Le réseau des bases étatsuniennes dans le monde, condition de la maîtrise globale de tous les milieux fluides

 

Je comptais, devant évoquer prochainement dans la partie orale du cours le serpent de mer du retrait étatsunien de Syrie, consacrer une vingtaine de minutes à la question, tout à fait fondamentale, du réseau serré de bases de divers ordres dont dispose Washington dans un très grand nombre de pays [et l’improbabilité, même si les États-Unis quittaient la région, à terme court ou moyen, qu’ils renoncent à conserver des facilités significatives dans l’ensemble syro-irakien].

À la serpe = l’empire étatsunien s’est développé comme l’héritier conscient de l’empire britannique – conscience éclatante dès l’œuvre de l’amiral Mahan, il y aura bientôt un siècle et demi – ; à la faveur d’une sorte d’insularité garantie par une écrasante domination continentale, Washington peut aspirer à la maîtrise la plus large, en particulier, de tous les milieux fluides, très au-delà des mers sur lesquelles, un temps, la flotte britannique assura la suprématie d’une petite île modérément peuplée ; les États-Unis – du moins depuis le parachèvement de leur conquête continentale, au fil du XIXe siècle – ne tendent nullement en principe à créer des colonies de peuplement, à la différence de la plupart des empires des siècles passés, mais ils cherchent à imposer leur domination par d’autres voies. [Sur cet aspect, et en particulier sur Alfred Mahan, voyez le billet du 4 décembre 2016, « De quoi Fidel est-il le nom ? » ; voir aussi des passages assez abondants de « Trois petites frappes… [3/4] », billet du 26 avril 2018].

Une telle maîtrise, toutefois, passe par la multiplication de l’implantation de bases dans le monde [lesquelles permettent aussi, bien entendu, de « rayonner » de – très – diverses manières sur les pays d’ « accueil »] – cinq à six cents disent certains, mille ou plus disent d’autres, l’on demeure au fond incertain car il s’agit finalement d’un secret bien gardé, d’une part, et que d’autre part, à côté d’un grand nombre de grosses bases, il y en a sans doute un nombre encore plus grand de plus modestes, sur la nature, l’importance et la durabilité desquelles l’on peine à se prononcer fermement – sans même évoquer les innombrables postes de circonstance développés, souvent de façon provisoire, dans les pays frappés par les États-Unis depuis 2001. [Tous ces aspects – en incluant l’irréductible incertitude – ont fait l’objet d’un livre important il y a quelques années – celui de David Vine, Base Nation. How US Military Bases Abroad Harm America and the World.]

Il se trouve que le site, généralement excellent, de M. Olivier Berruyer, 

les-crises.fr

a publié hier soir un papier propre à vous permettre une vue d’ensemble tout à fait suffisante à cette heure [le texte original, il y a quelques semaines, m’avait échappé]. Comme les événements pourraient nous bousculer – ici ou là -, je préfère alléger mon programme oral et vous reproduire ce texte =  

[NB = les images sont celles qui illustrent l’article dans « Les Crises »]

 

 

Des bases, des bases, partout… Sauf dans le rapport du Pentagone.

 

 

Source : Consortium News, 16-01-2019

Le 16 janvier 2019

Ces installations existent quelque part entre ombre et lumière, écrit Nick Turse. Bien qu’elles soient reconnues comme avant-postes militaires étrangers, elles sont exclues de l’inventaire officiel.

Quelques heures après l’annonce par le président Trump d’un retrait des forces américaines de Syrie, l’équipement de cette base faisait déjà l’objet d’un inventaire en vue de son retrait. Et d’un seul coup, la garnison américaine la plus importante en Syrie a été (possiblement) rayée des registres du Pentagone – sauf que, comme par hasard, al-Tanf n’a jamais figuré en réalité sur les registres du Pentagone. Ouverte en 2015 et qui, jusqu’à récemment, abritait des centaines de soldats américains, elle était l’une des nombreuses bases militaires qui existent quelque part entre l’ombre et la lumière, un avant-poste étranger connu qui, d’une certaine façon, n’a jamais vraiment été intégré à l’inventaire officiel des bases du Pentagone.

