Assange = les stations programmées d’une passion

LA VERSION REPRODUITE DE L’ARTICLE DE M. GRASSET COMPORTAIT DE NOMBREUSES COQUILLES – ELLES ONT ÉTÉ CORRIGÉES CE LUNDI MATIN 22 AVRIL. J’AI AJOUTÉ AUSSI DES COMPLÉMENTS.

 

En ce beau temps de Pâques, placé sous le signe d’une irréductible ambivalence de sentiment propre à faire méditer chacun hors de toute perspective confessionnelle [ambivalence plus profonde encore, tout bien pesé, que celle du martyre de l’imam Husayn à Kerbala près de six siècles et demi plus tard], je ne vois guère d’autre titre qui puisse être digne du sujet. Je ne suis pas, bien évidemment, le seul ; et le dessinateur Antonio Rodríguez – l’excellent artiste Mexicain Jose Antonio Rodríguez que vous pourrez découvrir aisément en ligne – a donné ce vendredi saint dix-neuf, avec un sens aigu de l’heure, cette belle « Crown of thorns – Julian Assange » [vous ne manquerez pas de déchiffrer les lettres que dessinent les épines] =

 

Antonio Rodríguez - Crown of Thorns. Julian Assange.png

 

L’éblouissant Carlos Latuff, très sollicité par son Brésil désormais sous la botte bolsonarienne, et toujours hanté par une douleur palestinienne à laquelle il consacre une importante partie de son œuvre, a donné peu de dessins à l’affaire Assange [sans que l’orientation de son cœur puisse sembler une seule seconde douteuse]. Mais l’imaginaire de la passion lui est familier et il a publié sur son compte Twitter plusieurs dessins ce vendredi, dont certains sont assurément déjà connus, et dont la date du suivant, peut-être nouveau, m’échappe =

 

Carlos Latuff.png

 

le compte twitter de Carlos Latuff le 19 avril 2019.png

 

 

Le Napolitain Natangelo, à peu près en même temps, donnait un dessin plutôt ambigu puisque figurant Assange à la gauche du Christ.

Certes, l’Église a reconnu le « bon larron » comme un saint – « sanctus latro », parfois appelé Di[s]mas par les écritures apocryphes -, institué directement par Jésus sur le Calvaire et célébré tant parmi les églises orthodoxes que par la catholique [Lc XXIII, 43 – le plus riche des synoptiques sur le chapitre des deux larrons] ; mais il semblerait que le « bon larron » soit en général placé à la droite de Jésus – la droite est le bon côté – Jésus siégera à la droite du Père [Mc XVI, 19 – repris dans le « sedet ad dexteram Patris » du Credo ; v. aussi la même construction à un propos différent en Mt XXV, 33 sq., etc.]

 

Nicolaï Nicolaievich Gay, Le Calvaire.png

 

Il n’y a pas d’indication scripturaire portant une telle répartition des deux larrons [dans les écritures canoniques du moins, car l’évangile – réputé apocryphe, mais nullement oublié dans la longue durée – de Nicodème est par contre tout à fait net] – celui qui s’opiniâtre dans le mal, et celui, au contraire, qui prend conscience de son péché et se trouve sauvé ; il s’agit donc, semble-t-il, d’une simple tradition, brochant sur une intelligence symbolique de l’espace très profondément ancrée dans certaines cultures ; il n’est pas si facile, d’ailleurs, d’en repérer la transposition dans la peinture.

Vous relèverez pourtant, sur la toile ci-dessus, le très émouvant regard de compassion [la compassion, l’un des deux sentiments premiers selon Rousseau, malheureusement, selon ce maître, presque effacé chez la plupart des humains – non chez les animaux -, mais revivifié et profondément modifié ici par l’amour] que jette sur Jésus parvenu au terme de son agonie, le larron accroché à sa droite, à n’en guère douter le « bon larron ». Cette huile saisissante a été composée, de façon très originale, à tous égards, par l’immense peintre religieux russe du XIXe siècle Nikolaï Nikolaievich Gay, issu d’une famille française [dont le nom semble avoir été Ge, orthographe maintenue dans les travaux anglais sur ce peintre] venue dès longtemps en Russie, et lui-même, pour finir, très ardent disciple du grand Tolstoï [dont il semble avoir été l’illustrateur, et auquel il a consacré un portrait connu].

 

Tolstoï par Nikolaï Gay.png

 

Étrangement, dans le tableau dit du Calvaire, ou de la Crucifixion, une silhouette peu nette, presque une ombre, semble quitter la scène, comme suspendue entre Jésus et le pécheur endurci dont le cœur n’a pas même pu s’adoucir, le « mauvais larron » ; je pense qu’il s’agit du procurateur [préfet] Pilate, qui savait, sans en mesurer la portée, où était le bien, mais avait préféré se « laver les mains » d’un choix politiquement dangereux, détourner le regard donc, tandis que Barabbas était sauvé, et envoyé à la mort le Nazaréen. Cette sublime très grande toile fut interdite d’exposition comme blasphématoire par les autorités impériales russes en 1893, un an avant la mort de l’artiste, retiré depuis longtemps dans une ferme en laquelle il pouvait demeurer fidèle à son hostilité à la marchandisation de l’art ; elle se trouve aujourd’hui au Musée d’Orsay.

