Syrie. Sinistres confirmations, pesantes incertitudes

 

 

Voici, afin d’aider votre méditation personnelle, votre analyse de l’évolution de la situation syrienne, mes rapides observations de fin de semaine, un peu plus longues que d’habitude, auxquelles donc je donne la forme d’un billet hâtif.

 

Comme vous l’avez compris, nous voici plongés dans un temps d’aggravation remarquable des tensions dans l’affaire qui nous occupe pour le moment à titre principal, laquelle est, malheureusement pour la Syrie, une affaire à peu près mondiale associant ou mettant aux prises un grand nombre d’acteurs majeurs, importants ou significatifs, impliquant aussi divers groupes locaux ou régionaux, sollicitant encore divers effectifs militants en provenance de l’étranger ou des entités non-étatiques promptes à s’immiscer dans un conflit dont l’issue semblait plus proche il y a quelques mois qu’aujourd’hui.

Si vous consultiez quotidiennement de nombreux blogues et sites préoccupés par les relations internationales – ne serait-ce qu’en anglais et en français –, vous relèveriez que les commentateurs les plus stimulants ont rarement autant divergé dans leurs analyses. L’accord des observateurs sérieux et non corrompus [la corruption commence lorsque, pour n’être pas privé de certains biens subalternes que dispense notre monde – nominations, consultations, considération des puissants, médiatisation, subventions –, l’on plie ses vues à la pensée dominante, qui est bien entendu la pensée souhaitée – et rémunérée de diverses façons – par les dominants], qui recoupent patiemment les informations, orientales et autres, depuis longtemps, est aisément trouvé, certes, sur diverses constantes, à commencer par les contours d’ensemble et les finalités destructrices du jeu des Etats-Unis et du Royaume Uni. Mais, s’il s’agit des perspectives à court, moyen ou long terme, les vues – souvent péremptoires – sont remarquablement variées.

Certes, je le redis, nous ne pouvons pas, s’agissant de l’avenir et des mondes humains, acquérir de certitudes, ni même de hautes probabilités. Mais, assez souvent, si l’on travaille bien, l’on peut dessiner – même s’agissant d’affaires aussi complexes, livrées à l’interaction d’acteurs aussi nombreux que la terrible guerre de Syrie – des évolutions probables, ou du moins sérieusement plausibles, à huit, quinze ou trente jours. Or tel n’est pas à mon sens le cas à cette heure.

Au fond – et il m’est douloureux de devoir me résigner à le dire –, je crois seulement que – sauf False Flag au « gaz » dont on ne sait où il nous conduirait à l’âge trumpiste – il est assez probable que notre affaire ne trouve pas d’issue dans les mois à venir, ni même en 2018. Les puissances occidentales et les monarchies arabes réactionnaires ne sauraient apporter aucune solution ; mais elles peuvent durablement – et souhaitent de façon assez évidente – interdire qu’une issue soit trouvée ; l’État d’Israël œuvre dans le même sens et la chute, si elle survenait, de M. Nétanyahou n’y changerait rien, si l’on veut bien considérer le rapport de forces politiques dans le pays [et même la possibilité que M. Nétanyahou ne soit nullement le plus belliciste des premiers ministres aujourd’hui possibles] ; la Turquie, tout à l’affaire kurde pourrait-on croire, n’oublie pas ses affinités jihadistes et contribuera à mon sens autant qu’elle le pourra à la sauvegarde de l’ « émirat », certes organisationnellement « pluriel », d’Idleb ; la réélection probable du président Sissi ne lui permettra pas de jouer le rôle modérateur auquel il aspire, tant les difficultés de l’Égypte rendent le pays dépendant de puissances extérieures elles-mêmes fort peu iréniques, etc.

Comme il semble probable que plusieurs autres fronts se tendent – celui du Donbass, après la signature par M. Porochenko, le 20 février, de la loi de « réintégration », celui de la Corée du Nord après les Jeux, alors que de nouvelles sanctions, terribles, ont été infligées à Pyongyang, celui qui voit l’écrasement méthodique des populismes progressistes  latino-américains, alors que divers responsables washingtoniens exigent que le Venezuela soit asphyxié, etc. –, il serait difficile, sur fond de course à l’armement, de porter un regard apaisé sur les temps à venir, comme de ne pas relever le rôle, dans l’aggravation du malheur du monde, de l’impérialisme étatsunien.

 

 

Un peu plus précisément, s’agissant de la situation en Syrie, j’appelle votre attention en tout particulier sur quatre circonstances :

 

I.

