L’impérialisme étatsunien, les nouveaux régimes réactionnaires latino-américains, la bourgeoisie compradore & le martyre du Venezuela [dossier]

Annonçant le cours de Relations internationales, il y a une huitaine, j’évoquai la possibilité qu’il nous faille prêter une très vive attention au Venezuela. Tel est bien, dès maintenant le cas. Le titre que je donne à ce billet pourra vous sembler long ; mais je ne crois pas que l’un de ses termes soit inutile.

 

carte des Amériques centrale et du sud.png

 

1/ Il est bien sûr impossible, dès lors que l’on se préoccupe du destin d’un quelconque pays situé entre le Rio Grande [Rio Bravo pour les Mexicains] et la Tierra del Fuego, de ne pas considérer, non pas [comme beaucoup le disent un peu vite] la « doctrine Monroe » de 1823, mais – disons – la « doctrine Monroe » révisée par Théodore Roosevelt huit décennies plus tard [vous trouverez ce dont vous avez besoin pour comprendre cet aspect dans le billet de ce blogue en date du 4 décembre 2016, « De quoi Fidel est-il le nom ? » ; il comporte quelques lacunes car je ne l’ai pas achevé – cela m’arrive souvent hélas -, mais il suffira à vous éclairer sur ce que j’évoque ici].

2/ La bourgeoisie compradore doit être distinguée de la bourgeoisie nationale [sachant qu’il s’agit de concepts, d’instruments irréductiblement ductiles, de commodité fugitives abandonnées à la lutte éternelle des esprits] ; cette dernière, pour dire les choses simplement, demeure patriote, et finalement solidaire sous certains aspects des intérêts du peuple ; ses enfants, par exemple, savent accomplir leur sévère devoir civique jusqu’au sacrifice suprême et mourir, selon une expression d’autrefois, au champ d’honneur – ce fut le cas, à n’en pas douter, lors de la Première Guerre mondiale – ; la bourgeoisie compradore est par contre cette bourgeoisie commerçante qui prospère de son intermédiation, fort accommodante, entre son pays propre et l’étranger, finissant par s’autonomiser profondément au sein de la nation ; cette expression était essentiellement utilisée autrefois pour des bourgeoisies asiatiques ou, justement, latino-américaines ; aujourd’hui, il ne serait pas – du tout – excessif d’évoquer la compradorisation d’une partie toujours plus large de la bourgeoisie jusque dans un vieil État-Nation comme la France, effectivité psychique collective longtemps si puissante, et d’ailleurs toujours opérative dans le gros des masses populaires et une partie résiduelle de la bourgeoisie ; quoi qu’il en soit, sur les continents américains, la proximité d’un géant comme les États-Unis, certes peu prompts à limiter leur emprise, et soucieux d’assurer leur domination économique sur les moindres puissances de cette région immense, assure le caractère exclusif de la fidélité des bourgeois compradores aux Gringos du nord.

3/ C’est ainsi que les régimes « progressistes » [populistes de gauche si l’on veut] des Amériques latines, d’ailleurs divers, ont constamment dû résister à l’assaut coordonné de Washington et d’une bonne partie de leurs propres « élites » économiques. Les exemples sont innombrables. Vous en connaissez sans doute deux au moins ; l’un parce qu’il a connu une issue particulièrement sinistre en un temps où les européens étaient plus fidèles qu’aujourd’hui à ces fameuses « valeurs » dont ils se gargarisent = le coup du général Pinochet contre Salvador Allende, au Chili, en 1973 ; l’autre parce qu’il vient de connaître une très préoccupante issue avec l’élection de M. Jair Bolsonaro à la présidence de l’immense et nombreux Brésil à la fin du mois d’octobre 2018 [ce dernier est entré en fonction le premier janvier dernier] – élection survenant après divers rebondissements scandaleux tendant à détruire des « progressistes » pourtant bien modérés [éviction en 2016 de la présidente Rousseff par un coup du vice-président Temer « justifié » par une légalité en trompe-l’œil ; présidence de Temer, tout acquis aux vues des grands amis du nord ; élimination de l’ancien président Lula mis dans l’incapacité de se présenter à la récente présidentielle ; élection enfin de l’inquiétant sieur Bolsonaro, puissamment aidé en particulier par les masses évangélistes qui sont un élément central du rayonnement étatsunien à l’échelle tricontinentale [j’emploie à dessein ce terme, qui fut celui, dans les années soixante du dernier siècle, d’une grande aventure avortée], Asie, Afrique, Amériques [sur cette question absolument majeure, voyez mon billet du 25 décembre 2017, « Du Guatemala & de Jérusalem » — ne jamais oublier ceci, et c’est un fidèle du Christ – fort en-dessous de la tâche, certes, ledit fidèle – qui écrit = il y a lieu de redouter davantage encore, entre autres vues déraisonnables, l’apocalyptisme actif du gros des évangélistes que la radicalité jihadiste d’un certain nombre de musulmans [elle-même souvent nourrie d’apocalyptisme d’ailleurs] – tout simplement parce que ces évangélistes pèsent lourdement sur la politique de la première puissance du monde à cette heure, et lui donnent comme un immédiat écho transnational dont les effets peuvent être considérables [mais cet aspect n’est pas le plus important au Venezuela, pays beaucoup moins réceptif que d’autres – à commencer justement  par le Brésil, où M. Bolsonaro, marié à une évangélique, est lui-même un catholique assurément évangélicocompatible – à cette radicalité trop souvent sous-estimée par les observateurs] ; dois-je préciser que M. Bolsonaro, quelques jours seulement après son élection, a annoncé le transfert de l’ambassade brésilienne en Israël de Tel Aviv à Jérusalem, démarche irréductiblement illégale et propre à accélérer encore le procès méthodique de destruction de l’infortuné peuple palestinien, dont les membres font figure en quelque sorte d’ « Indiens » de notre temps ?

Aujourd’hui, quatre régimes sont dans le collimateur de Washington – ceux de Cuba, du Nicaragua, de Bolivie et du Venezuela ; mais l’on ne s’étonnera pas de la priorité donnée par les États-Unis à l’anéantissement du Venezuela chaviste, méthodiquement détruit depuis longtemps par les sanctions, manipulations et pénétrations en tous genres = le Venezuela s’enfonce ainsi dans la misère alors qu’il jouit des plus importantes réserves mondiales de pétrole [et de ressources très impressionnantes en or, en diamant, en divers métaux – en gaz aussi] ; il est urgent pour les rapaces capitalistes étatsuniens de mettre la main sur ce trésor, comme il est souhaité par leurs serviteurs politiques d’empêcher que la Chine ne trouve là une source déterminante d’approvisionnement ; il faut aussi, absolument, que soit anéanti ce pôle autrefois – malgré les imperfections inhérentes à toute combinaison de l’art humain – si rayonnant de la plus fière résistance au capitalisme et à l’impérialisme, refusant d’abjurer sa foi dans la possibilité d’un monde plus juste pour les victimes séculaires de l’oppression, et rejetant – cet aspect ne fut jamais contesté – tout compromis sur le chapitre d’une souveraineté indissociablement politique et économique = pour le Capital et pour l’Empire, le Venezuela doit être non seulement spolié mais encore châtié pour l’ « édification » des peuples qui prétendent accéder aux lettres et aux soins, obtenir des conditions de vie décentes, simplement relever la tête et secouer le joug d’une domination implacable et méprisante – si incroyablement vulgaire aussi, le saisissant film « Inside the coup » rend cet aspect éclatant ; l’on ne saurait tout à fait, pour comprendre l’acharnement frisant la folie de Washington – et bien sûr de Londres ou des voisins demeurés ou revenus dans le « droit chemin », et au fond de la plupart des pays européens [avec une présidence française qui préfère distiller sa haine de Caracas qu’exprimer la moindre compassion pour les victimes, ici, d’une politique et d’une répression extrémistes] -, sous-estimer cette dimension cosmique de guerre des âmes = c’est cet aspect qui m’incline à parler, non simplement de la souffrance, mais du martyre d’un Venezuela se refusant à abjurer – tout séculier certes en principe, même si les propos de Chavez sonnaient souvent de façon ambivalente – l’horizon de la foi, de la charité et de l’espérance.

 

Les présidents Maduro et Chavez.png

 

Bien entendu, vous seriez bien inspirés de voir une première fois dès maintenant le quatrième des films prévus cette année, « Inside the Coup. The Revolution will not be televised » [voir billet du 1er novembre 2018] ; et de lire aussi le billet du 28 septembre dernier, intitulé « Un rapport de M. Alfred Maurice de Zayas […] » [de M. de Zayas, vous trouverez plus loin un entretien très récent].

 

Ces quelques mots introductifs ont le propos de vous permettre d’entendre les pauvretés diffusées sur l’affaire vénézuélienne par les médias capitalistes ou d’État français en conservant un peu de distance. L’article qui suit, de M. Romain Migus [qui présente un énorme avantage sur moi = il n’a pas été un « chaviste » de bureau, suivant cette aventure de façon livresque, mais un militant révolutionnaire « bolivarien » de terrain, au Venezuela même], vous éclairera bien davantage [[ tiré de son blogue « Venezuela en vivo » – lien =

https://www.romainmigus.info               ]]

Les textes qui suivront sont de grande importance, en particulier l’enquête de premier ordre du Wall Street Journal. Où l’on comprendra qu’il n’y a aucune manière de « conspirationnisme » pathologique à dénoncer les évidents complots de l’impérialisme étatsunien et de ses larbins européens = l’action extérieure des États-Unis relève continûment du grand-banditisme international à des fins de prédation [c’est cela l’impérialisme] = cela est avéré et n’a aucun lieu d’être caché. Il est même du devoir moral des honnêtes gens de le dénoncer et de condamner la sklērokardia de ceux qui se lavent les mains de la souffrance de leurs frères humains.

 

I. –

Coup d’Etat en cours au Venezuela

Posons d’emblée une question à nos lecteurs.
Imaginez que les plus hautes autorités chinoises appellent les Gilets jaunes à prendre les rues de Paris et des grandes villes françaises.

Imaginez que la Russie décide de ne plus reconnaître le président Macron et déclare que le nouveau président français légitime est Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon.