 

Natangelo, Assange trahi par l'Equateur.png

 

Après ces quelques images, voici le texte que je souhaitais reporter, de la plume de M. Philippe Grasset, auteur fécond depuis longtemps, et dont le propos est toujours ambitieux et stimulant – prenant place au sein d’une vue systématique à laquelle on peut ou non souscrire, mais qui est rarement inféconde au degré d’élaboration qu’elle a fini par atteindre après s’être peu à peu forgée au fil d’un long parcours [lequel a vu M. Grasset, comme beaucoup, évoluer sous le choc insensé de l’impérialisme washingtonien, et plus largement atlantique, lorsque celui-ci s’est trouvé libéré du contrepoids soviétique – au point que ce qui a semblé d’abord une libération, et l’a été, certes, dans une notable mesure pour certains peuples d’Europe orientale, a rapidement revêtu la signification d’un asservissement global toujours accru dans l’emballement des vues néolibérales et néoconservatrices].

Voici la référence à la publication d’origine, ce dix-neuf avril =

http://www.dedefensa.org/article/notes-sur-le-destin-de-julianassange

 

 

 

Notes sur le destin de Julian Assange

 

par Philippe Grasset

 

19 avril 2019 – Julian Assange se trouve donc dans les geôles de Sa Très-Gracieuse Majesté, et qui plus est dans la plus terrible d’entre elles, celle qu’on réserve aux ennemis-publics-N°1, aux Jack-l’Éventreur, aux Saddam Hussein et autres Kadhafi. Il y est traité aussi mal qu’on peut l’être, entre humiliation, isolement, absence de soins, éventuellement quelques mauvais traitements, etc.

Assange est traité selon l’habitude désormais établie de l’infamie pénitencière dans les pays libéraux des droits de l’homme, anglo-saxons surtout et du bloc-BAO en général. Cela (le sort d’Assange), comme bien d’autres cas, ne déchaîne pas les passions libératrices et moralisatrices de la cohorte de nos intellectuels-Zombie inféodés jusqu’aux os et jusqu’à la lie au Système. La façon dont ces démocraties occidentales se sont transformées en régimes totalitaires habillés d’un simulacre démocratique, totalement infectés de ce totalitarisme au niveau de la communication, de la bienpensance, de la justice, des régimes pénitenciers, spécialement contre les antiSystème et les citoyens réclamant leurs droits élémentaires, – cette façon est sans exemple dans l’histoire dans sa rapidité, son efficacité, et surtout sa furtivité (comme dit “stealth” pour la technologie) derrière un simulacre qui est bien plus élégant qu’un écran de fumée.

Destination, “l’Alcatraz des Rocheuses”

Dans The Intercept, Charles Glass, qui a visité plusieurs fois Assange à l’ambassade d’Equateur, rapporte les conditions très dures dans lesquelles Assange a vécu durant ses sept années d’enfermement, et devenues épouvantables à l’égal d’une prison avec un personnel hostile et tourmenteur depuis le changement de présidence équatorienne et les accords plus ou moins secrets qui ont été passés entre l’Equateur et les USA pour la liquidation du cas Assange. 

Glass estime qu’Assange sera effectivement extradé aux USA, qu’il y sera jugé en deux étapes, pour finir par être jugé pour trahison et être condamné sans doute à l’emprisonnement à vie. Glass estime qu’Assange sera alors transféré dans la plus terrible prison du Goulag américaniste, officiellement désignée comme une ADMAX, et surnommée “The Alcatraz of the Rockies”, dans l’État du Colorado.

« Sa destination la plus probable est l’“Alcatraz des Rocheuses”, aussi connu sous le nom de United States Penitentiary Administrative Maximum Facility, ou ADMAX, à Florence, Colorado. Parmi ses 400 détenus figurent le fameux “terroriste” dit-Unabomber, Ted Kaczynski, Dzhokhar Tsarnaev, terroriste du marathon de Boston, Robert Hanssen, agent du FBI devenu espion russe, et Terry Nichols, co-auteur de l’attentat d’Oklahoma City. Le régime de la prison est aussi impitoyable que ses prisonniers : 23 heures d’enfermement quotidien dans une cellule en béton avec une fenêtre de 12 centimètres de large, six contrôles des lits par jour avec un septième le week-end, une heure d’exercice dans une cage extérieure, des douches en jets d’une minute et des fouilles corporelles au gré du personnel. »

Notre totalitarisme exemplaire

Les conditions générales de détention et des accusations contre Assange sont décrites par l’ancien ambassadeur britannique Craig Murray, qui démissionna de cette fonction qu’il occupait en Ouzbékistan parce que son gouvernement avait refusé de protester contre les pratiques de torture qui y étaient coutumières. On ne serait pas loin de dire que Murray retrouve, avec le cas Assange, le modèle Ouzbek qui semble une sorte d’inspirateur pour la conduite du Royaume-Uni et des USA, et ces USA comme exemple extraordinaire d’un État-voyou emporté dans la déraison d’une pathologie extrêmement diversifiée de la psychologie, avec la dimension narcissique comme cerise sur le gâteau (celle que le juge-Système anglais a reproché à Assange, dans un bel exemple d’objectivité et d’absence de parti-pris, avant de lui infliger sa première condamnation après sa sortie de sa prison-refuge diplomatique).

Murray observe justement que les actuelles circonstances ont complètement fait tomber les masques, et qu’il s’agit bien, dans le chef de la puissance totalitaire américaniste, de “récupérer” Assange pour lui infliger le traitement le plus cruel, par simple esprit de vengeance. Murray, qui fait partie de l’équipe juridique de WikiLeaks qui s’occupe d’Assange, assure que ces diverses circonstances, loin de freiner l’activisme du groupe (et d’Assange lui-même), l’encouragent au contraire à redoubler. WikiLeaks, comme son leader emprisonné, est désormais sur un mode sacrificiel de révolte antiSystème, dans cette sorte d’occurrence paroxystique où le sacrifice est plus signe d’espoir que de désespoir à cause de l’infamie extraordinaire de la chose qu’on combat.

