Trois petites frappes… [4/4] et une grande guerre ?

PARDONNEZ-MOI DE NE PAS L’AVOIR PRÉCISÉ. J’AI ARRÊTÉ TOUT ENRICHISSEMENT DES « GRANDS » BILLETS QUELQUES JOURS APRÈS LA FIN DES COURS, AFIN DE NE PAS PERTURBER À L’EXCÈS VOTRE TRAVAIL DE RÉVISION, ET CE 4/4 EST TRÈS INCOMPLET. J’AI BEAUCOUP DE NOTES TOUTEFOIS – JE LES REPORTERAI PAR PETITES ÉTAPES DANS UN BILLET QUE J’OUVRIRAI [4/4/2] APRÈS L’EXAMEN. DE MÊME, JE TERMINERAI ALORS SANS DOUTE LE DISCOURS DU MANÈGE.

Mon cher fils Louis, venu de Belgrade en moto, ce dimanche 13 mai 2018 à Tiraspol [en Transnistrie – = Pridnistrie -, difficile et attachant confetti issu de la décomposition de l’URSS il y a un gros quart de siècle… N’oubliez pas la Transnistrie surtout dans la révision des cartes – c’est une question à tous égards tentante.]  Un lien pour d’autres photos m’a été demandé :  

http://www.louiscyprienrials.com/news/

 

Louis_Tiraspol 13 mai 2018.jpg

— Il m’a été demandé quel était ce char flambant neuf. Je ne suis pas très connaisseur, mais, il ne s’agit pas à mon sens d’un char récent – ni le très fameux et admiré T-14 Armata [sur lequel les amateurs du genre – tout sous la lune offre une ressource pour la poésie – trouveront nombre de vidéos en ligne, et que tous pourront voir sans peine, s’ils le veulent, à la minute 55 du film sur le défilé du 9 mai 2018 dont je porte le lien ci-dessous], ni le désormais très classique et réputé T-90. Je pense qu’il s’agit du T-64, qui passa pour l’un des meilleurs chars de son temps lors de sa mise en service à la fin des années soixante, et demeure opérationnel en divers endroits – même si un char plus rustique, le T-72 fut alors le plus fabriqué, et le demeure dans des versions peu à peu modifiées. Plus précisément, il s’agit à mon sens d’une version BV du T-64, dont il est admis qu’un certain nombre d’exemplaires se trouvent en Transnistrie avec les mille cinq cents hommes de la XIVe armée. Ce char n’est plus produit depuis 1987 ; s’il semble, ici, comme neuf, c’est certainement parce qu’il a été repeint – et orné pour la parade du 9 mai dernier, laquelle se déroule non seulement à Moscou mais en des lieux très nombreux de l’immense Russie et dans telles dépendances ou zones d’influence, ainsi incorporées à un ordre symbolique d’ensemble, pourvoyeur d’une apaisante signification de totalité.

Là encore, pour ceux que cela intéresserait, je porte un lien avec un film  – commenté en français –  du défilé de ce 9 mai 2018 [lien n°5]. L’art du défilé a été porté à un très haut niveau dans les pays qui furent ou demeurent marqués par l’idéal communiste – Russie bien sûr, mais aussi Chine ou Corée du Nord. Par-delà, l’on touche ici à une question fondamentale : celle des jeux de forme qui accompagnent l’État, permettent à une pure idée de se manifester et d’opérer sur les esprits par une médiation sensible, emportant de très puissants effets de signification, en particulier par la mise en ordre des corps en mouvement [mise en ordre accomplie dans l’instauration d’un système différencié des uniformes ou des décorations, dans la détermination de pas cadencés, la palme revenant peut-être ici à Pyongyang, mise en ordre souvent parodiée, mais sans ironie aucune, par les organisations de partisans acharnées à la – temporaire – destruction de l’État, rivalisant mimétiquement avec ce dernier… — est-il bien utile de préciser à de jeunes juristes que cette mise en ordre s’étend à tout, à l’ensemble du mondes des formes bien sûr, celles ainsi peu à peu déterminées par les chancelleries médiévales, mais aussi à ces innombrables « régimes juridiques », qui sont des montages complexes de jeux de formes ; et dois-je les mettre en garde, s’ils y ont un peu songé déjà, contre les illusions, mortelles et intéressées, de la « dérégulation », qui permet au Capital d’imposer ses propres jeux de formes, et de la « simplification », qui a pour seul effet de tout compliquer ?] [J’imagine que ceux qui sont parvenus jusqu’ici peuvent accomplir un pas de plus – s’ils ne le peuvent pas, cela n’a aucune importance – on est assez éloigné ici des questions propres à nourrir un « qcm », et j’espère simplement que vous comprenez du moins que s’il faut bien, dans les circonstances générales du système de l’enseignement supérieur, des examens, ils ne sauraient revêtir une importance plus qu’accessoire – le propos d’un enseignement est d’aider à la formation de l’esprit, et non de se trouver « couronné » par la distribution ou non de « bons points ». Ce pas , le voici : manifestation d’une idée ai-je dit ; je le maintiens ; il y a une haute idée de l’État, et l’État n’est rien d’autre que cette idée ; mais, d’un autre côté, il est plus judicieux d’ordinaire de redouter que l’appareil, notamment symbolique, qui est supposé manifester cette idée et s’en revendique – et l’accomplit autant qu’utile dans le tournoiement de l’Épée -, dissimule la domination d’une classe et de celles qui tirent bénéfice de sa domination ; si j’étais marxiste, je supposerais qu’il s’agit donc de remplacer la domination de la classe capitaliste par celle de quelque prolétariat, dans l’attente de la disparition, peut-être, de l’État et des classes ; mais je ne suis pas marxiste, pour les motifs que je suis radicalement idéaliste d’une part – du point de vue, si l’on veut, de la doctrine de la connaissance -, et d’autre part, de façon à la fois distincte et convergente, assuré de la puissance de la liberté – ou de l’âme, cela  revient au même – ; ce pourquoi la figure de l’État me paraît indépassable comme figure du plus haut accomplissement humain – État appelé simplement à être reconduit en permanence à son idée, et bien entendu à briser sans relâche, et avec la plus haute sévérité, tous les accaparements privés de la puissance, toutes les forces prétendant concurrencer et amoindrir la souveraineté.]