Imaginez que l’Iran finance et arme des groupes paramilitaires pour mettre le pays à feu et à sang.
Comment appelleriez vous cela ? Peu importe l’opinion que vous ayez de M. Macron, seriez-vous prêts à accepter pareille ingérence étrangère dans les affaires de notre République ?
Situation incongrue ? Et pourtant c’est exactement ce qui est en train de se dérouler au Venezuela.
On ne pourra pas dire que le scénario n’avait pas été annoncé. Dès le 8 janvier, deux jours avant la prestation de serment de Nicolas Maduro, l’Assemblée nationale du Venezuela avait voté illégalement une Loi sur la transition dans le but de s’emparer du pouvoir exécutif. Les USA et leurs alliés du groupe de Lima s’étaient alors empressés de soutenir cette initiative putschiste.
Rappelons avant d’aller plus loin que l’Assemblée nationale est en situation dite d’outrage judiciaire depuis près de deux ans. Après l’élection des députés en décembre 2015, une plainte avait été déposée par les candidats du PSUV dans l’Etat d’Amazonie pour achat de voix de la part de leurs opposants élus. La justice avait sanctionné par la suite cette fraude et le tribunal du pouvoir électoral a exigé que l’élection à ces trois postes de députés soit refaite. La présidence de l’Assemblée nationale ayant refusé de se plier aux pouvoirs judiciaire et électoral, l’Assemblée nationale a été déclarée en «outrage judiciaire». Les décisions et votes qui émanent du pouvoir législatif sont donc nuls et non avenus tant que la présidence de l’Assemblée nationale n’autorise pas le retour aux urnes. Précisons que l’opposition détient une majorité absolue de 122 députés sur 167 sièges. Cette assemblée législative en insubordination est donc devenue un pouvoir législatif parallèle. C’est pourtant depuis cette instance que s’est préparée la tentative de coup d’Etat institutionnel à laquelle nous assistons actuellement.
Le 22 janvier 2018, alors que se préparaient plusieurs manifestations à Caracas, le vice-président américain, Mike Pence, a appelé les Vénézuéliens à se soulever contre le gouvernement légitime. Ceci montre bien que les organisations politiques d’opposition sont tellement délégitimées que Washington doit désormais se passer d’intermédiaire pour appeler directement les citoyens vénézuéliens et l’armée à renverser Nicolas Maduro, et in fine à défendre ses intérêts.

Le jour suivant, comme il fallait s’y attendre, dès que Juan Guaido s’est arrogé illégalement le pouvoir exécutif, la Maison Blanche «reconnaissait officiellement le président de l’Assemblée nationale comme président intérimaire du Venezuela». Une poignée de pays latino-américains, inféodés à Washington, suivront l’ordre de Trump de reconnaître son gauleiter vénézuélien.

La constitution de pouvoirs parallèles n’est pas une nouveauté. Dès 2017, l’opposition a créé une Cour Suprême parallèle (basée au Panama) et un poste de procureur général de la Nation (basé en Colombie). Désormais, avec l’usurpation du pouvoir exécutif par une Assemblée nationale en outrage judiciaire, nous sommes face à la construction de pouvoirs publics illégitimes, reconnus par les Etats-Unis, le Canada et leurs vassaux latino-américains.
Ces instances ne pouvant évidemment pas coexister avec les pouvoirs légitimes, on va sans aucun doute assister à une recrudescence des violences dans le pays bolivarien. C’est d’ailleurs dans ce sens qu’il faut interpréter le refus de Washington d’obtempérer à l’ordre d’expulsion de ses diplomates de Caracas, annoncé immédiatement par le président Maduro.
Ce scénario fait écho à la situation qui a précédé les guerres de Libye et de Syrie. La constitution de gouvernements parallèles, que ce soit le Conseil national de transition libyen ou le Conseil de salut national syrien, avait été une prémisse nécessaire aux bombardements ou aux déferlement de mercenaires contre ces pays. Dans la nuit du 23 au 24 janvier, des bandes de délinquants armées ont fait régner la terreur dans certains quartiers de Caracas en tirant sur tout ce qui bougeait et en s’affrontant à la police.
Il faut rappeler ici que l’Assemblée nationale qui est aujourd’hui l’instrument principal de la tentative de coup d’Etat institutionnel, a approuvé toutes les sanctions économiques décidées depuis Washington contre son propre peuple. Pire encore, le 8 janvier 2019, elle a préparé le saccage du pays en autorisant la création d’un fond de récupération des actifs de la République bolivarienne du Venezuela. Masquant ses desseins derrière la lutte anti-corruption, l’Assemblée nationale autorise les pays étrangers à congeler les actifs de leur propre nation. Là encore, cela nous renvoie à la stratégie déployée en Libye et au gel des actifs de ce pays. 
Washington et ses alliés peuvent compter sur des bandes de mercenaires, recrutés pour semer la violence dans le pays. Outre les paramilitaires colombiens, très actifs sur la frontière colombo-vénézuélienne, le président Maduro avait dénoncé, le 28 novembre 2018, la présence de 734 mercenaires sur les bases militaires d’Eglin en Floride et de Tolemaida en Colombie. Leur but, selon lui, étant d’agresser le Venezuela ou de préparer une attaque sous faux drapeau dans l’objectif de justifier une intervention militaire contre la nation bolivarienne.

A court terme, l’issue de l’épreuve de force à laquelle nous assistons, ne peut être que, malheureusement, violente. Ni le pouvoir légitime de Nicolas Maduro ni les instances factices créées par ses opposants ne reculeront ni n’entameront de dialogue dans l’immédiat. Si dans n’importe quel pays, Juan Guaido et les députés félons se retrouveraient derrière les barreaux, le Venezuela doit composer avec les menaces proférées par les Etats-Unis. 

Le président Trump a en effet déclaré que l’option militaire contre le Venezuela restait d’actualité («toutes les options sont sur la table»). Quand au département d’Etat, il a d’ores et déjà annoncé qu’il préparait l’envoi «d’une aide humanitaire» pour répondre à la demande de Juan GuaidoLe gouvernement de Nicolas Maduro, qui se bat pour que le blocus financier contre son pays soit levé, n’acceptera jamais que, sous le prétexte «d’aide humanitaire» les USA débarquent. Cette provocation s’inscrit dans le cadre d’une stratégie planifiée d’intervention énoncée dès le 28 octobre 2015 par l’ancien Commandant du SouthCom, John Kelly.

Face à cette escalade de la tension, il ne manque plus qu’un détonateur pour justifier une aventure guerrière. Rappelons-nous les mensonges médiatiques qui ont précipité l’Irak, la Serbie, la Libye ou la Syrie dans l’abîme destructeur de la guerre : la destruction de couveuses au Koweït, le massacre de Raçak, les bombardements de manifestations à Benghazi ou la torture d’adolescents à Deraa ont tous été le prélude nécessaire pour légitimer des massacres au nom de la «défense de l’Humanité».
L’opinion publique internationale pourrait être encore une fois victime, dans les prochaines semaines, d’une opération d’intoxication médiatique dans le but de justifier une opération militaire contre le Venezuela.

Bien que le scénario vénézuélien ressemble à s’y méprendre à ceux déployés au Machrek, il subsiste des différences de taille. D’une part, l’armée vénézuélienne continue de soutenir la Constitution de son pays, la souveraineté de sa nation et la République. Si vingt militaires ont été arrêtés le 21 janvier, pour avoir tenté de s’approprier un dépôt d’armes, les dizaines de milliers de soldats et les centaines de milliers de réservistes n’ont pas manifesté de velléités putschistes. Le ministre de la Défense, Vladimir Padrino Lopez, a rappelé que les Forces armées nationales bolivariennes défendaient la Constitution tout en étant garantes de la souveraineté nationale.

D’autre part, la Russie, la Chine, l’Inde, le Pakistan, la Turquie, l’Iran, l’Afrique du Sud et une immense majorité de pays dans le monde reconnaissent la légitimité du président Maduro. Pékin a apporté son soutien au gouvernement vénézuélien dans «ses efforts pour maintenir sa souveraineté». Le Kremlin a, pour sa part, assuré Caracas de son soutien pour «faire respecter la souveraineté du Venezuela».
Il est vrai que l’opposition vénézuélienne a tout fait pour radicaliser les alliés de la Révolution bolivarienne. En clamant haut et fort que les lignes de crédits autorisées par la Chine et la Russie ou les accords économiques signés par le président Maduro ne seraient pas reconnus par «leur gouvernement», les opposants ont de facto internationalisé le conflit vénézuélien. Pékin, Moscou ou encore Ankara sont désormais indirectement visés par les desseins anti-démocratiques de l’opposition vénézuélienne. Une intensification du conflit actuel ou une aventure militaire aurait des répercussions bien au-delà des frontières du Venezuela.

Cette guerre froide pourrait bien se réchauffer sous le soleil caribéen. Il appartient désormais à tous les défenseurs de la paix de se mobiliser contre une intervention et pour une solution politique à cette nouvelle offensive contre la Révolution bolivarienne. Ne laissons pas les promoteurs de la guerre se vautrer dans un sang qui n’est pas le leur.

Article initialement paru sur le site de RT France

 

 

***

 

II.-

 

Pour faire suite à cette analyse, celle du blogue de qualité Moon of Alabama, dont voici le lien général

https://www.moonofalabama.org

L’auteur principal, un certain Billmon [pseudonyme] ne semble pas connu ; les analyses sont souvent très pertinentes, et du moins précieuses [n’oublions jamais qu’il s’agit « seulement » de conjecturer, simplement parce que l’on ne saurait espérer atteindre des certitudes — toutefois, il y a des gens fins et travailleurs qui conjecturent manifestement assez bien – on en prend la mesure dans la durée -, il y a des esprits plus superficiels et moins subtils, et il y a bien entendu des menteurs délibérés, souvent intéressés dans le cadre d’opérations, comme eût dit Bernays, de « relations publiques ». Fins ? s’interrogent les plus fins d’entre vous = mais qui le dit ? eh bien, au fond, eux-mêmes, les uns les autres, entre eux, en une manière de cercle invisible uni par quelque je-ne-sais-quoi qui fait leur joie et leur douleur – de solitude, surtout après les sociétés déjà anciennes de la conversation et avant la toile qui rapproche les esprits en se jouant des montagnes et des océans — Hume, dans son « Standard of Taste », donnera quelque aliment à la réflexion de ceux auxquels ne répugnent pas de modestes efforts de pensée – désintéressés].