Officiellement, le ministère de la Défense maintient 4 775 « sites », répartis dans les 50 États, les huit territoires américains et les 45 pays étrangers. Au total, 514 de ces avant-postes sont situés à l’étranger, d’après le portefeuille immobilier mondial du Pentagone. Pour commencer par une longue liste, il y a des bases sur l’île de Diego Garcia dans l’océan Indien, à Djibouti dans la Corne de l’Afrique, ainsi qu’au Pérou et au Portugal, aux Émirats Arabes Unis et au Royaume-Uni. Mais la version la plus récente de ce portefeuille, publiée au début de 2018 et connue sous le nom de Base Structure Report (BSR), ne fait aucune mention d’al-Tanf. Ou, d’ailleurs, de toute autre base en Syrie. Ou en Irak. Ou en Afghanistan. Ou au Niger. Ou en Tunisie. Ou au Cameroun. Ou en Somalie. Ou un certain nombre de lieux où de tels avant-postes militaires sont connus pour exister et même, contrairement à la Syrie, pour s’étendre.

Selon David Vine, auteur de « Base Nation : How U.S. Military Bases Abroad Harm America and the World », [« La Nation des bases : Comment les bases militaires américaines à l’étranger nuisent à l’Amérique et au monde », NdT] il pourrait y avoir des centaines de bases militaires américaines à l’étranger dans le monde. « Les sites manquants reflètent le manque de transparence du système à propos de ce que j’estime encore à environ 800 bases américaines en dehors des 50 États et de Washington, D.C., qui encerclent le monde depuis la Seconde Guerre mondiale », explique M. Vine, qui est également membre fondateur de la Overseas Base Realignment and Closure Coalition, un groupe récemment créé par des analystes militaires de tout le spectre idéologique qui préconisent une « empreinte » mondiale des militaires américains.

Il y a une raison pour laquelle de telles bases officieuses ne sont pas publiées dans les livres. Le Pentagone ne veut pas en parler. « J’ai parlé à l’attaché de presse qui est responsable du Rapport sur la structuration des bases [Base Structure Report, BSR, NdT] et elle n’a rien à ajouter et personne n’est disponible pour en discuter plus avant en ce moment », a déclaré à TomDispatch la porte-parole du Pentagone, le lieutenant-colonel Michelle Baldanza, lorsqu’on lui a posé des questions sur les nombreuses bases mystères du ministère de la Défense.

« Les bases non documentées sont à l’abri de la surveillance du public et souvent même du Congrès », explique M. Vine. « Les bases sont une manifestation physique de la politique étrangère et militaire des États-Unis, de sorte que les bases officieuses signifient que l’armée et l’exécutif décident d’une telle politique sans débat public, dépensant souvent des centaines de millions ou des milliards de dollars et impliquant potentiellement les États-Unis dans des guerres et des conflits dont la plupart des citoyens ne savent rien. »

Où se trouvent-elles ?

La Overseas Base Realignment and Closure Coalition [Coalition pour le réalignement et la fermeture des bases à l’étranger ,NdT] note que les États-Unis possèdent jusqu’à 95 % des bases militaires étrangères dans le monde, alors que des pays comme la France, la Russie et le Royaume-Uni ont peut-être 10 à 20 avant-postes étrangers chacun. La Chine n’en a qu’un seul.

Le ministère de la Défense se vante même de compter 164 pays parmi ses « implantations ». En d’autres termes, il a une présence militaire, quelque soit sa nature, dans environ 84 % des pays de la planète – ou du moins le DoD [Department of Defense, ministère de la Défense, NdT] l’a brièvement affirmé. Après que TomDispatch s’était renseigné sur le numéro d’une nouvelle page Web destinée à raconter l’« histoire » du Pentagone au grand public, elle a rapidement changé. « Nous apprécions votre diligence pour aller au fond des choses », a déclaré le lieutenant-colonel Baldanza. « Grâce à vos observations, nous avons mis à jour le site defense.gov pour dire “plus de 160” ».

