Au lendemain des élections israéliennes, peut-on conjecturer que le risque, cet été, d’une attaque massive de Tel Aviv contre le Hezbollah, voire d’Israël & des États-Unis contre l’Iran, soit élevé ? [avec un point de vue prêté à Sayyed Hassan Nasrallah, puis infirmé par lui, commenté par M. Elijah J. Magnier]

[voici quelques pages dont je pense qu’elles vous permettront de distinguer, au travers d’une controverse très récente, quelques-unes des questions qui préoccupent ces temps-ci les analystes de la grande, et multiséculairement rebondissante, selon le lexique européen de longue durée, Question d’Orient – question d’Occident, peut-être, d’un point de vue oriental… ; je serai, ensuite, silencieux jusqu’à la rentrée des vacances de Pâques ; puis, sauf difficulté improbable, je porterai à mesure, autour de la mi-mai, les développements et documents annoncés en cours en vue de la meilleure compréhension d’au moins une partie de celui-ci ; je ferai en sorte, aussi, pour vous faire gagner un peu de temps, de rédiger un billet « Quelques variétés » faisant suite à ceux du 9 mai 2017 et du 31 mai 2018]

 

I. –

Comme vous le savez, les élections israéliennes du 9 avril dernier ont mis en mesure M. Benjamin Netanyahou de former une nouvelle fois le gouvernement de son pays. Non parce que son parti, le Likoud, même s’il progresse, aurait remporté lui-même une nette victoire contre Bleu-Blanc – de toute façon interdite par le mode de scrutin [la proportionnelle intégrale] -, mais dans la mesure où M. Netanyahou peut compter, à la suite d’une campagne particulièrement agressive de ses partisans et de ses alliés [non seulement par son ton nettement hostile à une population arabe qui s’est d’ailleurs abstenue massivement, découragée en particulier par la loi fondamentale du 19 juillet 2018 – ci-dessous -, mais encore par l’annonce, à la veille du scrutin, complétant les perspectives ouvertes par la violation des statuts de Jérusalem et du Golan, d’une prochaine annexion pure et simple partielle de la Cisjordanie] sur un dispositif partisan lui donnant une claire majorité dans le cadre d’une amplification du mouvement de « droitisation » qui opère en Israël [notons bien que « droitisation » n’est pas un terme qui peut revêtir un sens universel – ici j’évoque simplement une évolution dont tous sont d’accord en Israël comme ailleurs], et aussi d’un recul important des forces de gauche, le Parti travailliste pour la gauche modérée, et Meretz pour une gauche plus affirmée.

Voici le tableau proposé par Wikipédia – qui me semble à jour des rectifications récentes de la Commission électorale centrale – =

 

élections israéliennes d'avril 2019.png

 

L’on peut considérer que le soutien des partis suivants ne devrait pas manquer à M. Nétanyahou =

Likoud [La Consolidation] = 35 sièges [parti du Premier ministre]

Shas [Sefaradim Shoméré Tora, Séfarades orthodoxes pour la Torah] = 8 sièges [parti religieux « orthodoxe »]

Yahadout HaTorah [Judaïsme unifié de la Torah] = 8 sièges [parti religieux « orthodoxe »]

Israël Beytenou [Israël notre maison] = 5 sièges [nationaliste – le parti de M. Avigdor Liberman]

Union des partis de droite = 5 sièges

Koulanou [Nous Tous] = 4 sièges [centre-droit]

 

C’est sans surprise donc, que l’on a vu le président Reuven Rivlin, le 17 avril dernier, charger M. Nétanyahou de former, pour la cinquième fois, le gouvernement ; et il est très improbable, sauf interférence très lourde avec les « affaires » qui poursuivent le Premier ministre, que cette formation n’intervienne pas dans le cadre du délai de vingt-huit jours prévu pour l’exercice [délai qui peut être prolongé de quatorze jours], même si les radicalités qu’il doit parvenir à fédérer pour obtenir le soutien d’une majorité stable d’au moins soixante-et-un députés, et de préférence un peu davantage, sont hétérogènes [ainsi entre partis juifs orthodoxes et Israël Beytenou, parti nationaliste séculariste dont le soutien paraît fortement conditionnel].

 

Ceux qui voudraient en savoir davantage pourraient toujours lire un article paru le 16 avril dans The Times of Israël =

https://fr.timesofisrael.com/netanyahu-sassure-la-majorite-grace-aux-recommandations-des-partis-de-droite/

 

Annexe =

Full text of Basic Law: Israel as the Nation State of the Jewish People

Publicized: July 19, 2018

The following is a full translation of the final version of Basic Law: Israel as the Nation State of the Jewish People, passed by the Knesset on July 19, 2018.

Basic Law: Israel as the Nation State of the Jewish People

1. Basic principles

A. The land of Israel is the historical homeland of the Jewish people, in which the State of Israel was established.

B. The State of Israel is the national home of the Jewish people, in which it fulfills its natural, cultural, religious and historical right to self-determination.

C. The right to exercise national self-determination in the State of Israel is unique to the Jewish people.

2 . The symbols of the state

A. The name of the state is “Israel.”

B. The state flag is white with two blue stripes near the edges and a blue Star of David in the center.

C. The state emblem is a seven-branched menorah with olive leaves on both sides and the word “Israel” beneath it.

D. The state anthem is “Hatikvah.”

E. Details regarding state symbols will be determined by the law.

3 . The capital of the state

Jerusalem, complete and united, is the capital of Israel.

4. Language

A. The state’s language is Hebrew.

B. The Arabic language has a special status in the state; Regulating the use of Arabic in state institutions or by them will be set in law.

C. This clause does not harm the status given to the Arabic language before this law came into effect.

5. Ingathering of the exiles

The state will be open for Jewish immigration and the ingathering of exiles

6 . Connection to the Jewish people

A. The state will strive to ensure the safety of the members of the Jewish people in trouble or in captivity due to the fact of their Jewishness or their citizenship.

B. The state shall act within the Diaspora to strengthen the affinity between the state and members of the Jewish people.

C. The state shall act to preserve the cultural, historical and religious heritage of the Jewish people among Jews in the Diaspora.

7. Jewish settlement

A. The state views the development of Jewish settlement as a national value and will act to encourage and promote its establishment and consolidation.

8. Official calendar

The Hebrew calendar is the official calendar of the state and alongside it the Gregorian calendar will be used as an official calendar. Use of the Hebrew calendar and the Gregorian calendar will be determined by law.

9. Independence Day and memorial days

A. Independence Day is the official national holiday of the state.

B. Memorial Day for the Fallen in Israel’s Wars and Holocaust and Heroism Remembrance Day are official memorial days of the State.

10 . Days of rest and Sabbath

The Sabbath and the festivals of Israel are the established days of rest in the state; Non-Jews have a right to maintain days of rest on their Sabbaths and festivals; Details of this issue will be determined by law.

11. Immutability

This Basic Law shall not be amended, unless by another Basic Law passed by a majority of Knesset members.

 

 

II. – 

Pourquoi M. Nétanyahou pourrait-il être tenté de frapper le Hezbollah, et donc le Liban, son voisin septentrional, en juillet ou en août ?

 

1/ À mon sens – en disant très simplement les choses -, l’on ne saurait douter, en premier lieu, de la sincérité des dirigeants israéliens lorsqu’ils évoquent l’inquiétude que leur inspire l’ « Axe de la Résistance » [dont il faut bien admettre que ceux qui se reconnaissent en lui sont volontiers portés à l’hyperbole, pour le moins]. Il faut considérer par ailleurs que ces mêmes dirigeants ont renoncé majoritairement à toute perspective de paix équilibrée avec les Palestiniens. Enfin, l’on a le sentiment que les sentiments de beaucoup inclinent en faveur d’un « Grand Israël », dont la capitale serait Jérusalem, qui exercerait définitivement sa souveraineté sur le Golan, et qui enfin, non seulement poursuivrait la colonisation de la Cisjordanie, mais annexerait – au moins – une partie de celle-ci.

La poursuite d’un tel but, toutefois, se heurte à de grandes difficultés. Une telle démarche est et serait violemment contraire à la légalité internationale ; elle rencontrerait de fortes résistances ; la plus redoutable – techniquement si l’on veut – serait celle du Hezbollah, appuyé par Téhéran, proche de Damas, et soutien des luttes du peuple palestinien, même si les sensibilités religieuses du Hamas, par exemple, et du Hezbollah, sont à peu près antagonistes.