« Je fais partie de l’équipe médiatique et juridique de Wikileaks et toute l’équipe, y compris Julian, est renforcée dans son énergie plutôt que découragée [par les événements]. Enfin, les prétendus libéraux ont été obligés de sortir du bois et ne se dissimulent plus derrière les arguments ridicules des allégations venues de Suède ou des arguments concernant les conditions qu’a observées Julian Assange durant sa liberté sous caution. Le véritable motif, – la vengeance US suivant les révélations de Chelsea Manning relayées par WikiLeaks, – est à présent totalement connu de tous.

» Soutenir la persécution d’Assange dans ces circonstances, c’est soutenir la censure absolue de l’État sur Internet. C’est soutenir l’idée que tout journaliste qui reçoit et publie des documents officiels indiquant des actes répréhensibles de la part du gouvernement américain, peut être puni pour cette publication. Qui plus est, cette revendication américaine implique une affirmation extravagante de la compétence universelle de l’autorité US. Assange n’était pas du tout proche ou aux États-Unis lorsqu’il a publié les documents, mais les tribunaux américains sont néanmoins prêts à se déclarer compétents. C’est une menace pour la liberté de la presse et de l’Internet partout dans le monde.

» C’est une période effrayante. Mais c’est peut-être aussi la période la plus inspirante. »

Assange en Prix Nobel de la Paix

Parallèlement, Assange reçoit un prix de journalisme, de liberté de la presse, etc., pour sa pratique et sa défense de la liberté d’expression, de la liberté tout court. Ce prix est décerné annuellement depuis 2018 par le groupe des “Verts” du Parlement européen, ce qui implique une certaine reconnaissance d’une partie de l’Europe officielle, – laquelle “Europe officielle”, le reste disons, est par ailleurs marquée dans le cas Assange par une couardise infinie face au groupe pathologique de crime organisé que constitue l’administration Trump, soutenue par un Congrès qui ne lui rend rien en matière de pathologie psychologique et de crime organisé, l’ensemble étant sous l’empire absolu de la corruption, notamment venu du système lobbystique de Washington. Dans cette couardise européenne, la France a une place à part, elle se distingue, elle qui se prétend la mère nourricière et la matrice de tant de vertus laïques et républicaines ayant toutes à voir avec la liberté, et notamment la liberté d’expression : malgré quelques appels notables dans ce sens, la France, qu’elle soit de Hollande ou de Macron, n’a jamais envisagé une seconde d’offrir l’asile politique à Assange et de faire ainsi acte d’indépendance de l’ogre américaniste, et de sécession de sa condition de servitude. Tout cela est habillé de l’habituel discours de l’“intelligence ” française sur le réalisme politique, là où il n’y a que couardise et lâcheté.

(Ne disons pas un mot sur la couardise et la lâcheté, agrémentées de veulerie, du gouvernement du pays d’origine de Assange, l’Australie, totalement alignée comme le sont des moutons qui se prennent pour des bœufs, sur Washington dans cette affaire. La cause est entendue.)

Donc, les “Verts“, eux, ont transgressé cette servitude pour le cas d’Assange. Inutile de se faire d’illusion pour le reste, mais pour ce cas l’attitude doit être saluée. Julian Assange a donc reçu le prix “Thruth Matters !” du groupe confédéral de la gauche unitaire européenne, ou “Gauche verte”, un prix « récompens[ant] les journalistes et lanceurs d’alerte qui défendent le droit à l’information ». Dans le cadre de cette initiative, la Prix Nobel de la Paix 2016 Mairead Maguire a fait un plaidoyer passionné en faveur d’Assange, dans une interview sur RT.com : elle avait rendu visite à Assange, à l’ambassade de l’Equateur, à deux reprises, et elle a proposé ce même Assange pour le Prix Nobel de la Paix 2019. Elle entend, malgré les si faiblisssimes possibilités d’aboutir, poursuivre ses pressions dans ce sens, avec un groupe d’intellectuels et de relais politiques. Il est vrai qu’un Prix Nobel de la Paix 2019 rentrant dans une cellule de confinement de “l’Alcatraz des Rocheuses”, cela vous aurait fière allure pour la gloire de la démocratie-bouffe… Peut-être Trump trouvera-t-il cela Great Again.

Assange et le Guardian

Bien entendu, cette attitude contraste d’une façon étonnante par sa radicalité avec l’attitude de la presseSystème, essentiellement anglo-saxonne (UK, USA), qui a pourtant été la première à profiter d’un point de vue journalistique, – et donc professionnellement et commercialement, – des révélations d’Assange et de WikiLeaks. Un cas comme celui du Guardian est surprenant par l’extraordinaire ingratitude, la trahison complète, la félonie de ce journal qui a accueilli et exploité pour son plus grand bénéfice les informations d’Assange, comme celles de Snowden d’ailleurs, pour aujourd’hui se trouver résolument en tête de la croisade de la presseSystème pour avoir sa tête (celle d’Assange – et celle de Snowden si l’occasion se présentait). Charles Glass termine son article sur ce constat amer et attristant : « Assange attend donc de savoir s’il sera à nouveau libre, tandis que les journalistes qui ont publié ses documents divulgués continuent à travailler sans crainte de poursuites et, dans certains cas, brandissent leurs prix de journalisme en dénonçant l’homme qui les a rendus possibles. »

Ce jugement reste encore très modéré et ne rend pas compte de la haine pure et sans retenue que les journalistes anglo-saxons, essentiellement US, montrent à l’encontre d’Assange, y compris effectivement dans des journaux qui ont bénéficié en priorité de ses fuites (comme le New York Times et le Washington Post, comme dans le cas du Guardian pour les Britanniques, sans nul doute). Cette haine est assez bien restituée, dans tous les cas elle est explicitement mentionnée dans l’article qu’André Damon, de WSWS.org, a consacré à ce point particulier.