[[[ Pourquoi, me demande un sympathique curieux, « Moon of Alabama » ? Certainement à cause d’une chanson composée il y a neuf décennies par Bertolt Brecht et mise en musique par Kurt Weill, « Alabama Song », connue sous divers titres dont M. o. A., reprise quelques années plus tard dans leur opéra Aufstieg und Fall der Stadt Mahagonny [Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny]. Ci-dessous, je porte le lien avec une interprétation de l’époque – celle de Lotte Lenya, avec Kurt Weill sur la photo – ; puis deux liens avec des reprises plus récentes, fort talentueuses, l’une des Doors et l’autre, provocatrice et brillante, comme souvent, de David Bowie. Pourquoi un tel choix du blogue – pour exprimer, peut-être, quelque pessimisme foncier sur le temps = It’s time to say goodbye / I tell you we must die… – je m’égare peut-être. Bah ! — Le même, en réponse, évoque l’épigraphe, ou le sous-titre peut-être, du blogue = Moon of Alabama // Where Barflies Get Together, soit = où les mouches de bar se réunissent = où les piliers de bistros se réunissent — pas de rapport, il me semble, avec la chanson de Brecht et Weill ; sans doute l’idée qu’à l’enseigne de Moon of Alabama se réunissent les assoiffés – de commentaires subtils, il s’entend, mais peut-être aussi de boissons fortes, tout intellectuelles bien entendu. — Si l’on « contextualise » de destin ultime d’« Alabama Song » dans l’opéra « Grandeur et décadence de Mahagonny », la signification du titre du blogue devient bien sûr d’une autre portée = il s’agirait d’ordonner en particulier le propos à une critique implacable des logiques gangstéristes du capitalisme dont Mahagonny est la manifestation stylisée selon l’impératif théâtral d’une suffisante unité de lieu. — Ce mercredi 30 janvier, mon aimable correspondant, qui a relevé un grand nombre d’interprétations contemporaines d’« Alabama Song », me demande s’il en est une que j’ajouterais volontiers aux plus connues d’abord mentionnées = sans hésiter, celle de Marianne Faithfull, que je porte donc ci-après ; Marianne Faithfull est – comme l’on dit – une icône générationnelle ; ceux de mon âge l’ont aimée pour beaucoup, l’ont vu vu sombrer dans les profondeurs, ont admiré sa fécondité inaltérable, ont entendu se casser sa voix, usée par la cigarette – et davantage -, l’ont préférée bien souvent après sa brisure, ont puisé peut-être même une leçon de courage et de grandeur, et d’humanité, dans son finalement si ferme destin, voire, récemment encore, peut-être, ont éprouvé de la joie en écoutant son dernier album, « Negative Capability » ; certains apprécient sans doute jusqu’à ses lourdes contradictions politiques – du moins ceux qui comprennent que la contradiction, souvent, n’est pas le signe d’une faiblesse de l’esprit, mais la manifestation de sa richesse créatrice, du débordement de son amour.  ]]]

 

Au texte donc. [Je reproduis la traduction donnée dans un blogue qui fait partie lui aussi des quinze ou vingt qu’il est précieux de suivre régulièrement, en sa version française mais aussi en sa version anglaise — voici le lien général du Saker en sa forme française =

http://lesakerfrancophone.fr

M. Xi avec M.Maduro devant un buste de Chavez en 2014.png

M. Xi en compagnie de M. Maduro devant un buste du président Hugo Chavez [2014]

 

Venezuela : « changement de régime »


Le plan américain et comment y répondre.

2015-05-21_11h17_05Par Moon of Alabama – Le 24 janvier 2019

Hier, les États-Unis ont reconnu le « chef de l’opposition » de droite au Venezuela, Juan Guaidó, en tant que président du pays. Un certain nombre de pays d’Amérique du Sud dirigés par la droite ont adhéré à cette initiative. Cuba, la Bolivie et le Mexique l’ont rejeté. La Russie, la Chine, l’Iran et la Turquie continuent d’appuyer le gouvernement du président élu Nicolas Maduro et se sont prononcés contre la tentative de coup d’État. L’Union européenne n’a pas d’opinion commune, la France dirigée par un néo-libéral est en faveur du coup d’État, l’Espagne s’y oppose.

Le Venezuela doit se préparer à un conflit pluriannuel tout en faisant le maximum pour le maintenir le plus court possible.

Ce mouvement américain prévu depuis longtemps contre le gouvernement légitime du Venezuela n’est que le début. Il est conçu pour mener à l’escalade et très bientôt à la mission sous-jacente : « Il faut arrêter ça ! ». Plus de 300 milliards de barils de pétrole, les plus grandes réserves de pétrole au monde, sont en jeu. Guaidó, le larbin américain, promet de modifier la loi sur le pétrole du Venezuela à l’avantage des États-Unis, alors que le gouvernement bolivarien actuel utilise le pétrole pour soutenir les pauvres.

Le sénateur Marco Rubio a rédigé la feuille de match du changement de régime  mené par les États-Unis contre le gouvernement du Venezuela, avec l’appui du vice-président Pence :

« La reconnaissance américaine de M. Guaidó en tant que président légitime du Venezuela est bien plus qu’une mesure symbolique et présente de nouvelles complications pour M. Maduro.

Le sénateur Marco Rubio, un républicain de Floride qui a poussé le gouvernement Trump à prendre une telle mesure, a vivement encouragé cette idée. Dans un discours prononcé devant le Sénat le 15 janvier, M. Rubio a déclaré que la désignation de M. Guaidó comme président permettrait à des législateurs de l’opposition de disposer de millions de dollars d’actifs du gouvernement vénézuélien bloqués aux États-Unis, qui pourraient en profiter pour financer de nouvelles élections ou une aide humanitaire. »

Le montant réel que les États-Unis et la Grande-Bretagne ont gelé, ou pratiquement volé, au Venezuela s’élève à plusieurs milliards de dollars, pas seulement à quelques millions. Un tel gel de l’argent détenu par des gouvernements que les États-Unis n’aiment pas est devenu très courant. La guerre économique que les États-Unis mènent depuis longtemps contre le pays, conjuguée à de nombreuses autres sanctions, a rendu la reprise de l’économie vénézuélienne presque impossible.

Alors que les États-Unis risquent maintenant de confisquer tout l’argent qui est censé être versé au Venezuela, le pays doit cesser ses exportations de pétrole vers les États-Unis. Un certain nombre de raffineries américaines, dont certaines appartiennent au Venezuela, dépendent de la qualité spéciale du pétrole vénézuélien et seraient bientôt en difficulté. Cela pourrait aider à changer l’ambiance à Washington. La Chine pourrait être intéressée à acheter plus de pétrole vénézuélien.

L’opposition au Venezuela utilisera probablement l’accès à cet argent gelé pour acheter des armes et créer une armée de mercenaires afin de mener une guerre civile contre le gouvernement et ses partisans. Comme en Syrie, les forces spéciales américaines ou certains sous-traitants de la CIA seront prêts à aider. La ligne d’approvisionnement pour une telle guerre passerait très probablement par la Colombie. Si, comme en Syrie en 2011, une guerre sur le terrain est prévue, elle commencera probablement dans les villes proches de cette frontière.

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Mais avant qu’un conflit militaire ne soit déclenché, les États-Unis et l’opposition au Venezuela vont emprunter d’autres voies.

Après l’annonce américaine, le président du Venezuela, Maduro, a ordonné à tous les diplomates américains à Caracas de quitter le pays dans les 72 heures. Comme les États-Unis ne reconnaissent plus Maduro, ils l’ont rejeté. Le secrétaire d’État américain Pompeo a annoncé « mener nos relations avec le Venezuela par l’intermédiaire du gouvernement du président par intérim Guaidó ». Le rejet était très probablement planifié et est censé provoquer une réaction très dure, comme une prise d’assaut de l’ambassade.

Dans le cadre d’un processus normal, le gouvernement vénézuélien arrêterait les diplomates américains dès qu’ils quitteraient l’enceinte de l’ambassade légalement protégée. Ils seraient mis dans un avion et expulsés du pays. Mais il semble probable que les États-Unis ont planifié ce conflit et que les diplomates sont prêts à rester longtemps dans l’ambassade.

Le mieux que le Venezuela puisse faire maintenant consiste simplement à isoler l’ambassade. Elle doit être bien gardée pour empêcher les attaques sous faux drapeau. Aucun visiteur ne devrait être autorisé. Toutes les lignes de communication de l’ambassade devraient être coupées (il y aurait toujours une communication par satellite) et l’électricité et l’eau devraient être rationnés. L’aide humanitaire ne devrait être accordée qu’après des demandes spécifiques. Il est important de jouer ceci dans les règles pour que les États-Unis ne puissent pas utiliser de prétexte pour une escalade.

Le « chef de l’opposition » Juan Guaidó a commis une trahison. Lui, son personnel et les personnes qui le suivent doivent être retrouvés et emprisonnés. Ils devraient être détenus dans des conditions raisonnables, mais sous une stricte surveillance militaire.

Avant de déclencher une guerre plus vaste, l’opposition tentera de créer un chaos insupportable dans les rues. Comme lors des manifestations violentes manquées en 2016, les émeutiers de l’opposition seront armés. La police sera attaquée et des personnes des deux côtés vont mourir. De toute évidence, le meilleur moyen de maintenir les émeutes à un niveau tolérable est de désarmer ceux qui sont violents. La police aura besoin de bons renseignements au sol pour y parvenir.

Les États-Unis semblent prêts à superviser le coup d’État à moins que cela n’entraîne des conséquences négatives pour leur propre position. Sur le plan intérieur, la tentative illégale de changement de régime bénéficie du soutien de démocrates soi-disant socialistes. L’appareil de propagande américain, les principaux médias et diverses campagnes de propagande sont pleinement engagés. Les sociétés de médias sociaux aux États-Unis, supposément privées – Facebook, Instagram et Twitter – ont déjà annulé les comptes officiels de Maduro. Ils n’ont plus le label « vérifié ». Voice of America montre (vidéo) Guaidó se proclamant président parmi une foule de quelques centaines de partisans. Il a ensuite (1:05 min) rejoint une foule beaucoup plus nombreuse à un endroit différent, suggérant faussement qu’il a un public nombreux. Il y a des camions avec des publicités anti-Maduro circulant dans des villes américaines et divers récits de propagande postent de fausses images ou font de fausses déclarations. Ce changement de lieu, de Paris au Venezuela, est mignon dans sa naïveté :

Le gouvernement vénézuélien devrait consulter la Syrie et la Russie sur la manière de gagner un tel conflit. L’étape la plus importante que Maduro doit franchir est de renforcer son appui au sol. Alors que le mouvement bolivarien sous Chavez et maintenant Maduro bénéficie toujours d’un soutien important, il a perdu un peu de soutien des pauvres en raison du malaise économique après la chute des prix du pétrole. La situation est dans une certaine mesure causée par les sanctions américaines, mais une partie importante est également due à des politiques économiques peu judicieuses et à la corruption. Les milliards de crédits et d’investissements apportés par la Russie et la Chine n’ont pas été utilisés à bon escient.

Une campagne anti-corruption bien concertée contribuera à accroître l’appui du public et donnera à la Chine et à la Russie davantage de confiance en elles-mêmes pour s’en tenir au gouvernement légitime.

Une autre étape doit être un dialogue rapide avec des éléments raisonnables de l’opposition. Bien que beaucoup de gens n’apprécient peut-être pas le gouvernement Maduro, beaucoup d’entre eux seront en désaccord avec l’intervention manifestement dirigée par les États-Unis. Ces gens peuvent être conquis. L’église catholique pourrait être invitée à négocier des pourparlers avec eux.

L’armée vénézuélienne a promis de soutenir son président élu. Il devrait l’utiliser pour réagir rapidement contre toute tentative d’escalade violente. La leçon à tirer du conflit en Syrie, c’est qu’un conflit prolongé fera plus de victimes et de dégâts qu’une réaction précoce, forte et donc décisive contre une guerre en devenir.