 

2/ La situation présente pourrait, toutefois, apparaître très favorable aux gouvernants d’Israël. Si ceux-ci veulent poursuivre leur projet expansionniste, ils ne doivent en tout cas pas laisser se refermer la lunette temporelle de tir du mandat de M. Trump [et de l’évangélique M. Pence]. Les élections étatsuniennes auront lieu au début de novembre 2020 ; le processus formel de sélection des candidats commencera au début de février de cette année-là ; à partir de l’automne de 2019, la vie politique sera dominée par les perspectives électorales ; la façon dont évolueront les contradictions internes au Parti démocrate est imprévisible, à mon sens, à cette heure ; dès lors les orientations principales de la prochaine campagne ne sont pas encore déterminées ; et s’il est probable que M. Trump demeure le candidat républicain, sauf accident de santé [car il ne chutera pas par les voies constitutionnelles], sa réélection n’est nullement assurée.

 

MASYAF AU COEUR DU TRANGLE HAMA-TARTOUS-HMEIMIM.png

 

3/ Mais Israël jouit d’un autre atout majeur. Quelles que soient les probables tensions internes à Moscou, elles n’affectent pas encore M. Poutine ; la politique attentiste de ce dernier se poursuit, d’une façon qui devient préoccupante pour Damas [d’autant que les pertes humaines emportées par une infinité de micro-engagements, tout autour de la poche d’Idleb, ou ailleurs, ne sont nullement négligeables – ce sont en moyenne, à ma très grossière estimation, des centaines de soldats de l’Armée arabe syrienne, ou de partisans loyalistes, qui meurent chaque mois – ce qui est beaucoup dès lors que l’effet de telles pertes n’est pas de modifier significativement le rapport de forces], laquelle ne saurait se résigner, ni à voir camper l’Ottoman au nord-ouest, ni à voir prospérer plus encore l’affolante tumeur jihadiste d’Idleb, nettement takfiriste d’orientation générale [même si le plus souvent sont évitées les mises en scènes macabres nourrissant la communication paradoxale de Daech] ; pas davantage à laisser Israël frapper son sol [en général, redoublant ainsi l’illégalité de ses démarches, depuis l’espace aérien libanais] quand bon lui semble [encore le 13 avril, assez lourdement, à Masyaf, à mi-chemin, de façon particulièrement provocatrice, de Tartous et de Hama – j’y reviendrai brièvement plus loin] ; mais, quels que soient les sentiments de nos néo-omeyyades face à tant d’adversaires néo-abbassides, leur latitude d’action est relativement limitée si l’assistance russe se dérobe temporairement, ou du moins ruse dans son appui.

Or, en cette fin d’avril, il devient difficile de parler, comme je le faisais en septembre, de simple temporisation de la Russie, et même de procrastination – de remise à plus tard, mais sans y renoncer, de ce qui semble difficile. Puisque je risquai il y a un instant le verbe, j’ose poser, avec prudence, le nom, et évoquer une dérobade calculée de Moscou, dont les conséquences se dessinent peu à peu sur le terrain. Certes, il y a des frappes russes sur Idleb et ses alentours, parfois, significatives encore au cours des derniers jours d’avril ; mais ces frappes sont pour l’essentiel des frappes, non de projection, mais de représailles, après des tentatives, par exemple, pour atteindre directement les effectifs ou les matériels russes.

a/ Calculée, cette dérobade, parce que Moscou peut, froidement, considérer que, après un peu plus de trois années et demie d’intervention [depuis septembre 2015], elle a atteint ses « buts de guerre », selon la pénible expression d’antan = ne pas laisser disparaître un allié de déjà longue durée ; mettre une borne à l’expression de l’hubris étatsunienne et ainsi réaffirmer fortement, après l’effondrement de l’âge eltsinien et la reculade yougoslave, la place de la grande Russie des siècles dans le – discordant – concert des puissances ; réaffirmer la vocation que la Sainte Russie a depuis longtemps disputé à la France, désormais totalement disqualifiée sur ce chapitre – comme État, pas comme pays en lequel beaucoup expriment leur compassion et sont prêts à porter assistance -, à la protection des chrétiens d’Orient, si éprouvés pour leur foi bimillénaire, et toujours moins nombreux ; préserver ses intérêts régionaux et même en renforcer la garantie [le port de Tartous, facilité bien modeste naguère, peu à peu élargie depuis un an et demi, va se trouver, on vient de l’apprendre, remarquablement étendu, avec, si je ne me trompe, cinq cent millions de dollars d’investissement, ce qui fait vraiment beaucoup, et sa jouissance vient d’être à nouveau consentie à la Russie, en cette même fin d’avril, pour quarante-neuf ans, avec une vocation non seulement militaire mais commerciale ; le maintien de la base aérienne de Hmeimim, acquise à la faveur de l’intervention de la fin de 2015, est acquis ; ce n’est pas rien à l’heure où Washington enjoint de façon toujours plus pressante à ses alliés d’interdire leurs cieux aux avions militaires russes] ; contrôler à suffisance, entre mers Méditerranée et Noire à l’ouest et, à l’est, massifs de l’Hindou Kouch et de l’Altaï, des flux jihadistes particulièrement redoutables pour les régions russes ou anciennement soviétiques du Caucase ou d’Asie centrale, etc.

[[ soit noté en passant, l’ambitieuse affaire de Tartous semble s’articuler autour d’une concession à la société Stroïtransgaz, dont quatre-vingt pour cent des actions seraient détenues par un oligarque ami de M. Poutine ; n’évoquons pas même la corruption, sous divers aspects, qui [si le « droit » doit y être l’expression, non de la volonté générale, mais des intérêts de la classe dominante] se trouve inévitablement placée au cœur de l’articulation de la politique et de l’économie dans tous les régimes capitalistes, de la liste, sans cesse allongée desquels, bien évidemment, la Russie – laquelle serait considérée fort à tort comme l’expression d’un modèle alternatif au néolibéralisme autoritaire d’Occident – serait retranchée de façon erronée ; considérons simplement, à propos d’une étrange affaire, très récente, propre à nourrir la méditation, la logique du « système » = la première entreprise russe de fabrication de verres, Kamvinsteklo, vient de renoncer à toute livraison de bouteilles vers la Crimée afin de… respecter les sanctions étatsuniennes ; le concurrent – Rusjam – semblerait hors d’état de faire face à une telle demande dans un délai inférieur à plusieurs mois ; les conséquences paraissent devoir être redoutables pour les participants à la chaîne de la production du vin, nombreux, de la presqu’île ; il se trouve que le nouveau président de Kamvinsteklo, M. Alexander Pavlov, est letton — la Lettonie, moins de deux millions d’habitants, certes, dont cinq cent mille russes, mais l’un des trois pays baltes [six millions d’habitants en tout, dont un bon million de Russes, déclin démographique parmi les plus rapides du monde, forte tendance des jeunes talents, pleins d’illusions, à partir vers l’ « Ouest », ce qui nous vaut du moins la grande chance d’accueillir dans nos Universités des étudiants pleins de qualités et souvent cultivés et originaux], ces pays qui, quadrillés désormais par les forces atlantiques, ne comprennent pas bien pourquoi nous ne sommes pas très pressés par ici – en dehors, en paroles, d’une partie des « élites » – de nous jeter dans des frictions encore accrues avec Moscou ; la question n’est pas de savoir si le point de vue si répandu dans les pays baltes est intelligible ; il l’est, comme tout point de vue, rapporté à des circonstances historiques complexes et souvent douloureuses ; mais quel motif sérieux un Français qui y songe un peu, et n’est pas tout à fait oublieux de sa propre histoire depuis la fin du XIXe siècle [au moins], pourrait-il bien avoir d’entrer dans de telles perspectives, hautement belligènes ? – je n’ai pas dit = un néoconservateur étatsunien, un Allemand épris d’une nouvelle plus grande Allemagne, changeante et la même, un Anglais ayant un compte de plus de deux siècles avec Moscou à apurer pour se montrer digne – dans un pays d’immense mémoire planétaire – de la mémoire du Grand Jeu.

M. Pavlov, donc, précédemment « country manager » de Danone Russie, dont le siège se trouve à Minsk, en Biélorussie, est un Russia-hater répertorié, parvenu à la tête d’une notable entreprise russe, par la volonté, semble-t-il, d’un Fonds étatsunien et d’une banque d’investissement française, lesquels contrôleraient l’entreprise ; bien entendu, il n’a pu accéder à ses fonctions que du fait des garanties politiques qu’il présentait, et il enclenche certainement la politique à laquelle, moins par idéologie peut-être que dans le cadre d’une considération globale de leurs intérêts, ses commettants souscrivent.