« Rôle des médias dans la persécution d’Assange »

« L’arrestation, la semaine dernière, de Julian Assange, éditeur de WikiLeaks, a reçu l’approbation universelle de la presse écrite et audiovisuelle américaine. Le New York Times, le Washington Post et le Wall Street Journal, les trois principaux journaux américains, ont tous approuvé avec enthousiasme l’arrestation et la probabilté d’extradition d’Assange aux États-Unis. L’approbation enthousiaste de ces journaux pour la restitution effective d’un journaliste, avec la menace de torture, d’emprisonnement indéfini et d’exécution possible, résume leur attitude à l’égard des libertés d’expression et de la presse consacrées par le Premier amendement : ils s’y opposent. […]
» Le Washington Post de Jeff Bezos était le moins prudent, déclarant qu’Assange a “beaucoup de retard, depuis longtemps, pour répondre de sa responsabilité personnelle”, et se réjouissant de son potentiel de “conversion en témoin coopérant”. En référence à un pays comme les États-Unis, qui ne reconnaît pas les accords internationaux de base en matière de droits de l’homme, le fait d’obtenir la “coopération” d’un témoin est un euphémisme pour désigner la torture.
» Mais ces éditoriaux froids et d’une cruauté calculée constituent, si cela est possible, la partie la moins dégradée de la réponse médiatique à l’emprisonnement d’Assange, qui a été traité par la presse écrite, les journaux télévisés et, ce qui est peut-être le pire, les talk-shows de fin de soirée, comme une occasion de proférer des insultes grossières contre un journaliste persécuté qui ne peut se défendre.
» Dans la rubrique “nouvelles” des journaux, la ligne de démarcation entre le reportage, l’opinion, les ragots, la calomnie et la diffamation a été totalement effacée. “Même les amis de M. Assange l’ont décrit comme un narcissique avec une vision démesurée de son importance et peu d’intérêt pour les questions intimes comme l’hygiène personnelle”, ont écrit Scott Shane et Steven Erlanger, des sténographes expérimentés du Pentagone au New York Times, dans un article en première page, sans prendre la peine de nous expliquer qui sont ses amis ou les raisons qui les font parler comme Mike Pompeo.
» Au son des “rires en boîte”, l’animateur du ‘Daily Show’ Trevor Noah a proclamé qu’Assange a “finalement été arrêté” pour avoir laissé son chat “chier partout dans l’ambassade”. Jimmy Fallon, l’animateur de ‘Tonight Show’, a observé qu’Assange, dont l’isolement cellulaire a brisé sa santé, ressemblait à ‘Dumbledore’, un personnage âgé de la série Harry Potter de J. K. Rowling.
» La liste est longue. Seth Meyers, animateur de l’émission ‘Late Night’ de NBC, a trouvé hilarant qu’Assange “traîné hors de l’ambassade équatorienne”, ressemblât au “Père Noël avec un manifeste politique”. ‘Saturday Night Live’ a parodié l’emprisonnement d’Assange avec un Michael Keaton barbu dans ce rôle, se proclamant comme “la terreur du personnel de nettoyage de l’ambassade”.
» Cette jubilation dégoûtante et honteuse ne ressemble à rien d’autre qu’un pilori ou un lynchage, où la lie de la société est invitée à lancer des insultes et des ordures à une victime impuissante. Mais contrairement à ce qui se passe dans le Londres de Dickens, ces liesses sociales ne se trouvent pas au bas de l’échelle, mais au sommet de la société : ce sont des multimillionnaires qui travaillent pour les médias, l’industrie du divertissement et les grands partis d’affaires.
» Bien sûr, il y a une raison et une logique politique à cette effusion de vitriol. L’objectif est de fabriquer l’opinion publique : faire du journaliste héroïque une non-personne, dépouillée de tous ses droits, un exclu, pour justifier la persécution de l’Etat américain. Mais cette nécessité politique ne peut expliquer les profondeurs dégradantes dans lesquelles les médias ont plongé pour déshumaniser Assange, répétant, en gros titres, des rumeurs calomnieuses sur son comportement personnel comme autant de vérités incontestées.
» Les gens qui écrivent de telles choses ne font pas seulement le sale boulot de la classe dirigeante pour un salaire. Ils détestent Assange, parce qu’ils voient en lui un défi à l’ordre naturel des choses, dans lequel les médias publient ce que le gouvernement dit, et le peuple croit ce que les médias publient. Ce sentiment a été le mieux résumé par le site d’information satirique The Onion dans une citation qu’il a attribuée au Washington Post : “Nous dénonçons Julian Assange dans les termes les plus fermes possibles pour sa négligence à démontrer publiquement le genre de travail que les journalistes pourraient faire pour enquêter sur les malversations du gouvernement et tenir les puissants responsables de leurs actes”.
» Mais la haine va plus loin. Quiconque lit attentivement les sections d’opinion des grands journaux ne peut qu’en arriver à la conclusion qu’elles embauchent [également…] …des gens, pour dire les choses franchement, qui sont émotionnellement instables. C’est la combinaison de tous ces attributs qui produit un article comme celui publié par Kathleen Parker du Washington Post, intitulé “Julian Assange n’est pas un journaliste ou un Daniel Ellsberg. C’est juste un ‘cypherpunk’.” […] »

Psychanalyse de la haine contre Assange

… Bien entendu, Assange a le soutien complet d’Ellsberg. D’une façon générale, précise l’article, les réactions des lecteurs aux articles défavorables et insultants pour Assange sont très extrêmes, contre cette activité pseudo-journalistique. Le Washington Post a fait un de ses sondages sur les réactions aux talk-shows diffamatoires pour Assange, donnant 80% de commentaires favorables pour Assange et très sévères pour les journalistes, les présentateurs et les médias.

