l’Orient], laquelle ne pourrait sans doute pas être aussi séculariste désormais qu’aux beaux jours des baathismes ; et ne pas déstabiliser la Russie et ses amis dans le Caucase et en Asie centrale ; mais nous ne voulons rien de tout cela, parce que nous sommes à la remorque de la politique étatsunienne et britannique – unifiée par l’horizon délirant, et humainement pénible, mais économiquement et géopolitiquement pas inintelligible, et en tout cas structurant, d’un « Great Game » pour les siècles] ;

3) que ce rejet, possiblement violent, s’accompagnant de menaces peu voilées contre la France [d’ordre démographique par la manipulation des flux migratoires ? orientée vers des actions de terreur ?], visait plus largement toute présence française désormais dans la région, l’horizon même d’une assistance aux FDS étant, en tout lieu, écarté avec la plus violente fermeté par Ankara.

Bien entendu, l’argumentation du gouvernement turc n’est pas absolument factice. Je fais partie – depuis des années – de ceux qui pensent que M. Erdogan est très gravement dérangé, et qu’il ne manquera pas de faire advenir une véritable catastrophe quelque jour ; je pense aussi qu’il a des visées annexionnistes en Syrie ; pour autant, je me garde de considérer par principe toutes ses vues comme dépourvues de justification car tel n’est pas toujours le cas.

Au fond, la trame de son argumentation se ramène à une proposition simple : les YPG sont, certes, le PYD, le PYD serait le PKK. Reprenons brièvement. Les YPG [les yépégué comme prononcent certains avec la volupté de ceux qui savent], les Unités de Protection du Peuple, donc, sont la milice du PYD, Parti de l’Union Démocratique, lequel prétend gouverner le futur « Rojava ». Les responsables turcs affirment que le PYD est le simple pseudopode en Syrie du PKK, Parti des travailleurs du Kurdistan, de Turquie, mais en cours, à n’en pas douter, de développement au-delà de la Turquie, jusque dans le nord-ouest iranien [ce pourquoi notamment Téhéran n’est certainement pas fâché que les Kurdes de Syrie, et bientôt du nord irakien peut-être – et même probablement -, apprennent à danser au rythme crépitant de la musique erdoganienne].

Mais les FDS ? Les Forces Démocratiques Syriennes [HSD pour les Kurdes] sont une fédération de forces intégrées sous le commandement de fait des États-Unis. Fédération fort inégalitaire au demeurant : M. Macron – ou ses plumitifs préposés aux communiqués – peut bien gongoriser dans les termes obligés du jargon néoprécieux de notre temps, celui des nouvelles « précieuses ridicules » [lesquelles sont certes de tous les « genres »], hantées, en Occident surtout, par la question du « genre » au milieu même des massacres, des épidémies, des famines, le dilater dangereusement aux « ethnies », là où l’on devrait peut-être parler, dans des pays qui connaissent l’État, de liberté et de politique, et de nourriture aussi, de médicaments, de paix, de matériaux, au lieu de courir après des revendications de singularité au fond supposément « raciale » dont l’horizon à terme, bien qu’elle soit toujours plus ou moins fictive, est, comme l’on dit, l’épuration ethnique, paritaire assurément en général ; il se trouve que nul ne doute que la fédération kurdo-arabe programmée à Washington n’a pas pris – lorsque des représentants des forces étatsuniennes énumèrent une mosaïque, et même une poussière de dizaines de mouvements, et suggèrent que les FDS comprendraient – au-delà même de la parité – une majorité de miliciens arabes, ceci est presque assurément faux ; je ne saurais bien évidemment pas savoir si les YPG forment soixante-cinq ou quatre vingt-cinq pour cent des FDS, mais il me semble, à la lecture de nombreux commentateurs avisés, qu’elles représentent le gros de la force militaire opérationnelle des Forces Démocratiques Syriennes.

Ceci, bien sûr, les autorités turques le savent parfaitement. Si bien que ne subsiste qu’une véritable question : les YPG et le PKK sont-ils en gros, par le truchement du PYD, la même chose ? Je me contenterai ici, faute de temps, de suggérer que d’assez nombreux indices ont permis de le penser et que beaucoup de bons commentateurs l’admettent, même si, dans des circonstances diverses, les façons de procéder peuvent apparaître différentes.

 

Mouvements inscrits dans la mouvance du PKK selon les services français [?].png

Lisant un tweet de M. Malbrunot [dont j’ai déjà eu l’occasion d’observer qu’il était, sur ces questions, l’un des meilleurs journalistes de la presse du capital – en ce cas le Figaro – très bon connaisseur, honnête, son destin personnel lui a permis d’échapper assez largement, moyennant un certain « art d’écrire », à la reproduction obligée des stupides mais tactiques éléments de langage habituels, si bien que l’on apprend parfois en le lisant, et qu’il est même raisonnable de considérer son jugement], je suis remonté à un tweet produisant ce document, émanant est-il dit, des services français : il montre comment s’articulerait une nébuleuse de mouvements autour du PKK.

 

Il n’est pas incompréhensible, ainsi, que l’apaisement donné par M. Macron dans son communiqué ne soit pas du tout jugé apaisant à Ankara : faire l’éloge des FDS et condamner le PKK, c’est, selon la nouvelle Porte – laquelle considère que le PKK est une organisation « terroriste », se moquer du monde.

Peut-être, d’ailleurs, est-ce la conscience prise par la Maison Blanche du caractère insurmontable de la contradiction, qui a conduit M. Trump il y a trois jours à annoncer le désengagement étatsunien, faute de se sentir en mesure d’envisager un affrontement direct avec la Turquie. Admettons que le président des États-Unis n’avait pas pris la peine de faire avertir de sa position – appelée peut-être d’ailleurs à s’enliser dans l’habituel entremêlement polyarchique des initiatives contradictoires – son homologue français. 

 

 

 

Comme il s’agit d’un développement assez long, je laisse le complément suivant plus longtemps que prévu, à la demande d’un aimable correspondant ; je redis qu’il convient d’accorder à de tels compléments la signification de paroles, à l’instar de celles proférées le jeudi, et non d’écrits, à la manière des billets que je dirais de droit commun. S’agissant de ceux-ci, je vais m’employer à avancer cette fin de semaine le billet consacré au discours prononcé par M. Poutine il y a quelques semaines.

 

APRÈS LE 22 MARS, AVANT LE 29 MARS.

 

Asked about the Saudi-funded spread of Wahhabism, the austere faith that is dominant in the kingdom and that some have accused of being a source of global terrorism, Mohammed said that investments in mosques and madrassas overseas were rooted in the Cold War, when allies asked Saudi Arabia to use its resources to prevent inroads in Muslim countries by the Soviet Union.

Prince Mohammed ben Salman, entretien avec le  Washington Post, 22 mars 2018, rapporté par Karen DeYoung