Comment douter un instant, ainsi, 1/ que la Russie appartient elle aussi, avec quelques freins de diverses natures, au territoire sans frontières du capitalisme globalisé ; 2/ que la contradiction est aiguë entre les probablement sincères aspirations de M. Poutine à l’indépendance de son pays et les logiques profondes du système économique dont il est un partisan résolu – et selon les plus mauvaises langues = pas entièrement désintéressé – ; 3/ que, de façon générale, la souveraineté politique est impossible sans une souveraineté économique très poussée, et probablement ce que l’on peut appeler, non seulement dirigisme, mais socialisme [ce qui ne veut pas dire sans « libertés économiques » – il m’arrive, par manière de plaisanterie, de suggérer que Fidel Castro a eu la main un peu lourde en nationalisant l’artisanat cubain en 1968 — la main, ni absente ou presque, ni exagérément lourde = le maniement du curseur est délicat à n’en pas douter] ? Faut-il ajouter que, si pour les bouteilles l’ennui est lourd, le détournement ultérieur d’une entreprise en charge du développement de Tartous revêtirait purement et simplement – mais l’on supposera que des procédures sont prévues pour l’éviter – la signification d’un échec stratégique majeur et d’une catastrophe nationale ? ]]

b/ Une dérobade, quoi qu’il en soit, dont l’aveu, assez frappant, est tombé = l’intention de Moscou n’est, expressément, plus d’attaquer le dangereux complexe jihadiste d’Idleb dans un avenir prévisible. 

Je dois dire que je suis tombé [à peu près] à la renverse en prenant connaissance, le 24 avril, des propos du chef d’état-major général des armées de la Fédération de Russie, le général Valery Gerasimov – peut-être moins, d’ailleurs, du fait de la décision exprimée que des arguments étranges proposés pour la justifier.

M. Gerasimov, en effet, ne s’est pas contenté de se louer du grand succès des armes russes. Il a proféré une contre-vérité et il en a tiré une conséquence lourde de portée.

Contre-vérité complète [je ne contredis pas mes propos habituels = il est très difficile, voire impossible, de prétendre ciseler une « vérité » en ce qui concerne les situations complexes ; par contre, il n’est pas impossible de désigner des propos comme lourdement inadaptés]. Lorsque M. Gerasimov assène [je m’appuie sur la version anglaise] que l’essentiel du territoire de la Syrie est repassé sous le contrôle de Damas, il profère un propos peu soutenable ; en posant = à peine plus de cinquante pour cent, l’on serait plus persuasif ; en effet, en dehors des trente pour cent en gros de la zone transeuphratique, sous contrôle des États-Unis et de leurs alliés à dominante, militaire du moins, kurde, il saute aux yeux que plusieurs régions, dont la somme finit par représenter inévitablement entre quinze et, plutôt, près de vingt pour cent de la superficie du pays, persistent à échapper complètement à Damas = celles d’At Tanf [États-Unis], d’Afrine et autres au nord [Turquie], de Manbij, toujours au nord [États-Unis], d’Idleb [forces jihadistes], plus des poches et cellules d’importance inégale, des effectifs nullement négligeables, et toujours venimeux, de Daech demeurant en particulier dans certaines zones désertiques sur l’axe Homs-Palmyre-Deir ez-Zor ; bien entendu, le rayonnement dangereux de ces régions toujours plongées dans la sédition, ou contrôlées par d’autres puissances étatiques, étend encore – notablement autour d’Idleb on le sait – la vaste zone d’absence ou d’inconfort des forces damascènes.

c/ Quant à la conséquence première d’une telle analyse, elle pouvait sembler dès lors aller de soi = la phase militaire devrait être considérée comme terminée ; il ne saurait plus y avoir de place que pour un règlement politique et un processus de réconciliation.

Évoquer un processus de réconciliation avec des jihadistes d’une particulière radicalité, tels que la plupart de ceux qui opèrent dans la région d’Idleb, ne saurait bien sûr revêtir aucune signification sérieuse. Ceux qui regarderont plus loin une brève intervention de M. Pompéo se diront que les hommes politiques et militaires étatsuniens n’ont certainement pas le monopole du mensonge [mais seulement celui de son triomphant et provocateur aveu] ; et ils auront raison ; le général Gerasimov pourrait fort bien farder les intentions russes pour quelque motif, et notamment ménager quelque prochain effet de surprise.

En même temps, la démarche ne peut que surprendre = il est assez imprudent, en de tels jeux, d’annoncer que l’on renonce plus ou moins ; cela ne peut qu’encourager l’adversaire à se lancer dans des démarches plus agressives encore.

C’est certainement dans la conscience d’un tel danger que M. Poutine, en déplacement à Pékin, a rectifié – le 27 avril – le propos du général Gerassimov — voici comment ses termes ont été rapportés =

«En ce qui concerne la zone d’Idlib, je l’ai répété à plusieurs reprises et je souhaite le répéter encore une fois. Nous devons continuer à combattre les terroristes qui se sont installés dans cette zone d’Idlib. S’ils effectuent des incursions à partir de là, ce qui arrive de temps en temps, ils subiront une riposte de notre côté», a souligné M. Poutine lors d’une conférence de presse donnée à Pékin.

«À mon avis, ils ont déjà pu en expérimenter quelques-unes», a-t-il ajouté.

En outre, il n’a pas exclu qu’une opération militaire de grande envergure puisse se dérouler à Idlib compte tenu des intérêts de la population civile locale et bien que celle-ci ne soit pas opportune pour le moment.

«Je ne l’exclus pas, mais pour le moment nos amis syriens et nous, nous croyons que cela serait inopportun. J’ai en vue le facteur humain», a indiqué le Président.

Ce dernier a en outre noté que la population civile de la zone d’Idlib souffrait sous le joug des terroristes:

«Ainsi, nous avons à comparer les dommages déjà constatés dans cette zone sous le joug terroriste aux éventuels dommages qui pourraient être causés par des opérations militaires dans la région».

Il a ajouté qu’avant de mener une opération militaire, il était nécessaire de la coordonner avec le Président syrien Bachar el-Assad. «Ce n’est pas nous qui menons une telle opération, c’est lui-même qui la mène avec notre soutien, principalement depuis l’air», selon Poutine.

Ainsi Hayat Tahrir al-Cham et les autres radicaux ne doivent pas s’attendre à pouvoir poursuivre impunément des opérations dont les conséquences sont parfois lourdes pour les forces syriennes stationnées tout autour de la région d’Idleb, ou pour les populations civiles, ou pour les effectifs ou installations russes ; d’ailleurs, ces derniers jours, frappes syriennes et russes n’ont pas manqué – ces dernières, assez massives, et répétitives, après plusieurs entreprises jihadistes visant la base de Hmeimim ; mais l’on peut comprendre que, sauf évolution de quelque importance, toute action d’envergure contre l’ « émirat » islamiste se trouve désormais repoussée, au plus tôt, à l’automne.

Bien entendu, pendant ce temps, le travail diplomatique s’est poursuivi, avec – réunissant bien sûr la Russie, la Turquie et l’Iran – la douzième session du « processus » d’Astana en particulier, les 25 et 26 avril. D’une façon qui serait comique si elle n’était pas si pénible, l’on s’y est réjoui de la bonne mise en œuvre de l’accord du 17 septembre dernier sur Idleb, alors que chacun sait que ni les délais, beaucoup trop brefs certes, ni le propos même que l’on se fixait n’ont été, les premiers tenus, et le second simplement effleuré. M. Erdogan donne le sentiment de s’être joué de ses petits camarades russes et iraniens, lesquels, d’une façon dont je répète qu’elle ferait rire en des circonstances plus légères, ont fait et font – parce qu’ils jugent que tel est le moindre inconvénient pour eux, comme s’ils n’entendaient rien à la supercherie et tiennent même à se déclarer contents.

Paradoxalement, c’est le maintien, malgré ses annonces de retrait, de Washington dans la région – lourd de dangereux embarras sous d’autres aspects – qui bloque seul depuis des mois l’expansionnisme turc, dont je n’ai cessé de répéter que, au prétexte [lui aussi] de lutte contre un « terrorisme » invoqué [mais pas takfiriste et assuré = kurde ici, et, en cette région, séculariste, beaucoup moins régulier au demeurant dans ses manifestations, même s’il y a eu, dans la durée, des actions de violence de masse et des attentats plus limités attribués à des groupes kurdes par Ankara], il constituait l’une des plus grandes menaces en nos affaires. En ne plaisantant qu’à moitié, l’on pourrait être parfois au bord de penser que, si on laissait opérer pleinement les plus préoccupants des responsables turcs et israéliens, les uns et les autres se retrouveraient quelque jour sur la frontière de l’Euphrate, et il faudrait finir par se mettre en quête de quelque lieu point trop peuplé et à peu près vivable pour créer une sorte de foyer national arabe… [ceux qui voudraient voir une carte, tout en la prenant, quant à sa signification, avec les réserves que j’ai émises en la produisant, peuvent utiliser la fonction recherche avec le mot Yinon – dans le billet du 15 août 2018, « La Syrie dans la question d’Orient […] »]

De façon plus positive, au regard du caractère régional des questions, il a aussi été décidé lors de la douzième session du provessus d’Astana que, lors de la treizième, en juillet, seraient invités comme observateurs l’Irak et le Liban.

