Александр Захарченко

 

Donetsk. République autoproclamée, vont-ils répétant. Est-il une république hétéroproclamée ? Demande-t-on l’autorisation d’être libre ? À qui ? Alexander Zakharchenko, président et premier ministre de la République Populaire de Donetsk, a été assassiné en fin d’après-midi, après plusieurs tentatives, à n’en guère douter par les services de Kiev, épaulés et infiltrés par des bandéristes nazis qui pullulent dans l’ouest de l’Ukraine [de la façon la plus documentée qui soit = lorsqu’on est fier d’être nazi et amateur de runes sinistres, pourquoi, n’est-ce pas, le cacher ?], avec l’assistance « technique » peut-être de conseillers occidentaux, fort actifs aussi sur ce front [les Etats-Unis livrent depuis des mois des missiles Javelin à Kiev après que madame Nuland ait distribué des brioches à Maïdan et son époux des idées néoconservatrices qui tuent à tout le monde] ; assassiné, le président Zakharchenko, après beaucoup d’autres combattants de la liberté, après Motorola [Arsen Pavlov], commandant de l’unité Sparta, il y aura bientôt deux ans, après Guivi [Mikhaïl Tolstykh], commandant du bataillon Somali, il y a dix huit mois… Les chances d’une paix, si menacées depuis des mois sur cet autre front si douloureux, semblent définitivement mortes.

 

Psdt Alexander Zakharchenko.png

3 septembre = les jours passent ; pas un mot des autorités occidentales, pas même de l’allemande et de la française, qui furent au cœur du processus de Minsk en ses rebondissements ; le protocole du 5 septembre 2014, signé notamment par le représentant de l’Ukraine, Leonid Kouchma, et par le dirigeant de la République de Donetsk, Alexander Zakharchenko, portait, entre autres dispositions bafouées par Kiev, la protection des participants aux consultations ; les accords de Minsk 2, le 12 février 2015, signés par les mêmes, également foulés aux pieds par Kiev, avec constance [toute révision constitutionnelle en particulier se trouvant ajournée – à quoi bon puisqu’une loi de janvier 2018 qualifie la situation au Donbass d’ « occupation temporaire russe » [!!!] ] furent fermement accompagnés par Mme Merkel et M. Hollande ; ils portaient en particulier toutes sortes de dispositions tendant au plus grand apaisement ; et voici que nul ne semble considérer que l’assassinat ne soit pas un mode acceptable de résolution des conflits, si l’on peut dire ; mutisme de Mme Merkel, de M. Macron, de M. Philippe, de M. Heiko Maas, du si bavard pourtant M. Le Drian. Les morts n’intéressent les crocodiles occidentaux que lorsqu’ils les autorisent à étendre ou conforter leur domination en faisant eux-mêmes plus de morts ; à l’heure du massacre permanent par drones et des bombardements prétendument « ciblés », l’on finit par comprendre que « nos valeurs », selon l’entêtante formules de nos immoraux moralisateurs, relèvent de l’ordre des facilités argumentatives et du matraquage de la propagande, et aucunement de sentiments sincères d’humanité.

Ci-après, un bref film sur les funérailles, le deux septembre, du président Zakhrarchenko. Les « Russes » font bien les choses dans ce pays sous « occupation temporaire » [selon la terminologie kiévienne] : ils ont réussi à faire venir cent mille figurants – et davantage même selon certains – en quelques dizaines d’heures. L’on se moque du monde à Kiev et l’on s’en mordra les doigts ; l’on n’y a pas voulu d’une fédération, seule solution pourtant ; l’on aura donc la perte, pure et simple, et définitive du Donbass. Ainsi va l’histoire.

 

 

le 9 septembre =

L’on m’a demandé une lecture sur tout cela, et sur la personne du président Zakharchenko en particulier [ci-dessous – deuxième image -, se rendant au combat pendant l’hiver de 2015]. Il en est une, engagée : Ceux du Donbass, publié en français au début de l’année, par les très intéressantes éditions des Syrtes ; son auteur, M. Zakhar Prilepine, l’un des grands écrivains issus de la grande génération rebelle russe, a choisi d’exercer un commandement au Donbass, faisant vivre la grande tradition des écrivains combattants, qui sont tout autre chose que les militaires doués d’une plume [j’ai parfois évoqué Prilepine, ainsi comme ami du héros de la question 4-5 de l’examen de juin 2017]. Ce livre a été très critiqué en France ; ceux qui avaient prétendu apprécier naguère Prilepine ne le reconnaissaient plus ; blague que tout cela ! notre temps, de toute façon, ne comprend guère la notion de genre littéraire – cela demande des détours auxquels il ne saurait ordinairement se hisser.