Ce comportement des journalistes anglo-saxons est très caractéristique et remarquable, essentiellement comme le note l’article ci-dessus par l’intensité de l’hostilité, de la rancœur, de la haine contre un homme avec qui ils ont beaucoup travaillé et qui les a beaucoup alimentés en informations dont ils ont fait leur profit. Depuis cette époque, – notamment depuis la crise ukrainienne, – l’atmosphère s’est fortement resserrée, notamment avec les hystéries antirussistes diverses, avec les tensions autour de Trump, etc., et le durcissement général de toutes les pulsions bellicistes et impérialistes des USA. On peut aisément imaginer qu’Assange est devenu, pour nombre de ces journalistes, à la fois la représentation de l’adversaire général qu’impose le nouveau simulacre né avec la crise ukrainienne, le Russiagate, etc., complice de l’ennemi et traître à la fois ; on peut ajouter qu’il est aussi et surtout leur remords difficilement supportable et sans doute repoussé vers l’inconscient, puisqu’Assange fut un temps leur fournisseur d’informations qu’ils savaient véridiques alors qu’ils sont conduits à le conchier pour suivre la logique du Système qui est leur façon d’être… Qu’en plus d’être la représentation du simulacre ennemi, Assange soit la cause de leur remords de ce qu’ils ont été et qu’ils ne sont plus, renforce et démultiplie cette haine qui constitue également une tentative de sauvegarder ce qui leur reste de bonne conscience, ou disons leur simulacre de bonne conscience.

Nous proposerions donc une séance de thérapie générale et collective… 

Parcellisation de la crise Assange

Ce qui nous semble remarquable à ce stade de l’évolution des événements, c’est que l’arrestation d’Assange, au lieu d’être une action rapide et concluante est, comme dans la plupart des cas crisiques aujourd’hui, en train de devenir une crise à multiples facettes, et ces facettes séparées les unes des autres, dans une sorte de mouvement de parcellisation comme on en voit souvent aujourd’hui dans les tourbillons crisiques. Ainsi rencontre-t-on des situations aussi paradoxales qu’un homme traité comme un paria et promis à la torture, conchié par ses collègues qu’il alimenta abondamment en nouvelles de première importance et valeur, et le même homme recevant un prix pour sa vertu journalistique et son respect de la vérité, émanant d’une structure aussi honorable (aussi bien aux yeux du Système) que le parti des “Verts” européens. Jusqu’ici, ces choses évoluent sans s’entrechoquer ni s’entremêler, mais elles peuvent arriver à un point où de tels chocs sont possibles.

Il est vrai qu’Assange est un personnage international, à l’extrême notoriété, qui bénéficie d’un soutien important de personnalités et de réseaux qui peuvent susciter, dans certaines circonstances, des effets particulièrement significatifs. Les Anglo-Saxons en général, et le parti américaniste en particulier, font montre dans cette sorte d’affaires d’une finesse assez médiocre et d’un flair assez faible pour déceler les risques de confrontation dans les domaines de la communication, de l’humanitaire, des pressions par des réseaux sociétaux, etc.

Il semble assuré que l’équipe juridique d’Assange va jouer le plus possible sur la prolongation des divers processus d’allongement des délais dans ce domaine, pour donner l’occasion aux pressions publiques et des milieux semi-officiels d’influence d’éventuellement se faire sentir. Ainsi pourrait-on penser que l’affaire Assange, devenue une crise en l’occurrence, pourrait connaître une phase nouvelle avec la possibilité de rebondissements.

Qui plus est, il existe de très fortes rumeurs, et cela depuis des années, d’une menace que pourrait faire planer Wikileaks d’une diffusion massive de documents extrêmement importants et compromettants en cas d’impasse totale sur le sort d’Assange, et de l’orientation de son destin vers un emprisonnement à vie sinon une disparition d’une façon ou l’autre. Jusqu’ici, il n’y a rien eu de décisif, ni même d’important, venant de Wikileaks, ce qui pourrait être une indication selon laquelle son équipe juridique estime qu’il y a encore de l’espace et du temps pour manœuvrer.

Dans tous les cas, jamais la confrontation à visage découvert avec le Système, ainsi que la mise à nu de tous ses procédés les plus arbitraires et les plus cruels, n’a été aussi fortement perçue. Jamais le caractère irrémédiablement prédateur, illégal, et d’entropisation du Système ne s’est aussi nettement dessiné. La dictature totalitaire du Système se déchaîne contre lui, à visage découvert, et nul ne peut plus douter du caractère catastrophique du Système, et de la nécessité de le détruire par tous les moyens possibles.

 

 

Les cercles de l'enfer par Sandro Botticelli.png

Ci-dessus = une image donnée par Botticelli des cercles de l’enfer [évoqués en tout particulier par notre Dante dans La Divina Commedia]

 

Lasciate ogni speranza, voi ch’entrate

Divina Commedia, Inferno, canto III

 

Peut-être éprouverez-vous joie à entendre le début du chant trois ; cette interprétation m’est apparue la plus réussie, pour ce texte très difficile à dire ; avec la commodité singulière du défilement du texte lui-même.