 Il y a enfin fort à parier que, au fil de ses contradictions, usuelles mais préoccupantes, et contribuant fort à l’incertitude accrue du moment, l’Administration de M. Trump maintiendra des troupes en Syrie et œuvrera, à la manière habituelle de la stratégie du chaos de Washington, en vue de pourrir au maximum la situation, en particulier en introduisant des forces extérieures diverses – de nombreux pays, membres en principe de la « Coalition », ont été sollicités ces derniers mois, sans un succès très marquant d’ailleurs, semble-t-il – dans une Syrie dont la souveraineté fait l’objet d’une négation obstinée.

Il n’est pas impossible que les États-Unis ne lâchent enfin, après dix-huit années, l’Afghanistan [dans la sinistre langue de bois de ces choses, a été annoncé le 25 avril « an orderly and responsible withdrawal of foreign troops from Afghanistan as part of the overall peace process »…] Mais la Syrie, jetée délibérément dans le plus extrême malheur depuis huit années « seulement », devra patienter encore quelque temps, deux ou trois ans sans doute, dans la souffrance et parmi les plus grandes privations.

L’on peut s’interroger par ailleurs sur les considérations qui ont présidé à l’envoi, sans équivalent depuis trois ans, de très puissantes forces aéronavales en Méditerranée, dans laquelle les porte-avions USS Abraham Lincoln et USS John C. Stennis, accompagnés des navires de leurs groupes, ont commencé d’importants exercices le 23 avril, l’un mouillant paraît-il à Marseille ces derniers jours. L’importance de cette flotille ne doit pas être sous-estimée = deux carriers donc, une dizaine d’autres navires, cent trente avions, neuf mille hommes dit-on, mais certainement davantage. Nous verrons si le propos est simplement de « rouler des mécaniques », tout en proférant des propos martiaux et menaçants, comme toujours les responsables étatsuniens en de telles circonstances — ici l’ambassadeur en Russie, M. Jon M. Huntsman, ancien missionnaire mormon, s’est surpassé lors d’un déplacement à la grande base étatsunienne de Naples [ci-dessous] —, ou s’il y a quelque intention plus précise.

[ambassadeur Huntsman] = « Each of the carriers operating in the Mediterranean at this time represent 100,000 tons of international diplomacy,” Huntsman said. “Diplomatic communication and dialogue coupled with the strong defense these ships provide demonstrate to Russia that if it truly seeks better relations with the United States, it must cease its destabilizing activities around the world. »

 

4/ Concernant le jeu d’Israël ces temps-ci, l’état d’esprit du Kremlin à son endroit, tel que je crois pouvoir le caractériser, doit a fortiori être pris en considération. Certes, Moscou, posant volontiers au défenseur de la légalité internationale, ne manquerait pas de protester contre de trop lourds abus comportementaux de Tel Aviv ; mais l’on doutera que M. Poutine et ses ministres poussent le jeu au-delà d’un certain point. Je n’insiste pas sur une question que j’ai déjà significativement évoquée. Je le répète toutefois = l’un des grands embarras de la politique régionale tient à ce que deux acteurs régionaux, et un acteur global – cela fait beaucoup – se consentent une latitude d’action peu limitée = Ankara et Tel Aviv d’un côté, Washington de l’autre ; d’être calée entre l’un et l’autre, et sous la pression constante du troisième, ne fait guère les affaires de la Syrie, mais peut rendre aussi, bien sûr, d’autres acteurs vulnérables, le Liban justement, ou l’autre prochain invité d’Astana, l’Irak [dont une majorité de responsables se demande désormais comment on peut bien se débarrasser des États-Unis…]

Je ne saurais terminer toutefois les propos qui précèdent sans ajouter que les responsables du redoutable « émirat » dominé par Hayat Tahrir al-Cham semblent à cette heure, d’après certaines informations persuasives, redouter une prochaine offensive massive – les préparatifs seraient multipliés, des plans de coordination des forces seraient échafaudés [ci-dessous une réunion en laquelle on reconnaîtra, invisible depuis deux ou trois mois, abou Mohammed al-Joulani – avec un anorak matelassé, une parka grise si vous préférez], des bruits de False Flag gazeux, devenus ordinaires en de telles circonstances, circulent à nouveau parmi les responsables russes après quelques mois d’apaisement relatif.

Mais d’autres informations – démenties certes – font état d’une certaine exacerbation sur le terrain des relations entre Russes et Iraniens.

Mon sentiment, tout bien pesé, est que les escarmouches vont se poursuivre mais que – dans les semaines qui viennent du moins, et peut-être même les mois – la grande offensive demeurera probablement suspendue, sauf, bien entendu, « fait » nouveau d’importance.

 

Une réunion des chefs jihadistes des divers groupes d'Idleb autour d'Abou Mohammed al-Joulani, émir de Hayat Tahrir al Cham.png

 

5/ L’on ne saurait enfin ne pas considérer une évolution venue d’assez loin, mais désormais presque entièrement consommée = les monarchies patrimoniales du Golfe – singulièrement l’Arabie séoudite et les Émirats – n’ont plus guère la préoccupation du destin palestinien ; davantage = l’invocation partagée d’une menace iranienne, leur haine propre du panarabisme séculariste et de toute pensée qui ne soit pas outrancièrement réactionnaire, les inclinent, au moins négativement, à une alliance de fait avec Israël.

Je lisais il y a dix jours que des effectifs des forces aériennes émiraties avaient participé au cours de la deuxième semaine de ce mois d’avril à des exercices militaires conjoints en Grèce aux côtés des forces de Tel Aviv ; les relations entre les pilotes eussent été presque chaleureuses a-t-on dit ; il est vrai que beaucoup ont considéré, de façon plutôt persuasive, que des pilotes israéliens, techniquement supérieurs pour beaucoup, suppose-t-on, à leurs homologues séoudiens, eussent participé, ces dernières années à des frappes sur le Yémen, aux commandes semble-t-il d’avions de la Royal Saudi Air Force — « Grande honte ! » a jugé, à propos des exercices grecs, un porte-parole d’un Hamas, tout à fait impuissant à conjurer la montée, sinon toujours de l’hostilité, du moins de l’indifférence d’une partie du monde arabe à son encontre.

 

6/ Le ressort, certes, de la révolte palestinienne n’est pas détendu ; mais cet abandon accablant infléchit bien entendu, compréhensiblement, la résistance de certains [pas de tous, loin s’en faut]. Que faire dans le grand camp de Gaza, et même dans la Cisjordanie occupée ? Comment des jeunes gens talentueux – ils sont très nombreux en Orient, tant musulmans que chrétiens – ne seraient-ils pas tentés de grossir toujours davantage les effectifs, déjà considérables, de la diaspora palestinienne ?

Je viens de lire, justement, le petit texte d’une jeune femme, Mlle Ayah Abushammalah, texte très simple, intitulé sobrement « L’absence » ; ses frères ont dû quitter Gaza, et elle est esseulée, triste. Peut-être cette lecture – publiée d’ailleurs sur plusieurs sites des jours derniers – intéressera-t-elle quelques-uns =

https://reseauinternational.net/labsence/

 

Un instant de gaité et d’espoir, pourtant, à Beit Hanina, immédiatement à l’est de Jérusalem, sur la route de Ramallah, chez les Sœurs enseignantes du Rosaire = de très jeunes filles, palestiniennes et chrétiennes, dansent sur l’air de la chanson « Mon sang est palestinien » ; le traditionnel keffieh palestinien rehausse leur sage uniforme d’écolières = 

 

Autre moment de gaité, nullement factice, dans l’Orient si plein de souffrances dépassant la mesure ordinaire des souffrances humaines – l’émission panarabe « Arab Idol », concours annuel organisé depuis le Liban au travers du monde arabe, et assez régulièrement remporté par des chanteurs palestiniens. Ceux qui aiment les variétés orientales, souvent attachantes – par l’heureuse conciliation qu’elles réalisent souvent entre traditions musicales spécifiques et goût contemporain – et qui soulèvent beaucoup d’enthousiasme, trouveront sans peine en ligne de quoi étancher leur curiosité. [Les curieux moins portés à la recherche pourront se reporter à mon billet du 20 avril 2017, et écouter Mohammed Assaf, Gazaoui musulman qui a remporté il y a quelques années « Arab Idol », avec sa belle chanson « Remonte ton keffieh », que l’on peut interpréter comme invitant ses compatriotes à ne pas baisser la tête – son rayonnement est important, parmi les Palestiniens du monde entier et dans tout l’Orient arabe].