Je suis convaincu que le Venezuela et son peuple peuvent résister à cette attaque. Mais le gouvernement doit réagir de manière rationnelle et décisive. Il doit consulter étroitement ses principaux alliés et planifier un conflit prolongé.

Moon of Alabama

 

***

 

III.-

 

Voici encore un article – d’une importance que l’on dira sans exagération capitale – du Wall Street Journal — le WSJ ? Vous êtes saisi d’un doute. C’est pourtant le cas. Voici une occasion de méditer un mot fameux du grand Hölderlin [repris par plusieurs] =

Wo aber Gefahr ist, wächst
Das Rettende auch

[dans le poème « Patmos », de 1807 —- Mais là où est le péril, croît aussi ce qui sauve]

La presse étatsunienne, plus simplement, en ses grands titres du moins, demeure souvent meilleure que la nôtre sur quelques sujets excédant l’ordinaire des obsessions « sociétales » du moment ; de façon très générale, la place, la qualité et l’intensité de la pensée critique – s’exprimant sur le réseau pour l’essentiel – sont très supérieures au-delà des flots, aux abords de l’épicentre du séisme libéral planétaire, et cela retentit même sur le monde de la conformité.

Faites, je vous en prie, un petit effort de lecture – cet anglais ne devrait pas vous poser de difficultés véritables j’imagine.

 

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Pence Pledged U.S. Backing Before Venezuela Opposition Leader’s Move

Trump administration’s secret plan offering support for opposition leader Juan Guaidó was preconceived and tightly coordinated

 

 

 

The night before Juan Guaidó declared himself interim president of Venezuela, the opposition leader received a phone call from Vice President Mike Pence. 

Mr. Pence pledged that the U.S. would back Mr. Guaidó if he seized the reins of government from Nicolás Maduro by invoking a clause in the South American country’s constitution, a senior administration official said.

That late-night call set in motion a plan that had been developed in secret over the preceding several weeks, accompanied by talks between U.S. officials, allies, lawmakers and key Venezuelan opposition figures, including Mr. Guaidó himself. 

It culminated in the 35-year-old Mr. Guaidó’s declaration Wednesday that Mr. Maduro’s government was illegitimate and that Mr. Guaidó, president of the country’s National Assembly, was assuming power in accordance with the country’s constitution.

Almost instantly, just as Mr. Pence had promised, President Trump issued a statement recognizing Mr. Guaidó as the country’s rightful leader. Soon after came similar pronouncements from Canada, Brazil, Argentina, Colombia, Chile, Peru and others. 

But Mr. Maduro, who refused to step aside, nearly as quickly drew statements of support  from Turkey, Russia, Mexico and Bolivia, setting into motion a tense international faceoff over the future of Venezuela.

The gripping sequence of events presented a rarely seen side of Mr. Trump’s foreign policy, one that was preconceived, tightly coordinated and carried out swiftly and efficiently. 

But the White House and other branches of the government struggled to see eye-to-eye. The plan stirred concern among some officials who feared it could stoke instability and endanger U.S. diplomats in Caracas. On Thursday, the State Department ordered the removal of nonessential personnel from the U.S. embassy in Caracas.

While the developments this week surprised many onlookers, Mr. Trump had long viewed Venezuela as one of his top-three foreign policy priorities, including Iran and North Korea. 

“He cared about it tremendously,” said Fernando Cutz, who had served as senior director for Western Hemisphere affairs on Mr. Trump’s National Security Council and handled Venezuela matters.

Mr. Trump requested a briefing on Venezuela in his second day in office, often speaking to his team about the suffering of Venezuelan people and the country’s immense potential to become a rich nation through its oil reserves, said Mr. Cutz, now with the Cohen Group, a Washington consulting firm.

Following Mr. Maduro’s disputed claim last year to have been re-elected, administration plans began taking shape, top officials and aides said, driven in part by key members of his administration in the National Security Council and anti-Maduro advocates in Congress.

“In late December/early January, they [administration officials] started talking to the opposition,” said the senior administration official. “The opposition at this point believed, and told U.S. officials, that they needed the international community’s backing to affect the political dynamic inside Venezuela.” 

Inside Mr. Trump’s administration, key figures who shaped the strategy were longtime proponents of a tough approach and worked to coordinate with U.S. allies, as well as gain bipartisan support at home.

One was Mauricio Claver-Carone, a lawyer and son of a Cuban exile who had been a vocal critic of the Obama administration’s policies in Latin America and took on the job as key coordinator for Latin American policies in August last year. Mr. Claver-Carone joined a team of hard-liners working with close support from U.S. Sen. Marco Rubio (R., Fla.). 

Others included White House national security adviser John Bolton and Secretary of State [and former director of the CIA] Mike Pompeo, who favored recognizing Mr. Guaidó. In November, Mr. Bolton signaled the U.S. was zeroing in on its focus in Latin America, calling Cuba, Nicaragua and Venezuela a “troika of tyranny.”  Mr. Bolton delivered a speech saying so as the administration unveiled new sanctions targeting Venezuela’s gold sector and entities owned or controlled by the Cuban military and intelligence services.

The issue took on a bipartisan appeal. On Dec. 12, Mr. Rubio and Sen. Bob Menendez (D., N.J.) urged Mr. Trump to denounce Mr. Maduro as illegitimate and to recognize the National Assembly as the country’s only remaining democratic institution.

Over the New Year, Mr. Pompeo met with key U.S. allies and discussed Venezuela. He met Jan. 2 with his Brazilian [Jair Bolsonaro] and Colombian counterparts, and he hinted at a plan of action when he met with Colombian President Iván Duque. The two spoke about “how we may collaborate with regional and international partners to help those who are fleeing Venezuela and return Venezuela to its democratic heritage,” Mr. Pompeo said at the time.

The next week, on Jan. 10, Mr. Maduro was sworn in for his second term. That day, Mr. Pompeo spoke with opposition leader Mr. Guaidó, pledging to work closely on a path to a democratic future for Venezuela. A State Department statement called Mr. Guaidó’s National Assembly “the only legitimate and last democratically elected institution in Venezuela.”

[[[ à partir d’ici, les liens de l’original ont disparu – j’ai dû faire quelques acrobaties pour copier – à une stricte intention de formation, et non certes de lucre – la fin de ce texte ; je n’imagine guère, malgré la rapacité ordinaire du Capital, que le WSJ puisse s’offusquer de l’éloge illustré que je fais de sa – parfois – qualité éditoriale… ]]]

Two days later, on Jan. 12, the State Department backed Mr. Guaidó’s move to invoke the authorities of the assembly. “It is time to begin the orderly transition to a new government,” a statement said.

The National Assembly publicly laid out a path Jan. 15 to oust Mr. Maduro by declaring him illegitimate, a step that could trigger a constitutional mechanism that would allow Mr. Guaidó to lead an interim government.

On that day, administration officials worked to coordinate a plan with allies and with Mr. Guaidó.

Mr. Pompeo discussed the developments in Venezuela in a call with Canadian Foreign Minister Chrystia Freeland. On the Senate floor, Mr. Rubio again urged the administration to recognize Mr. Guaidó.

That day, Mr. Pence also called Mr. Guaidó to express the U.S.’s resolute support for the National Assembly of Venezuela as the only legitimate democratic body in the country.

A decisive moment came a week later in a White House meeting Jan. 22, the eve of protests in Venezuela, when Mr. Rubio along with Sen. Rick Scott and Rep. Mario Diaz-Balart, both Republicans from Florida, were called to a White House meeting with Mr. Trump, Vice President Pence and others.

“Tonight please pray for @jguaido & the thousands of Venezuelans who will face danger & difficulty in the hours ahead. May God give them strength. And may he change the hearts of military leaders so that they protect not repress their fellow countrymen,” Mr. Rubio tweeted afterward.

Other officials who met that day at the White House included Messrs. Pompeo and Bolton, Commerce Secretary Wilbur Ross and Treasury Secretary Steven Mnuchin, who presented Mr. Trump with options for recognizing Mr. Guaidó.

Mr. Trump decided to do it. Mr. Pence, who wasn’t at that meeting, placed his phone call to Mr. Guaidó to tell him, “If the National Assembly invoked Article 233 the following day, the president would back him,” the senior administration official said.

U.S. and international officials now are monitoring the effects of the crisis. While Venezuela’s military leaders have declared their support for Mr. Maduro, U.S. officials question how much loyalty the embattled president holds down through the ranks.

“The U.S. believes the rank-and-file military are most likely with the opposition,” the senior administration official said. “The most significant development in the last 24 hours has been that the [Venezuelan] military has stayed in its barracks. And Maduro hasn’t ordered them to squash the protests possibly because he’s unsure they would follow his orders and doesn’t want to test that.”

Much remains to be sorted out, including the U.S. determination that Mr. Guaidó represents the lawful government and is entitled to all revenues.

Administration officials are talking to businesses in Venezuela and top administration officials have been calling financial institutions. The State Department served notice to the Federal Reserve Thursday that Mr. Guaidó is the agent for access to Venezuelan assets in U.S. banks, the senior administration official said. “We’re focused on making sure that having supported the constitutional effort of the National Assembly that now we’ll provide the backup for them to succeed,” the official said.

 

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***

 

IV.-

 

Extrait de l’intéressant site Le Grand Soir =

https://www.legrandsoir.info/venezuela-un-coup-contre-le-droit-international.html

 

Un entretien avec M. Alfred de Zayas

Venezuela : « Un coup contre le droit international »

Benito PEREZ
Nicolas Maduro, le 23 janvier à Caracas. « Il y a, au Venezuela, 6 à 7 millions d epersonnes fidèles au ’chavisme’ » estime Alfred de Zayas.

Dernier expert onusien à s’être rendu au Venezuela, l’Etasunien Alfred de Zayas dénonce la tentative de renversement de Nicolas Maduro et plaide pour une médiation onusienne.

La tentative de coup de force du président du parlement vénézuélien et de ses alliés continentaux a ravivé les tensions dans le pays latino-américain. Pour nombre d’observateurs, la non-reconnaissance du président, Nicolas Maduro, tant par l’opposition que par la plupart des Etats de la région ferme de facto la porte à un dialogue national de sortie de crise. Une polarisation sans fin qui pourrait entraîner le pays vers la guerre civile, craint le juriste étasunien Alfred de Zayas, dernier expert des Nations Unies à avoir visité le Venezuela, en 2017.

Si le professeur de droit à la longue carrière onusienne n’est pas tendre avec la manœuvre de l’autoproclamé président Juan Guaidó, il est encore plus sévère avec son propre pays. Interview.

* * *

Comment avez-vous réagi à l’autoproclamation de Juan Guaidó et à sa reconnaissance par de nombreux pays, dont les Etats-Unis ?

