Much ado about nothing. Où l’arbre [?] cache la forêt

Il m’attriste de devoir diverger cette fois de tels de mes amis – et de plusieurs de ceux que, en ligne, simplement, sans les connaître, je lis et estime, pour leur savoir, l’acuité de leur jugement, leur courage. Ainsi de Me Régis de Castelnau, dont je découvre toujours avec joie, les approuvant très généralement, les billets sur le site du Comité Valmy.

Sous réserve de compléments « factuels » à venir, il va de soi – je suis d’ailleurs infiniment moins compétent que lui sur les aspects qu’il évoque avec précision – qu’il n’y a certainement rien à redire, du point de vue de la rigueur technique, à son accablant papier sur le « Macrongate » du 23 juillet :

 

http://comite-valmy.org/spip.php?article10186

 

Pourtant, ce que l’on constitue en affaire Benalla me donne le sentiment d’opérer à la façon d’une manière de leurre. Ceux qui dénoncent continûment, avec de solides motifs selon moi, l’action de M. Macron semblent penser qu’en s’alliant objectivement, de façon temporaire, à propos d’un pénible mais étroit dérapage, à toutes sortes de gens – ainsi « Les Républicains », les prétendus « Socialistes », l’Union des Démocrates et Indépendants de l’ineffable M. Lagarde – qui ont fait, feraient ou feront une politique voisine, à l’intérieur ou à l’extérieur, ils disposent enfin du levier qui permettrait de déstabiliser un système inique et violent.

Il n’en est rien à mon sens. Quelques lampistes trinqueront. Toutes sortes d’allusions à des aspects plus ou moins embarrassants, et plus ou moins vérifiables ou conjecturables, de la personnalité de M. Macron circuleront. Des folies se répandront qui discréditeront la critique [j’ai lu ainsi que puisque M. Macron avait engagé M. Benalla, lequel avait lui-même recruté M. Makao, qui serait un ami de ce M. Bendaoud qui fut lui-même l’hôte des terroristes du Bataclan, il allait à peu près de soi qu’il fallait placer M. Macron à l’origine de l’action supposée de Daech : à quoi jouent ceux qui esquissent de tels scénarios, sinon à discréditer la possibilité même de s’interroger sur certains aspects surprenants des attentats du 13 novembre 2015, et de quelques autres d’ailleurs ?]

L’ « Exécutif » sera sans doute un peu retardé dans sa mauvaise politique, et même entravé peut-être dans son propos de modifier une nouvelle fois la constitution selon des perspectives à mon sens globalement contestables [mais, de toute façon, cette constitution n’est nullement démocratique et l’est infiniment moins encore aujourd’hui – révisions, jurisprudences et Union européenne « aidant » – que sous le Général de Gaulle]. L’essentiel toutefois de la néfaste action présidentielle se trouvera comme sanctuarisé par la concentration de la contestation sur une « bavure » moins révélatrice que périphérique.

Le combat politique devrait être conduit exclusivement – de façon décidée et rigoureuse – sur deux terrains, intimement liés l’un à l’autre d’ailleurs : celui d’une politique extérieure à la fois globalement monstrueuse et bizarrement flottante ; celui d’une politique intérieure très sévèrement antisociale, porteuse d’effets désastreux pour les classes pauvres et moyennes. M. Macron est un important créateur de souffrances dans le monde, dans la vallée du Thérain ou celle de la Brèche [je parle ici de ce que je connais comme charnellement], comme en Syrie, au Yémen ou ailleurs [j’évoque ce que j’étudie à longueur de temps]

Le lien que je suggère, de l’intérieur et de l’extérieur si l’on veut, ne saurait guère être discuté dans sa généralité : la France est un pays que le « Young Leader of the French American Foundation » Macron – agent compradoriste assuré, et agent subjectif et non simplement objectif, agent conscient – a pour vocation clairement « assumée » [comme ces gens aiment à dire – imprudemment à mon sens] d’inscrire définitivement dans le deuxième cercle du monde de la domination capitaliste en l’étape vraiment [ ?] suprême de son « stade suprême » – j’entends = à l’âge globaliste de l’impérialisme, tel qu’il tend à s’affirmer depuis un quart de siècle.

L’affaire Benalla, ici, semble en quelque sorte parasitaire. Je comprends les Brutus ; mais je ne m’étonne pas que le « tyran » aspire à conserver vie et pouvoir, et qu’il s’entoure de séides qu’il espère dévoués corps et âme ; le Prince a toujours peur – et n’a pas vraiment tort –, et il a toujours besoin qu’un chien méchant l’accompagne pour le rassurer ; le chien méchant, par définition, est toujours un peu méchant, et il peut manquer de discernement ; tout cela relève d’une sorte de nature des choses.

Si – comme on en a pris à tout propos et en toute occasion l’habitude – on légifère, l’on obtiendra à n’en pas douter des effets beaucoup plus désastreux que les inconvénients assez limités que l’on aura souhaité [prétendu souhaiter] éviter.

Comme tout le monde, j’ai vu les pénibles et bouffonnes images. Tout cela est, certes, parfaitement déplacé et fort ridicule ; mais demeure en deçà des violences ordinaires de ma jeunesse, à la fin des années soixante et au début des années soixante-dix. Cette affaire doit être placée à un degré de gravité qui n’a rien à voir a fortiori avec celui de l’affaire de Tarnac, dans laquelle j’avais à juste titre dénoncé d’emblée l’ampleur terrifiante de ce qui se consommait, non pas cette fois du fait du dérapage d’individus isolés, mais par la conséquence d’un véritable complot d’État.

M. Benalla doit certainement être mis à l’écart. M. Macron a manqué de prudence sans doute. Il est faible : tous les hommes le sont. Tout cela est plutôt secondaire.

Nous devons par contre retenir qu’il conduit, avec violence, avec rage, une épouvantable politique, et ne pas laisser le procès de cette politique s’enliser dans la commode dénonciation d’un épisode minable – comme le souhaitent probablement [si l’on veut bien analyser la structure du capital des organes de presse si conformistes qui ont joué un rôle important dans ce feu de broussaille] certains acteurs importants du succès de M. Macron il y a quinze mois.

Lorsqu’on se bat pour la liberté des peuples et pour la justice sociale, l’on doit, il me semble, se montrer plus soupçonneux que beaucoup de bons esprits ne semblent l’être ces temps-ci, à l’endroit des ruses de la domination, des subterfuges de la représentation et de la fonction du spectacle.

Et il faut peut-être même se poser la question suivante : s’il n’est pas impossible que le chaos soit un instrument délibéré de la nouvelle domination globale [voir l’Orient si infortuné entre Hindou Kouch et Méditerranée] ; et si les Etats-Unis eux-mêmes, à l’âge trumpien, paraissent n’être pas épargnés par une telle stratégie ; alors, ne faut-il pas imaginer – au regard de l’activisme en cette affaire de certains acteurs soupçonnables – que M. Macron, point assez docile peut-être [car il a de l’orgueil], un peu plus nuancé sans doute qu’on ne le lui demande sur quelques menus chapitres [ceux de MM. Trump ou Poutine par exemple…] ne soit à cette heure la victime d’un rappel au règlement tandis que les puissants se sont déjà mis en quête de quelque nouvel oiseau rare pour 2022, capable peut-être même, celui-ci, d’enchanter quelque temps les « populistes », comme l’on dit, avant, bien entendu, de trahir leurs espoirs ?

SR

ANNEXE : PETITE DÉSAPPROUVE, MAIS ELLE NE VEUT PAS DIRE QUOI.

La désapprobation de Petite.png