De ce point de vue [je reviens en amont de mes parenthèses], le choix de M. Macron de clôturer le grand et traditionnel défilé du 14 juillet 2017 par une pantalonnade musicale, qu’il a contemplée en ricanant d’une étrange et déplaisante manière, a revêtu une portée considérable, dont on veut espérer qu’il ne l’a pas mesurée tout en formant le vœu qu’il ne renouvelle pas pareille lourde et offensante faute de goût [lien n°6]. Pour être juste, il faut sans doute ajouter que la parade moscovite de ce neuf mai a peut-être comporté un certain dérapage, moindre certes, à seize bonnes minutes de la fin. Le péché originel se retrouve peut-être toujours à la fin.

J’ajoute que ceux qu’intéresserait une étude comparative y procéderaient sans peine – non seulement en considérant telle vidéo du défilé de 1945 Place Rouge [lien n°1], ou telle autre d’un défilé des dernières années de l’Union soviétique – avec M. Gorbachev à la fameuse tribune [lien n°2] -, mais encore en jetant un coup d’œil, par exemple, sur l’impressionnante parade du 15 avril 2017 à Pyongyang [lien n°4] – accompagnée de l’étonnante diction que certains connaissent peut-être – les Nord-Coréens sont vraiment des artistes de la chose [par un effet du mystérieux « Juche » peut-être…], et leurs parades, très marquées par celles de l’Union soviétique, sont à mon sens les plus éblouissantes de toutes, même si le cadre n’a pas le charme profond de la Place Rouge. La Chine se tient, il me semble, un cran en-dessous dans la beauté du spectacle, malgré une très grande quantité de matériel – je place un lien [lien n°3, pas exhaustif toutefois] avec la parade, en 2017, du Quatre-vingt-dixième anniversaire  de la création de l’Armée Populaire de Libération. Voyez comme je vous aide à vous constituer une modeste spécialité fort peu répandue, et propre à vous faire apprécier, j’en suis certain, partout…

 

 

 

 

 

 

V.

Voici, enfin, le dernier volet de cette série. Je vais essayer d’apporter quelques éléments de réflexion – très limités bien entendu – à propos de la question suivante : faut-il se résigner à considérer les trois petites frappes comme les trois coups de la pièce – et une sorte d’annonce de tout autre chose de beaucoup plus grave – ou bien comme trois coups de tonnerre dont les points de suspension suggéreraient que le fracas modeste, sur la scène du théâtre à machines du monde, n’aille diminuendo avant que, soulagé, le public n’applaudisse ?

 

Ilya Glazounov, Les routes de la guerre [1985].png

Ilya Glazounov, « Les routes de la guerre » [1985], peintre évoqué dans le précédent billet. Au loin, se détachant sur un ciel anthracite, un avion allemand, un village en flamme  contribuant à toute cette encre ; au deuxième plan, un groupe de soldats russes se découpe sur des ruines, une large rivière, des champs plus lointains scintillant sous le plomb des nuages ; sur un pont – de circonstance sans doute –  une file de camions s’achemine, peut-être, vers le lieu du combat, ou bien se replie sous le choc allemand ; dans les premiers plans, des paysans désaltèrent des soldats [l’eau est puisée au puits, certainement, sur la gauche] ; les personnes âgées – naufrage dans le naufrage – paraissent accablées ; la jeune femme à la jupe rouge dévore des yeux le militaire athlétique – se retrouveront-ils, vingt-cinq millions de morts plus tard, après s’être si souvent remémorés cet instant béni, elle dans la file sans fin du rationnement, lui parmi le shrapnell, ou bien, désormais, une jeune sœur devenue très vieille ou bien une nièce point jeune à son tour porte-t-elle la photo du héros, inchangé, beau pour l’éternité, lors de la grande marche du « Régiment immortel », chaque neuf mai ? [ci-dessous] – ; deux groupes de moutons complètent cette scène jaune et bleu noir, charmante et triste.

La marche du régiment immortel.png

 

I. – Je crois utile d’évoquer, en premier lieu, après une période de stagnation, voire de tassement, de plusieurs années, l’accélération de la course occidentale aux armes. Non seulement les valeurs données par le SIPRI pour 2017 sont désormais disponibles, mais on a quelque vue sur la façon dont 2018 se dessine.

Ce tableau, tout d’abord, qui ne laissera pas de surprendre nombre d’entre vous, suivi de quelques observations de bon sens :

DÉPENSES MILITAIRES DES ÉTATS DANS LESQUELS ELLES DÉPASSENT DIX MILLIARDS DE DOLLARS

[source : SIPRI – Stockholm International Peace Research Institute – en milliards de dollars 2016 constants – présentation : 2015//2016//2017 – le rang est celui de 2017 – arrondi]

Total mondial : 1676 // 1674 // 1693

OTAN : c. 900 [avec les alliés divers : c. 1200]

États-Unis : 603 // 600 // 597

Chine : 204 // 216 // 228

Arabie séoudite : 90 // 64 // 70

Inde : 51 // 57 // 60

France : 55 // 57 // 56

Russie : 65 // 69 // 55

Royaume Uni : 48 // 48 // 48

Japon : 47 // 46 // 46

Allemagne : 40 // 42 // 43

Corée du Sud : 36 // 37 // 38

Italie : 25 // 28 // 29

Australie : 24 // 26 // 26

Brésil : 25 // 24 // 26

Émirats arabes unis : c. 25 [non comm.]

Canada : 18 // 18 // 20

Turquie : 15 // 18 // 20

Israël : 17 // 15 // 16

Espagne : 15 // 14// 16

Iran : 11 // 12,5 // 14

Pakistan : 10 // 10 // 10

Taïwan : 10 // 10 // 10

Algérie : 10 // 10 // 10

Pologne : 10 // 9 // 10

Singapour : 9 // 10 // 10

Hollande : 9 // 9 // 10

Oman : 10 // 11 // 9

 

Bien entendu, l’on pourrait disserter à perte de vue sur certaines distorsions pouvant résulter à la fois du jeu des parités monétaires et du caractère peu homogène des niveaux de vie. Il demeure que :

les pays affectés par la fragilité des cours des hydrocarbures ont parfois vu fléchir leurs dépenses – ainsi l’Arabie séoudite -, surtout s’ils se trouvaient frappés par des sanctions sévères – telle la Russie -, l’Iran toutefois, du fait de la levée, désormais remise en cause on le sait, de sanctions cruelles, ayant pu porter ses dépenses militaires à un niveau à peine convenable dans un climat régional menaçant ;

si les États-Unis semblent avoir marqué le pas, tout en se maintenant à un niveau insensé, cela a résulté de la politique dans l’ensemble prudente de M. Obama, remise en cause brutalement désormais par M. Trump, lequel a obtenu pour 2018 une croissance de plus de dix pour cent des dépenses militaires par rapport à 2017 [il y a un peu de flottement dans les informations que j’ai recueillies – certains suggèrent que, à la fin, les dépenses effectives pourraient dépasser sept cents milliards, tandis qu’un nouvel accroissement sensible interviendrait en 2019 !], avec l’effet de renouer avec des niveaux dignes de ceux des années de la criminelle présidence de M. George Bush le second [750 milliards en dollars constants 2016 en 2009, niveau que l’Administration de M. Obama mit deux années pleines à comprimer significativement puis à véritablement abaisser fortement] ;

la position de l’OTAN – renforcée encore par toutes sortes d’appuis au travers du monde – est tout à fait écrasante et c’est se moquer du monde que de passer son temps à expliquer que la Russie – certes ingénieuse et riche de ses excellents techniciens – est sur le point de submerger l’Europe occidentale – elle n’en a pas le souhait, et aucunement les moyens, ni militaires, ni démographiques ; les choix russes s’inscrivent dans une perspective à bien y réfléchir strictement défensive ; ils résultent de ce que j’appellerais une brillante politique du pauvre – l’argent n’avilit pas seulement le cœur, il abaisse l’intelligence, le mastodonte étatsunien en assure la démonstration -, une politique du pauvre qui ne permet assurément pas des projections audacieuses [avec quels porte-avions ? le vieux Kouznetsov ? l’on parle parfois de projets grandioses ; l’on semble fort loin de leur réalisation, et c’est heureux sans doute ; dans le domaine si coûteux de la marine ainsi, la Russie a fait le choix des sous-marins d’une part, et d’autre part de petites unités extrêmement performantes, capables d’envoyer notamment les fameux missiles kalibr – tout cela est brillant mais nos gouvernants doivent cesser de mentir à nos peuples en brandissant l’épouvantail russe] ;

la Chine, elle, poursuit une ascension régulière, désormais impressionnante, qui lui donnera des capacités remarquables lorsque, d’ici à cinq ou dix ans, elle se sera dotée de la flotte très importante à laquelle elle aspire désormais activement – l’on peut penser qu’il sera tout à fait impossible à Washington d’empêcher alors l’accaparement très large par Pékin de la Mer de Chine et, si tel est son souhait, la réintégration, sous une forme ou une autre, de Taïwan dans la République populaire ;

si un certain nombre de pays semblent bien faibles au regard de leur situation – que l’on songe au considérable Pakistan [ou bien à l’Indonésie, qui n’apparaît pas même dans mon tableau], d’autres donnent le sentiment d’un surarmement qui mériterait toute attention – le cas des Émirats est ainsi tout à fait effarant mais, lorsqu’on suit le comportement émirati au Yémen, et que l’on voit, ces temps-ci, les armées des Émirats en train de mettre la main, purement et simplement, sur l’île remarquablement stratégique de Socotra [carte ci-dessous], l’on n’est pas tout à fait surpris.