Il est très difficile de prévoir le tour que pourrait prendre prochainement la situation dans la région d’Afrine, et peut-être, selon certaines informations portant sur les projets turcs à plus ou moins court terme, dans le cadre de l’opération désignée cyniquement comme « rameau d’olivier » [le rameau d’olivier est un attribut symbolique de la Paix], dans celle de Manbij, à cent kilomètres à l’est d’Afrine.

À Afrine, une certaine jonction entre milices loyalistes et forces kurdes du YPG semble s’être accomplie ces derniers jours, tandis que M. Erdogan persiste à assurer qu’il va assiéger la ville et s’emparer d’elle.

L’exemple étatsunien contamine peu à peu la planète : il est possible de faire le constat, d’une part, que, sous divers aspects, le principe d’égale souveraineté [= liberté] des États ne se voit plus consentir de signification sérieuse et, d’autre part, que les exigences premières de la charte des Nations-Unies n’appellent plus la considération sincère de nombre d’États parmi ceux qui, risiblement, prétendent incarner la « communauté internationale » ; et l’on peut redouter que, à moyen ou long terme, le retour du monde à une sorte d’état de nature violent, n’emporte le conflit international de grande ampleur et de haute intensité que doivent craindre même ceux qui semblent parfaitement insensibles à la détresse des pays détruits les uns après les autres par l’impérialisme occidental.

 

état des forces dans le nord-ouest de la Syrie vers le 20 février 2018

 

II.

L’on ne saurait négliger que la région d’Afrine n’est pas isolée. Elle est bornée au sud par la région d’Idleb, elle-même encastrée entre la région alaouite de Lattaquié et la région aussi contrôlée par Damas d’Alep. La sérieuse division actuelle des forces jihadistes dans l’ « émirat » projeté par elles d’Idleb, ne saurait conduire à négliger les relations extrêmement troubles entretenues au fil des dernières années par Ankara avec la plupart des factions jihadistes. Cet aspect doit être suivi avec attention dans le développement du jeu régional.

Il va falloir, de toute façon, que Damas réduise la région d’Idleb : il y a là un préalable à toute évolution vers une pacification véritable, mais aussi un propos très difficile. Or l’on peut redouter que la Turquie ne soit tentée d’aider les jihadistes, comme elle l’a fait par le passé, si ceux-ci l’assistent dans sa lutte, contre les Kurdes bien sûr, mais aussi contre les forces loyalistes dès lors que celles-ci, en échange d’un suffisant maintien de l’unité de la Syrie, porteraient assistance à la résistance kurde contre les forces turques.

 

III.

Je redis que la Russie est ces temps-ci empêtrée internationalement par la considération, intérieure, de son élection présidentielle ; le niveau du succès de M. Poutine conditionne sans doute l’avenir, mais il est très difficile d’imaginer bien exactement en quel sens, que M. Vladimir Poutine jouisse d’une légitimité encore renforcée après une nette victoire dès le premier tour [plus de 60%], bien assise sur une forte participation [plus de 65%], ou que l’électorat, après des années difficiles, du fait du bas cours des hydrocarbures depuis 2014 et des sanctions occidentales, ne se montre un peu plus boudeur qu’espéré malgré la joie qu’a procuré à beaucoup le retour de la Crimée.

Les caricatures occidentales ne doivent pas aveugler les observateurs : monsieur Poutine est un véritable homme d’État, très maître de lui, sincèrement patriote ; mais ce n’est pas un personnage – comment dire ? – alternatif, sur le plan économique et social en particulier, et le renouveau moral de la nouvelle Russie peut sembler aussi bien superficiel.

Je ne peux certes imaginer qu’il infléchisse sérieusement sa politique antérieure en Syrie ; mais je tends à supposer qu’il ne souhaite pas plus que cela le renforcement régional de l’Axe chiite de la Résistance, à la fois parce qu’il ne donne pas le sentiment d’être aussi attentif que les membres associés à ce dernier à la question palestinienne, parce que, pour diverses raisons, il ne souhaite pas contrarier au-delà d’un certain point, lorsqu’il ne juge pas cela utile aux intérêts proprement russes, l’État d’Israël, parce qu’il est certainement très insensible à ce que j’appellerais pour faire vite l’esthétique politique chiite, parce que, en un mot, il conduit une politique froide, une politique d’État.

On le compare parfois au général de Gaulle. Vous relèverez sans doute cette merveilleuse phrase prêtée au Général au début de « L’ami américain » : « J’ai deux frères ; il y en a un qui est fou et que l’on a dû interner ; l’autre est normal ; moi, je suis entre les deux. » Eh bien ! je dirais de Poutine qu’il n’est pas de Gaulle… et que je préfère infiniment de Gaulle – aussi, bien entendu, pour l’entre-deux –, même si j’éprouve beaucoup de considération pour M. Poutine et regrette infiniment que la France ne soit pas engagée dans une ferme entente avec la Russie.