Un jeune homme m’a fait part jeudi dernier 22 mars, avec une parfaite gentillesse, de la difficulté qui était la sienne de croire que, sinon « les États-Unis », du moins un ou plusieurs pôles de cette polyarchie si difficilement intelligible contribuaient à rendre très ambivalente – au mieux – la politique imputable, finalement, aux États-Unis [imputable, car, n’est-ce pas, il est bien un État, qui ne saurait n’être pas le lieu légalo-imaginaire d’imputation des agir, fussent-ils contradictoires, des diverses autorités étatsuniennes ! – la NSA espionne le monde – autant que facebook ou google – : je veux bien que l’on explique que des entreprises privées étatsuniennes n’engagent pas de la même façon le gouvernement des États-Unis, mais je trouve pour le moins difficile de prétendre que les agences gouvernementales de renseignement n’ont pas de rapport avec les organes washingtoniens de l’État, que Washington n’est pour rien dans la participation de la CIA, ainsi, ancienne, et archidémontrée par de savants universitaires étatsuniens – depuis l’ouvrage fondateur d’Alfred W. McCoy, The Politics of Heroin. CIA Complicity in the Global Drug Trade -, au trafic mondial de drogue, sachant d’ailleurs que les entreprises dites GAFA travaillent de façon avouée pour le Pentagone et les agences de renseignement – il y a quelques jours, Google a ainsi avoué que l’ensemble, fabuleux, des informations réunies par Googlemaps ou Googleearth était transmis en permanence au Pentagone pour l’organisation des frappes par drone, ce qui permettra de compléter « utilement » l’ordination des frappes à une simple carte SIM des « téléphones portables », méthode dominante depuis de longues années – par ici, bien entendu, tout le monde s’en fiche semble-t-il, et semble persuadé que ça ne concernera, au loin, que des Pachtounes ou des « Houtis » ; il se trouve que, pour ce qui me concerne, 1) je souffre que l’on hurle à propos de l’improbable, et à peu près bouffon, montage Skripal, premier épisode d’une nouvelle séquence délirante dont il est difficile de savoir où elle nous conduira – madame May évoquant l’atteinte à la souveraineté de son pays et même un véritable acte de guerre – et que l’on s’accommode de la violation permanente, à chaque heure du jour et de la nuit, de la souveraineté de nombreux États par les drones de plusieurs puissances, à commencer par les États-Unis, et 2) je ressens avec plus de douleur encore, bien évidemment, le massacre, sans procédure sérieuse aucune, de tant de stricts innocents par les frappes quotidiennes des drones étatsuniens – c’est-à-dire des missiles Hellfire que ces drones tirent – toujours ces noms atroces résultant d’un imaginaire collectif malade, nourrissant à l’infini, de l’autre côté, le déploiement de lourdes pathologies de l’âme – seul le Ciel d’ailleurs sait, j’imagine, à qui il réserve le « feu de l’enfer »…]

Je reviens à mon propos. Les États-Unis, et leurs bons amis, dont Londres, Berlin et Paris, ont commencé par développer une notion à la fois restrictive et extensive du « terrorisme » ; l’on a compris assez vite que la notion était, comme l’on dit, fonctionnelle purement instrumentale ; le propos est manifestement d’épargner certains effectifs dont on pense, par exemple, qu’ils peuvent nuire au gouvernement de Damas ; et par contre de dénoncer le cas échéant ceux qui prétendraient réunifier une Syrie multiconfessionnelle et multiethnique – comme ce fut toujours le cas depuis le califat omeyyade, il y a treize siècles – ; il est encore de ne pas gêner la monarchie wahhabite et de préparer l’agression – qui se dessine chaque jour plus fermement, hélas ! – contre l’Iran, et bien entendu d’entraver la Russie, voire de faire remonter vers elle des effectifs jihadistes issus de la région du Caucase ou bien d’Asie centrale et rendus beaucoup plus venimeux, à leur retour dans leurs patries, par le surentraînement dispensé par la sauvage guerre de Syrie. C’est ainsi que nombre de groupes jihadistes ne sont, obstinément, pas désignés comme « terroristes », et que même le groupe « terroriste » le plus largement reconnu, Daech, se trouve parfois frappé – mais beaucoup moins qu’on ne l’a dit [voir graphique ci-dessous, et par des frappes qui sont apparues parfois factices, à la différence des frappes russes dont l’efficacité a fait basculer rapidement la situation, d’autant que la « Coalition », embarrassée de se trouver marginalisée dans la conduite de la guerre aérienne, a bien voulu faire un petit effort], parfois ménagé, en de certains cas assez manifestement aidé, ainsi par des frappes sur l’Armée Arabe Syrienne ou les milices ou membres des sociétés militaires privées qui l’assistent.

Comparaison des frappes : M. Berruyer.png

Graphique de l’excellent M. Berruyer dans le précieux site qu’il anime. Dois-je préciser [à l’intention des censeurs à peu près absurdes du « Décodex »], puisqu’il m’arrive parfois de renvoyer avec éloge à ses travaux, que mes propres propos et conclusions, dans l’ensemble plus radicaux que les siens en divers domaines, ne l’engagent en rien ? Quant à ceux qui seraient intéressés par les textes accompagnant ce graphique, ils pourront se reporter à l’ensemble de billets en cours de parution sous le titre général « L’attitude initiale ambiguë des États-Unis envers l’État islamique » – ici, le deuxième, de ce jour, 27 mars, dont voici le lien :     https://www.les-crises.fr/l-attitude-initiale-ambigue-des-etats-unis-envers-l-etat-islamique-2-la-russie-se-met-a-combattre-serieusement-les-milices/

Pourquoi, aujourd’hui, inversant la politique – finalement et tardivement – de retrait de M. Obama, M. Trump et son équipe accroissent-ils la présence et l’implication étatsunienne en Afghanistan ? La réponse – pour une fois – est évidente, profitons-en :

1)Il s’agit d’entraver – en Afghanistan ou dans les pays voisins – la projection chinoise des routes de la soie, pour des raisons commerciales mais aussi stratégiques, si l’on veut bien admettre que la sûreté de telles routes appellerait une projection sécuritaire chinoise minimum ; la Chine se trouve ainsi encadrée, Mer de Chine à l’Est, Afghanistan à l’Ouest, le rapprochement rapide ces temps-ci de l’Occident avec l’Inde permettant d’espérer resserrer peu à peu les mailles du filet ;

2) Le propos est aussi de peser sur l’influence russe en Asie centrale ; comprenons qu’à chaque fois que Washington renforce sa présence dans cette région, l’avantage stratégique que Moscou tire de l’extraordinaire profondeur de son territoire se trouve diminué ;

3) Enfin, le glissement délibéré vers un conflit avec Téhéran suggère au Pentagone d’envisager une action aussi depuis l’est.

Mais revenons à la projection d’effectifs daéchiens de la Syrie et de l’Irak vers l’ouest et le nord de l’Afghanistan :

 

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1)La chose est absolument assurée, revendiquée d’ailleurs par État islamique, qui évoque volontiers son déploiement dans ce qu’il appelle Khoras[s]an [Khurāsān]. Le Khorasan, notons-le, est une région du nord-est de l’Iran – plus précisément, trois provinces, situées qui plus est au-dessus du déjà difficile Baloutchistan ; il est difficile de ne pas voir là un indice propre à réjouir les ennemis de Téhéran. Mais, plus largement, le Khorasan dépasse le Khorasan administratif iranien. À moins d’être stupide l’on comprend qui se trouve – en dehors de la Chine ou de la Russie – visé immédiatement par une telle implantation active : a) les talibans pachtounes qui vont avoir le choix entre s’allier ou se battre avec Daech ; s’ils se rapprochent, leur entrée au gouvernement sera plus impossible encore ; s’ils entament la lutte contre ÉI, ils devront lutter sur deux fronts et la démonstration sera faite, dans tous les cas, que le développement de Daech ici sert Washington ; b) les Hazaras chiites amis de Téhéran [voir ci-dessous une carte qui date d’il y a quinze ans mais convient au présent propos] ; c) et bien entendu l’Iran, et même, de l’autre côté, le Pakistan.