Alfred de Zayas : Nous assistons à une rébellion contre le droit international et contre le principe démocratique. Il est incroyable que les Etats-Unis s’arrogent le droit de dire aux Vénézuéliens qui doit être leur président ! Il n’y a rien de moins démocratique qu’un coup d’Etat[en français] ! Ou de boycotter des élections. Pourquoi l’opposition l’a-t-elle fait ? Parce qu’elle se savait trop divisée pour les gagner.

L’opposition avait pourtant remporté les législatives en 2015 mais le parlement a été suspendu. N’y a-t-il pas un vrai conflit de légitimité entre le parlement, dont Juan Guaidó est le président, et le chef de l’Etat, Nicolas Maduro ?

Dans tous les Etats de droit, il y a une séparation des pouvoirs. Le parlement est « suspendu » car il a outrepassé ses compétences et désobéi au Tribunal suprême. Le législatif avait accepté que prêtent serment trois députés [sur 167] dont l’élection avait été invalidée par la justice pour fraude. Si la majorité qui tient le parlement avait voulu – ou voulait enfin – revenir sur ces assermentations, la suspension n’aurait pas lieu d’être. Mais dès le départ, l’objectif avoué était de faire tomber le président. Les parlementaires s’étaient explicitement donnés six mois pour y parvenir. Et comme, selon la Constitution, cette prérogative ne leur appartient pas, ils ont misé sur l’agitation de rue et la dénonciation de la prétendue « dictature ».

La stratégie était concertée avec les Etats-Unis. Cela a été patent lorsque – après deux ans de pourparlers avec le gouvernement – le leader de l’opposition, Julio Borges à l’époque, a soudainement refusé de signer l’accord de conciliation obtenu sous l’égide de l’ex-premier ministre espagnol José Luis Rodriguez Zapatero. Les sanctions étasuniennes – interdites par le droit international – vont dans le même sens : susciter la confrontation.

L’ingérence des Etats-Unis dans les affaires du Venezuela me fait penser à la campagne de 2002-2003 contre l’Irak. Pendant des mois des fake news sur des armes de destruction massive avaient préparé l’opinion à un changement de régime en Irak. Ce fut une « révolution » contre le droit international, avec l’appui des quarante-trois Etats de la coalition ! Les Américains se voient comme des missionnaires de la démocratie. Chaque fois, ils sont très étonnés de ne pas être reçus comme des héros…

Le Venezuela est-il une démocratie ?

Depuis qu’Hugo Chávez a été élu, il y a eu 25 scrutins nationaux démocratiques, ouverts et fiables. Le système électoral vénézuélien est bien supérieur à celui de la plupart des pays ! Jimmy Carter, dont la fondation a observé plusieurs scrutins, l’a reconnu, estimant infime le risque de fraude.

La réélection de Maduro est pourtant très contestée.

A tort ! Le système est demeuré celui que M. Carter qualifiait de « meilleur du monde ». Mais l’opposition l’a boycotté.

L’opposition pointe l’absence d’observateurs internationaux.

C’est un mensonge. Il y a eu des observateurs, j’ai moi-même été invité mais j’ai décliné, je ne travaille pas pour le compte de gouvernements, uniquement sur mandat de l’ONU. D’autres, comme les observateurs du CEELA [Consejo de Expertos Electorales de América Latina, composé d’ex-magistrats de tribunaux électoraux], y sont allés. Par ailleurs, il faut rappeler que ce sont les Européens qui ont décliné l’invitation à venir observer. Il faut une sacrée dose de mauvaise fois pour ensuite regretter cette absence d’observation étrangère ! Même chose avec l’argument de l’abstention. Malgré l’appel au boycott d’une partie de l’opposition, avec près de 67,84% des voix et 46,1% de participation, Maduro a obtenu davantage que le président français (1) qui aujourd’hui parle d’une « élection illégitime ».

Et la répression des opposants dénoncée par des ONG ?

Les leaders de l’opposition arrêtés sont surtout ceux qui ont appelé ou ont été mêlés à la violence. Je connais cette situation. J’ai moi-même intercédé auprès du gouvernement, afin qu’il libère certains prisonniers. Ce qui fut fait au-delà de mes espérances. Cela dit, mon mandat ne couvrait pas les détentions arbitraires, mais « l’ordre international démocratique et équitable ».

La liberté d’expression est largement respectée au Venezuela. Il suffit de lire les journaux ! El Nacional et El Universal sont très critiques envers le gouvernement. De plus, le pays compte 336 chaînes TV et radio, dont 198 privées et 44 communautaires. S’il est clair que le gouvernement, qui compte plus d’idéologues que de technocrates, a fait d’énormes erreurs, je peux vous assurer que les médias ont beaucoup de latitude pour exagérer quotidiennement son incompétence !

Comment sort-on de cette crise ?

Il faut dialoguer. Il n’y a pas d’autre issue. Il y a, au Venezuela, 6 à 7 millions de personnes fidèles au « chavisme ». Vous pouvez renverser le gouvernement mais pas les faire disparaître. Elles ne rentreront pas chez elles sans se battre. Un coup d’Etat c’est prendre le risque d’une guerre civile !

L’ONU peut-elle encore jouer un rôle de médiation ?

Le comportement de Zeid Ra’ad Al-Hussein [ex-haut-commissaire aux droits humains] a été problématique. Il a écrit des rapports sans aucun mandat. Des travaux réalisés avec un manque de professionnalisme. Il a ainsi « omis » de faire référence aux violences commises par des manifestants, qui avaient pourtant été documentées.

Désormais, Michelle Bachelet a reçu mission formelle du Conseil des droits humains de travailler sur le Venezuela. Et le secrétaire général, Antonio Guterres, a appelé au dialogue pour éviter la catastrophe. J’ai moi-même demandé à Mme Bachelet d’appuyer cet élan de médiation.

Benito PEREZ

(1) Au 1er tour, Emmanuel Macron avait obtenu 24% des suffrages avec une participation de 77%.

 

 

***

 

V.-

 

UNE PHOTO QUI FAIT PARLER =

 

 

Tandis que les sanctions continuent à pleuvoir sur le Venezuela afin de briser la résistance du gouvernement populaire [[ ces derniers jours = décision de Londres de ne pas restituer à Caracas pour sensiblement plus d’un millard de dollars d’or ; nouvelles mesures de Washington contre la compagnie pétrolière nationale vénézuélienne PDVSA [Petróleos de Venezuela SA], emportant, selon l’annonce de M. Bolton, le gel de sept milliards de dollars d’actifs et la suppression programmée de onze milliards de dollars de livraisons [avec tous les effets collatéraux, d’une extension indéfinie, qu’emportent les sanctions étatsuniennes] ]], ce sont quelques mots griffonnés sur une feuille qui inclinent depuis ce lundi 28 janvier les commentateurs à s’emballer.

 

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Moins pour l’annonce de la faveur accordée à des négociations en Afghanistan que pour l’évocation – à la seconde ligne – de cinq mille soldats [certainement étatsuniens, bien que ce ne soit pas exactement précisé] en Colombie.

 

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Il est bien sûr difficile d’interpréter cette mention lapidaire. Nul bien entendu ne s’étonnerait vraiment de l’accueil éventuel de troupes étasuniennes par le régime réactionnaire du président Duque. Certes, l’accord militaire secret « américano »-colombien de 2009, autorisant Washington à utiliser sept bases en Colombie, avait été censuré en 2010 par la Cour constitutionnelle de Colombie après avoir été révélé pour partie ; et le ministre de la Défense de Bogota, M. Guillermo Botero, a insisté, ces derniers jours de janvier, sur l’absence de volonté de son pays d’engager un conflit contre le voisin vénézuélien avec l’appui militaire de Washington ; mais la position générale de la Colombie incline à accueillir avec prudence de telles dénégations ; et il est arrivé à M. Duque de suggérer le contraire.

À mon sens, un politicien de l’acabit de M. John Bolton ne montre que ce qu’il veut bien montrer = le propos, ici, fut certainement de faire monter encore la tension, d’accroître la pression sur les autorités de Caracas. Attendons donc, hélas.

 

 

VI.-

 

Tandis que se déploient, chaque jour davantage, les rets de l’oppression impérialiste [avec une « sincérité » presque inédite = a-t-on jamais vu le grand banditisme international avouer aussi franchement qu’il veut mettre la main sur l’huile et l’or d’un voisin ? – l’on en a la nausée], les amis des peuples ne demeurent pas inactifs. Max Blumenthal et Dan Cohen, deux journalistes – contestataires – réputés, ont donné sur le site The Grayzone un texte passionnant sur « la genèse de Juan Guaidó ». Le site Le Grand Soir, que vous avez déjà rencontré dans ce billet, a traduit ce texte saisissant.

Bien entendu, en dehors du film, déjà mentionné plus haut dans ce billet, « Inside the Coup » [n°4 de la liste portée dans ce blogue le 1er novembre], vous comprendrez mieux ce dont il s’agit si vous regardez dès maintenant « Les États-Unis à la conquête de l’Est » [n° 7], qui vous donnera une première bonne notion de l’appareil étatsunien de « Regime Change » et d’organisation de « révolutions colorées » de diverses sortes.

 

 

La genèse de Juan Guaidó : comment le laboratoire de changement de régime US a créé le leader du coup d’Etat au Venezuela (The Grayzone)

 

Juan Guaidó est le produit d’un projet d’une décennie supervisé par les formateurs au changement de régime de l’élite de Washington. Tout en se faisant passer pour un champion de la démocratie, il a passé des années à l’avant-garde d’une violente campagne de déstabilisation.

Avant le jour fatidique du 22 janvier, moins d’un Vénézuélien sur cinq avait entendu parler de Juan Guaidó. Il y a quelques mois à peine, le jeune homme de 35 ans était un personnage obscur au sein d’un groupe d’extrême droite politiquement marginal, étroitement associé à d’horribles actes de violence dans la rue. Même au sein de son propre parti, Guaidó avait été une figure de niveau intermédiaire au sein de l’Assemblée nationale dominée par l’opposition, qui est accusée d’outrage selon la Constitution du Venezuela.

Mais après un simple coup de fil du vice-président américain Mike Pence, Guaidó se proclama président du Venezuela. Oint comme le chef de son pays par Washington, un homme politique jusque-là inconnu a été choisi par les États-Unis et promu sur la scène internationale comme le chef de file de la nation qui dispose des plus grandes réserves pétrolières du monde.

Faisant écho au consensus de Washington, le comité éditorial du New York Times salua Guaidó   comme un « rival crédible » de Maduro avec un « style rafraîchissant et une vision pour faire avancer le pays« . Le comité de rédaction du Bloomberg News l’applaudit pour avoir cherché à « restaurer la démocratie » et le Wall Street Journal l’a déclaré « un nouveau dirigeant démocratique « . Pendant ce temps, le Canada, de nombreuses nations européennes, Israël et le bloc de gouvernements de droite latino-américains connu sous le nom de Groupe de Lima reconnurent Guaidó comme le dirigeant légitime du Venezuela.