 

 

 

 

 

Quelques ajouts en complément

du texte de M. Grasset =

 

 

1/ Un premier cercle de l’enfer [terrestre]. Embajada del Ecuador en Reino Unido

 

Avec beaucoup de délicatesse, l’Équateur – avec le propos de détériorer l’image de l’emmuré que son gouvernement maltraitait toujours davantage depuis le remplacement du courageux M. Correa par le corrompu M. Moreno – a fait « fuiter » des vidéos de M. Julian Assange tournant en rond dans sa chambre et tentant de faire un peu d’exercice pour éviter la dégradation accrue de sa chancelante santé [des caméras avaient été installées, le filmant en permanence, sans que l’on puisse être assuré qu’il en ait été même averti] — v. l’exemple de la vidéo ci-après

 

 

 

 

2/ Un deuxième cercle de l’enfer [terrestre]. Belmarsh Prison

 

L’avenir cauchemardesque de Julian Assange (Consortium News)

Elizabeth LEA VOS

Pendant que Julian Assange attend la suite des événements, à savoir la détermination de la peine pour violation de se liberté sous caution en Angleterre et une demande d’extradition aux États-Unis, il est détenu dans une prison de haute sécurité à Londres, appelée le « Guantanamo Bay du Royaume-Uni« , qui a été utilisée pour emprisonner des terroristes présumés, parfois pour une durée indéterminée.

La réputation de la prison Belmarsh soulève des inquiétudes justifiées quant au bien-être de l’éditeur de WikiLeaks.

« Alors que de nombreux détenus de Belmarsh disent qu’il est difficile de voir un médecin ou une infirmière, ces services sont disponibles dans l’établissement « , rapporte Bloomberg News, concernant la possibilité qu’Assange reçoive enfin des soins médicaux.

La prison de Belmarsh avait été utilisée pour détenir indéfiniment, sans inculpation, des prisonniers de haute sécurité nationale en vertu de la Loi antiterroriste, criminelle et sécuritaire de 2001, adoptée six semaines après le 11 septembre 2001, jusqu’à ce que la Chambre des Lords décide qu’elle violait la loi britannique sur les droits de la personne (Human Rights Act).

Assange a été reconnu coupable jeudi d’avoir violé sa liberté surveillée [lorsqu’il s’est rendu à l’ambassade d’Equateur – NdT]. Le 2 mai, il est prévu qu’il participe à une audience du tribunal par liaison vidéo sur la demande d’extradition des États-Unis.

Le nom d’Assange figure maintenant en tête de la liste alphabétique des figures célèbres qui ont fait de la prison à Belmarsh ou qui y sont encore. La liste comprend des gangsters notoires, des tueurs en série et des trafiquants de drogue. Ronnie Biggs, du Great Train Robbery de 1963, y a été emprisonné. D’autres font l’objet d’un scandale très médiatisé, comme Richard Tomlinson, emprisonné pendant six mois en 1997 après avoir donné à un éditeur australien un résumé d’un projet de livre décrivant sa carrière au MI6. Andy Coulson, ancien attaché de presse du Premier ministre David Cameron, a été emprisonné pendant quelques mois pour le scandale de piratage téléphonique qui a englouti News of the World lorsqu’il était rédacteur.

L’un des piliers de la population carcérale est constitué de terroristes condamnés. Abu Hamza al-Masri, un ecclésiastique égyptien, était à Belmarsh jusqu’à son extradition vers les États-Unis où il purge une peine de prison à vie pour 11 chefs d’accusation de terrorisme. Rams Mohammed, Muktar Said Ibrahim et Yasin Hassan Omar y ont tous été incarcérés pour leur rôle dans les attentats à la bombe du métro de Londres en 2005. Anjou Choudhry a purgé sa peine à Belmarsh pour avoir promu L’État Islamique d’Irak et au Levant (Daech). Michael Adebolajo et Michael Adebowale sont identifiés comme des terroristes islamiques condamnés pour le meurtre du soldat britannique Lee Rigby à Londres.

On peut légitimement s’inquiéter du devenir d’Assange à l’intérieur de Belmarsh. Une enquête réalisée en 2018 par l’inspecteur en chef des prisons de Sa Majesté a révélé que « 91 % des hommes ont déclaré avoir eu des problèmes à leur arrivée à Belmarsh, ce qui était plus élevé que dans les autres prisons locales et plus élevé que lors de notre dernière inspection », rapporte Business Insider.

En 2009, la même administration pénitentiaire avait constaté que la force utilisée pour contrôler les détenus de la prison était « extrêmement élevée« .

Les détenus étaient « incapables de voir les preuves des services de renseignement contre eux et sont confinés dans leurs cellules jusqu’à 22 heures par jour. Leurs avocats disent qu’ils ont été  » ensevelis sous le béton « , a rapporté la BBC en 2004.

Le rapport de l’inspecteur en chef de 2018 indique que la prison contient une « unité de haute sécurité (HSU) à l’intérieur des locaux déjà de haute sécurité, que le rapport décrit comme une « prison dans une prison ». Le rapport poursuit en disant :

« Le rôle de l’unité de haute sécurité (HSU) n’était pas clair. On nous a dit que c’était pour les détenus de catégorie A à risque élevé, mais ces hommes sont détenus avec la population carcérale générale dans d’autres prisons de haute sécurité et nous ne comprenons pas pourquoi l’approche était différente à Belmarsh. Nous avons noté que deux des hommes détenus n’étaient que des détenus de la catégorie de risque standard A et qu’en décembre 2017, deux hommes avaient été détenus dans l’unité d’isolement de la HSU. Les conditions et le régime en vigueur à HSU ont infligé aux détenus une expérience de détention intense dans laquelle ils pouvaient exercer peu d’autodétermination, et nous étions préoccupés par le fait que les détenus pouvaient y être placés sans aucune procédure de contrôle ».