 

Ethnies autour de l'Afghanistan.png

 

L’ennui, voyez-vous, tient à ce que, pour des motifs que je ne peux développer ici, le « Grand Khorasan » est un mythe historique, peut-être opératif – l’on ne saurait évaluer la force efficace des mythes qu’après leur succès ou leur échec –  qui pourrait dessiner les ambitions véritables de Daech – et de ceux qui, le cas échéant, utiliseraient cette entité dans la région :

 

Le "Grand" Khorasan.png

 

2) La question posée est la suivante : est-ce que des effectifs étatuniens – au regard d’intérêts évidents dans les circonstances de l’offensive tous azimuths engagée par le monde atlantique – dès lors que l’on n’est pas regardant sur les moyens [mais ces gens ne sont pas regardant sur les moyens, sensiblement moins encore qu’à l’époque, il y a plus d’un demi-siècle déjà, des incidents du golfe du Tonkin] – contribuent à favoriser – c’est-à-dire, au mieux, à fermer les yeux sur –  l’exfiltration de jihadistes de Syrie ou d’Irak vers le « Khorasan » ? À cette question, je réponds : c’est mon sentiment le plus ferme et il est partagé par beaucoup de ceux qui suivent ces affaires de près sans être des agents dévoués de l’impérialisme atlantique [ce qui ne fait plus grand monde dans la France sarkozo-hollando-macronienne – c’est strictement la même chose du point de vue de la politique extérieure, en dépit des velléités affichées par l’actuel occupant de l’Élysée d’infléchir un peu notre politique proche-orientale dans les premiers temps de son mandat -, mais beaucoup de monde hors du Narrenschiff atlantique] ; j’ajoute qu’il n’y a ici rien de neuf ; il s’agit de l’éternelle réitération de la même tactique, au moins depuis l’aide apportée aux talibans dans les années quatre-vingt – perceptible à l’époque, mais pleinement admise aujourd’hui par tous, d’autant que son « concepteur », Zbigniew Brzezinski, s’en est glorifié, vous le savez déjà ; le propos du Prince Mohammed ben Salman il y a quelques jours, que je place en épigraphe au présent texte, incline à penser que cette entente de Washington avec l’islamisme radical n’avait rien d’ailleurs, alors, de très nouveau [du moins si le prince dit une vérité qu’il n’aurait, de toute façon, pu connaître que par ouï-dire].

Cette question, bien entendu, peut être subdivisée en trois sous-questions :

a) est-ce que des officines étatsuniennes ont – au moins – laissé « s’échapper » des daéchiens de Mossoul, Raqqa, etc., ont-elles assuré la survie contre Damas et Moscou d’effectifs jihadistes ? A cette question, je réponds oui.

Bien entendu, au regard des effectifs considérables qui ont pu être ceux de Daech – peut-être, sans même compter les nombreux compagnons de route de tribus sunnites ralliées, plus de quatre-vingt mille combattants à la « grande » époque, majoritairement étrangers [certains ont parlé de plus de deux cent mille, mais je pense que c’est sensiblement trop – quatre-vingt ou cent mille véritables combattants eussent formé déjà un effectif militaire considérable, qu’il faut simplement doubler peut-être en ajoutant femmes, enfants, esclaves divers, administrateurs, etc.] -, et malgré les pertes importantes subies par le mouvement, la question des chemins de la diasporisation est posée : ces gens, lorsqu’ils survivent, ne se dissolvent pas dans l’air environnant ; ils peuvent, j’y ai insisté deux ou trois fois, se « recycler » dans diverses autres entités [[ ainsi dans l’ « Armée syrienne libre » qui est, par exemple, une carte importante ces temps-ci pour M. Erdogan dans le nord-ouest de la Syrie ; quoi qu’en disent les Occidentaux, si l’ASL a – un peu – existé il y a sept ans, elle est peu à peu devenue un habillage « présentable », de très loin, pour de nombreuses factions radicales, dont certaines œuvrent à Afrin et alentour, forces turkmènes ainsi, ou bien, ainsi, daéchiens un peu « relookés » ; l’on dit que les militants de Daech russophones, ceux du Caucase en particulier, sont assez nombreux ces temps-ci aux côtés des Turcs qu’ils connaissent fort bien depuis longtemps, puisque Ankara a soutenu de façon assez continue la radicalité islamique dans le sud de la Russie ]], devenir de purs et simples mercenaires d’un genre spécial, rentrer parfois dans leur pays d’origine [mais ce dernier mouvement, redouté par beaucoup de responsables, semble sensiblement moins important qu’on ne le prévoyait] ; mais il ne fait guère de doute que – au moins – deux dizaines ou douzaines de milliers de « soldats du Califat », inaptes à toute « réinsertion », vont demeurer des activistes fidèles à la marque Daech, capables de se déplacer sur les terrains les plus favorables et à plus forts enjeux au regard de perspectives inégalement limpides, et peut-être variables selon les cas. Bref : il faut bien que les membres de Daech qui ne sont pas morts et qui ne se sont pas, au moins temporairement, « rangés », soient quelque part – pardonnez-moi de pouvoir sembler un peu buté, mais je ne saurais renoncer à cette perspective, proprement inévitable, sauf pour les esprits faibles qui pensent que la « déradicalisation », aidée le cas échéant par les gentilles sornettes de travailleurs sociaux, est, après un moment d’ « égarement », une pente naturelle pour tous, qui doit conduire toute personne sous le ciel, réputée désireuse d’abord de sauvegarder sa vie, à les rejoindre dans leur propre si banale existence ; il n’en est rien à mon sens, et si certains, dans quinze ans, peineront sans doute à comprendre cette séquence ultraviolente de leur vie, d’autres ne se libéreront pas de l’envoutement qui aura résulté pour eux de la rencontre d’un style de vie et d’un tempérament singulier, et tenteront à tout prix de le prolonger, de le répéter, d’en renouveler les jouissances sauvages, atroces aux yeux contemporains.

Quoi qu’il en soit, il y a eu de nombreux clichés et témoignages montrant des colonnes de véhicules de Daech quittant les lieux reconquis par la « Coalition » ; l’on sait – absolument – que Daech n’a pas disparu, mais est simplement très affaibli et fragmenté.

 

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b) est-ce que l’affaire de MOAB, il y a presque un an, ne montre pas que l’intention de Washington est de lutter contre l’implantation d’ÉI en Afghanistan ? À cette réponse, je réponds par la négative en haussant les épaules ; l’affaire MOAB a simplement confirmé que le mandat de M. Trump, dans un autre genre, pourrait présenter autant de difficultés que l’on redoutait que n’en soulevât celui de madame Clinton, beaucoup plus belliciste pendant la campagne électorale que ne l’avait été le magnat de l’immobilier.

Le 6 avril 2017, donc, intervint la frappe étatsunienne sur al-Chaayrat après l’affaire chimique, pour le moins surprenante, de Khan Cheykhoun, le 4 du même mois [voir le premier billet du « Journal de Guerre » d’avril 2017]. Le 12 avril vint la frappe d’EI [nous dit-on] par « MOAB » en Afghanistan. MOAB pour Massive Ordnance Air Blast Bomb, dite Mother of All Bombs. Coût fabuleux : certains ont dit : plus de 300 millions de dollars – 314 exactement… Mais il semblerait que ç’ait été le coût du programme entier de la bombe. Comme dix-huit seulement eussent en tout été fabriquées, cela eût porté le prix de l’unité à 17 millions de dollars, ce qui n’est de toute façon pas donné ! Mais une source militaire a dit : 170 000 $ – peut-être affaire de zéros… Car la valeur la plus consacrée par les spécialistes a oscillé entre 16 et 17 millions de dollars par bombe. Quoi qu’il en soit, je n’ai pas douté que M. Trump n’ait été un personnage hautement préoccupant au soir de cette nouvelle, obscène, excentricité.

 

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 Sans doute le propos était-il – en utilisant pour la première fois ce monstre – d’impressionner Damas et Pyongyang, mais aussi Moscou, Pékin et Téhéran. Assurément, ce nouvel excès a jeté un froid, jusque dans le Grand Amphithéâtre. Et s’il s’agit de MM. Poutine ou Xi, je suppose qu’ils se sont simplement dit que ce type n’allait pas très bien.

N’oubliez pas un aspect de quelque importance ici – je vais digresser un peu vous semblera-t-il, mais d’une façon qui, à mon sens, ne manque pas d’une possible pertinence, même si cette pertinence est probablement inintelligible dans le cadre du climat particulier du sécularisme français – : les États-Unis, quel qu’y soit la présence contemporaine du catholicisme, demeurent un pays de tradition protestante et réformée, où la lecture de ce que les chrétiens désignent comme Ancien Testament est beaucoup plus assidue qu’en pays catholique où l’Écriture par excellence se tient bien évidemment dans les évangiles, c’est-à-dire la parole et les actes imputés à Jésus, et dans les lettres de saint Paul.