Alors que Guaidó semblait être sorti de nulle part, il était, en fait, le produit de plus d’une décennie de préparation assidue de la part des fabriques de changement de régime de l’élite du gouvernement américain. Aux côtés d’un groupe d’activistes étudiants de droite, Guaidó a été formé pour saper le gouvernement socialiste du Venezuela, déstabiliser le pays et, un jour, prendre le pouvoir. Bien qu’il ait été une figure mineure de la politique vénézuélienne, il avait passé des années à démontrer discrètement sa valeur dans les couloirs du pouvoir à Washington.

« Juan Guaidó est un personnage créé pour cette circonstance« , a déclaré Marco Teruggi, sociologue argentin et chroniqueur principal de la politique vénézuélienne chez Grayzone. « C’est la logique d’un laboratoire – Guaidó est comme un mélange de plusieurs éléments qui créent un personnage qui, en toute honnêteté, oscille entre risible et inquiétant. »

Diego Sequera, journaliste vénézuélien et écrivain pour le journal d’investigation Mision Verdad, est d’accord : « Guaidó est plus populaire en dehors du Venezuela qu’à l’intérieur, surtout dans l’élite de la Ivy League et des cercles de Washington« , a-t-il déclaré à Grayzone, « C’est un personnage connu là-bas, il est de droite bien entendu et considéré comme loyal envers le programme« .

Alors que Guaidó est aujourd’hui considéré comme le visage de la restauration démocratique, il a passé sa carrière dans la faction la plus violente du parti d’opposition la plus radicale du Venezuela, se positionnant à l’avant-garde, d’une campagne de déstabilisation à l’autre. Son parti est largement discrédité à l’intérieur du Venezuela, et est tenu en partie responsable de la fragmentation d’une opposition gravement affaiblie.

« Ces dirigeants radicaux n’ont pas plus de 20% dans les sondages d’opinion, écrit Luis Vicente León, le principal sondeur d’opinions du Venezuela. Selon Leon, le parti de Guaidó reste isolé parce que la majorité de la population « ne veut pas la guerre« . « Ce qu’ils veulent, c’est une solution. »

Mais c’est précisément la raison pour laquelle il a été choisi par Washington : il n’est pas censé conduire le Venezuela vers la démocratie, mais à l’effondrement d’un pays qui, au cours des deux dernières décennies, a été un rempart contre l’hégémonie américaine. Son ascension improbable marque l’aboutissement d’un projet de vingt ans visant à détruire une solide expérience socialiste.

Cibler la « troïka de la tyrannie »

Depuis l’élection d’Hugo Chavez en 1998, les États-Unis se démènent pour reprendre le contrôle du Venezuela et de ses vastes réserves de pétrole. Les programmes socialistes de Chavez ont peut-être redistribué les richesses du pays et aidé des millions de personnes à sortir de la pauvreté, mais ils lui ont aussi valu d’avoir une cible sur le dos. En 2002, l’opposition de droite vénézuélienne l’a brièvement évincé avec le soutien et la reconnaissance des États-Unis avant que les militaires ne rétablissent sa présidence après une mobilisation populaire de masse. Au cours de l’administration des présidents américains George W. Bush et Barack Obama, Chavez survécut à de nombreuses complots d’assassinat avant de succomber au cancer en 2013. Son successeur, Nicolas Maduro, a survécu à trois tentatives d’assassinat.

L’administration Trump a immédiatement placé le Venezuela en tête de la liste des pays visés par le changement de régime , le faisant passer pour le leader d’une « troïka de la tyrannie« . L’an dernier, l’équipe de sécurité nationale de Trump a tenté de recruter des militaires pour monter une junte militaire, mais échoua. Selon le gouvernement vénézuélien, les États-Unis ont également participé à un complot intitulé Operation Constitution pour capturer Maduro au palais présidentiel de Miraflores, et à une autre opération appelée Operation Armageddon pour l’assassiner lors d’un défilé militaire en juillet 2017. Un an plus tard, des chefs de l’opposition en exil ont tenté de tuer Maduro à l’aide de drones, au cours d’un défilé militaire à Caracas, mais sans succès.

Plus de dix ans avant ces intrigues, un groupe d’étudiants de l’opposition de droite fut sélectionné et formé par une académie de formation au changement de régime financée par les États-Unis pour renverser le gouvernement du Venezuela et rétablir l’ordre néolibéral.

Formation du groupe « ’exportez une révolution » qui a semé les graines de bon nombre de révolutions colorées.

Le 5 octobre 2005, la popularité de Chavez était à son apogée et son gouvernement planifiait des programmes socialistes de grande envergure, lorsque cinq « dirigeants étudiants » vénézuéliens sont arrivés à Belgrade, en Serbie, pour s’entraîner à l’insurrection.

Les étudiants arrivaient du Venezuela avec l’aimable autorisation du Center for Applied Non-Violent Action and Strategies, ou CANVAS. Ce groupe est financé en grande partie par le National Endowment for Democracy, une façade de la CIA qui fonctionne comme le principal bras du gouvernement américain pour promouvoir le changement de régime, et par des organismes comme l’International Republican Institute et le National Democratic Institute for International Affairs. Selon des courriels internes de Stratfor, une firme de renseignement connue sous le nom de « CIA fantôme« , « [CANVAS] a peut-être aussi reçu du financement et de la formation de la CIA pendant la lutte contre Milosevic en 1999/2000 ».

CANVAS est une extension d’Otpor, un groupe de protestation serbe fondé par Srdja Popovic en 1998 à l’Université de Belgrade. Otpor, qui signifie « résistance » en serbe, est le groupe d’étudiants qui a acquis une renommée internationale – et une promotion hollywoodienne – en mobilisant les protestations qui ont finalement renversé Slobodan Milosevic. Cette petite cellule de spécialistes du changement de régime fonctionnait selon les théories de feu Gene Sharp, le soi-disant « Clausewitz de la lutte non-violence ». Sharp avait travaillé avec un ancien analyste de la Defense Intelligence Agency, le colonel Robert Helvey, pour concevoir un plan stratégique qui faisait de la protestation une forme de guerre hybride, visant les États qui résistaient à la domination unipolaire de Washington.

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Otpor au MTV Europe Music Awards de 1998

Otpor était soutenu par le National Endowment for Democracy, de l’USAID et du Sharp’s Albert Einstein Institute. Sinisa Sikman, l’un des principaux formateurs d’Otpor, a dit un jour que le groupe avait même reçu un financement direct de la CIA. Selon une fuite d’un courriel d’un employé de Stratfor, après avoir renversé Milosevic, « les enfants qui dirigeaient OTPOR ont grandi, ont reçu des costumes et conçu CANVAS… ou en d’autres termes un groupe « exportez une révolution » qui a semé les graines pour bon nombre de révolutions de couleur. Ils sont toujours dépendants du financement américain et font le tour du monde pour tenter de renverser les dictateurs et les gouvernements autocratiques (ceux que les États-Unis n’aiment pas 😉« .

Stratfor a révélé que le CANVAS s’est « tourné vers le Venezuela » en 2005 après avoir formé des mouvements d’opposition qui ont mené des opérations de changement de régime pro-OTAN en Europe orientale.

Tout en surveillant le programme de formation CANVAS, Stratfor présenta son programme insurrectionnel dans un langage très brutal : « Le succès n’est nullement garanti et les mouvements d’étudiants ne sont qu’au début de ce qui pourrait être un effort de plusieurs années pour déclencher une révolution au Venezuela, mais les formateurs eux-mêmes sont les gens qui se sont fait les dents sur le  » Boucher des Balkans « , ils ont des compétences folles. Quand vous verrez des étudiants de cinq universités vénézuéliennes faire des manifestations simultanées, vous saurez que la formation est terminée et que le vrai travail a commencé. »

Naissance du cadre de changement de régime « Génération 2007 »

Le « vrai travail » commença deux ans plus tard, en 2007, lorsque Guaidó obtint son diplôme de l’Université catholique Andrés Bello de Caracas. Il s’installa à Washington DC pour s’inscrire au programme de gouvernance et de gestion politique de l’Université George Washington sous la direction de l’économiste vénézuélien Luis Enrique Berrizbeitia, l’un des meilleurs économistes néolibéraux d’Amérique latine. Berrizbeitia est un ancien directeur exécutif du Fonds Monétaire International qui a passé plus d’une décennie à travailler dans le secteur énergétique vénézuélien sous l’ancien régime oligarchique qui fut évincé par Chavez.

Cette année-là, Guaidó aida à diriger des rassemblements antigouvernementaux après que le gouvernement vénézuélien ait refusé de renouveler la licence de Radio Caracas Televisión (RCTV). Cette chaîne privée a joué un rôle clé dans le coup d’Etat de 2002 contre Hugo Chavez. RCTV a contribué à mobiliser des manifestants antigouvernementaux, a falsifié des informations accusant les partisans du gouvernement d’actes de violence perpétrés en réalité par des membres de l’opposition et a interdit les reportages pro-gouvernementaux dans le cadre du coup d’État. Le rôle de RCTV et d’autres stations appartenant à des oligarques dans l’échec de la tentative de coup d’État a été décrit dans le célèbre documentaire The Revolution Will Not Be Televised (La Révolution ne sera pas télévisée).

La même année, les étudiants revendiquèrent l’échec du référendum constitutionnel de Chavez pour un « socialisme du XXIe siècle » qui promettait « d’établir le cadre juridique de la réorganisation politique et sociale du pays, donnant un pouvoir direct aux communautés organisées comme condition préalable au développement d’un nouveau système économique« .

Les manifestations autour de RCTV et le référendum donnèrent naissance à un groupe spécialisé de militants pour le changement de régime, soutenus par les États-Unis. Ils se baptisèrent « Génération 2007 ».

Les formateurs de Stratfor et de CANVAS de cette cellule identifièrent l’allié de Guaidó – un organisateur de manifestations de rue nommé Yon Goicoechea – comme un « facteur clé » pour vaincre le référendum constitutionnel. L’année suivante, Goicochea fut récompensé pour ses efforts par le « Prix Milton Friedman pour l’Avancement de la Liberté » du Cato Institute , ainsi que par un prix de 500 000 $, qu’il a rapidement investi dans la création de son propre réseau politique Primero Justicia.

Friedman, bien sûr, était le parrain des fameux Chicago Boys néolibéraux qui ont été importés au Chili par le chef de la junte dictatoriale d’Augusto Pinochet pour mettre en œuvre des politiques d’austérité fiscale de type « doctrine du choc » radical. Et le Cato Institute est le groupe de réflexion libertarien basé à Washington DC, fondé par les frères Koch, deux des principaux donateurs du Parti républicain qui sont devenus des partisans fervents de la droite en Amérique latine.