Décrivant le recours à l’isolement cellulaire, le rapport de l’inspecteur en chef a trouvé : « Les conditions dans l’unité étaient raisonnables, mais certains prisonniers ne pouvaient pas prendre une douche ou faire de l’exercice tous les jours. Ceux qui ne pouvaient être sortis de leur cellule qu’en présence de plusieurs officiers ont été les plus touchés. » Le rapport décrit à maintes reprises les préoccupations soulevées par le manque de personnel, et ajouta dans un chapitre distinct : « Nous sommes préoccupés par l’utilisation de cellules dédiées, où des hommes ont été maintenus à l’isolement avec un régime alimentaire appauvri. »

Des témoignages d’anciens détenus de Belmarsh, publiés par CAGE, un groupe de défense contre les violations des droits de l’homme résultant de la « guerre contre le terrorisme », ont décrit leurs expériences. Un prisonnier anonyme qui a été acquitté par la suite a dit : « Le système pénitentiaire est géré de manière à humilier et dégrader le détenu autant que possible. Le processus de déshumanisation commence dès qu’on franchit le seuil. » Dans la foulée de l’emprisonnement d’Assange, CAGE a publié un communiqué dans lequel elle déclarait, entre autres : « Le Royaume-Uni fait le sale boulot des États-Unis en persécutant un homme qui a dénoncé des crimes de guerre. »

Des veillées et des manifestations en faveur d’Assange ont eu lieu à l’extérieur de la prison les 14 et 15 avril.

La dernière fois qu’Assange a été détenu dans une prison britannique, en 2010, il dit qu’on lui a donné de la nourriture contenant des objets métalliques qui ont gravement endommagé une dent. C’était à la prison de Wandsworth de Londres. L’incident a causé de graves blessures et il n’a pas reçu de soins médicaux appropriés pendant les six ans et demi qui ont suivi son incarcération à l’ambassade équatorienne. Un rapport médical publié par WikiLeaks en 2015 décrit la version d’Assange de l’événement :

« C’est illégal, je ne pars pas ».

Des policiers britanniques en uniforme, aidés par ce qui semblait être une police secrète en civil, sont entrés dans l’ambassade jeudi matin lorsque l’ambassadeur équatorien « a indiqué qu’il se préparait à signifier à M. Assange des documents révoquant son asile », a déclaré James Hines, Procureur de la Reine, qui représentait le gouvernement américain, au tribunal pendant l’audience relative à la violation de la liberté surveillée de M. Assange. The Guardian a cité Hines comme ayant dit plus tard à la cour ce jour-là :

« Des officiers ont essayé de se présenter à lui afin d’exécuter le mandat d’arrêt avant qu’il ne tente de retourner dans sa chambre privée.

« Il a finalement été arrêté à 10h15. Il a résisté à cette arrestation, affirmant que « c’est illégal » et il a fallu le maîtriser.

« Les officiers avaient du mal à le menotter. Ils ont reçu l’aide d’autres agents à l’extérieur et il a été menotté en disant : « C’est illégal, je ne pars pas ».

« En fait, il a été porté dans le fourgon de police à l’extérieur de l’ambassade et emmené au commissariat de West End Central. »

Assange faisait probablement référence à la Convention de 1951 sur les réfugiés qui interdit à une nation qui a accordé l’asile à une personne de la renvoyer dans un pays où l’asile est susceptible d’être persécuté.

La police a ensuite été filmée en train de traîner Assange de force, menotté et physiquement malade, depuis les marches de l’ambassade. Lors de l’arrestation, Assange a été vu tenant une copie de « The History of the National Security State » (« L’histoire de l’État de sécurité nationale ») de Gore Vidal, tout en criant : « Le Royaume-Uni doit résister… le Royaume-Uni doit résister. »

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Les papiers d’asile d’Assange. (Wikileaks via Twitter)

Craintes de mauvais traitements aux États-Unis

Compte tenu de la comparaison faite par Mike Pompeo, alors directeur de la CIA, entre WikiLeaks (46:00 minutes après le début de la vidéo ci-dessus) et Al-Qaïda, en le qualifiant de « service de renseignement hostile non étatique », des inquiétudes grandissent dans le camp Assange quant au traitement cruel auquel il pourrait être soumis par les autorités britanniques et, s’il est extradé, américaines.

Dans les heures qui ont suivi l’arrestation, Reuters a rapporté : « Les avocats d’Assange ont dit qu’il risquait la torture et sa vie serait en danger s’il était extradé vers les États-Unis. »

Le même jour, des organisations de défense des droits de l’homme et des défenseurs de la liberté de la presse ont plaidé contre la poursuite du fondateur de WikiLeaks. Ces groupes comprenaient l’ACLU, la Freedom of the Press Foundation, le Center for Investigative Journalism, Amnesty Ireland, le Committee To Protect Journalists, Reporters sans frontières, Human Rights Watch, le Center for Constitutional Rights, le National Union of Journalists, The Knight First Amendment Institute et Digital Rights Watch.