[30-IV] Finalement, je porte à nouveau le lien = quel moment ! quelle joie collective ! quelle émotion !

 

La chanson est un art très particulièrement important de notre temps – elle dit et fait éprouver beaucoup en très peu de temps -, et son rôle social et politique ne doit surtout pas être négligé — au fond, que suggérait d’autre, sous condition d’entendre la chose avec profondeur, comme touchant à l’institution mythique de l’identité, l’immense poète Stefan George, dans des mots que je cite assez souvent – mais pas encore cette année avec vous – = « Wo ist dein dichter – arm und prahlend volk ? // Nicht einer ist hier […]. » ? [Stefan George, « Franken », Der Siebente Ring [1907], in Poésies complètes, éd. Ludwig Lehnen — Où est ton poète – pauvre peuple, et fanfaron ? / Il n’en est pas un seul] [je n’évoquerai pas ici ce chanteur de fondation qu’est le Grand « Législateur » rousseauiste, se produisant avant toute loi, et en faisant advenir la possibilité].

Importantes, donc, politiquement, les chansons, qu’il s’agisse de « variétés » ou, bien sûr, a fortiori – genre très présent et notablement enrichi ces dernières années [jusqu’au sein de Daech] -, de [a]nachid, de chants religieux et particulièrement de chants de jihad [comme il y eut des chants de croisade – le chant semble aider à exposer sa vie en groupe], dont beaucoup sont très beaux [je songe à l’un des plus fameux parmi les nombreux chants de l’État islamique, très productif naguère en ce domaine, celui – lien ci-dessous grâce à l’exceptionnel site d’Aaron Zelin – que fit mondialement connaître au début de 2014 le film effrayant « The Clanging of the Swords », lequel permit à beaucoup de découvrir la radicalité takfiriste en action — je n’avais, je dois le dire, jamais vu quoi que ce soit de tel – j’ai pensé immédiatement qu’il y avait, comme l’on dit, un problème – et il y avait, de fait, on le comprit bientôt, un très gros problème, en particulier, je ne saurais assez le répéter, pour nos frères orientaux, chrétiens, chiites, sunnites non takfiristes, c’est-à-dire la plupart, yézidis, etc., victimes tout bien pesé des effets des jeux, divers et complexes, des occidentaux et de certaines puissances d’Orient], et dont certains – chants religieux quant à leur contenu, mais nullement liés à la guerre sainte – sont très/trop accommodés au goût contemporain – que l’on songe à Sami Yousouf et en particulier à son album très célèbre al-Muallim].

Ajnād Foundation For Media Production presents a new Nashīd from the Islamic State of Iraq and al-Shām: "Clanging of the Swords, Nashīd Of The Defiant"

Je mets fin à ma digression [en vous suggérant de ne pas rouler fenêtres baissés en écoutant des anachid – vous risqueriez, notamment, dans l’actuel climat, de peiner à vous justifier de goûts « World Music » trop éclectiques et, dans le meilleur des cas, d’attraper froid… en garde à vue].

 

7/ Bref, même s’il faut bien considérer qu’entre l’inventaire intellectuel des possibles et la décision d’agir le pas est considérable, je ne doute pas que, pour certains stratèges Israéliens, le temps puisse sembler venu, à la faveur de circonstances qu’ils réputeraient avec quelque motif favorables, de hâter l’histoire en accroissant la compression des populations palestiniennes, et en frappant sévèrement leurs principaux – rares au fond – soutiens régionaux, sur fond d’indifférence de la plupart, et en particulier de la plupart d’entre nous.

 

baril de brent d'avril 2018 à avril 2019.png

 

Dans « l’idéal », bien sûr, la participation étatsunienne serait obtenue à la « faveur » d’un dérapage iranien, fût-il limité, finement encouragé peut-être par une habile provocation, israélienne ou étatsunienne.

8/ Le climat qui règne à Téhéran ces temps-ci – autant qu’on en puisse juger – ne laisse guère de doutes sur la conscience qui est celle des dirigeants de la République islamique de l’extrême danger de l’heure [et je reviendrai sur cet aspect par la suite] ; certains évoqueraient même la possibilité d’un False Flag dans le détroit d’Ormuz, propre à dresser tous les assoiffés [inévitables] de pétrole de la planète contre Téhéran, du fait de la pénurie et de l’envol incontrôlable des cours qu’un tel événement emporterait.

Comme vous l’avez certainement entendu, l’Administration étatsunienne vient, le 22 avril, de renforcer cruellement l’effet des sanctions contre Téhéran en abolissant, avec effet au deux mai prochain, les exemptions au régime desdites sanctions consenties jusqu’ici au bénéfice de huit pays « autorisés » [!] à poursuivre leurs achats de pétrole auprès de l’Iran [Chine, Inde, Japon, Corée du Sud, Taïwan, Turquie, Italie, Grèce — en gros quarante-cinq pour cent de la population mondiale… – on croit rêver -, ainsi interdits de diversifier leurs sources d’approvisionnement et de veiller à leur meilleure sécurité énergétique, sur fond inévitable de tensions haussières sur le prix du baril…] = avec un insupportable cynisme, M. Pompeo [lien ci-dessous], Secrétaire d’État, a assuré que le propos de Washington était de permettre « a better life » au peuple iranien — ces gens passent leur temps à asphyxier les peuples par leurs sanctions, à menacer de sanctions les pays tiers qui ne considèrent pas volontiers que les sanctions étatsuniennes doivent être considérées comme leur étant opposables, ou à pilonner d’autres peuples sous les bombes, le tout en se revendiquant de la « démocratie », des « droits de l’homme », des urgences de la « sécurité » internationale… Épouvante sans fin, semble-t-il à cette heure, fermement appuyée en France – par-delà les vagues et peu crédibles protestations des « Young Leaders of the French American Foundation » qui se succèdent aux manettes – par tous ceux qui veulent « réussir » et savent que cela passe par un « néoconservatisme » de fer.

Petits jeux cruels, bien entendu, qui, en dehors même de l’extrême violence exportée ou encouragée par l’Occident, emportent des « retombées », des « dommages collatéraux » sur tous les pauvres gens d’ici qui ont besoin de leur voiture pour travailler [lorsqu’ils conservent u travail régulier], et qui vont se heurter – se heurtent déjà – à une hausse, littéralement insupportable pour beaucoup on le sait, du prix du carburant [voyez l’évolution des cours du baril de Brent en un an = comment nos compatriotes qui n’y arrivaient pas en décembre pourraient-ils être rassurés par l’évolution actuelle des « prix à la pompe » ? — et que l’on n’objecte pas l’écologie avec des airs gourmés et moralisateurs – le commerce maritime non indispensable, et préjudiciable à l’emploi, et les transports aériens inutiles polluent beaucoup plus que les voitures pas à la dernière mode ou aux dernières normes de nos concitoyens ; et de toute façon, on ne peut pas demander à des gens – question de simple priorité ontologique – de mourir de faim, ou parce qu’ils se nourrissent mal, pour sauver une planète dont on prétend au fond effacer « ceux qui ne sont rien »]

 

U.S. will end exemptions to sanctions on Iranian oil importers

 

En Iran, quoi qu’il en soit, je ne suis pas en mesure de suggérer une interprétation du remplacement par le Guide de la Révolution, Sayyed Ali Khamenei, il y a une quinzaine de jours, du commandant suprême du Corps des Gardiens de la Révolution Islamique [sceau du corps des pasdaran ci-dessous – très caractéristique de la symbolique guerrière chiite contemporaine], le général Mohammed Ali Jafari, par le général Hussein Salami. L’on pourrait certes suggérer que douze années faisaient un long mandat, mais objecter alors qu’une telle durée n’était pas pour surprendre dans un régime qui n’est pas très porté à organiser la rotation rapide des responsabilités [le général Mohsen Rezaï, le premier commandant, actuellement secrétaire du Conseil de discernement de l’intérêt supérieur du régime – l’un des rouages des si complexes institutions iraniennes -, s’était maintenu seize années, son successeur, le général Yahia Rahim Safavi, dix – encore que les valeurs présentées varient un peu] ; l’on pourrait encore observer que l’âge de M. Jafari pouvait conduire à le remplacer mais celui-ci n’était pas tel – soixante-et-un ans – qu’il y eût eu urgence au regard des pratiques iraniennes ; et son successeur est à peine plus jeune ; l’on pourrait être tenté de voir là la manifestation d’un bouleversement, mais c’est, à cette heure, improbable, puisque M. Salami a été l’adjoint de M. Jafari depuis dix ans.