Wikileaks publia en 2007 un courriel de l’ambassadeur américain au Venezuela, William Brownfield, envoyé au Département d’Etat, au Conseil de Sécurité Nationale et au Commandement Sud du Département de la Défense, louant « Génération 2007 » pour avoir « forcé le président vénézuélien, habitué à fixer l’agenda politique, à (trop) réagir« . Freddy Guevara et Yon Goicoechea figuraient parmi les « leaders émergents » identifiés. Il salua cette dernière figure comme « l’un des défenseurs les plus éloquents des libertés civiles des étudiants« .

Riche de l’argent des oligarques libertariens et des organisations de soft power du gouvernement américain, le cadre radical vénézuélien lança sa tactique Otpor dans la rue, ainsi qu’une version du logo du groupe, comme ci-dessous :

« Galvaniser l’agitation publique…. pour profiter de la situation et la retourner contre Chavez »

En 2009, les jeunes militants de Génération 2007 organisèrent leur manifestation la plus provocatrice à ce jour, baissant leur pantalon sur la voie publique et adoptant les tactiques à scandales du théâtre de guérilla décrites par Gene Sharp dans ses manuels de changement de régime. Les manifestants s’étaient mobilisés contre l’arrestation d’un allié d’un autre groupe de jeunes appelé JAVU. Ce groupe d’extrême droite « a recueilli des fonds auprès de diverses sources du gouvernement américain, ce qui lui a permis d’acquérir rapidement une notoriété en tant qu’aile dure des mouvements de rue de l’opposition« , selon le livre de l’universitaire George Ciccariello-Maher, Building the Commune.

Bien que la vidéo de la manifestation ne soit pas disponible, de nombreux Vénézuéliens identifiérent Guaidó comme l’un de ses principaux participants. Bien que l’allégation ne soit pas confirmée, elle est certainement plausible ; les manifestants aux fesses nues étaient membres du noyau interne de Génération 2007 auquel appartenait Guaidó, et étaient vêtus de leur marque déposée Resistencia ! Venezuela, comme on peut le voir ci-dessous :

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Cette année-là, Guaidó s’exposa au public d’une autre manière, en fondant un parti politique pour capter l’énergie anti-Chavez que sa Génération 2007 avait cultivée. Appelée Volunted Popular, elle était dirigée par Leopoldo López, militant enflammé de droite éduqué à Princeton, fortement impliqué dans les programmes du National Endowment for Democracy et élu maire d’un district de Caracas qui était l’un des plus riches du pays. Lopez était un symbole de l’aristocratie vénézuélienne, directement issue du premier président de son pays. Il est également le cousin germain de Thor Halvorssen, fondateur de Human Rights Foundationbasée aux États-Unis, qui fait office de boutique publicitaire de facto pour les militants antigouvernementaux soutenus par les États-Unis dans les pays ciblés par Washington.

Bien que les intérêts de Lopez s’alignent parfaitement sur ceux de Washington, les câbles diplomatiques américains publiés par Wikileaks ont mis en évidence les tendances fanatiques qui conduiraient finalement à la marginalisation de Voluntad Popular. Un câble identifia Lopez comme « une figure qui divise l’opposition… souvent décrit comme arrogant, vindicatif et avide de pouvoir« . D’autres ont souligné son obsession pour les affrontements de rue et son « approche intransigeante » comme source de tension avec d’autres dirigeants de l’opposition qui privilégient l’unité et la participation aux institutions démocratiques du pays.

En 2010, Voluntad Popular et ses bailleurs de fonds étrangers décidèrent d’exploiter la pire sécheresse qui ait frappé le Venezuela depuis des décennies. Des pénuries massives d’électricité frappèrent le pays en raison de la pénurie d’eau nécessaire pour alimenter les centrales hydroélectriques. Une récession économique mondiale et la baisse des prix du pétrole aggravèrent la crise, alimentant le mécontentement du public.

Stratfor et CANVAS – les principaux conseillers de Guaidó et de son entourage antigouvernemental – conçurent un plan d’un cynisme choquant pour enfoncer une dague au cœur de la révolution bolivarienne. Le projet reposait sur un effondrement de 70 % du système électrique du pays dès avril 2010.

« Cela pourrait être l’événement décisif, car Chavez ne peut pas faire grand-chose pour protéger les pauvres de l’échec de ce système« , précisait la note interne de Stratfor. « Cela aurait probablement pour effet de galvaniser l’agitation publique d’une manière qu’aucun groupe d’opposition ne pourrait jamais espérer susciter. A ce moment-là, un groupe d’opposition aurait tout intérêt à profiter de la situation et la retourner contre Chavez et en leur faveur. »

À ce moment-là, l’opposition vénézuélienne recevait le montant faramineux de 40 à 50 millions de dollars par an d’organisations gouvernementales américaines comme USAID et le National Endowment for Democracy, selon un rapport du groupe de réflexion espagnol, l’Institut FRIDE. Elle disposait également d’une énorme richesse à puiser dans ses propres comptes, qui se trouvaient pour la plupart à l’étranger.

Lorsque le scénario envisagé par Statfor échoué, les militants de Voluntad Popular et leurs alliés renoncèrent à toute prétention de non-violence et établirent un plan radical pour déstabiliser le pays.

Vers une déstabilisation violente

En novembre 2010, selon des courriels obtenus par les services de sécurité vénézuéliens et présentés par l’ancien ministre de la Justice Miguel Rodríguez Torres, Guaidó, Goicoechea et plusieurs autres étudiants activistes ont suivi une formation secrète de cinq jours à l’hôtel Fiesta Mexicana à Mexico City. Les sessions étaient animées par Otpor, les formateurs au changement de régime basés à Belgrade et soutenus par le gouvernement américain. La réunion aurait reçu la bénédiction d’Otto Reich, un exilé cubain fanatiquement anti-Castriste travaillant au département d’État de George W. Bush, et de l’ancien président colombien de droite Alvaro Uribe.

Selon les courriels, à l’hôtel Fiesta Mexicana, Guaidó et ses collègues activistes élaborèrent un plan pour renverser le président Hugo Chavez en créant le chaos par des sursauts prolongés de violence dans les rues.

Trois figures de proue de l’industrie pétrolière – Gustavo Torrar, Eligio Cedeño et Pedro Burelli – auraient couvert la note de 52 000 $ pour la réunion. Torrar est un « militant des droits de l’homme » et un « intellectuel » autoproclamé dont le jeune frère Reynaldo Tovar Arroyo est le représentant au Venezuela de la compagnie pétrolière et gazière privée mexicaine Petroquimica del Golfo, qui détient un contrat avec l’État vénézuélien.

Cedeño, pour sa part, est un homme d’affaires vénézuélien en fuite qui a demandé l’asile aux États-Unis, et Pedro Burelli, ancien dirigeant de JP Morgan et ancien directeur de la compagnie pétrolière nationale du Venezuela, Petroleum de Venezuela (PDVSA). Il a quitté PDVSA en 1998, lorsque Hugo Chavez prit le pouvoir, et fait partie du comité consultatif du programme de leadership sur l’Amérique latine de l’Université de Georgetown.

Burelli a insisté sur le fait que les courriels détaillant sa participation avaient été fabriqués de toutes pièces et a même engagé un détective privé pour le prouver. L’enquêteur a déclaré que les archives de Google montraient que les courriels présumés être les siens n’avaient jamais été transmis.

Pourtant, aujourd’hui, Burelli ne cache pas son désir de voir l’actuel président vénézuélien, Nicolás Maduro, être destitué – et même traîné dans les rues et sodomisé à la baïonnette, comme le dirigeant libyen Moammar Kadhafi l’a été par des miliciens soutenus par l’OTAN.

Le présumé complot de la Fiesta Mexicana s’inscrivit dans un autre plan de déstabilisation révélé dans une série de documents produits par le gouvernement vénézuélien. En mai 2014, Caracas publia des documents détaillant un complot d’assassinat contre le président Nicolás Maduro. Les fuites permirent d’identifier Maria Corina Machado, basée à Miami, comme l’une des responsables du projet. Fervent partisane de la rhétorique extrême, Machado a servi de liaison internationale pour l’opposition, et a rendu visite au président George W. Bush en 2005.

« Je pense qu’il est temps de rassembler les efforts, de passer les appels nécessaires et d’obtenir le financement nécessaire pour anéantir Maduro et le reste s’effondrera « , a écrit Machado dans un courriel à Diego Arria, ancien diplomate vénézuélien, en 2014.

Dans un autre courriel, Machado affirma que le complot violent avait reçu la bénédiction de l’ambassadeur américain en Colombie, Kevin Whitaker. « J’ai déjà pris ma décision et ce combat se poursuivra jusqu’à ce que ce régime soit renversé et que nous le livrions à nos amis dans le monde. Si je me rends à San Cristobal et que je me présente à l’OEA, je ne crains rien. Kevin Whitaker a déjà reconfirmé son soutien et a indiqué les étapes à venir. Nous avons un carnet de chèque plus garni que celui du régime pour briser le cercle de la sécurité internationale. »

Guaidó se rend sur les barricades

En février de la même année, des étudiants manifestants agissant comme troupes de choc pour l’oligarchie en exil érigèrent des barricades à travers le pays, transformant des quartiers contrôlés par l’opposition en barrages violents appelées guarimbas. Alors que les médias internationaux dépeignaient le soulèvement comme une protestation spontanée contre la main de fer de Maduro, il y avait de nombreuses preuves que c’était Voluntad Popular qui tirait les ficelles.

« Aucun des manifestants dans les universités ne portait leur t-shirt universitaire, ils portaient tous des t-shirts de Voluntad Popular ou de Primero Justicia « , a déclaré un participant  guarimba à l’époque. « C’était peut-être des groupes d’étudiants, mais les conseils étudiants sont affiliés aux partis politiques de l’opposition et ils sont responsables devant eux. »

Lorsqu’on lui a demandé qui étaient les meneurs, le participant guarimba a répondu : « Eh bien, si je suis tout à fait honnête, ces gars sont des députés maintenant« .

Environ 43 personnes ont été tuées pendant les guarimbas de 2014. Trois ans plus tard, les guarimbas ont éclaté à nouveau, causant la destruction massive des infrastructures publiques, le meurtre de partisans du gouvernement et la mort de 126 personnes, dont beaucoup étaient des chavistes. Dans plusieurs cas, des partisans du gouvernement ont été brûlés vifs par des bandes armées.

Guaidó était directement impliqué dans les guarimbas de 2014. En fait, il publia une vidéo sur Twitter le montrant vêtu d’un casque et d’un masque à gaz, entouré d’éléments masqués et armés qui avaient fermé une autoroute et se préparaient à engager un affrontement violent avec la police. Faisant allusion à sa participation à Génération 2007, il proclama :  » Je me souviens qu’en 2007, nous avons proclamé : « Étudiants ! » Maintenant, nous crions : « Résistance ! « Résistance !« 

Guaidó a supprimé le tweet, démontrant ainsi son souci de soigner son image de champion de la démocratie.