Voici le curieux. Que dit le prophète Jérémie [48, 1-47] sur Moab ? que Moab sera détruit par le Seigneur. Ici, nous aurions donc en gros une assez rare figure de métonymie que l’on appelle la métalepse, en laquelle il y a permutation de la cause et de l’effet : l’effet c’est Moab, image même de la destruction – et ici la cause, ce qui détruit, devient Moab. Cela donne, il me semble, une profondeur sombre, assez effroyable, à cette appellation – elle signifie mort, désolation – comme toute bombe penserez-vous : certes, mais là, il y a, très péniblement, une exaltation spéculaire, dans le nom, du ravage projeté.

Quoi qu’il en soit, à partir de la carte du très proche Orient au IXe siècle ajc, essayons de découvrir un autre rapport, métaphorique ou métonymique, peut-être appelé par ce mot MOAB.

201 Proche-Orient au IXe s. ajc - le royaume de Moab.png

D’où viennent les Palestiniens. Dans les termes, ils sont les Philistins, que vous découvrez sur la carte dans la bande de Gaza déjà, plus ou moins… Et ici, bien sûr, l’on trouve un autre passage de la Bible en Samuel XVII, 1-58, le combat de David et Goliath. Or Goliath est un géant philistin… Voyez comme tout se fait écho – de façon très redoutable – car l’imaginaire des uns et des autres est parcouru d’images de lutte et de mort.

Aujourd’hui, qu’apprennent les petits Palestiniens en cours d’histoire : non qu’ils sont les descendants des Philistins [même s’ils doivent, pour finir, à ceux-ci leur appellation de peuple], mais des Cananéens – ceux du pays de Canaan.

Les Cananéens sont le peuple qui occupait au deuxième millénaire ajc toute la partie côtière de l’actuel État d’Israël au-dessus des Philistins – parfois davantage. Voici pourquoi les Palestiniens disent qu’ils sont surtout descendants des Cananéens – personne au fond n’étant tenté de dire qu’ils n’ont rien à voir avec les Philistins dont ils portent le nom.

Ces Cananéens étaient bien sûr l’un des peuples sémites du Proche-Orient, parlant tous des langues sémitiques apparentées les uns aux autres, comme le sont bien sûr l’arabe et l’hébreu. C’est d’ailleurs semble-t-il un peuple qui s’est fondu parmi d’autres, et certainement, pour partie, parmi les Hébreux le moment venu.

Quoi qu’il en soit, ces Cananéens furent vaincus par les Hébreux, entre 1250 et 1200 ajc très probablement. Bien entendu, cet épisode est évoqué dans le deuxième livre de l’Ancien Testament, L’Exode, lequel on le sait est supposé raconter les tribulations des enfants d’Israël depuis la fuite d’Égypte à la suite de Moïse.

Lorsque Yahvé donne sa mission à Moïse [Ex III, 7 sq.] il dessine largement le pays que la bible dit de Canaan [texte de la Bible de Jérusalem] : « J’ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte. […] Je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens et le faire monter de cette terre vers une terre plantureuse et vaste, vers une terre qui ruisselle de lait et de miel, vers la demeure des Cananéens, des Hittites, des Amorites, des Perizzites, des Hivvites et des Jébuséens. […] » Peu importent les noms : vous comprenez pourquoi des Israéliens fondamentalistes peuvent aspirer à quelque « Grand Israël », vue très peu réaliste démographiquement, illégale internationalement, porteuse de douloureuses injustices, inévitablement très belligène – et soulevant des difficultés insurmontables à mon sens – , mais dont le rêve est entretenu par la validité revendiquée de cette promesse [dont vous ne devez pas oublier – jamais – que les évangéliques étatsuniens, tel M. Pence, l’ont très présente à l’esprit]. Vous connaissez la suite extraordinaire du récit de l’Exode – les plaies d’Égypte, la sortie d’Égypte avec le passage de la « Mer des Roseaux », disons, peut-être, de la Mer Rouge, ou d’un bras de celle-ci, puis la marche au désert avec l’alliance au Sinaï, les tables de la loi, etc. Je n’insiste pas.

Puis, dans le quatrième livre, celui des Nombres, on a la suite du chemin du peuple d’Israël [v. partic. Nombres, 33.] En 33, 50 sq., Yahvé parle à Moïse dans les « Steppes de Moab », près de Jéricho – voir ci-dessous, sur une carte contemporaine, l’emplacement de Jéricho, peu au-dessus de la Mer Morte.

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En 34 de Nombres, Yahvé décrit « le pays qui deviendra votre héritage », à savoir « le pays de Canaan ». Et il détaille le territoire. 

Je n’insiste pas davantage : MOAB demeure le nom par excellence de l’étranger et de l’ennemi – cela se confirme. Si l’on veut bien admettre que le lâchage de MOAB sur des grottes afghanes ne servait à rien – sauf peut-être, ont murmuré certains, à enfouir des traces compromettantes pour les États-Unis -, qu’il était impossible dans les circonstances de recourir en Syrie à un tel monstre, alors ne doit-on pas imaginer qu’il se soit agi d’envoyer un message soulignant le renversement total de la politique syrienne annoncée précédemment : la Syrie redevenait quelque Nouveau MOAB, le royaume ennemi par excellence, qu’il faudrait frapper sauvagement à la première occasion – cette occasion que les warmongers, pour une partie d’entre eux complètement illuminés, du monde étatsunien guettent avec gourmandise depuis des semaines maintenant et, n’en doutons pas une seconde, s’emploient activement à faire advenir par le ministère de leurs peu fréquentables amis de la Ghouta – mais l’affaire se termine – ou d’Idleb – et là, il va bien falloir vider l’abcès, dans un climat qui nous mettra inévitablement au bord d’un conflit majeur, ardemment préparé par les occidentaux, l’affaire Skripal, jusque dans ce qu’elle a de grotesque, le manifeste avec un éclat qui ne saurait laisser aucun doute sur les intentions [lesquelles englobent certes le gâchage des festivités footballistiques, mais ne se bornent bien sûr pas à cet enjeu]. 

Peut-être vous demandez-vous pourquoi, s’agissant des infortunés Palestiniens, je me contente d’évoquer la constitution imaginaire cananéenne de leur destin [[ l’on aura compris que les termes mythique ou imaginaire ne sauraient guère être entendus en mauvaise part sous ma plume : et les « Juifs » d’Israël et les « Palestiniens » ont assurément, comme l’on disait naguère, quelques « gouttes » de « sang » des Cananéens d’il y a trois mille ans, sans qu’il y ait lieu d’accorder beaucoup d’attention à ces affaires qui passionnent étrangement notre temps scientiste et réductionniste – étrangement, dis-je, puisque ces sortes d’ « effectivités » sont sans implication sérieuse, les peuples se constituant non par suite de quelque « substrat » matériel supposé, mais dans la pure projection spirituelle partagée de soi ; il se trouve simplement que ce sont les Palestiniens qui ont construit le commode mythe cananéen, transformant très compréhensiblement un conflit très douloureux, lié à des choix politiques relativement récents, en affrontement traversant les millénaires ; sans bien sûr que la nature, certes nullement moins ambitieuse, des vues de, désormais, la plupart des Israéliens juifs puisse contribuer à cet apaisement symbolique sans lequel aucune transaction politique ne saurait être espérée ]]. De qui descendent, quoi qu’il en soit, ces malheureux ? L’on n’éprouve guère de doute d’ensemble, en dépit de la complexité assurée des entremêlements, et bien entendu de l’impossibilité d’évaluer des « proportions » : il s’agit d’une population levantine assez mélangée résultant à titre principal du croisement dans la durée la plus ancienne de Moabites, d’Édomites, d’Hasmonéens, d’Ammonites, de Philistins, d’Araméens, de Phéniciens, etc., et bien sûr d’Arabes [précocement s’il s’agit de liens, sans doute marginaux, avec les bédouins ; et par la suite, mais là encore de façon probablement assez peu importante, lors de l’expansion arabo-musulmane]. Certains des peuples précités pouvaient d’ailleurs être et sont souvent réputés arabes, étaient issus en tout cas de tribus venues de la péninsule arabique. Il va de soi enfin que le fond généalogique, si l’on peut dire, du peuple palestinien comporte une inévitable composante juive – que certains, à tort ou à raison, jugent significative -, la dispersion n’ayant pas revêtu un caractère général, une partie au demeurant de la population hébraïque s’étant d’ailleurs convertie à une forme de christianisme ou à une autre, plus ou moins judaïsante, dès le premier siècle, avant de rallier parfois l’islam par la suite, la tendance pourtant des communautés à persister dans la longue durée sur des bases religieuses ayant toutefois été forte. C’est dire que ceux qui se réclament de l’appartenance à un peuple palestinien ne manquent certes pas d’arguments pour prétendre, comme le Tiers-État de Sieyès, à n’être pas réduits à « rien », à être « quelque chose », dans ce coin si disputé du monde en lequel on ne saurait aucunement les considérer, comme le suggèrent curieusement certains auteurs israéliens, comme des étrangers. Et ceci même si des flux migratoires, constants, mais en particulier au sein de l’empire ottoman, n’ont pu manquer d’affecter le caractère dans l’ensemble si autochtone de cette population [mais la complexité de la constitution du peuple juif contemporain ne saurait certes pas être négligée non plus – très au-delà de l’affaire khazare, sur laquelle j’ai suffisamment lu pour ne pas douer qu’elle doive être prise au sérieux]. Il suffit ici, sur cette intéressante question, si rudement disputée au Proche Orient [ainsi, parmi les Israéliens juifs, à l’occasion des ouvrages fort contestataires des vues les plus répandues, de l’historien Shlomo Sand].