Ce que le Pentagone ne dit toujours pas, c’est comment il définit un « lieu ». Le nombre 164 correspond à peu près aux statistiques actuelles du ministère de la Défense sur les effectifs, qui montrent des déploiements de personnel de tailles variables dans 166 localités « d’outre-mer » – y compris certains pays avec un nombre symbolique de militaires américains et d’autres, comme l’Irak et la Syrie, où l’effectif de la force était manifestement beaucoup plus important, même si elle ne faisait l’objet d’aucune liste au moment de l’évaluation. (Le Pentagone a récemment affirmé qu’il y avait 5 200 soldats en Irak et au moins 2 000 soldats en Syrie, bien que ce nombre devrait maintenant diminuer considérablement). Le décompte « outre-mer » du ministère de la Défense énumère également les troupes qui se trouvent dans des territoires américains comme les Samoa américaines, Porto Rico, les îles Vierges américaines et l’île de Wake. Selon le Pentagone, des dizaines de soldats sont également déployés dans le pays d’« Akrotiri » (qui est en fait un village sur l’île de Santorin en Grèce) et des milliers d’autres sont basés dans des endroits « inconnus ».

Dans le dernier rapport, le nombre de ces troupes « inconnues » dépasse 44 000.

Selon la Overseas Bases Realignment and Closure Coalition, le coût annuel du déploiement du personnel militaire américain à l’étranger, ainsi que de l’entretien et du fonctionnement de ces bases étrangères, est estimé à 150 milliards de dollars par an. Le prix à payer pour les avant-postes représente à lui seul environ un tiers de ce total. « Les bases américaines à l’étranger coûtent plus de 50 milliards de dollars par an à construire et à entretenir, un montant qui pourrait servir à répondre aux besoins urgents dans les domaines de l’éducation, des soins de santé, du logement et de l’infrastructure », souligne M. Vine.

Vous ne serez peut-être pas surpris d’apprendre que le Pentagone est aussi un peu confus quant à l’endroit où ses troupes sont stationnées. Le nouveau site Web du ministère de la Défense, par exemple, offrait un décompte de « plus de 4 800 sites de défense » dans le monde. Après que TomDispatch s’était renseigné sur ce total et sur la façon dont il se rapportait au décompte officiel de 4 775 sites figurant dans le BSR, le site Web a été modifié pour devenir « environ 4 800 sites de défense ».

« Merci d’avoir signalé l’écart. Pendant la transition vers le nouveau site, nous travaillons à la mise à jour de l’information », a écrit le lieutenant-colonel Baldanza. « Veuillez vous référer au Rapport sur la structuration des bases qui contient les derniers chiffres ».

Au sens le plus littéral du terme, le Rapport sur la structuration des bases contient effectivement les chiffres les plus récents, mais leur exactitude est une autre question. « Le nombre de bases figurant dans le BSR est depuis longtemps peu en rapport avec le nombre réel de bases américaines à l’extérieur des États-Unis », explique M. Vine. « Beaucoup, beaucoup de bases bien connues et secrètes ont longtemps été exclues de la liste ».

Tout d’abord, la constellation d’avant-postes que les États-Unis ont construite dans toute l’Afrique en est un excellent exemple. L’inventaire officiel du BSR n’y recense qu’une poignée de sites – sur l’île de l’Ascension ainsi qu’à Djibouti, en Égypte et au Kenya. En réalité, cependant, il y a beaucoup plus d’avant-postes dans beaucoup plus de pays africains.

Une enquête récente de l’Intercept, basée sur des documents obtenus du U.S. Africa Command par le biais de la Freedom of Information Act, a révélé un réseau de 34 bases fortement regroupées dans le nord et l’ouest de ce continent ainsi que dans la Corne de l’Afrique. La « posture stratégique » de l’Africom consiste en des avant-postes « durables » de plus grandes tailles, dont deux sites d’opérations avancés [Forward Operating Sites, FOS, NdT], 12 sites de sécurité coopérative [Cooperative Security Locations, CSL, NdT] et 20 sites plus rudimentaires connus sous le terme de sites de secours [Contingency Locations , CL, NdT].

L’inventaire officiel du Pentagone comprend les deux FOS : l’île de l’Ascension et le joyau de la couronne des bases africaines de Washington, le Camp Lemonnier à Djibouti, qui est passé de 88 acres au début des années 2000 à presque 600 acres aujourd’hui. Le Rapport sur la structuration des bases n’a toutefois pas mentionné le CSL de ce même pays, l’aérodrome de Chabelley, un avant-poste de moindre envergure situé à une dizaine de kilomètres de là qui a servi de plateforme de drones pour les opérations en Afrique et au Moyen-Orient.

