Violences, disent-ils…

Le fameux jaune de Beauford Delaney.png

Le fameux jaune du magnifique Beauford Delaney, venu mourir à Paris en 1979

 

Les violences des forces de l’ordre, dans les événements des dernières semaines, ont été immédiates, et délibérément antérieures à celles des foules révoltées. Il est patent que des ordres particulièrement rigoureux ont été donnés par les autorités pour casser à tout prix le mouvement : au service de la violence mondiale du Capital [bouffonnement  repeint en vert alors qu’il détruit méthodiquement la planète, étend sans cesse le territoire sans contours de la guerre, et dévaste les peuples], il est difficile de n’évoquer pas une violence d’État sans précédent, du fait des plus hauts responsables du pays.

Il y a des morts, pour la première fois dans de strictes manifestations depuis la sinistre affaire Malik Oussekine le… 6 décembre 1986, il y a tout juste trente-deux ans aujourd’hui – mais la mort d’Oussekine avait été vécue comme une catastrophe nationale, désormais plusieurs morts laissent nos gouvernants de marbre ; un peu de compassion pour ceux qui « ne sont rien » – tandis qu’ils sont tout, et aspirent du moins à être quelque chose, selon les mots de Sieyès – semble inaccessible à des cœurs endurcis, asséchés par une idéologie de fer, partagée d’ailleurs par une opposition « de droite » tout aussi insensible  ; des blessures atroces ont été causées à des manifestants non-violents, voire à des journalistes ; il suffit de se promener en ligne pour découvrir par dizaines des vidéos de manifestants battus avec une incroyable violence par un ou plusieurs fonctionnaires alors qu’ils sont à terre ; aujourd’hui, j’ai rencontré dans mon village une charmante personne qui revenait, épouvantée, de Beauvais où des enfants encadrés par leurs parents et des jeunes gens défilant sans violence auraient été immédiatement assaillis à coup de grenades lacrymogènes.

L’on a très évidemment changé de monde ; nous sommes entrés – comme nombre de bons analystes l’annonçaient depuis des années, en considérant en particulier les États-Unis – dans la phase la plus violente du capitalisme tardif ; le néolibéralisme, par ici, tuait des millions et des millions d’infortunés – réduits dans le meilleur des cas à des emplois intérimaires ingrats et sous-payés, exposés à la destruction de leur famille par la misère – ; mais il les tuait, en quelque sorte, métaphoriquement, encore que — de « réforme » en « réforme », de cassage des services publics en cessions de biens qui étaient, de façon ultime, ceux de la nation — de manière toujours plus assurée et irrémissible ; voici qu’il exige que d’autres assez pauvres gens, en uniforme, recourent à des techniques de combat de rue dont on pensait qu’elles étaient interdites ; à des armes dont il est avéré qu’elles arrachent des mains et déchirent des visages ; sans doute est-ce pour cela – par objection de conscience – que M. Collomb a préféré, avec un sentiment manifeste d’urgence, quitter la place Beauvau.

Le devoir des honnêtes gens en uniforme – il y en a bien entendu – est de refuser désormais de massacrer leurs frères et de « mettre la crosse en l’air » = nos princes n’auront qu’à partir en Allemagne ou en Angleterre ; des « Gilets Jaunes » les attraperont peut-être à Varennes… Ce qui semblait impossible il y a trois semaines encore ne l’est plus, et l’on éprouve une sorte de tristesse indéfinissable devant tant d’aveuglement et tant de surdité – devant si peu d’amour.

L’un de mes éminents collègues et amis confiait il y a quelques jours à l’Express sa profonde irritation devant une « irresponsabilité assez agaçante ». Celle des « Gilets Jaunes »… Il est probable que ses vues soient partagées par beaucoup de maîtres et d’élèves dans cette maison – pas par tous je le sais.

Que dire, devant tant de froideur alors que la misère ravage le pays au-delà du périphérique et qu’il n’est pas impossible que ne meurent encore, ou ne soient mutilés, nombre de ceux qui, désormais, résistent à un ordre politique, économique et social extrêmement injuste ? Ceci, peut-être = uidentes non uident, et audientes non audiunt – incrassatum est enim cor populi eius [Mt xiii, 13-15].

 

Une affiche de la CGT il y a quelques années. Les syndicats, dans l’ensemble, ne se montrent certes pas à la hauteur depuis 2007, et en particulier depuis 2017 ; et l’abus de la matraque, pour sévère qu’il puisse être, n’emporte pas souvent des effets aussi terribles que ceux des tirs tendus de flashball ou de grenades ; pour autant, l’on ne saurait dire mieux =

La police doit protéger....png