Mais il importe peu : lorsque j’aurai le temps, je recopierai quelques pages consacrées à un portrait d’Alexander Zakharchenko ; portrait dans une certaine mesure hagiographique diront certains – mais c’est, justement, « le genre » ; portrait au fil duquel, me semble-t-il – en suivant en particulier le commentaire décousu, et comme introspectif, que le chef assassiné donne [par l’intermédiaire, certes, de Prilepine] de sa généalogie -, il devient possible de mieux comprendre une terrible histoire – depuis plus d’un siècle – à laquelle, par ici, nous n’entendons rien, et surtout ne voulons rien entendre, tout aux vues complotistes des dominants qui réduisent à peu près tout à la main de la Russie, exactement comme d’autres nous abreuvent, au titre de causalité diabolique générale, de leurs histoires d’illuminati. [Ci-dessous – première image – un portrait de l’écrivain par l’un des remarquables photographes portraitistes de notre époque, M. Arnaud Meyer.]

 

Arno Meyer, Zakhar Prilepine.png

 

Si j’attends d’avoir le temps, le petit texte auquel je songe ne viendra jamais – je prends le temps, donc, et le voici ; je ne le donne pas pour les considérations d’origine – « génétiques » – qu’il égrène, qui ne me persuadent guère – il arrive que des héros engendrent des couards, et le contraire aussi – ; je le donne pour ce qu’il nous enseigne d’une terrible histoire réfléchie et légitimement construite en mythe personnel d’identité et de destin [trad. du russe par Mme Michèle d’Arsin, pp. 175 sq.] =

Un jour, nous avons discuté en détail des ancêtres de Zakhartchenko. On n’a pas dessiné d’arbre généalogique, j’étais occupé à nettoyer du poisson séché, et nous nous sommes contentés de discuter. Autant que je me souvienne, c’était la première fois que Zakhartchenko prenait un après-midi de congé un dimanche. Il a donné l’ordre de ne pas le déranger. La bania, c’est sacré…

« Mes gènes ont fait leur travail, dit Zakhartchenko, ceux de mon père, de mon grand-père, de mon arrière-grand-père. Mon grand-père a fait une carrière militaire, les arrière-grands-pères ont fait la guerre en tant qu’officiers, mon père a fait la guerre lui aussi. Tout ça m’a été transmis génétiquement, avec le lait maternel. Je me souviens comment, encore enfant, je les écoutais parler stratégie, combats, positions, pourquoi cette division-là avait-elle réussi à percer à tel endroit, et telle autre non. […] L’un de mes aïeux avait reçu en cadeau de la part d’Alexandre Souvorov un rouble en argent pour avoir fait la traversée des Alpes avec lui. Un rouble offert par Souvorov, tu te rends compte… Il y avait une histoire dans la famille liée à ce rouble. Mon père a pété un câble quand il s’est marié avec ma mère, il voulait lui montrer ce rouble mais il avait disparu, quelqu’un de la famille l’avait égaré.

« Mon père m’a raconté que lorsque sa famille a été dékoulakisée et déportée – il faut savoir que ses grands parents avaient seize enfants -, alors mon arrière-grand-mère a demandé à mon arrière-grand-père de vendre ce rouble pour acheter un peu de pain. Mais mon arrière-grand-père lui a dit : « Tu sais quoi ma vieille, c’est pas à toi qu’on l’a donné, c’est pas à toi de le vendre ». Il a gardé le rouble et seuls huit enfants sont arrivés vivants en Sibérie, les autres sont morts de faim. C’est comme ça que les gens étaient à l’époque.

« Pour résumer, dans la famille, on a un rouble de Souvorov, une chachka de Platov, que mon aïeul avait reçue pour s’être battu à Borodino, et un pistolet Mauser qui nous vient de Frounze.

— Tes ancêtres étaient des Rouges ?

— J’ai aussi un revolver Nagant de Wrangel.

— Zakhar, c’est exactement comme

J’INSTALLERAI LA SUITE PLUS TARD ET JE COMMENTERAI LES DIVERS ÉPISODES ÉVOQUÉS AFIN QUE VOUS PUISSIEZ METTRE CES CONFIDENCES EN PERSPECTIVE

 

Le psdt Zakharchenko à l'hiver de 2015.png