[[[ Mise à jour = voici que le 13 mai Riyad a décidé de se déployer aussi à Socotra – quia ego nominor leo. Abou Dhabi rêvait, « MbS » veillait… Bien sûr, l’on invoque les protestations contre les Émirats du « président » Hadi, dont j’ai démontré à diverses reprises qu’il ne dispose d’aucun titre pour se prétendre chef de l’État yéménite [mais bien entendu, ce n’est ni à Riyad ni à Abou Dhabi qu’on le dira, puisque c’est du faux-titre de M. Hadi que les monarchies patrimoniales réactionnaires tiennent leur titre en trompe l’œil à massacrer les zaydites yéménites, sans relâche et dans le silence des bonnes âmes d’Occident, trop heureuses de vendre leur mortelle camelote aux assassins – le silence, ici, est d’or, d’une certaine façon]. Chacun comprend que de M. Hadi, tout le monde se fiche au fond – Riyad donnait même le sentiment il y a peu d’en être plutôt lassée -, et que, à Socotra comme ailleurs, la nudité, la crudité, la brutalité des rapports de forces doit être seule considérée. Infortuné Yémen. ]]]

 

Socotra.png

 

[[[ Suite de la mise à jour: Les Émirats – tous ces jours-ci qui nous conduisent vers la mi-mai – protestent de leurs bonnes intentions dans la région. L’on peut, pourtant, avoir un doute, en regardant simplement cette carte – le Golfe d’Aden, Bab el-Mandeb, la Mer Rouge, la Corne de l’Afrique, affolent tout le monde, beaucoup souhaitent à tout prix y être présent [j’ajoute à la suite une autre carte, centrée sur Djibouti, à titre de complément indispensable]. Il n’est pas besoin de produire un dessin pour le faire comprendre, mais s’il fallait des images, trois suffiraient – celle d’un baril, celle d’un conteneur, et celle d’une kalache, symbolisant davantage certes que l’AK47. ]]]

Dans le Golfe d'Aden, l'on se bouscule....png

 

Djibouti - le pays des bases... .png

 

II. – À cette heure, les moyens des États-Unis dans la région sont impressionnants. Ils se gardent certes de disposer des porte-avions dans le Golfe persique, comme encore dans un passé pas très lointain [ce qui est le signe peut-être, soit de l’inquiétude que leur procure l’Iran en cas d’exaspération des tensions, soit du caractère si avancé de leurs intentions malignes concernant la République islamique, qu’ils souhaitent soustraire leurs porte-avions à des risques excessifs de riposte], mais leur puissance de feu en Méditerranée est devenue terrifiante ces dernières semaines.

Considérons en premier lieu la « U.S. Carrier Strike Groups Locations Map » du 3 mai 2018 :

Carte US Carriers 3 V 2018.png

Le porte-avions Truman est en Méditerranée, nous le savions déjà. Il s’agit d’un porte-avions géant de la classe Nimitz, sous-classe Theodore Roosevelt. Une rapide – très grossière, mais suffisamment éclairante – comparaison avec notre unique Charles-de-Gaulle vaut mieux ici que de longues explications :

  TRUMAN           DE-GAULLE

333m. longueur  261m.   

77m. maître-bau 64m.

88000t. déplacement 42000t.

260000CV puissance 83000CV

>30 nd vitesse  27nd

3200+2500 équipage [effectifs marin+aérien] 1200+700

90    aéronefs [max.]      40

À juste titre, la France est fière de son porte-avions ; nous sommes nombreux – même désapprouvant vigoureusement les choix de nos gouvernants – à éprouver un pincement au cœur et une sourde inquiétude lorsqu’il appareille pour une région dangereuse [le Golfe persique, ainsi, le 13 janvier 2015 – photo ci-dessous] ; beaucoup aspirent à ce qu’elle s’en donne quelque jour un second, afin que l’un des deux soit toujours à la mer ; à supposer que la décision soit prise dans les années qui viennent, il faudrait toutefois attendre encore au moins une dizaine d’année pour qu’il soit mis en service.

Très simplement. Le temps du porte-avions peut sembler passé – à la façon dont celui du cuirassé avait clairement paru révolu à l’occasion de la Seconde Guerre mondiale -, puisque trois pays disposent très probablement de véritables missiles « carrier killers », la Russie, la Chine et les États-Unis. Mais, d’un autre côté, le porte-avions conserve son intérêt vis-à-vis de tous les pays qui n’ont pas et n’auront pas à moyen-long terme de tels missiles ; et même les pays en bénéficiant peuvent hésiter à sauter le pas de la destruction d’un porte-avions si l’urgence n’est pas très élevée. 

Je n’insiste pas. Si le temps du porte-avions n’est pas fini, il faut admettre que l’avantage des États-Unis sur toutes les autres puissances est colossal, surtout si l’on veut bien considérer qu’un seul porte-avions comme l’USS Harry Truman est doté de capacités que l’on peut considérer comme plus de deux fois supérieures à celles de notre cher Charles-de-Gaulle.