Le 12 février 2014, au plus fort des guarimbas de cette année-là, Guaidó rejoignit Lopez sur scène lors d’un rassemblement de Voluntad Popular et de Primero Justicia. Au cours d’une longue diatribe contre le gouvernement, Lopez exhorta la foule à marcher vers le bureau de la procureure générale Luisa Ortega Diaz. Peu après, le bureau de Diaz fut attaqué par des gangs armés qui tentèrent de le réduire en cendres. Elle a dénoncé ce qu’elle a appelé « la violence planifiée et préméditée« .

Lors d’une apparition télévisée en 2016, Guaidó qualifia de « mythe » les morts causées par les guayas – une tactique de guarimba qui consiste à tendre un fil d’acier à travers la route pour blesser ou tuer des motocyclistes. Ses commentaires avaient pour but d’étouffer une tactique meurtrière qui avait tué des civils désarmés comme Santiago Pedroza et décapité un homme nommé Elvis Durán, parmi tant d’autres.

Aux yeux d’une grande partie de la population, y compris de nombreux opposants à Maduro, ce mépris impitoyable pour la vie humaine définira son parti Voluntad Popular

La répression contre Voluntad Popular

Avec l’escalade de la violence et de la polarisation politique dans tout le pays, le gouvernement commença à agir contre les dirigeants de Voluntad Popular qui avaient contribué à l’alimenter.

Freddy Guevara, vice-président de l’Assemblée nationale et commandant en second de Voluntad Popular, fut l’un des principaux dirigeants des émeutes de 2017. Confronté à un procès pour son rôle dans les violences, Guevara se réfugia à l’ambassade du Chili, où il demeure.

Lester Toledo, député de Voluntad Popular de l’État de Zulia, fut recherché par le gouvernement vénézuélien en septembre 2016 pour financement du terrorisme et complot d’assassinats. Les plans auraient été élaborés avec l’ancien président colombien Álavaro Uribe. Tolède s’enfuit du Venezuela et a participé à plusieurs tournées de conférences avec Human Rights Watch, et Freedom House soutenue par le gouvernement américain, le Congrès espagnol et le Parlement européen.

Carlos Graffe, un autre membre de la Génération 2007 formé par Otpor qui a dirigé Voluntad Popular, fut arrêté en juillet 2017. Selon la police, il était en possession d’un sac rempli de clous, d’explosifs C4 et d’un détonateur. Il fut libéré le 27 décembre 2017.

Leopoldo Lopez, le dirigeant de longue date de Voluntad Popular, est aujourd’hui assigné à résidence, accusé d’avoir joué un rôle clé dans la mort de 13 personnes pendant les guarimbasde 2014. Amnesty International fit l’éloge de Lopez en le qualifiant de « prisonnier d’opinion » et jugea « insuffisant » son transfert de la prison à sa maison. Pendant ce temps, les membres de la famille des victimes du guarimba présentaient une pétition pour que d’autres accusations soient portées contre Lopez.

Yon Goicoechea, le coqueluche des frères Koch et fondateur de Primero Justicia, soutenu par les États-Unis, fut arrêté en 2016 par les forces de sécurité qui affirmaient avoir trouvé un kilo d’explosifs dans son véhicule. Dans un éditorial du New York Times, Goicoechea protesta contre les accusations, déclarant qu’elles étaient « fausses » et affirma qu’il avait été emprisonné simplement pour son « rêve d’une société démocratique, libéré du communisme« . Il fut libéré en novembre 2017.

David Smolansky, également membre de Génération 2007 formée par Otpor, devint le plus jeune maire du Venezuela lorsqu’il fut élu en 2013 dans la banlieue riche d’El Hatillo. Mais il fut démis de ses fonctions et condamné à 15 mois de prison par la Cour Suprême, qui le déclara coupable d’avoir animé les violentes guarimbas.

Craignant son arrestation, Smolansky se rasa la barbe, se mit des lunettes de soleil et s’enfuit au Brésil déguisé en prêtre avec une bible à la main et un chapelet autour du cou. Il vit maintenant à Washington, DC, où il fut choisi par le secrétaire de l’Organisation des États américains Luis Almagro pour diriger le groupe de travail sur la crise des migrants et réfugiés vénézuéliens.

Le 26 juillet dernier, Smolansky a tenu ce qu’il a appelé une « réunion cordiale » avec Elliot Abrams, le criminel de l’affaire Iran-Contra nommé par Trump comme envoyé spécial des États-Unis au Venezuela. Abrams est connu pour avoir supervisé la politique secrète américaine d’armement des escadrons de la mort dans les années 1980 au Nicaragua, en El Salvador et au Guatemala. Son rôle clé dans le coup d’État vénézuélien alimente les craintes qu’une autre guerre sanglante par procuration ne se prépare.

Quatre jours plus tôt, Machado avait lancé une nouvelle menace contre Maduro, déclarant que s’il «  veut sauver sa vie, il devrait comprendre que son temps est écoulé « .

Un pion dans leur jeu

L’effondrement de la Voluntad Popular, sous le poids de la violente campagne de déstabilisation, a aliéné une grande partie de l’opinion publique et conduit à l’exil ou à la détention une bonne partie de sa direction. M. Guaidó est resté un personnage relativement mineur, ayant passé la majeure partie de sa carrière de neuf ans à l’Assemblée nationale en tant que député suppléant. Originaire de l’un des États les moins peuplés du Venezuela, Guaidó est arrivé deuxième lors des élections législatives de 2015, avec seulement 26 % des suffrages exprimés il obtint un siège à l’Assemblée nationale. Apparemment, ses fesses étaient plus connues que son visage.

Guaidó est connu comme le président de l’Assemblée nationale dominée par l’opposition, mais il n’a jamais été élu à ce poste. Les quatre partis d’opposition qui composent la Table pour l’unité démocratique (MUD) de l’Assemblée ont décidé d’établir une présidence tournante. Le tour de Voluntad Popular s’approchait, mais son fondateur, Lopez, était assigné à résidence. Pendant ce temps, son second responsable, Guevara, s’était réfugié à l’ambassade du Chili. Un personnage nommé Juan Andrés Mejía aurait du être le suivant, mais pour des raisons encore obscures, c’est Juan Guaido qui fut choisi.

« Il y a un raisonnement de classe qui explique l’ascension de Guaidó« , observe Sequera, l’analyste vénézuélien. « Mejía est de la haute société, a étudié dans l’une des universités privées les plus chères du Venezuela, et n’était pas facile à vendre à l’opinion publique, à la différence de Guaidó. D’autre part, Guaidó a des traits métis, comme la plupart des Vénézuéliens, et ressemble davantage à un homme du peuple. Aussi, il n’a pas été surexposé dans les médias, et peut donc être présenté comme à peu près n’importe quoi. »

En décembre 2018, Guaidó se faufila de l’autre côté de la frontière et se rendit à Washington, en Colombie et au Brésil pour coordonner le plan visant à organiser des manifestations de masse pendant l’investiture du président Maduro. La veille de la cérémonie d’assermentation de Maduro, le vice-président Mike Pence et la ministre canadienne des Affaires étrangères Chrystia Freeland appelèrent Guaidó pour affirmer leur appui.

Une semaine plus tard, le sénateur Marco Rubio, le sénateur Rick Scott et le représentant Mario Diaz-Balart – tous des élus de la Floride et du lobby des exilés cubains de droite – rejoignirent le président Trump et le vice-président Pence à la Maison Blanche. À leur demande, Trump accepta de soutenir Guaidó si ce dernier se déclarait président.

Selon le Wall Street Journal, le secrétaire d’État Mike Pompeo rencontra personnellement M. Guaidó le 10 janvier. Cependant, Pompeo fut incapable de prononcer le nom de Guaidó lorsqu’il le mentionna lors d’une conférence de presse le 25 janvier, en l’appelant « Juan Guido ».

Le 11 janvier, la page Wikipédia de Guaidó avait été modifiée 37 fois, soulignant les efforts déployés pour façonner l’image d’un personnage autrefois anonyme qui était désormais le représentant des ambitions de Washington pour le pays. Finalement, le contrôle éditorial de sa page fut confié au conseil d’élite des « bibliothécaires » de Wikipedia qui le qualifia de président « contesté » du Venezuela.

Guaidó était peut-être un personnage obscur, mais sa combinaison de radicalisme et d’opportunisme convient bien à Washington. « Il manquait cette pièce« , a dit l’administration Trump à propos de Guaidó. « Il était l’élément dont nous avions besoin pour que notre stratégie soit cohérente et complète. »

« Pour la première fois, a dit Brownfield, l’ancien ambassadeur des États-Unis au Venezuela, dans le New York Times, vous avez un chef de l’opposition qui signale clairement aux forces armées et aux forces de l’ordre qu’il veut les garder du côté des bons et des gentils « .

Mais le parti Voluntad Popular de Guaidó a formé les troupes de choc des guarimbas qui ont causé la mort de policiers et de citoyens ordinaires. Il s’est même vanté d’avoir participé à des émeutes. Et maintenant, pour gagner les cœurs et les esprits des militaires et de la police, Guaido doit effacer ce passé sanglant.

Le 21 janvier, un jour avant le début du coup d’Etat, la femme de Guaidó prononça une allocution vidéo appelant les militaires à se soulever contre Maduro. Sa performance fut terne et sans inspiration, soulignant les perspectives politiques limitées de son mari.

Quatre jours plus tard, lors d’une conférence de presse devant ses partisans, Guaidó annonça sa solution à la crise : « Autorisez une intervention humanitaire !« 

Alors qu’il attend une aide directe, Guaidó reste ce qu’il a toujours été : un pion de choix de forces extérieures cyniques. « Peu importe qu’il s’écrase et brûle après toutes ces mésaventures« , déclara Sequera au sujet de la figure de proue du coup d’état. « Pour les Américains, il est sacrifiable. »

Dan Cohen & Max Blumenthal

 

Max Blumenthal est un journaliste primé et l’auteur de plusieurs livres, dont les best-sellers Republican Gomorrah, Goliath, The Fifty One Day War et The Management of Savagery. Il a produit des articles imprimés pour un large éventail de publications, de nombreux reportages vidéo et plusieurs documentaires, dont Killing Gaza. Blumenthal a fondé The Grayzone en 2015 pour mettre en lumière l’état de guerre perpétuelle de l’Amérique et ses dangereuses répercussions intérieures.Dan Cohen est journaliste et cinéaste. Il a produit des reportages vidéo largement diffusés et des dépêches imprimées dans tout Israël-Palestine. Dan est correspondant chez RT America et tweets chez @DanCohen3000.

Traduction « remercions Wikileaks (aussi) au passage » par VD pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles

»» https://grayzoneproject.com/2019/01/29/the-making-of-juan-guaido-how-t…
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https://www.legrandsoir.info/la-genese-de-juan-guaido-comment-le-laboratoire-de-changement-de-regime-us-a-cree-le-leader-du-coup-d-etat-au-venezuela-the.html