Supposons donc que M. Poutine, l’élection passée, ne voudra, ni modifier le choix fait en faveur de M. Assad [lequel, d’ailleurs, est très probablement un personnage plutôt « normal » et tempéré, longtemps d’ailleurs sans aucune ambition politique personnelle, jeté dans la politique du fait de la mort imprévue de son frère aîné Bassel, nettement « occidentalisé », tout comme son épouse Asma, même s’il ne saurait pardonner, imaginera-t-on, à ces pays qui demandent sa tête depuis tant d’années], ni soutenir celui-ci dans des démarches qu’il jugerait imprudentes, ni agir d’une façon qui contribue à renforcer au-delà d’un certain point l’Iran et ses amis, avec lesquels le Kremlin souhaite entretenir les meilleures relations du monde, mais des relations, dira-t-on, de travail plus que reflétant des affinités profondes.

 

15 La frappe étatsunienne de Khacham contre les Russes....png

 

Toutefois, la situation est ce qu’elle est : il y a eu, on l’a vu, la très grave affaire de Khacham – pas entièrement éclaircie encore- ; il y a les manigances constantes des grandes puissances atlantiques, unies aux monarchies séoudienne et jordanienne, aux Émirats, un peu moins désormais au Qatar, et bien entendu à Israël aussi ; il y a – au minimum – la décision prise par les Occidentaux de soustraire à la Syrie près de trente pour cent de son territoire en vue d’y établir un protectorat étatsunien sur un ensemble kurdo-arabe étroitement contrôlé sur la rive gauche de l’Euphrate – région dotée d’assez importantes ressources, en particulier en hydrocarbures – ; il y a l’éviction projetée de M. Assad, dont on comprend qu’elle préluderait à l’élimination de l’influence russe, etc. Bref, M. Poutine devra prendre des initiatives fortes, et il ne pourra s’y engager que de façon concertée avec l’entente chiite. Comment opérera-t-il ? Il est trop tôt pour en avoir la moindre idée. Mais il est peu imaginable à mon sens qu’il ne riposte pas aux États-Unis après l’élection – de façon plausiblement indirecte, mais intelligible par les intéressés  –, sauf à affaiblir la remarquable dynamique des dernières années en encourageant des comportements déraisonnables.

[Voici le lien avec la note proposée par M. Labévière sur le télégramme diplomatique « leaké » de M. Benjamin Norman :

http://prochetmoyen-orient.ch/syrieleaks-un-cable-diplomatique-britannique-devoile-la-strategie-occidentale/

Il n’y a aucun doute à mes yeux sur l’existence et l’authenticité de ce document au regard du sérieux constant de cet homme courageux et de ce remarquable journaliste. Il est intéressant de noter qu’il n’a d’ailleurs pas été démenti par qui que ce soit, alors qu’il fait un certain bruit [ailleurs qu’en France où le verrouillage de la presse que l’on peut dire officielle est particulièrement hermétique].

M. Labévière, au demeurant, est revenu de façon très circonstanciée sur la façon dont ce courrier a circulé lors de la Conférence sur la Sécurité de Munich qui s’est tenue du 16 au 18 février dernier – voici le lien :

http://prochetmoyen-orient.ch/syrieleaks-suites-propagande-et-dividendes/

 

IV.

La triste affaire de la Ghouta orientale ne saurait être sous-estimée bien entendu.

Souvenons-nous du télégramme diplomatique Norman ; il envisageait en particulier, vous vous en souvenez :

1° que la reconquête de la Ghouta orientale, à quelques kilomètres de la capitale, ne pût n’être pas accomplie dans les meilleurs délais par les forces gouvernementales, lesquelles n’eussent pu demeurer insuffisamment offensives, après cinq années, alors que la zone de « désescalade » n’a jamais pu en devenir véritablement une [comme prévisible ; des jihadistes peuvent se restaurer, se reconstituer, mais c’est toujours dans le but – je dirais même : dans l’obligation – de reprendre la lutte – et de Jaych al-Islam, l’Armée de l’Islam, l’organisation ultraradicale pilotée par le clan Allouche et appuyée notamment par Riyad, dominante localement, il était impossible en particulier d’attendre quelque inclination que ce fût au compromis, bien qu’elle ne soit pas réputée « terroriste » par les absurdes nomenclatures de la « communauté internationale »] et alors que le pilonnage de Damas [où meurent aussi, n’est-ce pas, des « civils »] ne cessait pas ;