Le comptage officiel du Pentagone mentionne également un site qui porte le nom confus de « NSA Bahreïn-Kenya ». L’Africom l’avait précédemment décrit comme un ensemble d’entrepôts construits dans les années 1980 à l’aéroport et au port maritime de Mombasa, au Kenya, mais il figure maintenant sur la liste de 2018 de ce commandement comme un CSL. Il manque cependant une autre base kényane, le camp Simba, mentionnée dans une étude interne du Pentagone de 2013 sur les opérations de drones secrets en Somalie et au Yémen. Au moins deux avions de surveillance pilotés y étaient basés à l’époque. Simba, une installation dirigée depuis longtemps par la Marine, est actuellement exploitée par le 475e Escadron de la base aérienne expéditionnaire de la Force aérienne, qui fait partie de la 435e Escadre expéditionnaire aérienne.

Le personnel de cette même escadre aérienne se trouve à un autre avant-poste qui n’apparaît pas dans le Rapport sur la structuration des bases, et qui se trouve de l’autre côté de l’Afrique. Le BSR indique qu’il n’énumère pas d’informations spécifiques sur les « sites non américains » d’une superficie d’au moins 10 acres ou d’une valeur d’au moins 10 millions de dollars. Cependant, la base en question – la base aérienne 201 à Agadez, au Niger – a déjà un coût de construction de 100 millions de dollars, une somme qui sera bientôt éclipsée par le coût d’exploitation de l’installation : environ 30 millions par an. D’ici 2024, lorsque l’accord actuel pour l’utilisation de la base pendant 10 ans prendra fin, ses coûts de construction et d’exploitation auront atteint environ 280 millions de dollars.

Il manque également des avant-postes au Cameroun voisin, dont une ancienne base à Douala, un aérodrome de drones dans la ville reculée de Garoua, et une installation connue sous le nom de Salak. Ce site, selon une enquête menée en 2017 par l’Intercept, la société de recherche Forensic Architecture, et Amnesty International, a été utilisé par du personnel américain et des entrepreneurs privés pour des missions de surveillance et de formation de drones et par les forces alliées camerounaises à des fins d’emprisonnement illégal et de torture.

Selon M. Vine, le fait de garder secrètes les bases africaines des États-Unis est avantageux pour Washington. Ceci protège les alliés de ce continent d’une éventuelle opposition intérieure à la présence de troupes américaines, souligne-t-il, tout en contribuant à faire en sorte qu’il n’y ait pas de débat intérieur aux États-Unis sur ces dépenses et les engagements militaires en jeu. « Il est important que les citoyens américains sachent où se trouvent leurs troupes en Afrique et ailleurs dans le monde », a-t-il dit à TomDispatch, « parce que cette présence de troupes coûte des milliards de dollars aux États-Unis chaque année dans des guerres qui les impliquent, ou pourraient les impliquer, et des conflits qui pourraient partir en vrille ».

Ces bases omises

L’Afrique n’est pas le seul endroit où la liste officielle du Pentagone ne correspond pas bien à la réalité. Pendant près de deux décennies, le Rapport sur la structuration des bases a ignoré les bases de toutes sortes dans les zones de guerre actives de l’Amérique. Au plus fort de l’occupation américaine de l’Irak, par exemple, les États-Unis y avaient 505 bases, allant de petits avant-postes à des installations de grandes tailles. Aucune ne figurait sur les listes officielles du Pentagone.

En Afghanistan, les chiffres étaient encore plus élevés. Comme TomDispatch l’a signalé en 2012, la Force internationale d’assistance à la sécurité dirigée par les États-Unis avait environ 550 bases dans ce pays. Si vous aviez ajouté les points de contrôle de la FIAS – de petites bases de base utilisées pour sécuriser les routes et les villages – au nombre des méga-bases, des bases d’opérations avancées, des avant-postes de combat et des bases de patrouille, ce nombre aurait atteint le chiffre incroyable de 750. Et en comptant tous les types d’installations militaires étrangères – y compris les installations logistiques, administratives et de soutien – le Commandement interarmées de la FIAS a augmenté le nombre officiel de sites de la FIAS à 1 500. Cependant, la part importante de l’Amérique était aussi mystérieusement absente du décompte officiel du ministère de la Défense.