 D’un certain point de vue ainsi il est possible aussi que la métalepse concerne les Palestiniens. MOAB annoncerait la frappe de MOAB, ou du moins la non-considération de MOAB, rejeté hors du champ de la protection divine… Et ainsi l’affaire, à la fin de 2017, de Jérusalem-Est, et la multiplication par l’Administration Trump de propos très injustes sur ces Palestiniens qui « ne veulent pas la paix »…

Mais revenons un instant à la bombe lâchée à la mi-avril 2017 dans une province orientale de l’Afghanistan [celle de Nangarhar], située à la frontière pakistanaise. L’on annonça tout d’abord une trentaine de morts, puis un peu moins de cent. L’on doutera que quelque vérification sérieuse ait pu être opérée ; et l’on rangera la folie du 12 avril 2017 dans la catégorie des opérations violentes de communication plus qu’au rang des démarches militaires sérieuses, prenant place au sein d’une démarche d’ensemble.

 

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c) peut-on considérer que c’est de façon tout bien pesé assez active que Washington favorise l’implantation  de Daech dans l’ouest et le nord de l’Afghanistan ? À cette question je réponds par la positive : c’est bien mon sentiment, et l’une des personnes mondialement les plus pénétrantes sur un tel chapitre n’éprouve pour sa part guère de doute sur ce nouvel épisode de l’interminable et destructrice guerre du Grand Moyen Orient conduite par l’Occident à des fins, certes de maîtrise des ressources et des routes, mais aussi au service de ses amis régionaux, en particulier Riyad et Tel Aviv, si intimément liés depuis de nombreuses années dans leur lutte contre l’Iran et « l’Axe de la Résistance » – guerre, s’il s’agit de Washington et du gros de ses alliés européens, conduite bien entendu aussi contre une Russie qui obsède, et désormais contre la Chine.

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Ici, bien entendu, je pourrais produire dix témoignages : ainsi celui de ces habitants d’Hassaké [dans le protectorat étatsunien sécessionniste outreuphratique – image ci-dessus], lesquels ont vu des hélicoptères étatsuniens se poser dans l’enceinte de la prison locale, gardée par des forces kurdes, à la mi-février dernier, et évacuer un nombre importants de militants ; d’autres témoignages évoquent des transferts similaires – nombreux depuis la région de Deir ez-Zor il y a quelque temps, en particulier en août 2017, puis à la fin de décembre de la même année – ; il résulte d’autre sources d’information que, dans un premier temps, les jihadistes ainsi prélevés sont regroupés dans la base étatunienne d’Abou-Hajar [non l’Abou Hajar du sud de l’Arabie séoudite, non loin de la frontière yéménite et de la Mer Rouge : l’Abou Hajar qui se trouve, plutôt, non loin de Hassaké en direction du nord-ouest – v. ci-dessous : Abou Hajar est en haut à gauche, Hassaké – al-Hasakah – en bas à droite ; le bruit circule qu’il y aurait une dizaine de bases étatsuniennes – ou bien sûr abritant des militaires et « conseillers » britanniques ou français – dans cette vaste région outreuphratique, mais je n’ai pas eu l’occasion encore de voir une carte précisant cette information à cette heure un peu vague].

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Dans le camp d’en face, les rapports des services autorisent des déclarations catégoriques des plus hautes autorités. C’est ainsi qu’il y a cinq semaines, le major-général Mohammed Hussein Baq[u]eri [Bagheri] [ci-dessous aux-côtés du président Assad en octobre 2017], appartenant aux Pasdaran, mais chef d’état-major général des armées de la république islamique d’Iran, et, en son pays, expert réputé du renseignement militaire, a longuement insisté sur les transferts de membres de Daech dans l’ouest et le nord de l’Afghanistan. Le porte-parole du ministère afghan de la Défense a apporté un démenti, mais de nombreuses sources afghanes ont fait état de mouvements d’hélicoptères assez étranges. La parfaite porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Mme Maria Zakharova a demandé une enquête, en même temps que filtraient des informations sur un entretien poussé des présidents Rohani et Poutine à ce sujet.

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Il demeure que la mise bout à bout de telles informations peut laisser un doute. Au fond, l’on ne peut certes, en l’état de ce qui est su, refuser d’admettre que la « Coalition » n’ait laissé s’égailler dans la nature de très nombreux jihadistes de Daech, en ne pilonnant pas leurs colonnes de véhicules, si vulnérables dans le désert ; l’on ne saurait davantage refuser d’admettre que les forces étatsuniennes conservent sous la main des centaines de jihadistes, en particulier de haut niveau, afin d’en faire, autant qu’utile à leurs desseins, « bon » usage ; l’on tient de plusieurs sources que le « calife » Abou Bakr al Baghdadi, que les forces aériennes russes étaient à peu près assurées d’avoir tué en mai 2017, et dont Daech avait même annoncé la mort, eût été seulement blessé, lourdement d’ailleurs, et finalement récupéré par les Étatsuniens, qui l’eussent conservé – au cas où… – d’abord dans leur base de Ras al-[R]aïn [sur une carte ci-dessus, au nord-ouest de Hassaké, presque à la frontière turque], puis dans celle, déjà évoquée, de Hassaké.

Mais l’on pourrait être tenté de dire que l’on préfère considérer que, si l’effectif de Daech croît dans l’ouest [et mêle le nord] de l’Afghanistan – ce qui est assuré, les attentats revendiqués contre des mosquées chiites se succédant à Hérat et dans sa région [voir carte plus haut], ainsi ce dimanche 25 mars 2018, ou encore le 1er août 2017 -, c’est du fait probablement d’une transhumance purement spontanée, et sans assistance particulière des États-Unis. Tel qui croit dur comme fer dans les sottises violentes de Mme May ou de M. Johnson [sur lequel le bruit court que la Russie ferait de destructrices révélations ce jeudi 29 mars – I can’t wait !], douterait de la parole des hauts responsables russes ou iraniens…

À la vérité, il faut douter de tous. Mais il demeure que l’on ne saurait, au fil des années, ne pas éprouver une confiance certaine en quelques analystes, particulièrement bien informés ou perspicaces : à de multiples reprises, on a relevé la justesse de telle ou telle de leurs vues, en particulier par exemple lorsque d’ultérieures révélations [leaks ainsi] les ont confirmées contre l’opinion ultradominante sur laquelle veille la presse du Capital et le conformisme de fer de tous ceux qui souhaitent minimiser les risques pour bénéficier des petits cadeaux qui conviennent à des âmes basses [petits voyages, petites récompenses, petits articles dans la presse quand ils publient une brochure inutile, petite invitation comme « spécialiste » sur une chaîne quelconque, petite réputation parmi les esprits subalternes…].