2° qu’avec un peu de moyens, il fût possible pour les Occidentaux de déployer une vaste campagne de communication contre la cruauté du tyran damascène – le représentant britannique reprochant à la France d’être trop économe sur ce point, et de laisser les coûts à la charge de la perfide Albion [il est indéniable – hélas – que Londres fait le maximum en de tels domaines, et à propos de telles régions qui l’obsèdent dans le cadre d’un « Grand Jeu » prolongé, s’épanouissant désormais, de ce côté-ci, dans l’ambivalence des sentiments que l’on éprouve sur les bords de la Tamise pour l’allié étatsunien, grand fils délinquant suralimenté qui bluffe son père, voyou de la vieille école ayant pris de l’âge et passant, à tort peut-être, pour un peu léger sur la nouvelle scène internationale des dernières décennies ; une telle ambivalence – je n’y insiste pas – n’a certes pas cours avec la France, profondément détestée dans les siècles, c’est ainsi, non seulement cela se comprend assez aisément, à la fois géopolitiquement et historiquement, mais encore cela n’a rien d’irrationnel, même si la francophobie populaire anglaise a quelque chose de toujours surprenant ; les deux ennemis de fond de l’Angleterre sont bien la France et la Russie avec lesquels il a fallu certes s’allier parfois, tour à tour ou ensemble, en vue d’affaiblir telle ou telle puissance continentale dominante, surtout lorsqu’elle prétendait, soit se doter d’une marine digne de ce nom, soit se pourvoir d’un empire ou étendre celui dont elle pouvait déjà disposer].

 

Nous sommes parvenus à la situation prévue : la tentative damascène, obligée, de réduction de la poche de la Ghouta ; l’inévitable mort de civils dont plusieurs témoignages assurent que les jihadistes les empêchent de fuir et les utilisent comme « boucliers humains », comme c’est toujours le cas ; l’engrenage d’une propagande massive des médias capitalistes globalistes [dont la source d’information principale – via, en France, l’A.F.P., dont les dépêches sont purement et simplement sélectionnées et recopiées au mot près – est l’O.S.D.H., mais qui sont très attentifs aussi, je l’ai dit, aux fameux « White Helmets », je ne répète pas ce que j’ai dit à propos de ces officines financées en partie par l’Occident, et en particulier par le Foreign Office, dont ainsi se comprennent bien les récriminations contre les Français, certes point avares de paroles – MM. Macron et Le Drian sont vraiment des artistes –, mais peu prompts à la détente lorsqu’il s’agit du portefeuille si l’on suit l’amère protestation de la note diplomatique « leakée »].

Bien entendu, il manque encore – je l’ai évoquée en commençant – la cerise gazeuse sur le gâteau de la manipulation globale. Tous les responsables occidentaux et certains acteurs du Golfe l’espèrent… l’attendent… l’annoncent [malgré ce qu’ils savent – ou ce qu’ils ne savent pas, justement –, on l’a bien vu avec l’extrait du point de presse du général Mattis [2 février dernier ; annexe ci-après] – ; en dépit de ce que n’importe qui peut présumer des intérêts du gouvernement de M. Assad, lequel, même s’il avait des gaz, ne les utiliserait évidemment pas, puisqu’il sait fort bien que cela risquerait de consommer sa perte alors qu’il ne saurait guère ne pas l’emporter « classiquement » à terme, sauf immixtion plus caractérisée encore d’un tiers étranger que le recours au gaz aurait justement pour effet de provoquer] ; ils doivent y avoir de bonnes raisons ; et ils savent ce qu’ils feront lorsque tombera une nouvelle aussi heureuse pour le camp impérialiste occidental : « Nous frapperons », comme l’a dit virilement M. Macron. Et la représentante des Etats-Unis aux Nations Unies, la désormais fameuse warmonger Nikki Haley, jeudi dernier 22, s’exprimait en ces termes dans une fort longue intervention à l’Université de Chicago : « Using military option is not something impossible. We don’t want to be at the center of the conflicts in Syria but want to make sure that we can do anything we can to save the civilians from chemical attacks ». Comprenons : les moteurs chauffent, les tomahawks sont prêts à porter la mort sur d’innombrables civils dans l’attente de l’usuel False Flag.