Sans doute faut-il voir quelque lien entre cette décision du Guide et celle de Washington, le 8 avril dernier, de considérer le Corps des Gardiens comme une organisation terroriste, lourde aggravation du choix, dès 1984, de placer l’Iran sur la liste des États soutenant le terrorisme. L’Iran a riposté à cette décision imprudente en réputant effectifs terroristes toutes les troupes étatsuniennes œuvrant en Orient. La question n’est pas ici de savoir si Washington manipule ce qu’elle désigne par ailleurs comme « terrorisme » – la réponse est très évidemment positive -, ou si par le passé Téhéran n’a pas entrepris des opérations qu’il est possible de considérer comme « terroristes » – là encore, il faut en convenir – = elle est proprement politique, et il suffit de réfléchir une minute pour comprendre que de telles caractérisations de l’adversaire comportent une intrinsèque dynamique belligène et contribuent à inscrire, de part et d’autre, les actions à venir hors de tout cadre légal imaginable [mais tel est peut-être le propos de l’illégalisme, depuis longtemps de système, des forces impérialistes étatsuniennes, désireuses peut-être aussi de tendre un piège à la République islamique, à laquelle l’on est tenté de donner le conseil de ne pas traiter une poignée de yankees trop – et mal – nourris, aventurés en quelque lieu du Golfe persique, comme des jihadistes du « Califat », sauf à accroître sans mesure la tension sur fond de pénibles piaillements du camp atlantique] 

Pour revenir un instant sur l’ascension de M. Salami, il est possible [sauf s’il apparaît que son prédécesseur souffre d’une difficulté de santé, ou bien a été jugé plus utile en d’autres fonctions auxquelles il serait prochainement appelé] qu’elle soit due, moins à quelque question politique [indiscernable pour le moment] qu’à des aspects [peut-être] techniques ; par son expérience, le nouveau commandant semble particulièrement adapté à la guerre aérospatiale – pour dire la chose synthétiquement -, il connaît bien l’aviation et les missiles. Or, tout déclenchement d’un conflit de haute intensité entre l’entente étatsuno-israélienne, élargie peut-être à l’Arabie séoudite et aux Émirats [pas au Qatar, très proche de la Turquie, dans une sensibilité commune proche de la confrérie des Frères musulmans, mais aussi partisan désormais d’une politique plutôt conciliante – en particulier pour cause d’intérêts communs – avec l’Iran], et l’Axe de la Résistance se traduirait par un recours probablement sans précédent – avec intention bien entendu d’obtenir la saturation des systèmes antimissiles – aux missiles, certainement dès les premières heures des combats, avec le double effet d’entraîner 1/ des destructions et des pertes humaines importantes, en Iran, en Israël, dans certaines régions probablement du Liban et de la Syrie ; 2/ probablement la plus grande crise pétrolière jamais vue – car même si Riyad évitait les folies, il serait à peu près hors de doute que le détroit d’Ormuz serait entièrement miné, et qu’une partie des gisements – au moins orientaux – de l’Arabie séoudite, dans une région chiite d’ailleurs, seraient sabotés ou frappés.

 

Sceau du CGRI.png

 

9/ Un dernier point ne saurait ne pas, ces temps-ci, retenir l’attention. Non seulement Israël demeure sans doute un pays militairement très efficace [en dépit des limites manifestées en 2006, et des inquiétudes exprimées, de temps à autre, par certains hauts responsables militaires] non seulement il dispose [la France, il y a bien longtemps, n’y a pas été pour rien] de l’arme nucléaire [d’utilisation certes très délicate, et au fond improbable] et peut compter sur l’assistance technique illimitée et des livraisons d’armes sans mesure de la part de Washington, mais encore il semble avoir accédé récemment à une arme très particulièrement redoutable = le missile Rampage.

En dehors de la qualité admise de ses « services », il ne faut pourtant sans doute pas s’exagérer les capacités d’Israël [le dôme de fer – Iron Dome – serait ainsi, sinon une passoire, du moins lourdement insuffisant en cas de frappes de riposte très massives – de saturation si l’on veut – de l’Axe de la Résistance, en particulier d’ailleurs parce que ce système est inhabile à intercepter les missiles de courte portée, ceux ainsi auxquels auraient principalement recours le Hamas et le Hezbollah – les États-Unis viennent toutefois d’installer leur système THAAD – image ci-dessous] ; mais si le missile Rampage se révélait effectivement invulnérable aux S-300 en principe en service en Syrie – on l’aurait vu, je le répète, le 13 avril à Masyaf – et à toutes sortes de dispositifs de DCA, l’on pourrait admettre qu’il y aurait de quoi accroître l’ardeur des responsables les plus belliqueux.

 

Le système antimissiles THAAD.png

Quelques lignes sur la THAAD [= Terminal [olim : Theater] High Altitude Area Defense]. Il s’agit 1/ de systèmes de « missiles antimissiles » ; 2/ opérant selon l’élégante technique Hit-to-Kill [pas de charge, destruction par simple choc] ; 3/ fonctionnant pour les missiles balistiques, mais pas pour les missiles de croisière. [Rappel = missile balistique = missile dont une partie de la trajectoire est influencée par la gravité et la friction aérodynamique ; missile de croisière = missile qui vole à basse altitude, bien sûr grâce à un réacteur ou à un moteur-fusée, et qui est guidé, soit par satellite, soit par la topographie, etc.] ; 4/ avec une portée de 200 km et une altitude de 150 km ; 5) et, selon Lockheed Martin, la réussite de 100% des tests.

 

Mais il y a peut-être lieu de demeurer prudent ; l’état exact et la disponibilité du système d’ensemble de la DCA syrienne demeurent nimbés d’incertitudes ; ce qui est bien normal d’un certain point de vue ; mais tient aussi à ce que, bien que des bruits circulent à ce sujet bien entendu, l’on ne mesure pas parfaitement le degré de l’effort consenti par Moscou, en proie à certaines contradictions sous l’arbitrage – et davantage – d’un M. Poutine dont j’ai déjà suggéré que je doute qu’il veuille – trop – chagriner Tel-Aviv pour diverses raisons ; à la base militaire syrienne de Maysaf, est-ce que les missiles supersoniques air-sol de haute précision Rampage [image ci-dessous] auraient déjoué la veille des S-300 ou non ? et celle des systèmes S-400 que les Russes n’utilisent pas, mais laissent bien évidemment dans une veille permanente à Hmeimim pour garantir la protection de leur propres forces aériennes et leur port de Tartous ? Je n’en sais rien – même si je suppose qu’il serait embarrassant pour Moscou que se mette à circuler le bruit que tels de ses lucratifs produits vedettes ont trouvé [improbablement à mon sens – mais il faut attendre] leurs limites, voire leurs maîtres.

 

Rampage israélien.png

 

Est-ce qu’un tel probable avantage technique pourrait incliner Tel Aviv à frapper ? Ce n’est pas impossible, même si les capacités des missiles iraniens pourraient surprendre [pas leur nombre = il est admis que la puissance de feu de Téhéran est considérable, et que le Hezbollah dispose d’un arsenal missilier très important pour une institution non-étatique]. Il demeure que le risque serait très élevé, ne serait-ce que dans la mesure où l’on peut douter qu’il soit bien acquis que les jeunes israéliens partagent bien davantage que les jeunes européens ou Étatsuniens le sentiment que

« Dulce et decorum est pro patria mori » [Horace, Odes, III, 2, 13]

C’est un peu le paradoxe de la société capitaliste = elle conduit à la guerre à peu près mécaniquement [l’impérialisme stade suprême du capitalisme…] ; mais elle ne pourvoit guère à l’esprit guerrier de ses citoyens, qu’elle préfère d’ailleurs considérer sous de tous autres aspects que ceux d’une citoyenneté dont un système toujours plus radical de la représentation affaiblit toujours davantage les implications.

 

 

III. –

Un autre aspect, ces temps-ci, doit être considéré ; il pourrait conduire M. Nétanyahou à différer toute démarche intempestive ; c’est celui que l’on évoque par l’expression « deal du siècle », taillée sur mesure par des communiquants.

Je ne veux pas trop m’y attarder, tout simplement parce que je ne suis pas très assuré de bien saisir [loin s’en faut] tous les aspects, toutes les articulations et toutes les ramification du grand projet trumpien – distillé par bribes plus ou moins contradictoires émanant de nombreux intervenants – de faire la paix au Moyen Orient tout en empruntant répétitivement des chemins qui ne peuvent conduire qu’à la plus profonde et à la plus durable exacerbation des tensions.