Lorsqu’il s’agit de la région comprise entre Indus et Syr-Daria, Bosphore et Hindou Kouch, il me semble que M. l’ambassadeur Melkulangara Bhadrakumar est l’un des commentateurs les plus précieux [son portrait ci-dessous – capture d’écran – lors de la réunion du Club Valdaï en 2015]. Il faut dire que cet Indien fort savant a été diplomate  à Moscou au temps de l’Union soviétique, en Corée du Sud, au Sri Lanka, mais aussi au Pakistan, en Afghanistan, en Ouzbékistan ou en Turquie… Au ministère indien des Affaires étrangères, il a longuement été chef du bureau pour le Pakistan, l’Afghanistan et l’Iran. Que voudrait-on de plus, pour la formation d’un homme brillant et peu conformiste ?

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M. Bhadrakumar n’éprouve guère de doute sur la réalité que j’évoque. Et l’on peut supposer, même s’il ne peut les évoquer, qu’il bénéficie de sources auxquelles nous n’avons pas accès. Il recoupe par ailleurs des informations dont on ne se fait pas écho en France mais qui, elles, sont absolument assurées, et ne sauraient guère n’être pas porteuses de quelques forts enseignements.

Les textes de M. Bhadrakumar sont bien sûr rédigés en anglais. Mais certains sont traduits en français. En voici un, très récent – j’espère que vous le lirez avec intérêt et plaisir aussi – :

La relation États-Unis – État islamique
devient un sujet chaud pour le Moyen-Orient

Téhéran a commencé à souligner d’une voix forte et grave son inquiétude envers le fait que les États-Unis soient en train de transférer des combattants d’État islamique (EI) de Syrie et d’Irak, où ils ont été vaincus, vers l’Afghanistan.

Le 30 janvier, le Guide suprême iranien, Ali Khamenei, a déclaré : « L’objectif américain de transférer les terroristes d’EI en Afghanistan vise à justifier la poursuite de son déploiement dans la région et à renforcer la sécurité du régime sioniste. » Il faut savoir que toute déclaration du Guide suprême signale invariablement une directive politique forte, fondée sur une décision bien pesée prise en fonction des informations venant des services de renseignements du pays.

Le fait est que trois jours avant que Khamenei ne prenne la parole, le Corps des gardes révolutionnaires islamiques (IRGC) est tombé sur des terroristes d’EI qui tentaient de s’infiltrer dans la province occidentale iranienne du Kermanshah, depuis l’Irak. Selon les témoignages, il s’en est suivi une altercation majeure au cours de laquelle trois membres du personnel de l’IRGC ont été tués, dont un officier. Selon le commandant des forces terrestres de l’IRGC, le général Mohammad Pakpour, pas moins de seize terroristes d’EI ont été capturés. Des incidents de cette nature se produisent de plus en plus fréquemment le long des frontières iraniennes et les agences de sécurité iraniennes détruisent de vastes caches d’explosifs et d’armes qui franchissent la frontière en contrebande, mais c’est la première fois qu’une telle échauffourée a lieu.

Il est significatif que le conseiller principal en politique étrangère auprès du président du Parlement, Hossein Amir Abdollahian, qui est une voix influente dans le circuit diplomatique iranien, a soulevé la question du transfert clandestin par les États-Unis de combattants d’EI vers le « nord de l’Afghanistan » lors d’une réunion avec Jan Kubis, président de la Mission d’assistance des Nations unies pour l’Irak, le 28 janvier.

Diplomate slovaque de carrière, M. Kubis a auparavant été envoyé spécial des Nations unies au Tadjikistan (au cours de la période de transition qui a suivi la guerre civile à la fin des années 1990), secrétaire général de l’OSCE (1999-2005), envoyé spécial de l’UE en Asie centrale (20015-2006) et, plus récemment, représentant spécial des Nations unies et chef de la mission d’assistance des Nations unies en Afghanistan (2011-2015). Abdollahian n’aurait pas pu choisir mieux son interlocuteur pour faire une démarche aussi délicate. Le message aura atteint les quartiers voulus en un rien de temps.

Deux jours plus tard, Khamenei en parlait. Compte tenu de ce qui précède, il convient de noter avec attention que l’Iran a depuis lors inscrit le thème du lien entre les États-Unis et EI en tant que question bilatérale importante entre Téhéran et Kaboul. Le 4 février, le brigadier-général Amir Hatami, ministre iranien de la Défense, a téléphoné à son homologue afghan, Tariq Shah Bahrami, pour l’avertir que Washington « mettait en œuvre des transferts secrets de membres du groupe terroriste EI en Afghanistan ». Le Général Hatami s’est exprimé en se basant sur les déclarations de Khamenei et, chose importante, a mis en garde contre les plans étasuniens d’accroître leur déploiement militaire en Afghanistan. Il a souligné que la sécurité en Afghanistan ne sera possible qu’en harmonie avec les États de la région, en mettant en commun leurs ressources pour lutter contre le terrorisme.

Le général Hatami n’a, par contre, pas averti que Téhéran pourrait devoir agir pour contrer la menace que le territoire afghan fait peser sur ses intérêts en matière de sécurité nationale. Il est concevable que l’appel téléphonique à Kaboul reflète l’inquiétude de Téhéran suite à l’interrogatoire des 16 terroristes de EI détenus par l’IRGC.

L’Iran a des raisons de se sentir troublé par le vide politique dont souffre l’ouest de l’Afghanistan, à l’instar de ce qui s’est passé ces dernières semaines dans le nord de l’Afghanistan, dans la région d’Amu Darya. Le président afghan, Ashraf Ghani, a déstabilisé toute la région nord, celle bordant l’Asie centrale, par sa décision brutale de destituer le gouverneur de la province de Balkh, Atta Mohammad Noor, en novembre dernier. Il est improbable que Ghani ait pris une décision aussi précipitée de son propre chef. Atta est une figure puissante, populairement connue sous le nom de « Roi du Nord ». Noor, soit dit en passant, est également à la tête du Jamiat-i-Islami et se trouve être un aspirant à l’élection présidentielle de 2019.

Il ne fait aucun doute que les États-Unis étaient d’accord avec la destitution de Noor – si ce n’est pas eux qui l’ont carrément demandée. Curieusement, l’administration de Trump a depuis lors exprimé son soutien à la décision de Ghani. Le vice-président américain, Mike Pence, a passé deux appels téléphoniques à Ghani en janvier pour lui exprimer sa solidarité. Le 24 janvier, la Maison-Blanche a pris une mesure extraordinaire en déclarant qu’elle « suivait de près le conflit actuel » et qu’elle exigeait un règlement rapide de l’affrontement entre Ghani et Noor, poussant pratiquement ce dernier à capituler. Mais Noor a riposté le 3 février, traitant le régime de Kaboul de marionnettes des Américains et attisant les feux du nationalisme afghan.

Bien sûr, le vide prolongé du pouvoir à Balkh a créé des conditions favorables pour que les terroristes de EI puissent établir leur présence dans le nord de l’Afghanistan. De même, Rashid Dostum, l’homme fort ouzbek, qui a été un rempart contre les groupes terroristes dans les provinces du nord, est en exil forcé en Turquie. Les États-Unis, qui contrôlent l’espace aérien afghan, ont refusé à deux reprises l’autorisation d’atterrir à ses avions. (Il est intéressant de noter que le président turc Recep Erdogan a, depuis lors, eu un tête-à-tête avec Dostum à Ankara).