Prions pour que ne survienne pas une affaire du genre de celle de Khan Cheikhoun le 4 avril 2017 [voir mes billets alors], de celle, peut-être, de la Ghouta déjà le 21 août 2013 [bien entendu, les « nettoyeurs » de Wikipedia, ne pouvant masquer la forte contestation du récit officiel s’emploient à la miner de façon oblique] ; les gaz détenus par le gouvernement syrien ont été éliminés méthodiquement par la Russie ; mais, lors de cette opération, certains dépôts se trouvaient dans des zones échappant déjà au contrôle de Damas et ont été accaparés par des jihadistes ; des puissances étrangères peuvent aussi fournir des substances toxiques à certains rebelles ; et à plusieurs reprises la preuve a été faite que des formations jihadistes ont eu recours à des gaz.

 

Comme vous l’avez peut-être entendu ou lu, hier, samedi 24 février, le Conseil de Sécurité s’est réuni et a adopté, à l’unanimité de ses quinze membres, une résolution tendant à instaurer un cessez-le-feu humanitaire d’un mois en Syrie [voir l’annexe]. J’en assurerai un suffisant commentaire dans le cours de jeudi, mais souhaite à cette heure installer ce billet pour que vous ayez le temps de le lire d’ici là. 

Notons en attendant que les jihadistes de la Ghouta n’ont pas cessé leurs attaques et que ce dimanche matin 25, l’Armée arabe syrienne a entamé l’offensive au sol, progressant à cette heure assez rapidement semble-t-il. Il y a un moment, certes, où les frappes aériennes trouvent leur limite, et où il faut aller à l’éprouvant contact de l’ennemi.

 

L'offensive de l'AAS ce dimanche marin 25 février

 

 

Ne méditez pas tout cela comme de l’extérieur :

La violence des puissances atlantiques – dont la France depuis M. Sarkozy, et plus que jamais avec les « Young Leaders of the French-American Foundation » Hollande, Macron, … et Philippe, … et Juppé, etc.] – au service d’une globalisation capitaliste ménageant le maintien ultime de la garantie à son déploiement qu’apporte la domination des Etats-Unis [plus fine et oblique sous M. Obama – et c’était préférable –, plus grossière et peut-être plus erratique sous M. Trump, qui est en train de faire autant de mal au monde que l’on pouvait redouter que n’en fît Mme Clinton], accroît sans cesse les risques, à terme, d’un conflit majeur, dont la perspective n’est bien sûr pas écartée par les responsables puisque les budgets militaires sont en général accrus, et parfois explosent [près de 700 milliards de dollars prévus au présent exercice pour les Etats-Unis, à peu près quinze pour cent de plus que lors du précédent – et presque vingt pour cent de plus que la somme totale des dépenses militaires de la Chine, de la Russie, de l’Inde, de la Grande-Bretagne, de la France, de l’Allemagne, de l’Italie, de l’Espagne, de la Turquie et de l’Iran…]. Qui serait épargné, directement ou indirectement ? [et s’il s’agit de nous, notre alignement, nos rodomontades, nos mauvais coups ces dix dernières années, ne nous promettent-ils pas une place de choix ?]

Mais il y a plus important, songez-y, que notre survie ou notre bien-être : le soin de nos âmes et l’accomplissement de nos devoirs. Essayons, du moins, d’éprouver une compassion sincère pour toutes les victimes de la « grande politique » [pour le moment ailleurs surtout], et aussi bien sûr du déploiement globaliste de l’économie [lequel anéantit progressivement des millions de nos compatriotes et implique le réformisme ultraviolent dont la plupart de nos concitoyens ne comprennent pas encore qu’ils en seront presque tous les victimes, pas seulement du fait de la diminution de leurs revenus, surtout dans certains secteurs, ou de la suppression ou de l’amoindrissement accélérés des droits sociaux, mais encore en raison de la destruction, déjà très avancée, des services publics et de la marginalisation désormais engagée de la fonction publique à la française – tout cela au seul bénéfice du capital globalisé]. Essayons de penser aux victimes, de parler d’elles, de chercher et de penser tout court, car la pensée n’est pas seulement une activité « strictement » intellectuelle, en son ressort et en sa finalité ; pour dire sommairement la chose, elle éclot souvent de l’exigence morale, se conduit dans un entremêlement éthico-dianoétique qu’un certain auteur a pu évoquer, et s’accomplit, parmi les hommes et dans la cité, dans l’agir moral. Et n’oublions pas, simplement, la leçon du courageux Noam Chomsky : « Je suis citoyen des Etats-Unis et j’ai une part de responsabilité dans ce que fait mon pays. J’aimerais le voir agir selon des critères moraux respectables. Cela n’a pas grande valeur morale de critiquer les crimes de quelqu’un d’autremême s’il est nécessaire de le faire, et de dire la vérité. Je n’ai aucune influence sur la politique du Soudan, mais j’en ai, jusqu’à un certain point, sur la politique des Etats-Unis. » [Noam Chomsky, The Guardian, 20 janvier 2001]. J’espère que nous sommes du moins quelques-uns à penser, en France, tout comme Chomsky en son pays.