L’idée centrale, par-delà toutes sortes de suggestions plus ou moins ponctuelles [fussent-elles importantes = songeons déjà aux deux graves affaires de Jérusalem et du Golan] semble celle d’un jeu de chaises musicales passablement flou – jeu assez cruel par sa nature on le sait. Arabie séoudite, Égypte et Jordanie seraient appelées à échanger des territoire afin, pour finir, de permettre aux Palestiniens – en échange de ce qui leur reste de leurs propres terres – d’obtenir un territoire à cheval sur l’Égypte et la Jordanie – et donc, par la force des choses, enjambant un morceau de Mer Rouge, et plus précisément un bref segment du golfe d’Aqaba. Le but véritable serait d’assurer, on doit le souligner – même si courent des bruits contradictoires -, un transfert complet des terres encore conservées par les Palestiniens à Israël = c’en serait fini — sinon des Accords d’Oslo de 1993 [puisque tout indique qu’ils ont été renvoyés délibérément à l’histoire des relations internationales, et qu’ils résultèrent, dans un climat très différent il est vrai, d’une erreur d’appréciation prospective du pourtant talentueux président Arafat], du moins du mythe politique qu’ils demeurent pour beaucoup dans le monde —, fini des revendications palestiniennes à un « droit au retour », fini de la contestation de l’implacable machine, opérant désormais à plein régime, de la colonisation israélienne en Cisjordanie, fini des revendications maritimes de droit commun des gazaouis [avec leurs implications non seulement dans le domaine de la pêche, mais dans celui de l’exploitation offshore des hydrocarbures], fini des accusations de plus en plus fréquentes, malgré tout gênantes à la longue, d’apartheid [nullement outrancières, puisque la politique israélienne dans ce domaine est plus rigoureuse encore semble-t-il que celle, autrefois, de l’Afrique du Sud].

Bien entendu, la plupart des fuites donnent le sentiment, surtout désormais, du fait peut-être des réticences de certains acteurs – je vais y revenir -, d’une moindre ambition ; mais au regard de la radicalité de la dilection de l’Administration trumpienne et de ses suppôts évangélistes pour Israël, l’on tendra à croire que, au moins originairement, le projet n’eût pu être limité, ni impropre à bouleverser l’état actuel des choses, déjà si profondément modifié par rapport à ce qui avait été prévu il y a soixante-dix ans.

Sachant d’ailleurs que M. Jared Kushner [image ci-dessous, entre MM. Trump et Nétanyahou en mai 2017, à l’hôtel King David, à Jérusalem] a été celui des conseillers de M. Trump qui a suggéré une telle démarche à son beau-père [homme, ce dernier, sans vertu, mais point sans dons, toutefois extrêmement inculte, ce qui est embarrassant lorsqu’il s’agit d’engager, non seulement une région, mais le monde, dans une aventure dont les conséquences sont imprévisibles, mais dont les termes historiques sont extrêmement lourds et ne sont certes pas inconnus], l’on ne saurait de toute façon douter des finalités poursuivies, puisque ce joli garçon un peu fade, mais très « bon genre », qui a su séduire la fille adorée de M. Trump est aussi l’homme d’un engagement très constant et très ferme en faveur, pour dire les choses simplement, d’une radicale conciliation entre sionisme et orthodoxie, laquelle ne va aucunement de soi, puisque nombre d’importants rabbins orthodoxes demeurent hostiles au sionisme, tandis que le sionisme ne fut nullement dans ses origines, à la fin du XIXe siècle, et ses développements, au XXe siècle, un mouvement d’inspiration immédiatement religieuse.

 

MM Trump, Kushner et Nétanyahou à l'Hôtel King David à Jérusalem en mai 2017.png

 

M. Jared Kushner est non seulement proche de M. Nétanyahou depuis toujours, très généreux donateur, comme son père, auprès de l’association « Friends of the Israel Defense Forces »,  mais membre d’une mouvance loubavitch qui s’est forgée autour du rabbin Menachem Mendel Schneerson [Russie, 1902-New York, 1994 — septième représentant de la dynastie hassidique Habad après son beau-père ; il passa même pour le « Mashiah », et en tout cas plaça la perspective de l’avènement déjà consommé des temps messianiques au cœur de son enseignement] ; M. Kushner est ainsi un fidèle, à Washington, de  la synagogue du mouvement, extrêmement actif planétairement, Habad Loubavitch du rabbin Levi Shemtov, influent dans le milieu politique ; tous choix parfaitement légitimes, comme tous autres, mais qui ne prédisposent guère – on ne saurait guère ne pas l’admettre – à la recherche d’une solution transactionnelle équitable, véritablement politique, et effectivement porteuse de paix, au Proche Orient [ci-dessous, à la Maison Blanche, Mme Ivanka Trump-Kushner, qui s’est convertie à la religion de son époux, en compagnie du rabbin Shemtov lors d’une annuelle fête des cabanes – Soukkot].

 

Mme Ivanka Trump-Kushner en compagnie du rabbin Shemtov à la Maison Blanche à l'occasion d'une fête religieuse - Soukkot, la fête des cabanes.png

 

On ne saurait lire sans sourire les mots bien connus – si trumpiens dans l’ordinaire duplicité que manifeste la fausse naïveté du président – prononcés par M. Trump à propos de son gendre, dans un entretien accordé au New York Times, peu après son élection de l’automne 2016 =

« Jared’s a very smart guy. He’s a very good guy. The people that know him, he’s a quality person and I think he can be very helpful. I would love to be able to be the one that made peace with Israel and the Palestinians. I would love that, that would be such a great achievement. Because nobody’s been able to do it. »

Là n’est bien entendu pas la question.

Il se murmure parfois, quoi qu’il en soit, que Washington aurait obtenu  jusqu’à un certain point l’accord des puissances concernées, à la fois pour les mouvements territoriaux et pour la mise en place de flux financiers très importants qui dédommageraient certains et tendraient à dissoudre, croit-on, l’esprit palestinien de résistance dans une fort improbable prospérité.

Mais beaucoup expriment des doutes très fermes sur la profondeur et la sincérité de l’engagement de tel ou tel, d’autant qu’il ferait aussi partie de l’ensemble du montage que plusieurs pays – y compris le Liban – accordent leur nationalité aux réfugiés palestiniens installés depuis longtemps sur leur sol, ce qui pourrait être de nature à inquiéter leurs dirigeants, et ne paraît pas, de toute façon, propre à satisfaire les principaux intéressés, lesquels, même lorsque, nés en exil, ils n’ont jamais mis le pied sur le sol de leurs aïeux, se revendiquent avec constance du « droit au retour » ; les responsables palestiniens – même le si conciliant, et fort contesté, président de l’Autorité Palestinienne, M. Mahmoud Abbas – ont déjà, compréhensiblement, manifesté leur hostilité à la perspective d’une telle déportation ; même si le prince Mohammed ben Salmane ne saurait n’être pas très compréhensif – et paraît bien l’être ici -, il n’est pas certain qu’il puisse avoir ici un très grand jeu, si nombreux sont ses ennemis intérieurs et extérieurs [Turquie et Qatar ainsi dans le monde sunnite], si complexes soient toujours les démarches des ambitieux Émirats [même s’ils semblent pour le moment admettre et même encourager la démarche], si sensible doit être une partie significative de la population, dans tous les pays concernés, à une solidarité qui semble moins préoccuper une partie, difficile à évaluer d’ailleurs, des élites.

L’on peut admettre que ce qui ressemblerait à une trahison de ces dernières ne nourrisse des aspirations révolutionnaires dangereuses pour leurs intérêts, d’autant que – il me semble – l’on aurait tort de négliger le mécontentement, selon des bruits convergents, d’une bonne partie des troupes engagées au Yémen, plutôt maltraitées par la hiérarchie militaire, et profondément lasses dit-on ; de telles orientations pourraient fort bien faire quelque jour leur jonction avec des forces critiques plus structurées, jusque, bien entendu, dans une famille royale largement éprouvée par les façons autocratiques, et volontiers violentes, du jeune prince héritier.

Évidemment, la trahison des élites arabes sunnites donnerait aussi du jeu à l’Axe de la Résistance complexe, tel qu’il est à peu près opérationnel désormais, Téhéran-Bagdad-Damas-Beyrouth-Gaza = cela pourrait incliner Riyad, et secondairement Le Caire [nullement hostile à Damas sous le maréchal Sissi] et Amman à ne pas s’engager à la légère, et à résister à la tentation d’avantages significatifs – bienvenus certes dans les circonstances difficiles que traversent l’Égypte, la Jordanie ou le Liban – mais sans doute politiquement dangereux et donc illusoires.