De plus, une situation semblable à celle de Balkh se trouve également en jeu dans la province occidentale de Farah, à la frontière iranienne, où le gouverneur de la province, Mohammad Aref Shah Jahan, a « démissionné » brutalement de son poste il y a dix jours, invoquant comme raisons « l’aggravation de la situation sécuritaire à Farah » et « l’ingérence dans mes responsabilités de la part de diverses personnes ». Selon les apparences, il aurait décidé de démissionner sous la contrainte. (Au cours des derniers mois, les États-Unis ont effectué de nouveaux déploiements de troupes à Farah).

Ce qui reste une énigme enveloppée de mystère, c’est que Jahan, un pachtoune et Noor (un Tadjik) jouissent également d’une réputation de nationalistes afghans convaincus. La conclusion devient inévitable : pour des raisons qui lui sont propres, Washington souhaite un «  changement de régime » dans ces deux provinces frontalières d’une importance cruciale (Balkh et Farah), qui bordent respectivement l’Asie centrale et l’Iran. Il est évident que Téhéran se demande : «  À qui cela profite-t-il ? ». La réponse est évidente, ça ne peut être qu’à État Islamique.

MK Bhadrakumar
Le 6 février 2018

 

 

 

 

 

Sur les illustrations de ce billet essentiellement utilitaire :

Quelques images – peintures exécutées dans les dernières décennies de la période soviétique entre les années quarante et quatre-vingt. Elles évoquent la Grande Guerre Patriotique ; et je les retiens à l’occasion, ces exacts jours-ci, du soixante-quinzième anniversaire de l’échec allemand à Stalingrad, prometteur, à terme, d’une défaite pour l’agresseur. Dois-je préciser que, si un mort au champ d’honneur demeure un mort au champ d’honneur, il peut sembler très déplaisant que soit oubliée le plus souvent aujourd’hui – ici, pas là-bas, certes – l’ampleur des pertes soviétiques ? [probablement autour de vingt-cinq millions de civils et de militaires – dont plus de la moitié étaient à strictement parler Russes ; et moins de la moitié, selon une autre perspective, militaires – ; les États-Unis ont en tout perdu 185 000 hommes en Europe]

À titre complémentaire, vous pouvez lire dans ce blogue : 1/ un passage sur la bataille de Tannenberg, à la fin de l’été 1914, importante pour notre propre victoire, à la Marne, sans laquelle tout eût été perdu comme en 1870 [dans la deuxième partie du billet « Comment pouvez-vous ne pas comprendre […] », daté du 25 mars 2017] ; 2/ les développements brefs consacrés à Alexandre Nevski, en février 2017, dans le billet « Quelques cartes […]/I » [avec un lien conduisant au magnifique film d’Eisenstein], et aussi dans « Quelques cartes […]/II », avec à chaque fois plusieurs occurrences

 

 

Médaille pour la défense de Stalingrad.png

Médaille pour la défense de Stalingrad, instituée en 1942

 

Le programme de vos travaux.

Comme toujours :

  • Cartes – Etats [mais pas les capitales ni les États fédérés par exemple, sauf s’ils sont évoqués dans le cours oral ou dans un passage du blogue que vous avez été invité à lire], étendues liquides significatives

Un instrument insuffisant mais assez commode pour votre révision du fait de la clarté des cartes présentées :

https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/archives-diplomatiques/s-orienter-dans-les-fonds-et-collections/cartes/

Afin de vous entraîner sur des fonds de cartes

http://d-maps.com

  • dates, depuis la révolution islamique d’Iran en 1979 – quarante années ne sont certes pas considérables – les mois ne sont pas demandés ;
  • les films [voir la liste dans le billet du 23 octobre 2017]

 

Certaines valeurs importantes :

  • évolution de la population mondiale
  • population des vingt pays les plus peuplés et évolutions en cours
  • de façon générale, vous ne sauriez être assez attentifs aux questions démographiques
  • dépenses militaires [mais nous évoquerons en cours cette affaire au moins à l’occasion de la publication des tableaux du SIPRI en avril prochain]

 

Konstantin Vasiliev, Adieu à Slavyanka.png

Konstantin Vasiliev, « Adieu à Slavyanka » [du titre d’une fameuse marche patriotique]

 

Divers cours avec une certaine aptitude à comprendre leur évolution, parfois un peu mystérieuse certes – en particulier et au minimum [mais nous en évoquerons peut-être d’autres] :

  • pétrole [Brent]
  • gaz naturel
  • or [cours parisien du lingot d’un kilo et du Napoléon]
  • parités majeures mais en tout particulier euro-dollar ou euro-livre et dollar-rouble et dollar-yuan
  • aussi bien sûr la production mondiale de pétrole, et celle des principaux pays ; les Etats-Unis, du fait du pétrole de schiste se sont hissés à nouveau – ce sera assez temporaire à mon sens, car l’affaissement de cette ressource devrait être assez rapide – à un peu plus de dix millions de barils/jour en ce début d’année ; bien que, pour diverses raisons, les valeurs que vous trouvez en ligne semblent un peu flottantes, vous pouvez considérer à cette heure que la production des trois premiers pays producteurs – Russie, Arabie séoudite, États-Unis – tourne quotidiennement autour de dix millions de barils/jour, soit à eux trois un tiers d’une production mondiale qui peut être établie à quatre-vingt-dix millions de barils/jour. [1 baril = 158,99 litres]

 

1 PAYS DISPOSANT DES PRINCIPALES RESERVES DE PETROLE.png

 

  • les principales réserves de pétrole sont certes une variable politique majeure ; voici le tableau – comme c’est étrange ; il semblerait que cette chance puisse opérer comme une malchance, donnant le choix entre obéir pour l’essentiel aux Etats-Unis [l’Arabie séoudite], ou bien être transformé en ennemi absolu [hier l’Irak, depuis longtemps l’Iran ou le Venezuela] – je laisse de côté le Canada, pays-système par excellence pourrait-on dire [s’agissant du Venezuela, accablé par les « sanctions » impérialistes, il semblerait que sa production pétrolière se soit effondrée ces derniers temps – j’y reviendrai bien évidemment]

 

 

Konstantin Yuon, Parade place rouge.png

Konstantin Yuon, « Parade place rouge »

 

Vous seriez avisés d’aller voir, même s’il n’est pas à jour, le billet du 9 mai 2017 intitulé « Variétés de fin d’année ». Il est improbable que je fasse la même chose ; possible que j’évoque tel ou tel aspect dans un autre billet ou en cours ; la sagesse pour vous sera de le mettre à jour par vous-même. Le plus simple serait que vous installiez sur votre ordinateur des boutons – virtuels – opérant lien avec des cours sélectionnés, par exemple sur le commode site de Boursorama [je vous suggère alors de retenir une période de quatre ans, pour d’assez évidents motifs]. Un exemple – pour le Brent :

http://www.boursorama.com/bourse/cours/graphiques/historique.phtml?mo=0&form=OUI&code=XC0009677409&symbole=8xBRN&choix_bourse_graf=country%3A33&tc=line&duree=48&pe=0&is=0&mm1=50&mm2=&mm3=&comp=0&indiceComp=1rPCAC&codeComp=&i1=4&i2=no&i3=no&grap=1

Dois-je préciser ?

1) que vous êtes puissamment aidés par la mise en ligne de six qcm des trois dernières années ;

2) que si j’évoque, ou si un film par exemple fait cas, d’un État fédéré, d’une ville, d’un fleuve, d’une date importante, etc., il va de soi que cela sera connu au titre, soit du cours, soit du blogue, soit des films

 

 

Konstantin Vasiliev, Parade en 1941 [place rouge, depuis Saint-Basile].png

Konstantin Vasiliev, « Parade en 1941 » [place rouge, depuis Saint-Basile-le-Bienheureux]

Le blogue enfin – qui sert de complément au cours, à la façon d’un manuel.