 

 

ANNEXES :

 

I.

Deux extraits du point de presse du 2 février 2018 du Secrétaire à la Défense, le général James N. Mattis [U.S. Department of Defense – Pentagone]

 

……….

Q :  Can you talk a little bit about the chemical weapons that were — the State Department was talking about just a little bit yesterday, that mentioned chlorine gas?  Is this something you’re seeing that’s been weaponized or – just give us a sense. 

SEC. MATTIS :  It has.

Q :  It has.  Okay.

SEC. MATTIS :  It has.  We are more — even more concerned about the possibility of sarin use, the likelihood of sarin use, and we’re looking for the evidence.  And so that’s about all the more I can say about it right now, but we are on the record, and you all have seen how we reacted to that, so they’d be ill-advised to go back to violating the chemical convention.

……….

Q :  Can I ask a quick follow up, just a clarification on what you’d said earlier about Syria and sarin gas?

SEC. MATTIS:  Yeah.

Q :  Just make sure I heard you correctly, you’re saying you think it’s likely they have used it and you’re looking for the evidence?  Is that what you said?

SEC. MATTIS :  That’s — we think that they did not carry out what they said they would do back when — in the previous administration, when they were caught using it.  Obviously they didn’t, cause they used it again during our administration.

And that gives us a lot of reason to suspect them.  And now we have other reports from the battlefield from people who claim it’s been used.  

We do not have evidence of it.  But we’re not refuting them; we’re looking for evidence of it.  Since clearly we are using — we are dealing with the Assad regime that has used denial and deceit to hide their outlaw actions, okay?

Q :  So the likelihood was not what your — you’re not characterizing it as a likelihood?  I thought I used — you used that word; I guess I misunderstood you.

SEC. MATTIS :  Well, there’s certainly groups that say they’ve used it.  And so they think there’s a likelihood, so we’re looking for the evidence.

Q :  Is there evidence of chlorine gas weapons used — evidence of chlorine gas weapons?

SEC. MATTIS :  I think that’s, yes —

Q :  No, I know, I heard you.

SEC. MATTIS :  I think it’s been used repeatedly.  And that’s, as you know, a somewhat separate category, which is why I broke out the sarin as another — yeah.

Q :  So there’s credible evidence out there that both sarin and chlorine —

SEC. MATTIS :  No, I have not got the evidence, not specifically.  I don’t have the evidence.

What I’m saying is that other — that groups on the ground, NGOs, fighters on the ground have said that sarin has been used.  So we are looking for evidence.  I don’t have evidence, credible or uncredible.

 

 

II.

Voici le texte de la résolution 2401 [2018], commentée en cours. L’on sera attentif à son caractère de résolution de compromis, dans laquelle se manifestent assez clairement les exigences respectives du bloc occidental et de la Fédération de Russie.

 

 

Résolution 2401 (2018)

Adoptée par le Conseil de sécurité à sa 8188e séance, le 24 février 2018

Le Conseil de sécurité,

Rappelant ses résolutions 2042 (2012), 2043 (2012), 2118 (2013), 2139 (2014), 2165 (2014), 2175 (2014), 2191 (2014), 2209 (2015), 2235 (2015), 2249 (2015), 2254 (2015), 2258 (2015), 2268 (2016), 2286 (2016), 2332 (2016), 2336 (2016) et 2393 (2017), et les déclarations de son président des 3 août 2011 (S/PRST/2011/16), 21 mars 2012 (S/PRST/2012/6), 5 avril 2012 (S/PRST/2012/10), 2 octobre 2013 (S/PRST/2013/15), 24 avril 2015 (S/PRST/2015/10) et 17 août 2015 (S/PRST/2015/15),

Réaffirmant son ferme attachement à la souveraineté, à l’indépendance, à l’unité et à l’intégrité territoriale de la Syrie, ainsi qu’aux buts et principes énoncés dans la Charte des Nations Unies,

Se disant à nouveau profondément affligé par la persistance de la situation humanitaire effroyable que connaît la Syrie, notamment dans la Ghouta orientale, dans la province d’Edleb, dans la partie nord de la province de Hama, à Roukban et à Raqqa, et par le fait que le nombre de personnes ayant besoin d’une aide humanitaire d’urgence, notamment d’une assistance médicale, dépasse 13,1 millions – dont 6,1 millions sont des déplacés, 2,5 millions vivent dans des zones difficiles d’accès, y compris des réfugiés palestiniens, et des centaines de milliers sont des civils pris au piège dans des zones assiégées,