Glenn Greenwald, de l’Intercept, n’a pas tardé à remarquer que l’accusation portée contre Assange était souvent qualifiée à tort de « piratage », écrivant que le document d’accusation et les documents connexes indiquent qu’Assange pourrait avoir tenté d’aider Chelsea Manning, une dénonciatrice de l’armée américaine alors connue comme Bradley Manning, à utiliser un autre pseudonyme pour accéder au matériel classifié auquel elle était autorisée par la loi. En d’autres termes, M. Greenwald indique que M. Assange a tenté d’aider une source à préserver l’anonymat, une pratique courante chez les journalistes d’enquête.

M. Greenwald souligne également que cette action est publique depuis 2011, mais que les autorités américaines sous le gouvernement Obama ont refusé de l’utiliser comme base de poursuites en raison du danger qu’elle pourrait faire peser sur la liberté de la presse.

Visiteur de l’ONU

L’expert indépendant de l’ONU sur le droit à la vie privée, Joe Cannataci, a fait une déclaration après l’arrestation d’Assange. « Cela ne m’empêchera pas d’évaluer les allégations de M. Assange selon lesquelles sa vie privée a été violée « , a déclaré le service de presse des Nations Unies. « Tout ce que ça veut dire, c’est qu’au lieu de rendre visite à M. Assange et de lui parler à l’ambassade, j’irai lui rendre visite et lui parler là où il est détenu. »

Peu de temps avant l’expulsion d’Assange, le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture, Nils Melzer, a exprimé son inquiétude face aux informations selon lesquelles une arrestation était imminente. En cas d’extradition, M. Melzer a déclaré que M. Assange pourrait être exposé à « un risque réel de violations graves de ses droits fondamentaux, y compris sa liberté d’expression, son droit à un procès équitable et l’interdiction des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ».

Les supporters d’Assange craignent également pour son traitement à Belmarsh.

Matthew Hoh, un haut fonctionnaire du Center for International Policy et ancien marine, a rendu visite à Assange à l’ambassade. Il s’inquiète des mauvais traitements qu’Assange pourrait subir en détention. Il croit, « quand ils mettront la main sur lui, ils feront des choses qui seront criminelles, immorales, ce sera de la torture », a-t-il dit lors d’une veillée Unity4J en ligne tenue quelques jours avant l’expulsion de Assange.

Les veillées en ligne pour Assange sont co-organisées par Consortium News et ont lieu depuis plus d’un an, afin de sensibiliser l’opinion publique sur l’affaire Assange après que l’Equateur ait coupé son accès Internet.

Le journaliste Chris Hedges, lauréat d’un prix Pulitzer, lors d’un panel Unity4J, a exprimé sa crainte de ce qui pourrait arriver à Assange s’il était extradé vers les États-Unis :

« Il aura une cagoule sur la tête, il sera menotté et enchaîné, il sera mis sur un vol clandestin, il sera emmené aux États-Unis, mis à l’isolement – ce qui est une forme de torture, c’est ainsi que l’on brise quelqu’un, et souvent très rapidement. Il sera interrogé sans relâche, il y aura toutes sortes de techniques psychologiques – il fera très chaud dans sa cellule, puis très froid. Ils le réveilleront constamment toutes les 2 ou 3 heures pour qu’il soit privé de sommeil. Ils le mettront peut-être même dans une cellule sèche, où il n’y a pas d’eau, pour l’obliger à demander de l’eau pour aller aux toilettes ou se laver les mains. »

Hedges poursuit :

« Tout le monde a un point de rupture, et ils vont tenter de le détruire psychologiquement, et nous avons vu avec Guantanamo que plusieurs de ces détenus, dont la plupart avaient été vendus aux États-Unis par des seigneurs de guerre en Afghanistan ou au Pakistan, sont émotionnellement handicapés à vie. Ce sera une torture scientifique. J’ai couvert l’état de la Stasi en Allemagne de l’Est, et la blague dans l’état de la Stasi était que la Gestapo brisait des os et la Stasi brisait des esprits, et c’est ce qu’ils vont faire. C’est ce qui va se passer. Je l’ai vu dans le cas de musulmans qui ont été piégés aux États-Unis dans des complots dits de terrorisme, et lorsqu’ils sont présentés devant les tribunaux, ils ne sont plus que des zombies. »

Hedges ajouta : « Il y aura un vernis de légalité : un semblant de loi. Mais il sera traité comme toutes les personnes de partout dans le monde qui ont disparu dans ce système. »

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Des partisans d’Assange à l’extérieur de la prison de Belmarsh. (Youtube)

Micol Savia, représentant de l’Association internationale des juristes démocrates aux Nations Unies, s’est inspiré de l’expérience de Chelsea Manning en matière de torture en détention aux États-Unis lorsqu’il a fait part de sa crainte qu’Assange soit également victime d’abus, écrivant sur Twitter :

« L’extradition éventuelle de M. Assange vers les États-Unis l’exposerait à un risque important de violations des droits humains. Le traitement probable qu’il recevrait peut facilement être déduit du procès injuste et de la détention de [Chelsea Manning] @xychelsea, qui risquait la prison à vie et a été soumis à la torture. »

Elizabeth Vos

Elizabeth Vos est journaliste indépendante et collaboratrice régulière de Consortium News. Elle co-anime la vigile en ligne #Unity4J.

Traduction « et l’avenir de la presse indépendente aussi… » par VD pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles

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»» https://consortiumnews.com/2019/04/15/julian-assanges-nightmarish-future/
URL de cet article 34829
https://www.legrandsoir.info/l-avenir-cauchemardesque-de-julian-assange-consortium-news.html

 

 

3/ Un troisième cercle de l’enfer [terrestre]. « The Alcatraz of the Rockies »

 

sauf, peut-être, si tous les amis de la liberté s’unissent et si une clameur immense s’élève =

 

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sr