13 janvier 2015 - Le Porte-avions Charles de Gaulle appareille en rade de Toulon pour le Golfe persique.PNG

J’évoquai il y a un instant le caractère peut-être révélateur de l’absence de porte-avions étatsunien dans le Golfe. Intéressante aussi la même absence, plus largement, dans l’Océan Indien. L’on imaginera que la préparation d’un coup très prochain s’accompagnerait de la présence d’un ou deux carriers au moins.

Quoi qu’il en soit, le Truman se trouve quelque part en Méditerranée. Mais le site Facebook ne nous éclaire guère [[[  https://www.facebook.com/USSTruman  ]]] ; c’est un catalogue de photos charriant des poncifs ad usum Delphini – le dauphin, désormais, c’est le peuple, bien entendu, sauf que ce dauphin là n’est pas promis à succéder un jour à son parâtre. Couples s’embrassant ; considération, comme l’on dit, de la « diversité » ; des femmes en nombre significatif – tout cela est vraiment parfait. Quant au site Twitter – l’ « Official Twitter account for the U.S. Navy aircraft carrier USS Harry S. Truman » -, c’est bien simple : il est muet depuis des mois.

le compte Fb du Truman.png

Heureusement qu’il y a ces satanés Russes ! La frégate russe Iaroslav Moudry [le Sage] semble suivre le USS Truman comme son ombre. Le site Sputnik – site de désinformation bien connu si l’on suit M. Macron [j’apprends beaucoup pour ma part grâce à Sputnik, RT et Tass, mais je redoute qu’en fin d’année vous n’ayez tous compris que je suis un agent bolchevik – subrepticement substitué il y a quelques années à ce pauvre Rials, envoyé dans un goulag sibérien où il se serait mis en tête, selon mes proches amis du FSB, de prolonger le cycle de « La roue rouge » de Soljénitsyne -, et tout particulièrement un nostalgique du maréchal Staline] – est ainsi en mesure de donner des informations vagues. Le carrier a franchi le 27 avril – sans se presser donc puisque la traversée de l’Atlantique eût duré une quinzaine de jours – les colonnes d’Hercule [dans la langue de l’occupant : the Strait of Gibraltar] ; il a dû atteindre en trois ou quatre jours la « Méditerranée orientale » puisque des frappes, supposément sur Daech, auraient commencé le 3 mai. Tout ceci demeure bien vague ; mais l’on imaginera que les avions étatsuniens survolent la Jordanie et donc Israël, puis l’Irak, avant, au niveau de l’Euphrate, de remonter vers la Syrie – un passage par la Turquie serait un peu surprenant en ce moment, le survol de la zone occidentale de la Syrie, couverte par l’aviation russe, sans être impossible, ne paraît pas le chemin le plus probable.

staline.png

Les frappes contre Daech sont certes conformes au courant principal de la « narrative », puisque celui-ci, contredisant le désir à éclipse exprimé par M. Trump d’un retrait rapide des troupes, insiste sur l’importance, du moins, de demeurer tant que la destruction de Daech n’aura pas été consommée. De ces frappes, l’on pourrait dire encore que « mieux vaut tard que jamais », puisque la « Coalition », qui n’a à aucun moment été bien gaillarde en cette affaire – à la différence, avec moins de moyens pourtant, de la Russie -, s’est montrée dans l’ensemble assez inactive depuis des mois. Mais il faudra juger de cet épisode un peu bizarre lorsqu’on aura plus de vue.

Bref, il semble sage, pour le moment, de demeurer interrogatifs sur ce nouveau développement, d’autant que le USS Truman ne représente qu’une partie de la puissance de feu étatsunienne disposée sans doute à cette heure à mi-chemin de Chypre et du canal de Suez. Il n’est pas excessif, même en n’essayant pas d’évaluer, sans en avoir sérieusement les moyens, le détail des forces sous-marines étatsuniennes dans la région, ou la puissance navale croisant actuellement en Mer Rouge ou dans le Golfe, ou les forces aériennes ou missilières installées au sol en Syrie du nord et du nord-est, ou dans la région d’at-Tanf, ou bien encore en Irak, de poser que la flotille étatsunienne de l’est méditerranéen dispose de moyens tout à fait suffisants pour, non pas anéantir certes, mais éprouver sévèrement la Syrie, si cela lui chante du moins, et si la Russie se montre, finalement pusillanime [comme ce n’est pas absolument impossible dans les circonstances de l’heure, et comme cela d’ailleurs – face à un danger public de l’ampleur de M. Trump – pourrait se comprendre d’une certaine façon].

Évaluons brièvement les capacités des cinq navires qui semblent accompagner pour le moment le USS Truman. Quatre sont étatsuniens, un est allemand.

Je vais commencer par ce dernier. Au risque de vous surprendre, il me faut vous dire – c’est l’occasion ou jamais – que les forces militaires allemandes sont de troisième zone. Le budget militaire, pourtant, on vient de le voir, n’est certes pas négligeable. Mais quelque chose semble s’être irrémédiablement brisé en Allemagne et les succès techniques – dans certains domaines du moins – et économiques – encore que l’on ait souvent en France une vue caricaturale de cette réussite, qui ne s’accompagne assurément pas de conditions de vie satisfaisantes pour beaucoup d’Allemands – ne sauraient le dissimuler. Cette brisure allemande – amplifiant de façon saisissante la chute assez générale du vouloir-vivre des nations européennes – reflète certainement divers aspects de l’esprit général du temps – liés en particulier à la radicalisation remarquable de l’individualisme depuis un demi-siècle, porteur à mon sens de la terrible pandémie démographique [le léger redressement du taux de fécondité autour de 1,50 ces dernières années, après un demi-siècle de valeurs plus creuses encore, ne permettra bien entendu que de ralentir légèrement le collapsus] – mais aussi une difficulté proprement allemande sans doute – liée à une histoire que chacun connaît : en dehors même de la Shoah, il n’est pas facile de développer un esprit militaire dans un pays accusé, à juste titre [un Français, dont la famille et les biens ont été meurtris, parfois à plusieurs reprises, par ce terrible voisin depuis cent-cinquante ans, ne saurait en douter une seconde], d’être l’héritier historique du « militarisme prussien », mais résultant aussi de l’absence d’engagements significatifs sur le terrain de l’armée allemande depuis 1945 [non que l’Allemagne n’ait été impliquée dans d’assez nombreuses opex, en particulier en Afghanistan ou au Kosovo, mais pas en général, pour dire les choses simplement, avec des missions de combat ; l’on ne saurait dire qu’il en soit allé ainsi de l’armée britannique, et plus encore de la française, d’une qualité probablement supérieure désormais même à cette dernière, en dépit de crédits insuffisants, d’une surutilisation contestable sous divers aspects – soit dans « Sentinelle », soit dans les opex -, voire de dysfonctionnements administratifs intolérables – l’affaire du « logiciel Louvois » n’ayant pas été la moins pénible].

Le plus étonnant semblera sans doute que ces immenses fabriquants d’automobiles et de motos performantes, dotés d’ailleurs d’une industrie militaire propre, semblent parfois peu capables d’entretenir le matériel militaire. Dans les premiers jours de mai, l’on apprenait par Der Spiegel que seulement dix des cent vingt-huit Eurofighter Typhoon en service au sein de la Luftwaffe étaient opérationnels du fait de l’absence de pièces détachées – ce n’est pas beaucoup, l’on en conviendra, d’autant que, pour cause de manque de munitions, quatre seulement sembleraient en mesure d’assurer des missions de combat. Bien entendu, une telle situation interdit un entraînement satisfaisant des pilotes ; il y a certes des simulateurs de vol, mais la désorganisation est telle qu’ils sont très insuffisamment utilisés. Des sanctions sévères sont-elles prises ? On aimerait le savoir, eu égard à l’extrême gravité de l’affaire. Quoi qu’il en soit, la première des sanctions ne semble pas même envisagée : l’inamovible ministre de la Défense depuis la fin de 2013 [mais ministre sans discontinuer depuis 2003, avec des portefeuilles divers], cochant il est vrai toutes les bonnes cases, sur l’OTAN, la Russie, l’Union européenne, les questions sociétales, Mme Ursula von der Leyen [ci-dessous ; pensant que les photos ne la desservent pas, ce qui n’est peut-être pas faux, elle ne demeure jamais indifférente à un objectif, sauf celui, semble-t-il, s’il est permis de la dauber un peu en jouant avec les mots, de mettre le matériel dépendant de son département en état de marche…], laquelle certes a du moins apporté une grande contribution à l’Allemagne future, puisqu’elle a mis au monde sept enfants, n’a aucunement évoqué sa propre démission. Ne doutons pas que tout ne persiste ainsi à la désigner pour remplacer « Mutti », comme cela se murmure depuis si longtemps.

Mme Ursula von der Leyen.png

Mais, vous demanderez-vous peut-être, en va-t-il de même pour les bateaux ? [je ne vous encombre pas avec les chars Léopard… dont la moitié attendrait des réparations]  Il est plausible que la Deutsche Marine n’aille pas beaucoup mieux que la Luftwaffe. Le commissaire parlementaire aux forces armées allemandes, le social-démocrate Hans-Peter Bartels jugeait à la fin du mois de janvier dernier, que c’est de façon tout à fait générale que la disponibilité d’une grande partie des matériels de la Bundeswehr s’était « encore dégradée, malgré un budget en légère hausse. » Dans un entretien accordé au quotidien Bild, le même évoquait la situation inquiétante dans laquelle se trouve en particulier la marine allemande à l’heure actuelle. Aucun – aucun ! – des six sous-marins que compte cette dernière n’était opérationnel selon lui à la fin de l’année 2017. Seul le U-31, qui vient de passer quatre ans dans un chantier naval, a repris la mer pour des essais ; il a dû être de nouveau opérationnel à la fin du mois de mars.

Les difficultés ne sont pas moindres s’agissant des frégates, qui nous intéressent davantage ici. La première de la nouvelle série du programme F-125, engagé en 2007, le « Baden-Württemberg », livrée à la fin de 2016 a été renvoyée au chantier Blohm+Voss pour régler des problèmes de conception, semble-t-il lourds [touchant au système de combat, emportant aussi une sensible gîte sur tribord, etc.]. En tout, quatre nouvelles frégates de type F-125 [dont le coût est de l’ordre d’un demi millard d’euros pièce] devaient remplacer huit navires de type 122, plus modestes, avec certaines particularités liées sans doute aux difficultés démographiques du pays – l’automatisation permettant notamment le recours à un équipage réduit de moitié. Ce navire, quoi qu’il en soit, semble peu apprécié de ses destinataires, en particulier du fait de ses insuffisantes capacités défensives contre les attaques sous-marines ou aériennes.

Je m’arrête là, bien que M. Bartels ait énuméré d’autres faiblesses du même ordre. 

la frégate Hessen aux côtés du porte-avions Truman en 2010.png

Vous aurez retenu que les frégates du programme F-125 ne sont donc pas en service, et ne le seront peut-être pas avant des années. Or, parmi les frégates anciennes ou plus anciennes – dont celles du type 122 – six sur quinze ont déjà été retirées du service selon M. Bartels. Il demeure que la frégate Hessen, qui a rejoint le groupe naval du Truman, appartient à la classe Sachsen, c’est-à-dire au type F-124, lequel semble, depuis une quinzaine d’années, donner plutôt satisfaction. Quoi qu’il en soit, la Hessen serait de nulle utilité pour frapper la Syrie ; sa présence à proximité d’un porte-avions se justifie par contre pleinement puisqu’elle est essentiellement équipée en vue du combat aérien [l’on évoque volontiers une « frégate de défense aérienne »], mais aussi dans la perspective de la lutte contre les sous-marins. [ci-dessus – mais en 2010, déjà en Méditerranée -, la Hessen naviguant de conserve avec le Truman].

Quelques mots désormais sur le croiseur lance-missiles USS Normandy, le destroyer USS Forrest Sherman, mais aussi les destroyers USS Bulkeley et USS Arleigh Burke, qui se trouvaient en Méditerranée avant que le USS Truman n’y fît son entrée. Il s’agit là, pour dire les choses très simplement, de bateaux plus importants que la frégate allemande – cela se verrait à l’œil nu si nous les rencontrions en mer, surtout le Normandy, mais non de bâtiments considérables pourtant, même si leurs capacités impressionnent.

Je ne souhaite pas vous ensevelir sous les termes et les spécifications et, à dessein, je demeure très vague : nous avons déjà rencontré, dans le 3/4, ce roi des batailles que fut, à la fin du XIXe et au début du XXe, le cuirassé ; celui-ci deviendra peu à peu un monstre saisissant, avant de manifester son inadaptation désormais au cours de la deuxième guerre mondiale : le plus grand cuirassé de l’histoire – japonais -, le Musashi [ci-dessous] ne voguera que deux années avant d’être coulé.

Musashi sans doute en 1943 - coulé en 1944 - plus grand cuirassé du monde avec son jumeau, le Yamato - 1er rang, milieu, empereur Showa [Hiro Hito].jpeg

Photo admirable. En 1943, à bord du cuirassé Musashi – de la classe Yamato, et donc l’un des deux plus grands cuirassés jamais construits -, l’empereur Showa [Hirohito, disons-nous par ici de façon inadaptée], au milieu, au premier rang. Imaginez le tremblement de tous ces officiers, si près du Tenno – d’une façon extraordinairement inusuelle [l’empereur est non seulement le grand-prêtre du Shinto, mais véritable dieu vivant comme descendant d’Amaterasu, déesse du soleil – ce soleil qui, au titre de symbole impérial, frappe de rouge le drapeau blanc du Japon]. L’on dirait un décor d’opéra – mais point certes de Madame Butterfly ou, alors, à l’envers. Mis en service en 1941, le Yamato sera coulé en 1945 ; mis en service en 1942, son jumeau, le Musashi, sera envoyé par le fond dès 1944, avec 1000 de ses 2900 hommes d’équipage, lors de la bataille de Leyte aux Philippines [dans le « qcm », ne vous attendez pas à la question : dans la liste suivante, vous cocherez un nom de naufrage…]. Ci-dessous, le plan – identique – du Yamato ; puis une photo du Yamato pendant ses essais en 1941 [à l’arrière, le « drapeau de guerre », dans lequel le disque rouge des couleurs nationales est complété par seize rayons de même émail – ce drapeau est devenu en 1954 le drapeau des forces navales moyennant une excentration du disque solaire] ; puis, à la suite, Showa Tenno en tenue de grand-prêtre Shinto lors de son intronisation en 1928 [le Shinto est une religion nationale à laquelle la plupart des Japonais demeurent attachés, tout en pouvant, dans le même temps, pour une grande majorité d’entre eux, se dire bouddhistes].

 

Le cuirassé Yamato, le plus grand de l'histoire avec son jumeau le Musashi.png

 

Le Yamato pendant ses essais en 1941.png

 

Showa Tenno - l'empereur Showa - évoqué maintenant seulement par le nom de son ère - de son vivant désigné comme Hiro Hito - ici en tenu de Grand Prêtre Shinto lors de son intronisation en 1928.jpeg

Notez qu’au même moment que le Japon, l’Allemagne nazie avait lancé un projet du même ordre et condstruit deux cuirassés à peine moins énormes et légèrement plus rapides – les cuirassés de la classe Bismarck, le Bismarck, mis en service en août 1940, et coulé dès mai 1941, et le Tirpitz [du nom de ce grand-amiral qui fut l’âme de la création d’une grande flotte impériale allemande à partir de 1897, on l’a relevé dans le billet 3/4 de la présente série], mis en service en février 1941 et coulé en novembre 1944, entraînant près de mille hommes dans la mort [ci-dessous].

 

Le cuirassé Tirpitz.png

 

C’est ainsi au crépuscule des cuirassés que les plus invraisemblables unités furent construites. La classe Iowa fut en effet entreprise aux États-Unis, avec des spécifications tout à fait comparables à celles des grands cuirassés étrangers, pendant les années du conflit [l’Iowa lui-même entra en service en février 1943]. Elle devait comprendre six unités ; quatre virent le jour, qui seront retirées du service après des périodes d’activité inégalement longues ; les deux derniers chantiers furent interrompus, l’un dès 1945, l’autre en 1947 ; la partie construite des coques de ceux-ci finit par être vendue à la ferraille. L’Iowa fut modernisé en 1984 dans le cadre, à l’âge reaganien, de l’intensification de l’effort contre l’Union soviétique ; ci-dessous les essais du navire après sa modification ; il devait toutefois être retiré assez rapidement du service après qu’une tourelle ait explosé en tuant plusieurs dizaines de marins. L’on pourrait écrire un beau livre très triste, somptueusement illustré, intitulé La malédiction des cuirassés. L’un d’entre vous peut-être, plus tard…

 

L'Iowa en 1984 après sa modernisation.png

 

Je vous reparle du cuirassé pour un motif : le croiseur – dont le développement a accompagné celui du cuirassé [mais qui a survécu au cuirassé, en particulier dans la flotte étatsunienne, et demeure aujourd’hui le type de navire de guerre le plus impressionnant en dehors du porte-avions] – ressemble un peu à ce dernier, mais, quoique fortement armé lui aussi, il est plus léger, car moins blindé, et donc plus rapide en principe – si bien qu’il échappe plus aisément à l’ennemi mais, s’il n’y parvient pas, est plus vulnérable. [Il me semble que la Marine nationale, réduite désormais à moins de quatre-vingts unités, tout comme la Royal Navy – contre sensiblement plus de quatre cents pour l’US Navy – ne comprend plus de croiseurs depuis assez longtemps – des frégates, de moindre importance, et appelant un personnel bien moindre, les ont de fait remplacés au titre.]

Je continue ces observations très grossières [je laisse de côté toutes sortes de distinctions – croiseurs cuirassés, protégés, lourds, légers…]. Pour combattre ces bâtiments, importants [croiseurs] ou bientôt très importants [cuirassés – le « déplacement » /=masse d’eau déplacée/ de cuirassés de la classe Yamato était de l’ordre de sept fois celui d’un croiseur à peu près standard !], s’étaient développés des bâtiments plus petits et plus rapides : les torpilleurs [lesquels ont disparu aujourd’hui, remplacés dans leur mission, en particulier par des sous-marins et des hélicoptères] ; or c’est contre ces torpilleurs que furent créés les destroyers [ou contre-torpilleurs] dont la vocation fut – et l’on voit que c’est le cas ici – d’accompagner les cuirassés puis, donc, les porte-avions, mais aussi le cas échéant, dans certaines circonstances, des navires de commerce ou d’autres flotilles vulnérables. Bien entendu, ils ont évolué et été rendus aptes à lutter contre le nouveau danger des sous-marins.

Le croiseur USS Normandy – au complet : le Ticonderoga-class guided-missile cruiser – est bien sûr une pièce majeure du nouveau dispositif étatsunien en méditerranée orientale. N’a-t-il pas obtenu en 1998 [quelle idée, et quelle image d’une culture !] le prix « Most Tomahawks shot by a US Navy Cruiser » ? Il dispose du Mk41vertical launch system, ainsi qu’on le voit ci-dessous, et est doté de capacités de frappes sans commune mesure avec nos FREMM [déjà évoquées], lesquelles pourtant jouissent aussi d’un système de lancement vertical.

Silos à tomahawks de poupe sur le USS Normandy.png

À la poupe [=stern] du Normandy, soixante-quatre silos – ou cellules – de lancements de missiles Tomahawks ; même chose à la proue [=bow] – il ne semble pas au demeurant que le dispositif soit réservé à des Tomahawks [il suffit de lire la notice assez complète produite par Wikipédia en anglais pour le mesurer], mais je me fie ici au témoignage d’un visiteur enthousiaste dont le compte-rendu figure en ligne avec cette photo et quelques autres qui le font étrangement jubiler. Ci-après lien avec un bref, et un peu répétitif, film – que l’on peut dire de compréhensible propagande – sur un exercice qui se fût déroulé, mais sans lancement de Tomahawks – à la fin de 2017 [vous observerez que le croiseur, long pourtant de près de cent-soixante-quinze mètres, semble petit à côté du porte-avions :

 

L’USS Forrest Sherman est un grand destroyer, beaucoup plus récent. Il appartient à la Arleigh Burke Class guided missile destroyer, tout comme l’USS Bulkeley. Nous avons déjà rencontré des bâtiments de cette classe – ainsi, au billet 2/4 de cette série, le Porter et le Cook. Toutefois, elle a connu des variantes au fil du temps, lesquelles ne semblent pas tout à fait négligeables.

Pour nous en tenir à l’essentiel :

 

 

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