Il faudra que vous preniez connaissance des billets qui viendraient – s’il en vient.

Et parmi les billets passés – je procède en remontant – des billets suivants, lesquels seront possiblement complétés [je donne quelques précisions indispensables mais ne reprends évidemment pas les commentaires dont j’ai assorti la mention des billets, pas davantage que je n’ai repris ceux par lesquels j’avais présenté les films – je suis par contre un peu plus prolixe sur les billets que je n’ai pas eu le temps de mentionner ou de mentionner à suffisance] :

  • « Du Guatémala et de Jérusalem » [25 décembre 2017], que je complèterai à coup sûr ;
  • « Pseudépigraphie, canon des Écritures et Islam » [7 décembre 2017]

 

Konstantin Vasiliev, Nostalgie de la Patrie.png

Konstantin Vasiliev, « Nostalgie de la patrie »

  • les deux billets « Fragments d’un journal de guerre » des 6 et 20 avril 2017 – leur lecture vous initiera à diverses questions ou éléments de lexique, mais vous apprendra aussi beaucoup de choses concernant quelques-uns des personnages principaux du présent moment des relations internationales, mais intéressant aussi certains aspects qui doivent de toute façon être considérés, à l’heure en particulier où nombre d’acteurs de la polyarchie étatsunienne – tout en souhaitant multiplier les nouvelles armes nucléaires, en s’engageant dans la modification des conditions de leur emploi en vue d’en « faciliter » l’usage, et en laissant se poursuivre l’accumulation d’armes chimiques et biologiques, et de toutes sortes d’armes « sales » [munitions à uranium appauvri ainsi, dont les conséquences sanitaires en Serbie, à la suite des bombardements illégaux de l’OTAN en 1999, sont hélas connues]  –, font mine de croire, relayés de façon disciplinée par les bons élèves de la classe européenne, que le gouvernement syrien multiplie les attaques chimiques dans la région d’Idleb et celle de la Goutha [= l’oasis en arabe, dans les faubourgs de Damas – plus précisément ici la Ghouta orientale]. Vous noterez que, dans le deuxième billet, il y a en particulier des développements sur la doctrine de la Counterinsurgency et sur l’Irak et l’Afghanistan, qui ne sauraient vous être inutiles, à la fois pour comprendre tels films et pour mettre en perspective diverses observations du versant oral du cours

 

Mikhail Khmelko, Le triomphe d'un peuple conquérant.png

Mikhail Khmelko, « Le triomphe d’un peuple conquérant » [il est notable que l’Ukrainien Khmelko ait  manifesté de façon continue la plus grande  fidélité, non seulement à l’Union soviétique mais à la Russie, s’illustrant par une importante œuvre picturale patriotique]

  • Au regard de la nouvelle « Nuclear Posture Review », NPR [faisant suite à celle qui avait été formulée en avril 2010], il est peu douteux qu’il nous faudra évoquer très attentivement cette question en cours ; et donc, s’agissant de vous, prendre connaissance du billet « Comment pouvez-vous ne pas comprendre […] », du 25 mars 2017, lequel devra être assimilé pour ce qui concerne les doctrines russe [doctrine formulée à nouveau le 25 décembre 2014] et française [confirmation donnée par M. Hollande dans son discours d’Istres du 19 février 2015] ; mais, de toute façon, je vous demande – évoqués dans ce même billet – d’être très attentifs à au moins trois autres questions développées par ce texte : 1/ l’inquiétude justifiée exprimée par M. Poutine ; le déploiement, difficilement justifiable par contre, dangereux pour la paix mondiale, et en tout cas ruineux pour l’indépendance de la France, de l’OTAN [je fais partie d’ailleurs des signataires de l’appel lancé il y a deux ans et demi par le Comité Valmy en vue de l’immédiate dénonciation par la France du Traité de l’Atlantique Nord et du retrait de nos armées du commandement intégré] ; la lecture des six discours de 2007, 2014, 2015 [deux textes] et 2016 [deux textes] est très éclairante ; 2/ l’accès des divers États à l’océan mondial [ce n’est bien entendu qu’un aspect de l’étude des cartes à laquelle vous êtes invités ; mais je vous demande de prêter une particulière attention à cette variable à proprement parler géopolitique, de grande importance ; laquelle vous devez compléter, bien sûr, par des observations sur l’accessibilité des routes maritimes [détroits, canaux, navigabilité ou non au regard de l’évolution de la configuration de la banquise, pérenne ou saisonnière…] ; 3/ aspects évoqués de l’éclosion de l’actuelle crise ukrainienne, sur laquelle il est fort improbable, malheureusement, que nous n’ayons pas à revenir cette année à l’heure où Kiev semble multiplier les préparatifs en vue d’une offensive de printemps contre les républiques populaires du Donbass

Yevgueni Korneyev, Parade de la victoire.png

Yevgueni Korneyev, « Parade de la victoire »

  • Le billet « Conjectures sur l’évolution des cours du pétrole » du 10 mars 2017 devrait certes être complété ; tel quel il devrait vous permettre de mieux comprendre certains enjeux : 1/ indexation pure et simple dans la durée de la « croissance », et du détail de notre vie, même la plus « virtuelle », sur l’accroissement de la consommation d’énergie – nous vivons tous comme si nous disposions de centaines d’esclaves peu coûteux, car il faudrait des centaines d’hommes pour produire par le seul usage de leur corps l’énergie dont nous avons ou croyons avoir, chacun, besoin chaque jour… – ; 2/ tempérament que la considération du Taux de Retour Énergétique conduit à apporter à celle du volume des réserves [il n’y a pas seulement, perspective dans une certaine mesure évidente, mais appelant pourtant la plus grande circonspection, l’horizon d’un peak oil – et de nombreux autres peaks –, il y a celui aussi de la moindre facilité technique et par suite possibilité économique de l’extraction et de la commercialisation [vous rencontrerez des auteurs stimulants, des penseurs de la « Seneca Cliff », telle Gail Tverberg – ou Ugo Bardi] – ; 3/ des aspects de moindre importance dans la longue durée, mais méritant la considération – ainsi l’interaction entre telle parité monétaire et tel cours, la corrélation inversée ainsi du dollar et du baril – quand le dollar baisse, le baril, en principe, monte, même si ce n’est pas toujours strictement le cas, nous l’observons en ce début de février après une période au cours de laquelle, par contre, la corrélation s’est vérifiée [il faut dire que le marché du pétrole, en attente encore de la « dédollarisation » que souhaitent certains, recourt pour l’essentiel au dollar], etc.

 

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K. Antonov, « Les vainqueurs »

  • Bien qu’inachevés, comme d’autres, les deux billets « Quelques cartes […] » de février 2017 sont – tels quels – tout à fait importants ; ils n’apprendront que peu à ceux qui ont quelques connaissances historiques, mais ils ne manqueront pas de surprendre les autres

 

  • Le discours inaugural de M. Trump [billet du 24 janvier 2017] mérite bien sûr votre attention ; de M. Trump – et des grands acteurs de son « administration » –, nous aurons certes l’occasion de parler très souvent ; faisant partie de ceux qui redoutaient fortement le bellicisme affiché de Mme Clinton, j’espérais que M. Trump, malgré ses non moindres défauts, serait en mesure – comme il l’annonçait pendant sa campagne – d’infléchir un peu la politique néolibérale et néoconservatrice des Etats-Unis ; je crois, à la différence d’autres commentateurs, qu’il est tout à fait vain d’espérer aujourd’hui encore que ce puisse être le cas – retenons notre souffle !

 

  • « De quoi Fidel est-il le nom ? », billet du 4 décembre 2016, gravement incomplet certes, constitue pourtant, à mon sens, une utile introduction à l’histoire des relations interaméricaines comme à l’esprit de l’action internationale des États-Unis. Je ne détaille pas davantage, mais je vous invite à prêter beaucoup d’attention à ce texte dont je pourrais dire que notre temps manifeste, même s’il évoque des heures souvent lointaines, la pénible actualité.