Exprimant son indignation devant l’escalade de la violence, qui a atteint un niveau inacceptable, dans plusieurs régions du pays, en particulier dans la province d’Edleb et dans la Ghouta orientale mais également dans la ville de Damas, notamment les bombardements d’artillerie visant des locaux diplomatiques, et devant les attaques visant des civils et des installations civiles ainsi que des installations médicales, qui aggravent d’autant les souffrances endurées et provoquent de nombreux déplacements de populations, et rappelant à cet égard les obligations qu’imposent à toutes les parties le droit international humanitaire et le droit international des droits de l’homme, ainsi que toutes ses décisions pertinentes, notamment celle de mettre fin aux attaques visant des civils et des installations civiles, en particulier les attaques lancées contre des écoles et des installations médicales,

S’inquiétant pour les personnes retournant dans certaines zones, notamment celles reprises à l’État islamique d’Iraq et du Levant (EIIL, également connu sous le nom de Daech), qui sont polluées par des restes explosifs de guerre et qui ont besoin d’une aide pour retrouver résilience et stabilité, et se déclarant préoccupé face à la situation humanitaire à Raqqa,

Se disant à nouveau profondément troublé par le fait que l’aide humanitaire des Nations Unies n’a pas pu être acheminée dans les zones assiégées ces derniers mois, s’inquiétant vivement de la situation désastreuse des centaines de milliers de civils pris au piège dans les zones assiégées de la République arabe syrienne, en particulier dans la Ghouta orientale, à Yarmouk, à Fouaa et à Kafraya, réaffirmant que les sièges imposés aux populations civiles en Syrie sont une violation du droit international humanitaire, et demandant la levée immédiate de tous les sièges,

Se déclarant préoccupé par la situation humanitaire des déplacés qui se trouvent à Roukban et insistant sur la nécessité d’assurer l’accès du personnel humanitaire à Roukban depuis le territoire syrien et de trouver une solution durable,

Notant que les travaux actuellement menés sur les zones de désescalade pour réduire la violence constituent un pas vers un cessez-le-feu global à l’échelle nationale, et soulignant que toutes les parties doivent respecter les engagements qu’elles ont pris dans le cadre des accords de cessez-le-feu existants et que l’accès humanitaire doit faire partie de ces efforts, conformément au droit international humanitaire,

Réaffirmant que les États Membres doivent veiller à ce que les mesures qu’ils prennent pour lutter contre le terrorisme soient conformes aux obligations que leur impose le droit international, en particulier le droit international des droits de l’homme, le droit des réfugiés et le droit international humanitaire,

Soulignant que la situation humanitaire continuera de se détériorer en l’absence d’un règlement politique du conflit syrien qui soit conforme aux dispositions de la résolution 2254(2015), et demandant à toutes les parties d’avancer dans ce sens et d’instaurer des mesures de confiance, y compris la libération rapide de toute personne détenue arbitrairement, en particulier les femmes et les enfants,

Exprimant son indignation devant le fait que ses résolutions 2139 (2014), 2165 (2014), 2191 (2014), 2258 (2015), 2268 (2016), 2332 (2016) et 2393 (2017) ne sont toujours pas pleinement appliquées,

Considérant que la situation humanitaire catastrophique qui règne en Syrie continue de faire peser une menace sur la paix et la sécurité dans la région,

Soulignant que l’Article 25 de la Charte des Nations Unies fait obligation aux États Membres d’accepter et d’appliquer ses décisions,

1. Exige que toutes les parties cessent les hostilités sans délai et s’engagent immédiatement à assurer la pleine mise en œuvre de cette demande par toutes les parties, de façon à instaurer une pause humanitaire durable d’au moins 30 jours consécutifs sur l’ensemble du territoire syrien pour permettre d’acheminer durablement, en toute sécurité et sans entrave l’aide humanitaire et les services connexes et de procéder à l’évacuation sanitaire des personnes gravement malades et des blessés, conformément au droit international applicable ;

2. Affirme que la cessation des hostilités ne s’appliquera pas aux opérations militaires dirigées contre l’État islamique d’Iraq et du Levant (EIIL, également connu sous le nom de Daech), Al-Qaida et le Front el-Nosra et tous les autres individus, groupes, entreprises et entités associés à Al-Qaida ou à l’EIIL, ainsi que les autres groupes terroristes qu’il a désignés comme tels ;

 