Il y a maintenant beaucoup moins d’installations de ce genre en Afghanistan – et leur nombre pourrait encore diminuer dans les mois à venir, à mesure que les effectifs militaires diminueront. Mais l’existence du Camp Morehead, de la Base d’opérations avancée Fenty, de l’aérodrome Tarin Kowt, du Camp Dahlke West et de l’aérodrome de Bost, ainsi que du Camp Shorab, une petite installation occupant ce qui était autrefois le site des bases jumelles beaucoup plus grandes connues sous les noms de Camp Leatherneck et Camp Bastion, est indiscutable. Pourtant, aucun d’entre eux n’est jamais apparu dans le Rapport sur la structuration des bases.

De même, bien qu’il n’y ait plus les 500 – plus de bases américaines en Irak, ces dernières années, lorsque les troupes américaines sont retournées dans ce pays, certaines garnisons ont été soit reconstituées, soit construites de toutes pièces. Il s’agit notamment du complexe du champ de tir de Besmaya, de la base de Sakheem, de la base de Firebase Um Jorais et de la base aérienne d’Al Asad, ainsi que de l’aérodrome de Qayyarah Ouest – une base située à 65 km au sud de Mossoul et mieux connue sous le nom de « Q-West ». Encore une fois, vous ne trouverez aucune d’entre elles dans le recensement officiel du Pentagone.

De nos jours, il est même difficile d’obtenir des effectifs précis pour le personnel militaire dans les zones de guerre américaines, sans parler du nombre de bases dans chacune d’elles. Comme l’explique Vine, « l’armée garde les chiffres secrets dans une certaine mesure pour cacher la présence de la base à ses adversaires. Parce qu’il n’est probablement pas difficile de repérer ces bases dans des endroits comme la Syrie et l’Irak, cependant, le but du secret est surtout d’empêcher le débat national sur l’argent, le danger et la mort en cause, et d’éviter des tensions diplomatiques et des enquêtes internationales ».

Si l’objectif du Pentagone est d’étouffer le débat national par le contrôle de l’information, il fait du bon travail depuis des années en détournant les questions sur sa posture mondiale, ou ce que le regretté contributeur régulier au TomDispatch, Chalmers Johnson, a appelé l’« empire des bases » américain.

À la mi-octobre, TomDispatch a demandé à Heather Babb, une autre porte-parole du Pentagone, des détails sur les avant-postes en Afghanistan, en Irak et en Syrie qui étaient absents du Rapport sur la structuration des bases, ainsi que sur celles qui ont été omises en Afrique. Parmi les autres questions posées à Babb : Le Pentagone pourrait-il offrir un simple dénombrement – sinon une liste – de tous ses avant-postes ? Avait-il le nombre véritable d’installations à l’étranger, même si celui-ci n’avait pas été divulgué au public – c’est-à-dire, une liste qui a réellement fait ce que le Rapport sur la structuration des bases prétend seulement faire ? Octobre et novembre sont passés sans réponse.

En décembre, en réponse à des demandes d’informations complémentaires, Babb a répondu d’une manière résolument conforme à la politique bien huilée du Pentagone de tenir les contribuables américains dans l’ignorance des bases pour lesquelles ils paient – quelle que soit la difficulté théorique à nier l’existence des postes avancés qui vont de Agadez au Niger à Mossoul en Irak. « Je n’ai rien à ajouter, a-t-elle expliqué, aux informations et aux critères qui figurent dans le rapport ».

La décision du président Trump de retirer les troupes américaines de Syrie signifie que le Rapport de 2019 sur la structuration des bases sera probablement le plus précis depuis des années. Pour la première fois depuis 2015, dans l’inventaire des avant-postes du Pentagone il ne manquera plus la garnison d’al-Tanf (ou bien encore, peut-être manquera-t-elle). Mais il reste encore potentiellement des centaines de bases absentes des registres qui ne figurent pas sur les listes officielles. Considérez que c’est un avant-poste dévoilé et qui sait combien il en reste encore.

Nick Turse est le rédacteur en chef de TomDispatch et l’un des collaborateurs de l’Intercept. Son dernier livre est « Next Time They’ll Come to Count the Dead: War and Survival in South Sudan ». [« La prochaine fois qu’ils viendront compter les morts : guerre et survie au Sud Soudan », NdT] Son site Web est NickTurse.com.

Source : Consortium News, Nick Turse, 16-01-2019

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr.