Trois petites frappes… [2/4]

II.

 

La deuxième question ne sera sans doute jamais entièrement éclaircie, car des intérêts industriels inclineront à dissimuler certains aspects comme les enjeux stratégiques contribueront à envelopper les mêmes, ou d’autres, d’un peu de brume, tandis que des polémiques écloront peut-être sur tel ou tel point crucial entre le bloc atlantique et ses adversaires. Cette question pourrait être formulée ainsi : quelles armes ont-elles, de part et d’autre, été utilisées, avec quel succès, et manifestant quelle intention quant à l’intensité et à l’extension de l’agression ?

 

Le duel entre Hamilton et Burr en 1804.png

Les Atlantistes ne sont pas superstitieux. N’est-il pas curieux d’aller au combat, d’engager un duel, sous le nom de Hamilton, non seulement doctrinaire le plus assuré, dans les États-Unis naissants, d’une oligarchie de fer, mais homme aussi qui perdit la vie dans un duel ? [ici, à droite, foudroyé par Burr en 1804]

 

A/

Il faut distinguer ici – dans cette opération dont il est apparu après quelques jours qu’elle avait reçu le nom de Hamilton – entre ce qui est à peu près assuré, ce qui est probable, et ce qui est possible.

[[[ Hamilton, certainement, pour Alexander Hamilton, l’un des Founding Fathers – et non pour le photographe ambigu, pour le moins, David Hamilton, non plus pour cette lady Hamilton dont la vie fut un roman, mais point pour la « bibliothèque rose ». L’on pourrait s’étonner que le nom d’un homme politique étatsunien ait été donné à une opération supposément multilatérale ; être frappé aussi par un tel choix, car Hamilton – dont la vie, achevée par un duel malheureux, fut romanesque à souhait elle aussi – fut certes l’un des hommes politiques les plus talentueux de son temps, qui en comptait beaucoup même dans les seules treize colonies, mais au fond le maître à penser des effectifs les plus favorables au sein du Parti Fédéraliste à ce que la nouvelle république devînt une oligarchie ploutocratique passablement autoritaire et centralisée ; finalement, si Madison, qui glisserait du côté de Washington et des siens à celui de Jefferson, fut le principal artisan du compromis de Philadelphie, les États-Unis contemporains sont moins éloignés du rêve de Hamilton – cauchemar pour beaucoup, à l’intérieur et à l’extérieur – que des nostalgies de temps heureux que Jefferson lui-même contribuerait d’ailleurs à balayer. ]]]

1/ Il va de soi que cette agression a été conduite entièrement par les États-Unis, la France et le Royaume-Uni se voyant consentir une place tout à fait subalterne et accessoire, mais bien sûr extrêmement importante sur le plan symbolique, et bien entendu légal – je reviendrai sur cet aspect, qui ne saurait nous laisser indifférents, puisqu’il s’agit de l’honneur de notre pays et, bien entendu, de sa réputation internationale, déjà lourdement hypothéquée en Libye, et désormais affreusement salie par des gouvernants inqualifiables [il vaut mieux que je m’abstienne en tout cas de les qualifier – je semblerais opérer hyperboliquement, et demeurerais pourtant, de toute façon, très en-dessous de ce qu’appelleraient tous leurs comportements, tous leurs choix, et bien entendu toutes leurs lois et ordonnances].

La plupart des observateurs admettent les valeurs indiquées par les Russes, lesquels paraissent avoir été particulièrement outillés à cette fin – davantage même semble-t-il qu’on ne le supposait.

[[ Le ministre des Affaires étrangères Lavrov est allé jusqu’à tenir les propos suivants le 20 avril :

« Notre état-major général avait une vision nette, nous avons observé tout ce qui se passait en temps réel, en direct. Les statistiques que nos militaires ont présentées, nous sommes prêts à les défendre. Si quelqu’un affirme que les 105 missiles tirés ont atteint leurs cibles, qu’il présente ses statistiques. »

Il a même assuré que les militaires russes présenteraient bientôt des « preuves » à l’appui de leurs déclarations.

L’on notera bien entendu que les propos du Pentagone sont allés contre un tel point de vue ; et que le général Lecointre, chef d’état-major de nos armées – officier général qui a choqué nombre de ses pairs en acceptant, avec une promotion accélérée, de succéder l’été dernier au général de Villiers, lequel a scandalisé lui-même la plupart de ses soutiens en consentant à la fin de cet hiver – conformément sans doute au nouveau pli otanien de l’esprit militaire – à devenir un consultant de ce temple de la mise en forme capitaliste du monde qu’est l’officine étatsunienne Boston Consulting Group – O Tempora, o mores ! – a tenu à claironner dès le 14 : « L’efficacité de la défense sol-air syrienne a été faible, voire moins que cela ». L’on verra bien, mais alors, j’y reviendrai, il faudrait probablement supposer que les moyens électroniques russes propres à perturber nos armes eussent été impressionnants. À tout prendre, ce ne serait pas une nouvelle fameuse pour les puissances atlantiques. ]]

Les Russes, on l’a sans doute relevé, ont indiqué qu’une grande majorité des missiles envoyés par les forces occidentales avaient été, d’une façon ou d’une autre, interceptés par la défense syrienne. Selon eux, 103 missiles eussent été tirés en tout [on vient de lire 105, mais peut-être s’agit-il d’une coquille – à moins que ne soient considérés les deux missiles demeurés à peu près en état et retrouvés un peu plus tard, dont il s’est dit qu’ils avaient été envoyés en Russie pour expertise approfondie, avec le propos de pouvoir encore améliorer l’efficacité ultérieure de la défense aérienne] ; et 71 auraient été interceptés [ou détournés, en tout cas « neutralisés »], soit les deux tiers, ce qui serait beaucoup.

Mais ces valeurs ne comprennent pas – et l’on va mesurer que cet aspect ne saurait être négligé – les missiles qui n’eussent pu être seulement tirés.

Scalp:StormShadow.png

De même, la ventilation entre les types de projectiles n’est pas effectuée. Il semble que l’on puise admettre malgré tout – on le comprendra dans la suite du présent développement – que

  • la France aurait tiré 12 missiles en tout, dont trois missiles de croisière navals [MdCN] à partir d’une frégate et neuf missiles Scalp-EG à partir de cinq Rafales [Scalp-EG pour Système de croisière conventionnel autonome à longue portée d’emploi général… – missile développé il y a une vingtaine d’années par Matra puis fabriqué par la société française MBDA, sigle que l’on ne peut autrement expliquer que par les noms des entreprises associées au sein de la structure] ;
  • le Royaume Uni aurait tiré seulement huit missiles Storm Shadow – nom en Angleterre du Scalp – avec quatre Tornado ;
  • les États-Unis donc quatre-vingt-trois [ou quatre-vingt-cinq] missiles dont une grosse soixantaine de missiles de croisière Tomahawks – en particulier [mais je vais revenir sur cet aspect, qui soulève des interrogations particulières, dans un petit moment] à partir du destroyer USS Donald Cook, qui paraît avoir été le seul à proximité [et dont la capacité serait de soixante missiles de croisière], le USS Porter, en provenance de Cherbourg, et le USS Winston Churchill, n’étant pas encore parvenus à ma connaissance, en Méditerranée orientale où, par contre, à la date du 14, se trouvaient peut-être un ou deux sous-marins -, et très certainement 19 AGM-158 JASSM-ER [Joint Air to Surface Standoff Missile- Extended Range], construits par Lockheed-Martin, lancés par des bombardiers stratégiques B-1B-Lancer ayant décollé de l’immense base étatunienne d’al-Oudeid au Qatar

[[ Je le redis : conservez ces valeurs comme une première indication appelée à être nuancée par la suite au regard d’une surprise de taille : la probable inactivité – mais pourquoi ? – du Donald Cook dans cette opération complexe  ]]

Le Missile de croisière navale.png

Le Missile de Croisière Naval français [MdCN]

[[ Dois-je préciser une nouvelle fois que nos grands donneurs de leçon de morale recourent significativement à l’uranium appauvri dans les missiles qu’ils utilisent – avec l’effet de rendre, je me suis expliqué sur mon point de vue, leurs armes supposément conventionnelles finalement, pour des décennies [presque cinq milliards d’années disent certains…], lourdement chimicobiologiques ? L’on dit qu’un Tomahawk en comprend de toute façon plusieurs kilos, et dans certains cas plusieurs dizaines… L’Occident a perdu absolument tout sens moral pour ne pas hésiter à concourir au développement inéluctable de pathologies cancéreuses dans un pays comme la Syrie en vue de défendre Jaych–al-Islam – dont chaque jour des découvertes montrent l’épouvante que cette « armée », que nous ne voulons pas considérer comme « terroriste » alors que nous n’avons que ce mot ridicule à la bouche, a fait régner pendant six ans dans la Ghouta sous la haute protection en tout particulier de nos grands amis les Séoud ! ]]

S’agissant de missiles tirés [ou non] par un sous-marin anglais ou par les frégates et Rafales français, j’aurai l’occasion, je le répète, d’y revenir pour essayer de préciser les contours de résultats probablement [très] inégaux. Revenir aussi, je l’ai suggéré il y a une trentaine de lignes, sur le point de savoir si, finalement, le gros des Tomahawks a été lancé ou non par le USS Donald Cook.

Il est encore très probable que le déploiement de la France comprenait aussi des Mirage 2000-5, qui n’ont sans doute pas été utilisés pour des tirs, deux avions AWACS [radar], plusieurs avions ravitailleurs ; beaucoup de moyens, des sommes évidemment importantes si l’on veut bien compter, pour un résultat presque certainement très médiocre et, surtout, une très mauvaise action, d’abord d’ailleurs contre l’honneur français, qui ne recommande assurément pas un comportement de délinquant international à notre pays. 

 

Publicité pour le JASSM.png

Lockheed Martin dit n’oublier jamais pour qui il travaille. Certes : pour le grand Capital atlantique, et en particulier ses actionnaires prospérant du fait de la guerre perpétuelle, et pour l’Impérialisme étatsunocentré. Merci Lockheed Martin !

2/ Il est probable que les Tomahawks, construits par Raytheon-McDonnell-Douglas, aient été les missiles les plus vulnérables aux contremesures – quelles qu’aient été ces contremesures, et qu’elles aient été le fait de la Syrie ou de la Russie, je reviendrai sur ces aspects. Par contre, il semble bien qu’après certaines difficultés dans le passé, le JASSM étatsunien, utilisé pour la première fois dans une situation de guerre, ait manifesté les qualités de furtivité remarquables qu’on lui prête. L’on dit en effet qu’aucun n’eût pu être intercepté, tout simplement parce qu’aucun n’eût pu être détecté, à temps du moins, par les forces aérospatiales syriennes ou russes. [Une mise à jour ci-après laisse toutefois perplexe : comment tous les JASSM eussent-ils fonctionné si l’on admettait les valeurs dont on verra qu’elles ont fini par être suggérées par le général Roudskoï ? Cela voudrait dire que tous les autres missiles, les Tomahawks et les nôtres auraient effroyablement échoué. L’on va comprendre que si l’echec occidental est presque hors de doute, ses exacts contours vont demeurer un peu flous.]

Redoutons les effets d’un tel possible  succès technique sous tous les aspects du JASSM : en cas de tensions très élevées – lesquelles ne sont nullement improbables dans les mois qui viennent, j’y reviendrai plus loin dans ce billet -, ce sont les bombardiers eux-mêmes – Lancer ou autres – que les adversaires des États-Unis, sauf s’ils parviennent à encore progresser dans leurs procédés de détection, devront tenter d’anéantir préventivement. Mais alors…

Il n’est manifestement pas impossible, il est même assez probable, que les forces françaises aient connu des difficultés moindres mais comparables. Il se murmure de façon très insistante que les Rafale [cinq dit-on] et les FREMM, frégates multimissions [trois dit-on, « Aquitaine », « Auvergne » et « Languedoc »] n’eussent pu tirer, sinon les missiles prévus, du moins une notable partie de ceux-ci. Quant aux frégates, il semble presque certain qu’une partie seulement des MdCN, eussent pu être tirés, pour des motifs dont on suggère qu’ils eussent été électroniques ; il a même été dit, ce qui serait plus troublant, que les deux premières eussent été hors d’état de procéder pendant toute la période prévue pour le tir, et que c’est « Languedoc », placée en réserve, qui eût dû frapper, en envoyant ses trois MdCN à la place des six [2 x 3] des frégates prévues. S’agissant des Rafale, la situation serait moins préoccupante : quatre eussent pu envoyer leurs deux missiles Scalp-EG, mais l’un n’eût pu procéder, pour un motif ignoré, avec l’un des deux siens.

[[[ Il est notable que les officines ultra-atlantistes de bon niveau ont reconnu après quelques jours qu’il y avait eu des difficultés. Je songe en particulier au site de M. Laurent Lagneau, « Zone militaire »,  http://www.opex360.com  ]]]

Quant aux résultats obtenus par nos missiles, je n’ai rien lu de très persuasif à cette heure. Je dois ajouter que les performances des trois MdCN finalement lancés ne seraient pas très assurées – leur possible échec – mais attendons d’en savoir davantage, si cela du moins est possible – serait probablement coûteux, en particulier sur le plan commercial.

 

3/ Il est moyennement plausible, ainsi que des sources russes et anglaises le suggèrent en des termes différents mais compatibles, qu’un sous-marin britannique ait été mis physiquement dans l’embarras à proximité des côtes syriennes par un sous-marin russe – peut-être deux.

Il n’aurait pu envoyer les vingt missiles Tomahawk qui lui étaient impartis dans le dispositif d’ensemble. C’est assez embarrassant car ce sous-marin nucléaire d’attaque eût été l’un des trois ou quatre en service, sur six prévus, de la plus récente classe des sous-marins britanniques, les sous-marins Astute, tandis que le ou les sous-marin[s] russes, même construits récemment, eussent été anciens, conçus en 1980, à l’âge soviétique, mais servis par le silence remarquable, réputé du moins, de leur déplacement [ce serait d’assez petits sous-marins diesel-électrique, sensiblement plus petits que les Astute en tout cas, très silencieux donc en mode électrique, et particulièrement furtifs du fait de leur revêtement en tuiles dites anéchoïques – an-écho-ïques, absorbant notamment les échos sonar –, que le code OTAN désigne par le nom de « Kilo » – puisque l’OTAN rebaptise par principe le matériel militaire de ses adversaires, ce qui pouvait se justifier à une époque où le nom originaire était souvent inconnu, mais semble désormais un peu bizarre, et peut-être même révélateur d’une haine décidée pour les cultures autres, et surtout la russe bien sûr, comme si le son russe, n’est-ce pas, polluait l’oreille, contaminait l’âme –, issus du programme « Varchavianka » – la Varsovienne, du nom d’un sublime chant socialiste de marche de la fin du XIXe siècle, beaucoup chanté par les révolutionnaires de l’empire russe lors des révolutions de 1905 et de 1917 – lien : https://www.youtube.com/watch?v=NikTc1N8H2U , paroles bien sûr en ligne – ou du programme Paltous, ces deux programmes – je ne suis pas connaisseur de la chose – étant soit le même ou des variantes du même, soit très proches semble-t-il].

Ce récit semble assez peu probable, car les Varchavianka ne sont pas en mesure de gêner beaucoup des Astute, sensiblement plus gros, puissants et rapides. L’on imaginera plutôt – ce qui serait d’une certaine façon plus inquiétant pour Londres – que le sous-marin britannique se soit trouvé, pour un motif ou un autre, dans l’incapacité technique de procéder à ses tirs ; ce serait ennuyeux si cet incident provenait d’une faiblesse technique ; peut-être plus embarrassant encore si l’affaire avait tenu aux très hautes capacités russes, démontrées dans le passé, en matière de guerre électronique [en avril 2014, la mésaventure du destroyer USS Donald Cook – et du système de combat « Aegis » – en Mer noire avait fait un certain bruit – est-ce qu’un « Kilo » en plongée peut faire la même chose à l’encontre d’un sous-marin adverse qu’un Sukhoï 24 volant au-dessus d’un navire de surface, je ne sais].

B1 prêt à décoller dans la nuit du 13 au 14.png

B1 prêt à décoller d’al-Oudeid dans la nuit du 13 au 14

 

 

B/

Je comprends bien que la Russie n’ait pu préciser son rôle. Je ne crois pas d’ailleurs que Moscou mente en affirmant n’avoir envoyé aucun missile – en particulier S-400, puisque deux systèmes S-400, dit-on, sont disposés dans la région de Lattaquié [le deuxième seulement depuis le mois de septembre dernier], afin de défendre bien évidemment les bases russes, à savoir la base navale de Tartous et la base aérienne de Hmeimim.

Pour autant, je ne doute guère du rôle des Russes dans l’échec assuré des agresseurs atlantiques. Souvenez-vous des mots de M. Lavrov : « vision nette », « en temps réel », « en direct »… Comment mieux suggérer que, pour les Russes, la situation était entièrement contrôlée, et que leurs capacités électroniques sont extrêmement élevées. L’on a relevé, déjà, les incidents bizarres qui ont probablement affecté un sous-marin anglais et deux frégates françaises, et j’ai suggéré que l’on puisse songer au jeu d’un chat [d’un ours…] électronique avec des souris imprudentes. Je me trompe peut-être, mais je tends à penser que la Russie a plausiblement démontré dans cette affaire sa suprématie, pour l’heure du moins, dans la guerre électronique.

 

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Il demeure que la question de l’état exact des moyens russes dans cet affrontement – satellites et radars, au sol ou embarqués, en particulier – n’est pas éclaircie à cette heure pour ceux qui, et c’est mon cas bien sûr, ne sauraient jouir d’informations spécifiques. J’ai lu ainsi, je ne sais plus où, que des tirs étatsuniens fussent provenus de la Mer Rouge et qu’ils eussent été immédiatement repérés par les forces russes. À mon sens, pas par les radars qui accompagnent le dispositif S-400 de la région de Lattaquié : la portée du radar d’acquisition des cibles 91N6E est de l’ordre, semble-t-il, de 600 km, plus importante, j’imagine, que celle du radar de suivi des cibles et de guidage des missiles 92N6E. [Il y a aussi un radar pour le suivi des cibles en haute altitude 96L6[E], mais je ne vois pas qu’il ait pu être utile pour des missiles de croisière.] Donc, ces instruments très performants n’eussent pas permis de repérer les missiles Tomahawks survolant la Mer Rouge, à plus de mille kilomètres au sud, si du moins il y eut de telles frappes.

Un autre point devrait être éclairci : certains suggèrent que les Tomahawks soient vulnérables à des contremesures électroniques pendant la fin de leur trajectoire : dans quelle mesure ? je ne suis pas capable pour le moment d’en avoir la notion après des lectures un peu flottantes, qui m’ont suggéré l’idée sans me la rendre claire.

Photo officielle du Gal Lecointre.png

La photo officielle du « CEMA ». Vous noterez la présence de trois drapeaux – les couleurs nationales demeurent [le rouge soigneusement caché – le rouge fait toujours un peu désordre – depuis du moins qu’on a oublié l’oriflamme], le bleu européen et le bleu de l’OTAN – cette présence du drapeau de l’OTAN est très surprenante ; il n’y a bien entendu aucun lieu, dans les traditions de la symbolique d’État, qu’il figure ici. Certains observeront qu’il n’y a pas de véritable innovation par rapport à l’époque du général de Villiers. C’est inexact : la photo officielle de l’ancien chef d’état-major des armées [ci-dessous] installait du moins les trois couleurs – bien visibles – au centre, ce qui était conforme à l’ordre réglementaire, fort compréhensible, de préséance. [Il en allait de même pour l’Amiral Guillaud auparavant.]

Photo officielle du Gal de Villiers CEMA.png

L’on me pardonnera d’enfoncer le clou [si vous préférez la peinture = d’en remettre une couche, expression plus pop. ou arg. toutefois], à un propos que, fort à tort selon moi, vous pourriez juger futile. Mais saisissez ceci : créant un monde, l’esprit le structure symboliquement afin de favoriser des procès de signification ; il ne faut pas en rire parce que, au terme d’innombrables jeux de forme, en de certains temps, les procès symboliques de signification sont soutenus par des pelotons d’exécution – en temps de guerre -, ou du moins la prison – en temps de paix [voyez, par exemple, l’article 433 du Code pénal, concernant la rébellion ; comment croyez-vous que l’on sache qu’une personne est « dépositaire de l’autorité publique » et qu’il convient de renoncer à ce « droit de nature » par excellence qu’est la légitime défense ? Telle formulation du récent Code de la Sécurité intérieure est très éclairante à ce propos : « Dans l’exercice de leurs fonctions et revêtus de leur uniforme ou des insignes extérieurs et apparents de leur qualité, les agents de la police nationale et les militaires de la gendarmerie nationale peuvent […] faire usage de leurs armes […]. » Je n’insiste pas davantage – vous comprenez que je ne vous parle pas de décoratives fanfreluches, mais d’ordre politique et social, de souveraineté, de puissance publique, de cohésion nationale, de liberté, bref, de vie et de mort as usual – George Clooney ajouterait : What else ? — Dans le billet précédent du même titre, je vous ai présenté le portrait officiel du général Dunford, homologue étatsunien du général Lecointre ; à sa droite, vous relèverez le drapeau de l’État et peuple qu’il sert ; à sa gauche, un autre drapeau – bien que le bleu ne corresponde pas tout à fait, il s’agit bien du drapeau ci-dessous, le Flag of the Chairman of the U.S. Joint Chiefs of Staff ; un drapeau de fonction, donc, tout à fait traditionnel, appelant à une considération hiérarchique ; le vice-président, adjoint au Chairman, porte à peu près le même, avec une variante qui constitue une sorte de brisure héraldique, etc. Peut-être ne voyez-vous pas où je veux en venir ; à ceci : le chef d’état-major étatsunien est délibérément inscrit dans l’univers symbolique propre à la monade nationale qu’il sert ; les deux drapeaux qui l’entourent signifient la souveraineté de sa patrie et la puissance propre, revendiquée en tout cas, de sa fonction, laquelle, avec la figure de l’aigle [qui n’est pas exactement un aigle mais un autre rapace, le pygargue à tête blanche, très fréquent sur le sous-continent nord-américain], que vous retrouvez aussi bien sur le Grand Sceau des États-Unis – utilisé depuis 1782 – que sur le Sceau du Président, etc., manifeste celle de la grande nation. Par contraste, la pauvre – et non-réglementaire – mise en scène vexillologique du Gal Lecointre exprime, tristement, un rapport hiérarchique tout autre, pour la nation comme pour lui-même : comme vous le savez, les laquais portent la livrée, mais point les maîtres ; ici, le premier de nos militaires se revendique à la vue de tous d’une appartenance et d’une sujétion que le maître, bien entendu, ne saurait partager.

Flag of the chairman of rhe US Joint Chiefs of Staff.png

 

N’excluons pas, au demeurant, que la DCA syrienne [quoi qu’assène le général Lecointre, ci-dessus] ait pu abattre un certain nombre de missiles. Elle a été, je le répète, améliorée, notamment du point de vue des radars et de la mise en réseau de l’ensemble ; s’ils sont identifiés à temps et s’ils sont vulnérables du fait d’une capacité insuffisante à recourir à des contremesures électroniques pour leurrer ou brouiller le système des missiles antimissiles eux-mêmes un peu rudimentaires plausiblement en ce cas, les missiles de croisière subsoniques, bien sûr assez lents, ne sont pas des cibles très difficiles pour des missiles d’un certain niveau. Or ce que, au minimum, a confié M. Lavrov, c’est que la localisation des missiles agressifs, ou de la plupart, avait pu être faite en « temps réel », d’où un effet de surprise extrêmement limité et des circonstances très favorables à la riposte.

 

27L un système PANTSIR.png

 

Mais le nombre important de missiles envoyés par les assaillants pouvait bien sûr saturer les instruments syriens de riposte, peut-être dépassés malgré tout. Surtout si Damas n’avait pas obtenu déjà des systèmes Pantsir [qui ont été évoqués il y a quelques semaines dans la partie orale du cours]. Nous tenons ici, à mon sens, l’une des questions importantes de cette affaire, à propos de laquelle la contradiction est surprenante.

En effet, de bons commentateurs donnent une liste répétitive de missiles utilisés par la défense syrienne. Elle comprend, des S-125, des S-200, des Bouk-M2E, des Kvadrat [que l’on appelle aussi des Kub, fort anciens mais pas sans utilité], des Osa d’une sorte ou d’une autre [même chose…], etc. Mais pas de Pantsir S1.

Or il s’est trouvé ces jours-ci, d’après des sources qu’il devrait être possible de considérer favorablement, des responsables russes, en particulier du ministère de la Défense [et jusqu’au porte-parole, le général Igor Konachenkov], pour affirmer qu’environ quarante systèmes Pantsir-S1 [Code OTAN : SA-22 Greyhound… – vous l’appelez carapace – et s’il nous plaît à nous de l’appeler lévrier anglais…] eussent été livrés à la Syrie ces dernières années [cela me semble, je dois le dire, beaucoup, au regard en particulier du coût], y compris un certain nombre de la dernière génération, dont les performances seraient encore améliorées. Je tends à penser que la présence de Pantsir du côté des forces syriennes doit être admise.

[[ Voici d’ailleurs un lien avec une vidéo pleine d’allégresse guerrière mise en ligne par le ministère de la Défense syrien ces derniers jours : elle semble ne laisser guère de doute.

https://www.youtube.com/watch?time_continue=5&v=7Yq5oqzbAw0 

Vous noterez au demeurant que le Pantsir n’est pas seul mis en scène et que sont présentés aussi d’autres matériels plus anciens. ]]

Sans doute faut-il considérer toutefois que, de la bouche même de M. Konachenkov, les Pantsir n’eussent joué qu’un rôle partiel : il a en effet confié deux jours après l’agression que vingt-cinq missiles seulement eussent été tirés par le système Pantsir, dont vingt-trois eussent fait mouche – splendide succès assurément, mais insuffisant à expliquer que soixante-et-onze missiles occidentaux effectivement lancés ne fussent pas parvenus à leur cible respective

Pantsir syrien en action - drapeau.png

Pantsir assurément syrien si l’on se fie aux couleurs arborées.

 

C/

Avec le recul, il me semble que l’on trouve plutôt la confirmation de ce que j’ai suggéré, conjecturé avec un degré variable de probabilité, sans bien entendu être certain de quoi que ce soit [sachant que seul un dieu pourrait avoir une connaissance de totalité de n’importe quelle affaire humaine, mais singulièrement d’une affaire aussi complexe que celle-ci, dans laquelle les protagonistes eux-mêmes demeurent dans l’ignorance d’une partie des aspects intéressant l’adversaire, et même d’ailleurs les alliés, et même peut-être leur propre appareil étatique et militaire] : à savoir que, contrairement à ce que les agresseurs prétendent,

1/ un très grand nombre de missiles ne sont pas parvenus à leur cible [l’examen des dommages causés – radicaux certes, mais fort limités en nombre – le suggérera plus loin] ;

2/ la défense syrienne est très probablement parvenue – les trompettantes rodomontades du général Lecointre ne sauraient persuader du contraire – à en abattre un certain nombre, plausiblement non-négligeable [c’est une grande idée occidentale que les autres sont moins bons, et non seulement moins « avancés » [!] mais purement et simplement moins intelligents – c’est une idée non seulement fausse, mais dangereuse à terme pour notre arrogance violente – l’intelligence véritable, ès choses humaines, est humble parce qu’elle comprend qu’il est à la liberté des hommes une infinité de façon de construire le monde et, finalement, pour ce qui concerne nos sujets, dans l’espace des corps en mouvement, de remporter des victoires ou d’être défaits dans un jeu, par définition, extrêmement mouvant — on ne doit jamais, en particulier, oublier la victoire inouïe d’Hanoï autrefois, la juste humiliation alors de Washington – temporaire hélas, puisque l’effondrement de l’Union soviétique devait faire d’une puissance affaiblie une puissance triomphante comme jamais -, et il est sage de considérer que lorsque la technique russe et le savoir-faire impressionnant, après tant d’années de guerre, des forces syriennes se combinent, il serait assez ridicule – je songe en particulier à l’ancienne puissance « mandataire », qui, à mon sens, s’est montrée déjà si redoutablement inintelligente en Syrie entre 1920 et 1946 – de prendre des airs supérieurs, car à cette heure, nous excellons surtout, internationalement, dans l’arrogance et le cynisme – et cela commence à se savoir parmi les peuples, même en Europe] ;

3/ les moyens de détection et de neutralisation électronique des forces russes ont joué un rôle très important, même si inavoué pour d’évidents motifs, soit qu’ils aient interdit que certains moyens des occidentaux fussent effectivement opérationnels au moment souhaité, soit qu’ils les aient neutralisés avant qu’ils ne touchent leurs cibles.

À l’affaire de nos frégates ou du sous-marin britannique, il faudrait peut-être ajouter – une nouvelle fois – celle du Donald Cook. Puisque j’évoquai plus haut le site – le moins mauvais en langue française de la puissante secte otaniste [qui comprend aussi en particulier, parmi les instruments utiles, un groupe de presse, fort bien pourvu manifestement, le Groupe Areion de M. Alexis Bautzmann, lequel publie un grand nombre de somptueuses revues et publications, magnifiquement illustrées, à des prix défiant toute concurrence – quelle commodité d’être du « bon côté » !], je relèverai ici un papier de M. Laurent Lagneau dans « opex360 », à la date du 21 avril, intitulé « Opération Hamilton. L’envoi du destroyer américain USS Donald Cook au large de la Syrie a-t-il été un leurre ? »

Il vaut la peine, il me semble, de citer assez longuement l’auteur :  

 » […] contrairement à ce qui avait été fait lors de la frappe américaine contre la base d’al-Shayrat, en avril 2017, aucun navire de surface américain n’a tiré de missiles de croisière BGM-109 Tomahawk depuis la Méditerannée orientale au cours de l’opération Hamilton.

En effet, le croiseur (classe Ticonderoga) et le destroyer USS Laboon ont respectivement lancé 30 et 7 missiles Tomahawk depuis la mer Rouge (ce qui suppose un survol de la Jordanie et de l’Arabie Saoudite pour atteindre la banlieue de Damas). Croisant dans le Golfe arabo-persique, un autre destroyer, l’USS Higgins, a tiré 23 missiles.

À la question de savoir pourquoi l’USS Donald Cook n’a pas été sollicité, une source de la Maison Blanche a répondu à l’agence Bloomberg que, en attirant l’attention sur lui, ce navire avait en réalité servi à leurrer les forces syriennes et russes.

Pourtant, le sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) américain USS John Warner a lancé 6 missiles Tomahawk alors qu’il était en plongée, en Méditerranée orientale. »

Prenons au sérieux ces informations dont on doit comprendre que si elles « sortent », par l’intermédiaire de leurs fidèles les plus certains, c’est que nos grands amis étatsuniens le souhaitent, afin de rassurer, même parmi leurs alliés, sur leur pleine maîtrise de la situation dans la nuit du 13 au 14. Elles nous confirment par ailleurs que des tirs fussent provenus de la Mer Rouge. Elles appuient ce que l’on pressentait, à savoir qu’un sous-marin des États-Unis au moins eût participé, fût-ce à la marge, aux opérations depuis la Méditerranée. Elles nous apprennent que, du Golfe, fussent venus non seulement les Lancer mais des Tomahawks.

Mais surtout :

Elles suggèrent [si l’on suppose que des frappes du Cook étaient en réalité prévues aussi, ce que je tends à supposer] que les frappes programmées étaient plausiblement supérieures quantitativement – de l’ordre d’une soixantaine de missiles – à celles qui fussent intervenues si tous les missiles prévus avaient pu être lancés [c’est-à-dire vingt-quatre de plus, puisqu’il faudrait ajouter aux tirs effectifs, au moins – car certains aspects échappent encore peut-être – les vingt tomahawks du sous-marin britannique, les trois MdCN supplémentaires prévus, et le Scalp non tiré].

Elles confirment la valeur haute [105] déjà suggérée concernant le nombre de missiles effectivement lancés. Faisons en effet la somme : en dehors des [9+3] missiles français, et des 8 missiles d’Albion [un géant…], des 19 JASSM largués par les Lancer, il y eût eu [30+7] Tomahawks en provenance de la Mer Rouge, 23 du Golfe, et 6 depuis le sous-marin Warner en Méditerranée, soit un total de 105 effectivement.

Par-dessus tout, elles suggèrent une explication assez improbable pour une grande étrangeté qui n’eût pu être cachée bien longtemps. Peu en effet douteront que, tout comme les frégates françaises ou le sous-marin français, l’USS Donald Cook n’ait rencontré de menues difficultés… Gageons qu’il ne faisait pas bon pour les dispositifs électroniques occidentaux de se trouver dans un rayon insuffisant autour – peut-être – de Tartous.

Conservez ces valeurs à l’esprit : nous devrons y revenir ultérieurement. Mais, de tout cela, on ne tire pas – malgré les fanfaronnades de tous, faisant suite aux tartarinades trumpiennes – le sentiment d’un succès des armes occidentales. [Le « Mission accomplished » du tweet du président des États-Unis le 14 au matin faisait sourire certains et grimacer d’autres.] L’on peut se réjouir que l’iniquité ne triomphe pas, et se trouve même sans doute humiliée ; mais redouter, à l’heure où M. Macron va retrouver M. Trump à l’occasion d’une « visite d’État », qu’un ultérieur épisode, plus noir encore, ne se noue – je reviendrai sur ces assez sombres pressentiments à la fin du présent billet.

 

Twt M. Macron.png

 

MISE À JOUR LE 26 AVRIL 2018 :

Les jours passent et il n’est pas impossible que mes conclusions ne doivent pas être revues encore à la baisse.

Une chose me paraît en tout cas très probable  désormais, à force de lectures et de réflexions : ce qui semble avoir été une manière de catastrophe pour les armes occidentales aurait pris un tel tour du fait de la domination électronique russe. Je répète que  toute supériorité de cet ordre est temporaire, et qu’elle est rarement absolue, propre à assurer la neutralisation de toutes les armes de l’adversaire.

Mais enfin, puisque je suis persuadé que

1/ la Russie, ne serait-ce que du fait de sa démographie insuffisamment redressée, et ne pouvant l’être dans les dix ans qui viennent avec l’arrivée à l’âge de la procréation des générations si creuses nées sous Eltsine, à cause de sa relative pauvreté aussi, dans la considération de son immensité enfin, n’a aucunement l’intention d’agresser l’Europe, si du moins le niveau des tensions ne s’élève pas inconsidérément ;

2/ l’union anglo-étatsunienne, rejointe – et cela me désespère – par une France infidèle à son destin anti-impérial [surtout quand l’empire n’est pas nôtre…], est animée par contre par de puissants tropismes agressifs envers le monde russe, et,

3/ dans un tel climat, seul un suffisant équilibre entre le faible [la Russie] et le fort persistant [le monde atlantique], fût-il au bord de l’implosion démographique et du chaos économique, monétaire et financier [mais la considération de tant de dangers peut incliner à la fuite en avant], peut maintenir la paix, et même peu à peu, en diffuser les bienfaits dans le si malheureux Orient,

– je suis soulagé que nous soyons probablement moins forts que nous ne le pensions, et bien obligés, après le discours du Manège de M. Poutine, le 1er mars dernier, et les probables faiblesses manifestées par le déroulement de notre agression de la nuit du 13 au 14, de nous montrer prudents à suffisance, je ne peux pas ne pas me trouver un peu rassuré par tout ce qui pourrait nous conduire à bien réfléchir avant d’enclencher un engrenage qui risquerait d’emporter la destruction de l’hémisphère nord, et peut-être, dans quelques pays d’Europe, avec des conséquences bienfaisantes pour le monde entier, à nous ressaisir politiquement et à échapper aux orientations fatales du néolibéralisme et du néoconservatisme.

Il reste que l’ampleur de ce qui devrait probablement être considéré comme l’échec des forces occidentales demeure discuté, presque tous les commentateurs sérieux admettant toutefois cet échec.

I. – Je ne m’appuie pas à cette heure sur un récit imputé aux services chinois, mentionné comme digne de foi par d’assez nombreux sites peut-être imprudents. En effet, cherchant la source de ce récit, je suis tombé sur le site Strategika51, lequel ne fournit pas de source précise ou identifiable. J’avais eu l’occasion de vous dire, il y a dix semaines, que j’éprouvais une grande confiance en M. Labévière et que je le croyais sur parole lorsqu’il évoquait un mail diplomatique anglais, produit à la suite d’une réunion secrète, annonçant exactement la tactique occidentale dans l’affaire de la Ghouta [M. Labévière a d’ailleurs précisé par la suite la façon dont il avait eu accès à ce précieux document]. Je ne souhaite émettre aucune sorte de critique contre Strategika51 ; simplement, je n’ai aucun motif, pour le moment, d’accorder ma confiance à un site que je connais très peu, singulièrement pour des informations aussi énormes. Je rapporte donc les principaux passages du billet tels quels – d’une certaine façon, cela permettra d’évaluer dans la durée le sérieux des sources que revendique, sans les citer, ce site, peut-être un peu téméraire.

[…] les bâtiments de surface de la marine française supposés avoir pris part à l’attaque tripartite de la Syrie dans la nuit du 13 au 14 avril n’auraient lancé aucun missile de croisière. Les trois frégates multimissions « Aquitaine », « Auvergne » et « Languedoc », traqués au mètre près par les satellites chinois et russes, apparaissent n’avoir tiré aucun projectile lors de la fenêtre de tir spécifique de l’opération.

Cela a laissé incrédules nombre d’analystes chinois, mais l’analyse des signaux électroniques et un échange limité de données avec la Russie a confirmé les premières déductions. La marine de guerre française n’a tiré aucun missile sur la Syrie dans la nuit du 13 au 14 avril 2018. Politique délibérée? Brouillage russe? Panne informatique des systèmes de contrôle et de commandement?

Dans un premier temps, Paris a annoncé que tous les missiles MBDA Scalp EG auraient atteint leurs objectifs puis des sources militaires anonymes ont commencé à répandre l’information selon laquelle seuls trois missiles sur douze auraient été lancés suite à une série de dysfonctionnements. Il s’avère maintenant que nous n’en savons rien.

Plus surprenant est le comportement des aéronefs de combat britanniques Tornado GR-4. Les trajectoires suivies par les appareils britanniques sont totalement incompréhensibles au regard de l’objectif supposé de la mission consistant à approcher l’espace aérien syrien pour y lancer dans des conditions optimales des missiles MBDA Storm Shadow. Selon les données chinoises, les pilotes britanniques n’ont pas lésiné sur les moyens pour faire échouer leur mission.

Enfin, les tirs de BGM-109 Tomahawk US à partir de navires de guerre en Méditerranée orientale ou en Mer Rouge ont connu quelques anomalies et pas des moindres : certains missiles se sont abattus avant d’atteindre l’espace aérien syrien et d’autres, ayant pénétré cet espace, semblaient suivre des trajectoires aléatoires avant de disparaître.

Les analystes chinois ne confirment pas le tir de 103, 105, 110 ou 120 missiles tirés mais estiment que le nombre de missiles devant être lancés devait dépasser les 200 unités. […]

II. – Pour le moment, j’accorde donc plus d’importance aux propos tenus hier 25 avril – à l’occasion d’un Briefing pour la presse, la langue russe comme bien souvent s’est incorporé le mot – par le chef du commandement opérationnel principal de l’état-major russe, le colonel-général Sergueï Roudskoï [ci-dessous devant une carte, comme vous le verrez, du Proche Orient], auquel il serait difficile, sans inconvénients majeurs à moyen terme pour la communication de son pays, de dire absolument n’importe quoi, publiquement et en personne [sachant qu’une chose est de mentir pour couvrir ses échecs, autre chose malgré tout de mentir en vue de présenter les grands succès des autres comme de cuisants échecs]. [[[ lien =   http://eng.mil.ru/en/news_page/country/more.htm?id=12172894@egNews  ]]]

 

Gal Sergueï Roudskoï.png

Voici quelques brefs extraits de ses propos très complets tels que rapportés par le site du ministère de la Défense [je porte en gras les révélations les plus saisissantes] :

« […]

The United States, Great Britain, and France assess the strikes as successful. They claim that all the missiles hit the assigned targets. At the same time the Research Center in Barzah is allegedly hit by seventy-six cruise missiles, and the storage of Him Shinshar – with twenty-nine cruise missiles. In total, according to the US representatives, 105 missiles were fired.

General Staff of the Armed Forces of the Russian Federation carried out a detailed analysis of the results of the strikes. The collected fragments of missiles, study of shell craters, and the nature of destruction of objects allow us to conclude that no more than twenty-two hits of a hundred and five reported ones have been fixed in the target area.

Only thirteen hits from seventy-six declared ones were found in the area of the Barzah Research Center. This is evidenced by the nature of the destruction of buildings and structures of this Center and completely preserved buildings that are around it at a distance of not more than one hundred meters.

Even if to take into account that explosive of the warhead of the Tomahawk cruise missile ranges from 150 to 200 kilograms, according to the American version, without air-ground missiles fired from two B-1B bombers, not less than eight and a half tons of explosives were to explode in the area of the target. As a result of such an explosion, the Barzah Research Centre was to suffer much more damage. However, it is not observed.

The obtained intelligence and objective monitoring data from air defence systems, work on the ground, and a survey of witnesses show that Pantsyr, Osa, Strela-10, Buk, Kvadrat, and S-125 air defence missile systems, covering the capital of Syria and Duvali, Dumayr, Blai, and Mazzeh nearby airfields of the Syrian Air Force, hit forty-six cruise missiles.

Taking into account trajectories of missiles’flight and capabilities of the Syrian air defence systems, they were all struck in five interception areas, three of which are located in the west of the Syrian capital, and two ones – to the east.

Fragments of cruise missiles found in these interception areas have characteristic holes from the striking elements of anti-aircraft guided missiles. There are marks with serial numbers, dates and manufacturers, and other data on mechanical units and components. Specialists will be able to easily identify the belonging of these fragments. Some of them are demonstrated at the exposition.

Part of the missiles did not reach the targets, apparently because of technical malfunctions, creating a threat of destruction of civilian objects and the death of civilians. Two of them, including the Tomahawk cruise missile and an air high-precision missile, were transported to Moscow.

Now they are being examined by Russian specialists. The results of this work will be used to improve Russian weapons.

[les deux alinéas qui suivent concernent manifestement les deux sites de Him Chinchar :] According to Pentagon representatives, 22 missiles hit ground-based structures. The Russian party registered no more than seven hits.

The Him Shinshar underground storage facility, as the US military believes, was struck by seven missiles. According to our intelligence, only two hits were registered.

At the same time, the largest damage to expensive and so-called « smart » missiles was caused to economic buildings that have nothing in common with military activities.

In total, 20 missiles were shot down in three areas of the responsibility zone of air defence of Homs by Pantsyr, Osa, Buk, S-125, and Kvadrat air defence missile systems of the Syrian armed forces.

It is to be noted that most high-precision missiles were shot down by S-125, Osa, and Kvadrat Soviet-made air defence systems.

These systems were recovered and modernized under the auspices of Russian specialists.  […] »

L’on aura bien compris – je ne m’attarde pas sur l’énumération des armes de la DCA syrienne, incluant vous l’aurez noté le Pantsir – : le général Roudskoï admet le nombre de missiles suggéré par les États-Unis, sans s’étendre sur ceux qui ne seraient pas partis [son propos n’est certes pas d’insister sur le travail effectué par les Russes…], à savoir cent cinq ; mais il pose fermement que vingt-deux missiles seulement fussent parvenus à leur cible, c’est-à-dire à peine plus de vingt pour cent – une misère, si tel est bien le cas. Ces vingt-deux missiles, après examen des lieux, devraient être distribués comme suit : treize à Barzeh [et non soixante-seize, selon la revendication du Pentagone] ; et respectivement sept et deux pour les deux sites de Him Chinchar [soit neuf en tout – et non vingt-neuf].

En creux, il est suggéré que tout l’effort de protection syrien a porté, avec des moyens qui n’étaient pas infinis sur les aéroports militaires et, surtout Damas. Comme M. Roudskoï a rappelé l’intention russe de doter la Syrie de S-300, les chances de pouvoir garantir le ciel syrien d’ici à quelques mois devraient être encore améliorées [mais cette intention ira-t-elle à son terme, ce n’est pas certain au regard des protestations véhémentes de Tel-Aviv qui ne veut pas que Damas jouisse de capacités, strictement défensives pourtant, accrues, afin de pouvoir bombarder librement le voisin détesté].

Le tableau dessiné par le général russe est-il exact à plus ou moins quelques unités près ? Je n’ai évidemment aucun moyen d’en être certain. Mais, s’il l’est, il est très impressionnant.

 

III. – Voici encore que l’on apprend [dans le site The Warzone à la date du 25] que ce mardi 24 avril, intervenant dans le cadre du 2018 GEOINT Symposium [GEOINT = US Geospatial Intelligence Foundation] organisé à Tampa [Floride], le général Raymond A. Thomas, chef de l’USSOCOM [United States Special Operations Command], dont le siège [tout comme celui du CENTCOM, lié aussi centralement à nos affaires] est d’ailleurs Tampa, a fait une révélation impressionnante, propre à confirmer les suggestions auxquelles je me suis risqué plus haut. [NB = l’USSOCOM, comme le CENTCOM, est l’un des dix Unified Combatant Command, dont sept, ainsi le CENTCOM, ont un ressort géographique, et trois, ainsi l’USSOCOM, une destination fonctionnelle]

Ayez bien à l’esprit ces deux considérations :

D’une part le général Thomas sait ce dont il parle : il est parfaitement placé pour mesurer la gravité des difficultés qu’il évoque ; et il occupe sa fonction [où il a succédé d’ailleurs au général Votel, lorsque celui-ci a pris la tête du CENTCOM] en mars 2016, il y a deux pleines années.

D’autre part, ce haut responsable eût pu faire silence ; s’il parle, on imaginera que c’est avec l’accord probable des généraux Dunford et Mattis ; et l’on supposera que cela tient à ce que les militaires les plus élevés dans la hiérarchie pensent 1/ que les rumeurs sont désormais trop répandues pour pouvoir être traitées seulement par le mépris ; 2/ qu’il vaut mieux, tout bien pesé, « communiquer », au moins dans une certaine mesure, pour que soient consentis rapidement par le Congrès les crédits indispensables à la diminution de la vulnérabilité électronique assez paradoxale des États-Unis [et bien entendu, j’imagine, du fait de l’intégration systémique occidentale, de leurs alliés – ce qui pourrait expliquer les probables défaillances de nos FREMM].

Voici certains des propos du général Raymond. À dessein, il semble tout d’abord en restreindre la portée en évoquant à titre principal un cas assez spécifique, celui d’attaques contre des AC-130 [avions d’attaque au sol et d’appui aérien dits gunship, c’est-à-dire lourdement armés]. Mais il ajoute immédiatement qu’il n’y a là qu’un aspect de tentatives beaucoup plus larges de « jamming » [brouillage] and « other non-kinetic attacks to American military activities in the region [la Syrie] and in general » [ces propos sont rapportés en substance par le journaliste, mais paraissent correspondre de très près aux termes utilisés par M. Raymond – notez que non-kinetic attack, attaque non-cinétique, non physique, non mécanique si l’on veut, évoque simplement dans l’usage contemporain cyberattack dans le cadre d’une cyberwarfare, d’une action de guerre électronique]. L’orateur finit par exprimer dans les termes les plus nets l’apleur de la difficulté rencontrée :

« Right now in Syria, we’re in the most aggressive EW [= electronic warfare] environment on the planet from our adversaries. They’re testing us every day, knocking our communications down, disabling our AC-130s, etc. »

Bien entendu, même si M. Raymond ne précise pas quels sont les auteurs de telles attaques, il ne fait aucun doute qu’il vise les forces russes. Bien que l’article soit long et propre à éclairer ces questions, je ne vais pas plus loin : il semble difficile de douter que les probables difficultés rencontrées dans les actions « cinétiques » des trois puissances atlantiques n’aient pas résulté pour une bonne part de l’action « non-cinétique » de la Russie, soit qu’elle ait été en mesure de donner des coordonnées parfaites des missiles agresseurs, facilitant leur destruction, soit qu’elle ait neutralisé une partie de ces derniers, soit qu’elle les ait suffisamment perturbés pour les rendre plus vulnérables aux missiles syriens, soit – on l’a suggéré – qu’elle ait empêché le lancement d’un certain nombre d’entre eux.

L’on voudra bien convenir, j’espère, qu’au point où nous sommes désormais arrivés,  même en l’absence de strictes certitudes, nous sommes parvenus à accéder à un sentiment doté d’une bonne probabilité, et surtout – c’est le plus important peut-être – à une vue assez claire d’un rapport de forces qui ne correspod pas tout à fait à ce que nous inspire notre ridicule suffisance, si dangereuse dès lors qu’elle ne semble bornée par aucune exigence morale élaborée.

[[[ lien pour ceux que cela retiendrait davantage :

http://www.thedrive.com/the-war-zone/20404/american-general-says-adversaries-are-jamming-ac-130-gunships-in-syria.   ]]]

 

IV. – Je crois enfin devoir produire une opinion nettement dissidente – contraire même. Je l’ai relevée sous la plume de M. Alexis Toulet, auteur que j’ai eu l’occasion de lire ici ou là trois ou quatre fois ces dernières années, souvent avec intérêt, même si je n’ai pas toujours été persuadé. M. Toulet est un ingénieur issu de l’école polytechnique, et ses compétences sont à la fois diverses et certainement solides [plus que les miennes en tout cas en de tels domaines]. Ici, il répondait, le 25 avril, dans le courrier des lecteurs, à un article du colonel Pat[rick] Lang, catholique étatsunien, ancien de la Defense Intelligence Agency [DIA], qui anime un blogue qui n’est pas de ceux que je suis régulièrement, dont l’intitulé est Sic semper tyrannis – que l’on peut traduire par : [il en va] ainsi toujours pour les tyrans [= ils périssent violemment].

[[[ lien avec le site de M. Lang, lequel porte un lien avec le site qui a publié originairement l’article critiqué par M. Toulet, « Are the Russians correct ? » – http://turcopolier.typepad.com/sic_semper_tyrannis/2018/04/httpwwwunzcomarticleare-the-russians-correct.html.   Pour une traduction en français du texte de M. Lang, comportant en annexe le commentaire de M. Toulet, voir le site De Defensa – lien :  http://www.dedefensa.org/article/regard-sur-lattaque-du-vendredi-13.  ]]]

Reproduction ci-dessous du sceau de l’État de Virginie, laquelle a adopté cette devise dès 1776, et très rapidement ensuite ce sceau allégorique évoquant la Virginie par la figure d’une Vertu armée ; la formule elle-même est attribuée à ce Brutus qui abrégea les jours de César, le soupçonnant à juste titre de vouloir devenir roi. En France, la figure de Brutus fut adulée sous la Révolution, en particulier par les Jacobins – comme grande figure républicaine bien sûr – ; aux États-Unis, elle est demeurée plus vivante dans la longue durée, mais selon une perspective au fond assez différente, en particulier du fait de l’hostilité d’effectifs significatifs à l’emprise de l’État fédéral compris comme intrinsèquement tyrannique ; ajoutez que, de façon très cohérente, et d’une manière qui peut être tout à fait justifiée dans l’esprit de la construction du libéralisme classique, les très nombreux étatsuniens qui militent [en particulier au sein de la très puissante « National Rifle Association »] pour qu’aucune atteinte significative ne soit portée au « right of the people to keep and bear arms » du deuxième amendement [lequel porte au fond, selon ses partisans, la garantie du premier droit de l’homme selon le libéralisme hobbesien et lockien, celui de se conserver], ne sauraient guère ne pas rejoindre ou être les mêmes que les adversaires de l’État, avec le sentiment, tout à fait persuasif, que le propos de celui-ci est de désarmer les citoyens pour assurer sa plus complète domination sur eux ; cette dimension de libéralisme radical qui se trouve au cœur de ce que j’ai déjà eu l’occasion d’évoquer oralement comme « paléoconservatisme » outre-Atlantique, et qui explique que la différence de ton entre ses partisans et certains représentants de la mouvance libertarienne – ainsi Ron et Rand Paul – puisse sembler assez ténue sur plusieurs grands sujets, paraît très difficile à comprendre en Europe où l’on ne saisit pas que les paléoconservateurs, souvent – pour dire les choses très grossièrement – amateurs d’armes, isolationnistes, plutôt protectionnistes, favorables au gouvernement local et, si l’on peut dire, fondamentalistes constitutionnels et tenant du respect d’une supposée « intention originaire » des Pères fondateurs, sont moins dangereux pour le monde que les néoconservateurs déchaînant des guerres pour la « démocratie », ou bien entendu les évangéliques apocalyptiques.

Sceau de l'État de Virginie.png

Voici le propos de M. Toulet :

« Le coeur de son argument [celui de M. Lang] est cette phrase : « I am told by several foreign sources with access to the information needed to make a valid judgment that the Russians are correct« . Un argument intéressant, mais qui ne convainc pas entièrement, pour dire le moins : « On m’a dit que… »
Le reste est une collection de généralités assez creuses sur la manière dont une défense aérienne peut être organisée.

Pourquoi la communication du MinDef russe sur les « 71 missiles » censément interceptés ne tient pas debout :

La Terre est ronde. C’est un fait que tout le monde connaît, mais qui est très facile à oublier. Or, les missiles de croisière volent à très basse altitude, certainement en-dessous de 100 mètres, probablement en-dessous de 50. L’horizon pour un aéronef volant à 100 mètres se situe à 35 kilomètres, et à 25 s’il vole à 50 mètres. Tout système de défense aérienne situé au-delà, fût-il le meilleur au monde, sera totalement impuissant contre ce missile : aussi performant soit-il, il ne peut tirer en-dessous de l’horizon !

– Ce fait physique de base est aggravé par le relief, que les missiles de croisière utilisent pour se dissimuler aux radars, réduisant encore la distance à laquelle ceux-ci peuvent les détecter. Il faut noter que l’ouest de la Syrie, là où se trouvaient les cibles du raid du 14 avril, est très vallonné

– La trajectoire des missiles de croisière est déterminée aussi de manière à éviter les batteries sol-air les plus dangereuses, ce qui n’est pas difficile à faire étant donné qu’émettant des ondes radar très reconnaissables, il est facile de les cartographier

– La conséquence est qu’en l’absence de détection radar aéroportée – la Russie a déployé en Syrie un radar volant A-50 mais il ne peut assurer une veille permanente à lui tout seul – la seule défense pertinente contre les missiles de croisière est la défense de point à courte portée. C’est la province des fameux Pantsyr S1. Oui… mais il en existe peu. Et ils sont naturellement affectés en priorité aux bases et aéroports militaires, non aux stocks d’armes chimiques ni aux centres de recherches

– Cette défense de point est d’ailleurs loin d’être imparable, car tout système peut être dépassée par une vague coordonnée de missiles de croisière – ce qu’ils sont évidemment programmés pour faire – surtout comme lorsque les Etats-Unis contre le centre de recherches à Damas on en tire des douzaines

– Que dit la communication russe ? Que 71 missiles ont été abattus avec la répartition suivante :
Buk: 24 missiles abattus
Osa: 5
S-125: 5
Strela-10: 3
Kvadrat: 11
S-200: 0
Pantsir-S1: 23
Or, au minimum S-125 et Kvadrat sont des systèmes de défense à moyenne et haute altitude, dont l’altitude minimale d’engagement est d’au moins 100 mètres, et qui n’ont par conséquent pas la moindre chance de toucher un missile de croisière, lequel vole trop bas. Ce simple fait établit que la communication russe est mensongère

Reste bien sûr à déterminer à quel point :

– La charge militaire des missiles de croisière modernes est « à risques atténués », c’est-à-dire conçue pour ne pas exploser si une explosion proche se produit. C’est nécessaire pour la sécurité, sachant que ces missiles sont stockés en groupe. La conséquence est que si un missile est abattu – ou s’il s’égare – sa charge militaire survivra dans la plupart des cas. Nous parlons d’un objet métallique de plusieurs centaines de kilogs, pas vraiment difficile à retrouver. Et très intéressant pour la propagande naturellement !

Si plusieurs missiles de croisière avaient été abattus par la DCA syrienne, ou avaient gravement dysfonctionné, la communication russe ou syrienne pourrait présenter quelques épaves pour s’en gausser – au moins leur charge militaire. Et si 71 missiles avaient été abattus, alors ce sont les images de dizaines de charges militaires qui pourraient être présentées.

A ce jour, Syrie et Russie n’en ont présenté pas une seule.

Ce fait est d’ailleurs légèrement surprenant. Car enfin, même dépassée, parmi plus d’une centaine de missiles de croisière, y compris un bon nombre en plein sur leur capitale, il pouvait sembler naturel que la DCA syrienne parvienne à en abattre quand même une poignée… deux ou trois, enfin !

La défense antiaérienne syrienne a de fait été en-dessous de tout. Ce fut probablement une surprise pour les planificateurs militaires occidentaux. L’une des raisons d’envoyer des douzaines de missiles sur une seule cible, c’est qu’on s’attend à ce qu’un certain nombre soit abattu.

Pourquoi cet échec ? On en est réduit aux hypothèses :
– Il est par exemple possible que la guerre électronique ait joué un rôle. Les radars syriens sont relativement anciens, et sont peut-être vulnérables aux contre-mesures électroniques les plus récentes
– Les Etats-Unis ont pu lancer aussi des missiles leurres miniature ADM-160 – petits et faciles à transporter en nombre – sur lesquels la DCA syrienne se serait concentrée
– Pour certains missiles de croisière, notamment les Scalp français et britanniques et les JASSM américains, la furtivité a pu jouer un rôle – pas pour les Tomahawk américains cependant
– La défense antiaérienne syrienne peut avoir largement perdu de ses compétences – nous parlons d’un pays en guerre civile depuis sept ans, tout de même
… Ou bien un peu de tout cela à la fois ?

Quoi qu’il en soit, le raid du 14 avril a confirmé les points suivants :
– Les Occidentaux peuvent bombarder la Syrie à loisir, sans qu’elle puisse se défendre efficacement
– La Russie n’a pas les moyens de protéger la Syrie de ces attaques – les fameux S-400 comme tous les autres systèmes au sol ne peuvent voir en-dessous de l’horizon
– Les Occidentaux ont une peur bleue de bombarder par erreur des soldats russes – à distinguer des mercenaires – car la Russie contrairement à la Syrie aurait naturellement les moyens de riposter. »

Brièvement : l’argument d’ensemble s’entend bien sûr, mais il ne me persuade pas vraiment – surtout sur un mode aussi radical – ; je juge très probable que les missiles occidentaux aient rencontré de vives difficultés – et presque certain que soixante-seize missiles n’ont pas été lancés sur l’assez modeste complexe de Barzeh [!!!]. Je tends à penser que nous manquons d’éléments sur la façon dont les capacités électroniques importantes de la Russie – déjà observées, je l’ai dit, dans l’affaire de la complète incapacitation du USS Donald Cook en Mer Noire en avril 2014, ont été mises en œuvre, mais je ne doute évidemment pas que les Russes ne soient sortis de Tartous et de Hmeimim ; et je suppose que, dans la mesure où il y a désormais beaucoup plus de Russes en Syrie qu’il y a deux ans, il faut peut-être considérer – en attendant de plus amples informations – que des postes nombreux et avancés – peut-être jusque dans le Sinaï égyptien ou en en Irak – ont permis de repérer très tôt les missiles venus même de la Mer Rouge ou du Golfe. J’éprouve certes, comme M. Toulet un doute sur un succès aussi impressionnant de la DCA syrienne que celui que soulignent les Russes, afin probablement – ainsi que je l’ai suggéré – de minimiser leur propre rôle. Mais, par contre, je tends à considérer qu’il ne faut pas sous-estimer les hautes capacités russes de disabling, tant de nos lanceurs que de nombreux missiles vieillissants comme les Tomahawks.

Cette affaire est bien entendu très formatrice : comme vous le mesurez, il n’est généralement pas possible de faire davantage que de conjecturer, avec le résultat de dessiner des probabilités, lesquelles bien entendu doivent être révisées autant que la suite des recherches le rend possible.

 

III.

La question des objectifs effectivement touchés — sachant que, s’agissant de ceux qui étaient ciblés et sont demeurés indemnes, soit que les missiles ne fussent pas partis [un grand nombre, on l’aura compris – entre vingt-quatre et plus de quatre-vingts si l’on ajoute le Cook, davantage encore peut-être si d’autres faiblesses techniques se révélèrent qui nous demeurassent inconnues], soit qu’ils ne soient pas arrivés [soixante-et-onze peut-être donc – en tout un très considérable « delta », on en conviendra puisque, des environ 190 missiles plausiblement programmés en incluant le Cook, seulement 34 eussent été à la fois lancés et conduits à l’objectif…], il sera très difficile d’assurer jamais un décompte approchant la certitude — nous intéresse en particulier sous trois aspects : 1/ quels sont-ils tout simplement ? 2/ leur nombre et leur étendue rendent-ils plausible que, ainsi que le prétendent au fond les autorités washingtoniennes, cent-cinq missiles occidentaux eussent atteint leur cible ? 3/ leur identification confirme-t-elle ou non la « narrative » mise en avant à des fins d’impossible justification ? [impossible, je le répète, puisque, légalement, même si notre récit avait été juste, il n’eût pas justifié notre choix de recourir à la force en dehors d’une habilitation du Conseil de sécurité, ou de l’une des exceptions prévues par la charte des Nations-Unies].

Je vais m’empresser de répondre à la deuxième question : un certain nombre de spécialistes ont très expressément jugé impossible que cent cinq missiles eussent été utilisés pour un aussi petit nombre de cibles ; un tel gaspillage eût été tout à fait inutile, et même incompréhensible ; ce disant, ils appuient évidemment la thèse russe de l’échec d’un grand nombre de missiles envoyés à parvenir à leur cible, évidemment autre que les objectifs effectivement détruits.

La première question ne semble pas faire l’objet de bien grandes controverses ; il est vrai que lorsque des bâtiments sont complètement rasés, il se trouve toujours des témoins pour le voir et le dire. L’on passerait difficilement, vous en conviendrez, à proximité du centre de recherche de Barzeh [Barzah] sans remarquer qu’il s’est passé quelque chose :

Le centre de recherche de Barzah.png

Barzeh, peu au nord de Damas, fut la cible la plus importante semble-t-il ; en effet, les deux autres cibles, situées à proximité de Homs, dans la localité de Him Chinchar [ci-dessous], n’eussent été formées que de bâtiments de stockage [stockage de quoi, là est certes la question].

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L’on aura compris mon titre « Trois petites frappes » : toute frappe ici eût été excessive ; mais l’on admettra que – dans ce qui du moins a pu être réalisé, assurant certes la destruction totale de quelques bâtiments – il n’y avait rien qui pût changer le cours des événements – souder davantage simplement une majorité du peuple autour du chef de l’État [le peuple de la Syrie il s’entend, car je doute fort que M. Macron en tire un bénéfice intérieur, beaucoup commençant sérieusement à s’interroger]. Des points de suspension que j’ai placés à la fin du titre, je m’expliquerai plus loin – ils sont importants à mes yeux même si je forme ardemment le vœu de n’avoir pas à les compléter en mai ou juin.

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Quant à la troisième question, lorsqu’on la pose, on se sent le rouge au front pour nos gouvernants [eux – je vous rassure – vont bien ; ils nous prennent pour des imbéciles, ont parfois raison ; et de toute façon foncent vers leurs objectifs néolibéraux et néoconservateurs en pensant – à juste titre peut-être – qu’ils les atteindront avant qu’une vraie révolte n’éclate, non sans obstacles, celle-ci, du fait de la ruine, méthodiquement assurée, des anciennes libertés]. Tout à fait comme dans l’affaire Skripal : dans celle-ci, on nous a expliqué que le poison supposément le plus toxique du monde ne tuait finalement personne, ne contaminait en vérité personne, que sa fabrication était d’évidence tracée, seuls « les Russes » sachant faire cette chose affreuse – alors que de nombreux laboratoires, en particulier anglais et étatsuniens le peuvent tout autant selon un avis largement répandu – ; ici, l’on nous dit que l’on a frappé à Barzeh un terrible centre de recherches sur les armes chimiques ; bien entendu, l’on présente des images zénithales, verticales [ci-avant] ; mais regardez bien l’image ci-dessous, présentée par l’excellent site Southfront [le tout meilleur à mon sens sur l’affaire syrienne, concernant en tout cas l’information au jour le jour, l’imagerie et la cartographie] ; cette image ayant été reconstituée semble-t-il, afin de présenter les destructions dans le cadre habituel du centre [mais nullement « trafiquée »], j’ai souhaité bien sûr la compléter par une copie de Google Maps [à la suite].

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L’absurdité de ce que l’on nous raconte éclate. Le Pentagone voudrait surtout que l’on croie que soixante-seize missiles ont été envoyés sur cet hectare et demi ! Quant à M. Macron et à sa brillante équipe, ils prétendent qu’il y avait là un site majeur de mise au point des plus redoutables armes chimiques, en particulier de la chlorine [je reviendrai sur ce terme ambigu] et du sarin, lesquels n’ont, évidemment, aucun motif, depuis beau temps, d’être très particulièrement étudiés par des équipes scientifiques de haut niveau dans de vastes bâtiments de recherche opérant à des fins supposées militaires ! Je pose deux simples questions : si nos allégations avaient été justes, est-ce que nos frappes n’eussent pas été très dangereuses pour le proche voisinage, comprenant de nombreux immeubles d’habitation ? et eût-il été, d’autre part, bien raisonnable de laisser circuler forces de sécurité et effectifs divers sans protection particulière dès le jour même ? Poser ces questions, c’est y répondre. J’ose le dire – dans le cadre des devoirs appelés par le principe constitutionnel d’indépendance des universitaires, et assuré, contrairement à ce que tant de ses mimiques et de ses emportements pourraient suggérer, de ne pas déplaire au libéral M. Macron [v. tweet ci-dessous] – : je fais plus que redouter que l’on ne nous mente, et ceci dans le cadre d’une affaire, même si elle ne devait pas comporter d’autre suite militaire, ce qui n’est pas du tout certain, d’une gravité exceptionnelle sur le plan légal, symbolique et politique.

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M. Macron n’a guère de chance il est vrai. Nous verrons plus loin comment les autorités étatsuniennes et turques ont démenti sans aucun ménagement tels de ses propos consécutifs à cette affaire. Mais s’agissant de Barzeh, il ignorait manifestement un aspect essentiel du dossier : l’OIAC venait de certifier que ce centre ne soulevait aucune sorte de difficulté au regard de l’interdiction des armes chimiques. À moins de prétendre interdire toute recherche dans ce grand pays intellectuel qu’est la Syrie, où les gens de talent sont nombreux dans tous les domaines, il est déraisonnable de se réjouir que l’on pilonne des centres de recherche qui sont aussi, c’est le cas ici, des lieux universitaires ; il n’est pas facile d’expliquer, me semble-t-il, que les dégradations de Tolbiac étaient décidément insupportables, et de bombarder des locaux dédiés au savoir [et peut-être, selon certaines indications, à la recherche pharmaceutique] et à l’édification desquels, dit-on, la France aurait contribué  [comme il est délicat je crois, dans un autre ordre de perspective, de considérer que toutes sortes de survivalistes communautaires de gauche – le survivaliste étatsunien type est un peu différent… – sont d’affreux occupants sans titre à Notre-Dame-des-Landes, et de ne pas respecter ce titre qui n’en connaît pas de plus haut : la souveraineté d’un peuple].

Les pièces de l’OIAC [Organisation pour l’Interdiction des Armes Chimiques] valent ici d’être, au moins partiellement, reproduites. Notons tout d’abord que l’OIAC [OPCW – Organisation for the Prohibition of Chemical Weapons] est une organisation particulièrement sensible, comme toutes les organisations internationales, aux souhaits des puissances impérialistes atlantiques.

[[[ Cet aspect mériterait une forte étude de sociologie politique critique, réalisée à partir de quelques exemples, laquelle à ma connaissance n’existe pas – et pour cause : les gens qui pourraient la conduire le mieux n’y songent pas même ou bien si, pour une poignée, ils y songent, ne souhaitent pas s’y livrer pour, justement, les motifs que ne manquerait pas de souligner une telle étude — la recherche dans les disciplines humaines est fort entravée, à la fois

1/ par le conformisme disciplinaire qui conduit la plupart des « chercheurs » à produire, mimétiquement, des travaux effroyablement répétitifs et le plus souvent sans grand intérêt, à brève échéance d’ailleurs promis à la concurrence redoutable des procès de l’intelligence artificielle ;

2/ par la spécialisation, à laquelle s’adosse bien entendu le conformisme, car non seulement la police immanente de la pensée opère mieux dans le petit que dans le vaste groupe, dans la lambille – comme l’on disait chez les Picards, la lambille, morceau de viande puis mince lamelle de terre, découpée par les partages successoraux, lambel du blason – trop ratissée que dans la forêt d’esprit, naissant de l’entrecroisement infini et mouvant des pensées, mais encore il n’est pas de possibilité de construire des vues alternatives sur un petit objet – bien entendu, dans ma vue, d’engendrer différemment l’ob/jet que semble transmettre, avec sa notice, la dogmatique universitaire – si l’on demeure comme le nez dessus ; seule l’ordination décidée à la totalité donne à voir, et à voir aussi qu’on ne saurait voir, mais seulement créer ;

3/ par, en deçà même de l’esprit de conformité, et le soutenant, l’absence d’imagination des « chercheurs » – simples employés souvent appliqués et non fragments douloureux de l’esprit se cherchant, aspirant à accumuler quelque savoir, sans entendre aucunement ce que pourrait vouloir dire « savoir », au lieu de contribuer à l’explosion, seule féconde spirituellement, de la négativité – laquelle absence, souvent sidérante, d’imagination les conduits presque tous, en rangs toujours plus serrés depuis un tiers de siècle, à soutenir, à propogager et à veiller jalousement auprès de cet étroit esprit de spécialité ;

4/ par la peur des risques « de carrière » auxquels s’exposeraient les rares imaginatifs qui – sous l’œil de douaniers impitoyables dans leur uniforme de pensée, se chuchotant « mais non cher ami, il n’est pas des nôtres, vous voyez bien, il sale, et le sel on le jette » – prétendraient s’affranchir des fils barbelés auxquels l’esprit, dans à peu près toute société – pas seulement la nôtre certes, ni celles de notre temps, mais pas moins assurément la nôtre -, se trouve confronté dès qu’il veut sortir de l’aquarium dans lequel les « chercheurs » interchangeables se tiennent bien chaud

– je m’arrête car j’ai déjà le cœur sur l’eau, selon une expression évocatrice, mais élégamment discrète, dont j’ai l’impression qu’elle a disparu – les mots et les expressions meurent au rythme désespérant des abeilles. – À une question posée, sur le sel : v. Mt V, 13 sq., Mc IX, 47 sq., Lc XIV, 34 sq. – le monde académique renverserait ainsi, si l’on me suit, le propos évangélique, et point par sécularisme – là n’est aucunement la question. ]]]

Décision de l'OIAC-OPCW du 11 novembre 2016.png

Cette sensibilité seule permet de comprendre le ton assez pénible – disons-le : partial – d’une décision du Conseil exécutif de l’OIAC en date du 11 novembre 2016, fort longue et rédigée, par exemple, tout à fait à la façon que vous connaissez déjà d’une résolution du Conseil de sécurité. Vous ne m’en voudrez pas de ne pas perdre trop de temps et d’aller à l’essentiel pour ce qui nous occupe – à savoir le point 11 de la décision :

« Decides also that the Secretariat shall conduct inspections, including sampling and analysis, twice a year at the Barzah facilities of the Syrian Scientific Studies and Research Centre (SSRC) and twice a year at the Jamrayah SSRC facilities on dates to be determined by the Secretariat with full and unfettered access to all buildings at these sites and all rooms within these buildings; further decides that the Secretariat shall conduct such inspections until the Council decides to cease them; and further decides that the Syrian Arab Republic shall facilitate promptly, and fully cooperate with, these inspections ; »

C’est par suite de cette décision que furent bien entendu organisées des « inspections » régulières, particulièrement approfondies, vous l’aurez compris en lisant le texte, de deux sites, Barzah et Jamrayah.

Je voudrais rassurer ceux qui prennent plaisir à ce que l’on frappe les innocents, et qui trouvent bien naturel qu’au prétexte de conduire la « War on Terror », on répande soi-même la terreur autour de la planète et s’acharne à plonger la Syrie dans un chaos irrémédiable, tout en annonçant qu’il n’y aura pas d’aide pour reconstruire ce que nous détruisons à dessein : certes, Barzah [Barzeh] seule fut bombardée dans la nuit du 13 au 14 ; mais c’est qu’Israël – qui se consent à lui-même un titre général à frapper qui, où et quand il veut [ce que répète régulièrement le ministre de la Défense Avigdor Li[e]berman, dont j’imagine qu’il a appris le droit international dans un manuel encore plus surprenant que celui de MM. Bush, Trump et désormais – bienvenue au club ! – Macron] – a déjà frappé à deux reprises au moins ces derniers temps le Syrian Scientific Studies and Research Center de Jamrayah [Jomrayah] [plus connu internationalement comme CERS, Centre d’Études et de Recherches Scientifiques], situé à une dizaine de kilomètres à l’ouest de Barzeh, la dernière fois le 7 février 2018.

Certes, diverses officines du monde atlantique passent leur temps à expliquer que ce centre de recherche est l’antre où sont combinés tous les poisons ; mais il n’apportent strictement aucune preuve ; et, justement, l’ OIAC a rendu son dernier verdict il y a bien peu, le 23 mars 2018, concernant et Barzeh et Jamrayah, et plus largement la situation syrienne sur le chapitre concerné. Dans une Note by the Director-General intitulée, selon une formulation itérative, « Progress in the elimination of the Syrian chemical weapons programme » [réf. EC-88/DG.1], au point 11 :

« In accordance with paragraph 11 of Council decision EC-83/DEC.5, the second round of inspections at the Barzah and Jamrayah facilities of the SSRC was concluded on 22 November 2017. The results of the inspections were reported as an addendum (EC-87/DG.15/Add.1, dated 28 February 2018) to the report entitled “Status of Implementation of Executive Council Decision EC-83/DEC.5 (dated 11November2016)” (EC-87/DG.15, dated 23 February 2018). The analysis of samples taken during the inspections did not indicate the presence of scheduled chemicals in the samples, and the inspection team did not observe any activities inconsistent with obligations under the Convention during the second round of inspections at the Barzah and Jamrayah facilities. »

Pour être plus complet, il ne me semble pas inutile toutefois de reproduire, quoique un peu long, un large extrait d’un document public en date du 13 mars dernier [Opening Statement by the Director-General to the Executive Council at its eighty-seventh Session] :

« 4. The persistent allegations of the use of toxic chemicals as weapons in the Syrian Arab Republic remain a source of grave concern. The Fact-Finding Mission (FFM) continues its work on the allegations that have been assessed as credible. Current FFM activities cover incidents that took place from the end of 2016, except for those on which the Secretariat has already issued reports. The Secretariat provided a briefing to States Parties last week on the latest activities of the FFM.

5. Over the reporting period, the process of consultations regarding Syria’s chemical weapons declaration has been ongoing through the exchange of letters. The Syrian Arab Republic provided to the Secretariat a timeline and an overview of chemical weapons research and development activities carried out on its territory, including documents pertaining to the Scientific Studies and Research Centre (SSRC).

6. The results of the technical analysis of Syria’s documents conducted by the Declaration Assessment Team (DAT) have been made available to the Council in my report on the work of the DAT, EC-87/HP/DG.1 (dated 2 March 2018).

7. On 6 March, the DAT gave an informal briefing to the States Parties on the technical aspects and the current status of all outstanding issues related to the initial declaration and submissions of the Syrian Arab Republic. The Secretariat remains unable to confirm that the Syrian Arab Republic has submitted a declaration that can be considered accurate and complete in accordance with the Convention and the decisions of the Council.

8. On 22 November 2017, a second round of inspections was concluded at the Barzah and Jamrayah facilities of the SSRC. In February this year, samples were sent to two designated laboratories for analysis. The results of the inspection were issued on 28 February as an addendum to my report EC-87/DG.15 (dated 23 February 2018) and it was noted that the inspection team did not observe any activities inconsistent with obligations under the Convention.

9. On the subject of Syria’s chemical weapons production facilities (CWPFs), the Secretariat has verified the destruction of 25 of the 27 former CWPFs declared by the Syrian Arab Republic. In November 2017, the Secretariat conducted an initial inspection of the last two stationary above-ground facilities in accordance with paragraph 44 of PartV of the Verification Annex to the Chemical Weapons Convention. The Secretariat, together with the United Nations Office for Project Services, is to conclude a contract in the next couple of weeks with a company that will assist the Syrian Arab Republic in the destruction of the facilities located at these two sites. Destruction work could take another two to three months.

10. With regard to the special mission conducted in response to the request of the Syrian Arab Republic, the Secretariat deployed a team of experts between 6 and 12 February. Despite some logistical and security challenges, five sites were visited and a summary of the findings was issued as a Note by the Secretariat, S/1596/2018 (dated 2 March 2018). The experts observed a number of chlorine cylinders and a storage tank containing an acidic substance. »

Bien entendu, l’OIAC observe au point 7 qu’il lui est impossible de certifier que la Syrie lui ait bien tout dit de façon précise. Il n’y a aucune conclusion à tirer de cette précaution d’usage : qui, sous la lune, pourrait-il certifier que tel lui eût bien tout dit de façon précise ? Aucun soupçon n’est d’ailleurs formulé.

Si j’ai tenu à reproduire ce document plus complet, c’est à cause du point 10 : voici que les experts ont relevé la présence en un lieu – qui n’est pas même précisé, car la chose n’est d’aucune portée – de quelques « chlorine cylinders », dans le genre sans doute de ceux que je reproduis ci-dessous. Vous comprenez bien que s’il y avait eu là une difficulté – quoi que ce soit ressemblant au gaz moutarde par exemple -, l’OIAC n’eût pas manqué de le souligner. Si tel n’est pas le cas, c’est parce que, peut-être, ces cylindres étaient vides.

Mais ne l’eussent-il pas été qu’il n’est évidemment pas certain que l’intention militaire eût pu être présumée. Tout simplement parce que la « chlorine » comme portent les journaux, n’est en bon français rien d’autre que le « chlore » [chlorine est un terme anglais] – ce chlore qui [avec le carbone] est au cœur de la chimie, et avec lequel on purifie l’eau ou que l’on utilise dans nombre de produits ménagers, grâce auquel on blanchit le papier, etc. ; du sel, chlorure de sodium [composé d’atomes de chlore et d’atomes de sodium], l’on peut extraire du chlore, et c’est en principe à partir du sel que l’on procède. Je ne vais pas m’attarder mais il va de soi qu’aucun pays moderne ne peut se passer de chlore – il en est d’ailleurs produit, me semble-t-il, de l’ordre de dix millions de tonnes par an dans l’Union européenne. La question n’est pas donc de savoir s’il y a du chlore en Syrie – le chlore étant de toute façon l’un des éléments chimiques les plus abondants naturellement [et tenant une place importante dans notre corps] – mais s’il y a, du côté gouvernemental, des stocks de produits chlorés dont la vocation puisse être effectivement jugée militaire [ainsi du dichlore – dichlorine –, qui est un gaz de combat moins dangereux que d’autres mais redoutable malgré tout et propre à causer de grands dommages sanitaires]. Ce n’est pas ce qu’a pensé, on l’aura compris, l’OIAC.

 

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[[[ M. Berruyer, sur le très bon site Les Crises,  a donné un travail de production documentaire plus complet que le mien : https://www.les-crises.fr/les-frappes-ont-detruit-un-mysterieux-laboratoire-chimique-qui-etait-sous-surveillance-reguliere-de-loiac/ ]]]

Il est bien sûr deux points d’importance encore, dans l’ordre de questions que j’essaie d’affronter dans ce troisième mouvement : y eut-il des pertes humaines ? doit-on considérer que d’autres lieux que les trois finalement touchés aient été pris pour cible ?

1/ À la première de ces deux questions, je ne peux faire davantage que de me tenir à ce qui fut annoncé assez vite par Damas et ne fut pas plus amplement précisé par la suite : les frappes n’eussent causé la mort de personne ; le nombre de blessés serait de l’ordre de trois, quatre ou cinq si j’ai bien compris. Je ne peux rien conclure des valeurs ainsi proposées. En effet :

d’un côté, le caractère insignifiant des pertes pourrait confirmer l’absence d’enjeu stratégique des sites « chimiques » touchés : le « régime » eût-il laissé sans surveillance armée significative des lieux qui eussent été d’un enjeu stratégique majeur au regard de sa vilaine propension à gazer à tout va[t] ?

mais d’un autre côté, si son propos, commentant l’agression, fut de suggérer qu’elle avait été mal orientée, eût-il pu avouer les pertes importantes de nombreux gardiens des si indispensables armes chimiques ? En ce cas, le bilan humain livré – affichant de si maigres dommages – devrait être réputé mensonger.

J’incline en faveur de la première branche de l’alternative – au moins parce que je suppose qu’il est difficile de dissimuler des morts en nombre significatif, de faire taire les familles, de couvrir entièrement les cris de désespoir qui accompagnent les martyrs jusqu’à la tombe dans les mondes d’Orient [cette dimension collective et bruyante du deuil est bien présente encore dans les mondes méditerranéens d’Europe, jusque dans le Roussillon ainsi]. Mais je préfère ne pas choisir, avec le sentiment que des pertes aussi minimes seraient un peu curieuses si une centaine de missiles avaient touché leurs cibles, ainsi que le prétend le Pentagone.

 

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2/ La deuxième question est d’un enjeu politique beaucoup plus lourd. Ainsi que je l’ai dit :

a/ je ne peux croire qu’il ait fallu plus de cent missiles pour trois objectifs dont deux très limités et le troisième propre à être entièrement détruit par huit à dix missiles ;

b/ j’écarte en haussant les épaules [comme tous] l’affirmation du Pentagone selon laquelle soixante-seize missiles eussent frappé les quelques bâtiments de Barzeh, assurément les plus amples du programme ;

c/ j’en conclus – et cela ne peut que tendre à confirmer l’affirmation par Moscou d’une élimination des deux tiers des missiles envoyés [et peut-être même davantage on l’aura compris] – qu’un tel nombre de missiles, lesquels eussent dû être plus nombreux encore – voire beaucoup plus nombreux si l’on retient ma suggestion concernant l’USS Donald Cook -, n’ont pu ne pas se voir assigner, non pas trois mais, six, sept ou huit objectifs sans doute, ou davantage même. Des listes d’aéroports militaires ont circulé [confirmées par le général Roudskoï on l’a vu], d’autres mentionnant telle ou telle supposée installation chimique. Mais surtout, il a été dit que des cibles eussent été visées à Damas, en particulier le Palais présidentiel et la caserne des soldats d’élite de la Garde républicaine [écusson ci-dessus ; ci-dessous, le « lion de la Garde républicaine », mort en octobre dernier à Deir ez-Zor, le major-général Issam Zahreddine, commandant de la 104e brigade de la Garde, chef passant pour peu porté à la pitié envers les rebelles, mais extrêmement valeureux, adulé par ses hommes, dont des centaines et des centaines, dans la seule 104e, ont péri en quelques années au combat, ce qui ne saurait porter les survivants à la mansuétude ; notez que le général Zahreddine, au sein d’une armée multiconfessionnelle, était druze, de notable famille, et que cette communauté fut assez profondément divisée ces sept dernières années – M. Walid Joumblatt, si connu, demeurant hostile au gouvernement damascène ; pour dire vite les choses, le druzisme est une sorte de postchiisme extrêmement spécifique, difficile à connaître puisque accessible simplement au terme d’une initiation comportant des degrés].

 

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Des témoignages dignes de foi invitent à admettre que le palais de M. Assad fut visé, tous les missiles se trouvant toutefois neutralisés par la DCA. Il semblerait que, devant la quantité de missiles envoyés, la défense syrienne, certainement conseillée par les forces russes, ait choisi de défendre absolument certains lieux, dont la capitale elle-même, et de sacrifier purement et simplement certains autres – dont Barzeh ainsi [situé pourtant à seulement cinq ou six kilomètres au nord du palais présidentiel, installé lui-même à l’extrême nord-ouest de Damas].

Bien sûr, si c’est le cas, alors l’on se confirme dans l’idée que M. Macron entretient une relation un peu difficile avec la vérité. Poser en peu de temps, il y a quelques jours, face à MM. Bourdin et Plenel [M. Bourdin à l’épouse duquel, la charmante Mme Anne Nivat, très préférable à mes yeux à son époux, fille d’un grand spécialiste de la Russie, et elle même très familière de ce pays, M. Macron, après l’entretien, saisi par une bouffée mégalomane, eût déclaré bizarrement être l’ « égal de Poutine » et, d’aileurs, être compris par lui …] cinq – pour le moins – improbabilités sérieuses, cela ne rehausse guère un chef.

Dire ainsi que « c’est la communauté internationale qui est intervenue », lorsqu’il s’agit de trois pays fort critiqués, et soutenus du bout des lèvres par nombre de leurs alliés.

Poser à propos d’une intervention aussi gravement illégale internationalement  que « Nous avons œuvré pour que le droit international ne soit plus violé » alors qu’une telle interprétation vaudrait à M. Macron une note désastreuse du Pr Alland lors de l’examen de droit international de troisième année.

Prétendre que « nous avons réussi l’opération sur le plan militaire » alors qu’il est désormais avéré que c’est, d’une façon ou d’une autre, inexact [je laisse de côté les demi-aveux de cette pauvre Mme Parly].

Assener : « Ses [M. Assad] capacités de production d’armes chimiques ont été détruites » alors que presque tous admettent qu’une telle vue n’a aucun sens.

Et enfin jurer que « La France n’a pas déclaré la guerre au régime de Bachar al-Assad » alors que nombre d’indications ultérieures, notamment au cours de cet affolant voyage aux États-Unis, pendant lequel tout a suggéré que M. Macron était engagé désormais, en Syrie, non pas de façon nouvelle, mais de façon avouée, dans une opération de « Regime Change », comme on dit là-bas, et bien entendu aussi, tout en jurant le contraire – et pour le plus grand scandale, même de Mme Mogherini – dans une démarche tendant à rejoindre, ou du moins à justifier le souhait de M. Trump de mettre en cause l’accord nucléaire iranien, et propre d’ailleurs à mécontenter tout le monde à court terme, l’Iran bien sûr, l’Allemagne assurément, la Russie cela va sans dire, mais encore les États-Unis eux-mêmes, retardés peut-être dans leurs mauvaises intentions par ce qui pourrait leur apparaître finalement comme une irritante manœuvre de diversion.

Conservons tout cela à l’esprit, que bien entendu Moscou voit très clairement, pour pouvoir anticiper un peu la suite possible d’une affaire dont mes points de suspension, je le redis, souhaitent manifester simplement que je pense que, assez probablement, elle n’est malheureusement pas finie.

 

Ci-dessous, le jeune bélier Syrie Libre – fils de notre vieux Rodéric, mort à presque neuf ans en février, et de Jumelle, brebis de deux ans -, né le jour des frappes impérialistes du 14 avril dernier. Il est déjà affreusement politisé et ne rêve que plaies et bosses. Nous essayons bien sûr de lui enseigner la théorie du genre, mais il accroche assez mal. Nous n’osons imaginer les difficultés qu’il éprouvera à apprendre l’écriture inclusive…

Le jeune bélier Syrie Libre, né le jour des frappes impérialistes du 14 avril 2018.png

 

 

 

 

 

 

 

 

 

iii