3. Demande à toutes les parties de respecter et d’honorer les engagements qu’elles ont pris au titre des accords de cessez-le-feu conclus antérieurement, y compris l’application intégrale de la résolution 2268 (2016), demande à tous les États Membres d’user de leur influence auprès des parties pour assurer le respect de la cessation des hostilités et des engagements existants et d’appuyer l’action menée pour créer les conditions propices à un cessez-le-feu durable, et souligne qu’il faut que les États Membres donnent les garanties nécessaires ;

4. Demande à tous les États Membres concernés de coordonner les efforts visant à surveiller la cessation des hostilités, en faisant fond sur les arrangements existants ;

5. Exige que, immédiatement après le début de la cessation des hostilités, toutes les parties accordent chaque semaine aux convois humanitaires de l’Organisation des Nations Unies et de ses partenaires d’exécution, notamment ceux qui transportent des fournitures médicales et chirurgicales, un accès sûr, durable et sans entrave à toutes les zones et populations recensées dans le cadre de l’évaluation des besoins réalisée par l’Organisation des Nations Unies dans toutes les régions de la Syrie, en particulier les 5,6 millions de membres de 1 244 communautés ayant cruellement besoin d’aide, y compris les 2,9 millions de personnes vivant dans des zones difficiles d’accès et assiégées, compte tenu de l’évaluation des conditions de sécurité faite par l’Organisation ;

6. Exige également que, immédiatement après le début de la cessation des hostilités, toutes les parties autorisent l’Organisation des Nations Unies et ses partenaires d’exécution à procéder à des évacuations sanitaires sûres et sans conditions, en fonction de l’urgence et de la nécessité médicale, compte tenu de l’évaluation des conditions de sécurité faite par l’Organisation ;

7. Demande une nouvelle fois, en particulier aux autorités syriennes, que toutes les parties s’acquittent sans délai des obligations que leur impose le droit international, y compris le droit international des droits de l’homme, le cas échéant, et le droit international humanitaire, notamment en ce qui concerne la protection des civils, garantissent le respect et la protection de l’ensemble du personnel médical et des agents humanitaires dont l’activité est d’ordre exclusivement médical, de leurs moyens de transport et de leur matériel, ainsi que des hôpitaux et des autres installations médicales, et mettent en œuvre intégralement et immédiatement les dispositions de toutes les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité ;

8. Exige de toutes les parties qu’elles permettent au personnel médical et aux agents humanitaires dont l’activité est d’ordre exclusivement médical, à leur matériel, à leurs moyens de transport et à leurs fournitures, notamment les articles chirurgicaux, d’accéder en toute sécurité et sans entrave aux populations dans le besoin, conformément au droit international humanitaire, et exige de nouveau de toutes les parties qu’elles démilitarisent les installations médicales, les écoles et les autres établissements civils, s’interdisent d’établir des positions militaires dans des zones habitées et s’abstiennent de lancer des attaques contre des installations civiles ;

9. Prend note avec satisfaction des cinq demandes formulées par le Coordonnateur des secours d’urgence le 11 janvier 2018 au cours de sa mission en Syrie, et exhorte toutes les parties à faciliter l’application de celles-ci et d’autres mesures, de façon à garantir la fourniture durable d’une aide humanitaire plus efficace et respectueuse des principes établis en Syrie en 2018 ;

10. Demande à toutes les parties de lever immédiatement le siège des zones peuplées, notamment dans la Ghouta orientale, à Yarmouk, à Fouaa et à Kafraya, exige que toutes les parties autorisent l’acheminement de l’aide humanitaire, y compris l’aide médicale, cessent de priver les civils de denrées alimentaires et de médicaments indispensables à leur survie, et permettent l’évacuation rapide, en toute sécurité et sans entrave, de tous les civils qui souhaitent partir, et souligne que les parties doivent se mettre d’accord sur des pauses humanitaires, des jours de tranquillité, des cessez-le-feu localisés et des trêves afin que les organismes humanitaires puissent avoir un accès sûr et sans entrave à toutes les zones touchées en Syrie, rappelant que le droit international humanitaire interdit d’utiliser la famine contre les civils comme méthode de combat ;

 

11. Demande que l’exécution des programmes humanitaires d’action antimines soit accélérée d’urgence sur l’ensemble du territoire syrien ;

12. Prie le Secrétaire général de lui faire rapport sur l’application de la présente résolution et le respect de ses dispositions par toutes les parties concernées en Syrie, dans les 15 jours suivant l’adoption de la présente résolution et, par la suite, dans le cadre des rapports qu’il lui soumet concernant l’application des résolutions 2139 (2014), 2165 (2014), 2191 (2014), 2258 (2015), 2332 (2016) et 2393 (2017) ;

13. Décide de rester activement saisi de la question.