 

Le pipeline dit Bassora-Akaba.png

L'oléoduc  Bassora Akaba.png

 

D’ailleurs, si l’Égypte de M. Sissi est très dépendante de l’assistance de Riyad et, dans une moindre mesure, de Washington, le roi Abdallah II de Jordanie [dont nous avons déjà rencontré en cours, vous vous en souvenez, la dynastie – hachémite, ci-dessous -, issue de Hussein, chérif de la Mecque puis roi du Hedjaz, trisaïeul du roi actuel, ce dernier se trouvant ainsi arrière petit-neveu de ce roi Fayçal dont nous avons pas mal parlé], dans l’ensemble très soumis au monde anglosaxon et à son protégé israélien jusqu’à il y a peu, manifeste, non sans risques, mais dans la considération des circonstances propres, économiques et politiques, difficiles, de son pays, une certaine indépendance désormais, se montrant soucieux de rétablir des relations normales avec la Syrie, et s’apprêtant à recevoir d’ici à deux ou trois ans des exportations de pétrole d’Irak au moyen de l’oléoduc d’environ mille six cents kilomètres projeté entre Bassorah et Akaba [l’article de journal ci-dessus évoque un million de barils/jour ; c’est peut-être exagéré ; c’est bien davantage en tout cas que ce qui semblait annoncé]

 

La maison des princes hachémites.png

 

D’un autre côté, Israël n’a probablement pas intérêt à faire monter la tension à l’excès si le propos de ses gouvernants est prioritairement de ne pas gâcher les chances du « Deal ».

C’est d’ailleurs dans cette perspective que Washington pousse le double langage dans la région à un niveau à peu près inédit. Je pourrais en donner plusieurs exemples plus ou moins frappants ; il va de soi que l’exacerbation de certains procédés est liée à la personnalité – troublée à mon sens – de M. Trump, homme dont on a le sentiment qu’il peut passer en un instant de la guimauve de câlineries obscènes au déchaînement de la plus insupportable violence, au moins verbale.

Certains membres importants de l’Administration Trump, en particulier M. Brian Hook, dont le rôle au Secrétariat d’État est très notable [il est en particulier le conseiller politique de M. Pompéo], se voient volontiers dévolu le rôle de jouer les « good guys » — je ne résiste pas au plaisir de vous copier une brève vidéo récente, absolument merveilleuse ; l’on pleurerait presque de joie devant tant d’humanité ; chose étrange, ce grand pays révolutionnaire que furent les futurs États-Unis – les treize colonies – semble désormais ne rien trouver de plus affreux sur terre que l’idée révolutionnaire en général = le « nouveau monde » a décidément beaucoup vieilli, et c’est pourquoi il fait si bon ménage avec tout ce que la planète compte de régimes réactionnaires, avec une particulière tendresse pour le plus effrayant d’entre eux, la monarchie patrimoniale des Séoud – laquelle vient encore de décapiter près de quarante innocents, pour beaucoup accusés simplement d’être chiites – suffirait-il d’éradiquer Daech, si tel est bien le propos d’ailleurs, pour prétendre avoir tourné la page de la criminalité takfiriste ?].

 

Quoi qu’il en soit, l’interférence des perspectives – stratégiques d’un côté, liées au Deal de l’autre – ne saurait guère ne pas accroître, imaginera-t-on, les hésitations des responsables israéliens sur le choix de la voie à prendre dans le très court terme.

 

 

IV. –

 

Sur les conjectures prêtées à Sayyed Hassan Nasrallah puis infirmées par lui, je vous renvoie aux textes, qui suivent, de M. Magnier, ainsi – placé en annexe – qu’au discours correctif du chef du Hezbollah.

 

 

V. –

 

Et puis il y a ce que personne n’ose semble-t-il suggérer. Fascinés par le cobra impérialiste, nous supposons toujours qu’il est le maître absolu du temps [tandis qu’il n’est pas jusqu’à ses terribles déséquilibres internes qui ne pourraient le mettre sérieusement à mal]. Or il pourrait bien lui arriver, dans l’une de ses parties favorites d’étranglement de ses victimes choisies [vous voyez que mon cobra est en même temps un boa – et vous constaterez plus loin qu’il se fait aussi dragon], de tomber quelque jour sur une surprise.

Les dernières mesures prises contre l’Iran par Washington vont contribuer à dégrader encore la situation économique et sociale du pays ; c’est bien leur propos d’ailleurs. Bien entendu, les autorités de Téhéran, tout en protestant, suggèrent que de telles mesures, non seulement les porteront à la résistance – ce qui va de soi -, mais n’affecteront pas véritablement la vie de l’Iran. Ceci est faux, bien sûr [bien que ces sortes de fanfaronnades soient ordinaires lorsque les victimes sont des États, appelés à rassurer leurs peuples] = les peuples des pays accablés par les sanctions occidentales en général et étatsuniennes en particulier finissent par souffrir terriblement.

Nous partons de l’idée que les rapports de pouvoir internes à l’Iran ne favoriseront pas l’émergence de forces radicales qui, pour se revendiquer de la légitime défense, n’auraient nul besoin, à la façon étatsunienne, de s’adosser à une insoutenable doctrine de la guerre préventive = l’Iran est actuellement attaqué, toujours plus violemment chaque jour ainsi que l’écrivait dans un texte du 24 avril Moon of Alabama, « The U.S. is waging a total economic war on Iran ». Le propos n’est nullement exagéré. Et cette guerre, comme la guerre contre l’Irak il y a quinze ans, ou celle conduite contre le Venezuela est entée sur des tombereaux de mensonges et de manipulations — d’ailleurs avoués avec une fierté qui soulève le cœur [ci-dessous, lien avec quinze secondes d’une récente intervention du sieur Pompeo, Secrétaire d’État, évoquant son année à la tête de la CIA au début du mandat de M. Trump =

 

 

Cet échantillon du cynisme pompéen fait songer immédiatement à l’une des très fameuses – et profondes – maximes de La Rochefoucauld = 

« L’hypocrisie est un hommage que le vice rend à la vertu. »

Lorsque la vertu disparaît trop largement de l’espace public, il n’est plus même besoin de ruser avec elle, ni de feindre de la considérer afin de la mieux contourner. L’on disait – il m’arrive de suggérer d’ailleurs – que l’impérialisme est hypocrite = est-ce, au fond, tant le cas ? Et pourquoi les dominants n’accroîtraient-ils pas leur jouissance perverse – puisqu’ils sont pervers justement – en l’étalant dans toute sa plus indécente crudité ? [d’où, notons-le, ce besoin permanent d’injurier le peuple, dans le cadre national, des muscadins macronistes]. Avec de tels maîtres, je me demande comment il devient possible d’élever des enfants.

 

Est-il techniquement possible à l’Iran de plonger le monde dans une crise redoutable en bloquant le détroit d’Ormuz et en endommageant durablement les capacités pétrolières – et militaires – séoudiennes ? Est-il possible à Téhéran de frapper très sévèrement Israël, par une action conjointe de ses forces, de celles du Hezbollah et de celles du Hamas ? Les forces iraniennes pourraient-elles compter sur une action concomitante vigoureuse de leurs amis irakiens contre les occupants étatsuniens ? Il me semble que l’on peut – d’un point de vue technique si l’on veut – répondre positivement à de telles questions.

Or, ici, se manifeste l’inconvénient de la surviolence étatsunienne [inconvénient nullement circonstanciel, mais lié à une culture de longue durée fort éloignée, sauf en des moments d’exception — ainsi, à l’époque récente, courageusement, le deuxième mandat de M. Obama, assisté de M. Kerry, que tant de ses compatriotes jugeaient d’ailleurs beaucoup trop « européen »… –, de celles – diverses, mais rarement tout à fait inaptes à nourrir une authentique diplomatie, c’est-à-dire à envisager d’autres bonnes issues que l’anéantissement, d’une façon ou d’une autre, de l’ennemi – de la plupart des acteurs internationaux] = l’on ne joue pas de la même façon une partie dans laquelle on pense qu’une transaction est possible et une partie dans laquelle l’adversaire n’envisage qu’une issue – la destruction de soi-même et de tout ce à quoi l’on tient.

Or, que voulez-vous que pensent majoritairement les Iraniens, persécutés internationalement depuis près de quarante ans ? Et pourrait-on imaginer que ceux qui communient dans l’émotion de Kerbala, et qui pensent, plus radicalement encore que les chrétiens, que la rédemption passe par le sacrifice – le martyre disent-ils uniformément pour la mort au combat – puissent aisément se résigner à voir l’Iran sortir une nouvelle fois de sa très grande histoire ? [si malmenée déjà par le passé, en particulier – je vous ai beaucoup parlé de cela – au fil du « Grand Jeu » anglorusse] Écoutons, simplement – hors du monde si impressionnant du chiisme duodécimain -, nos Gilets Jaunes, qu’une incroyable violence policière ne parvient pas à briser ; observons ces Palestiniens qui persistent dans leur protestation, pour l’essentiel désarmée, jusqu’à mourir, par centaines ou se trouver blessés ou mutilés à vie, par milliers, sous les balles en particulier de snipers ; constatons la ferveur bolivarienne de tant de pauvres auxquels un peu de considération politique avait permis d’oublier à peu près depuis vingt ans l’arrogance blingbling des riches compradores corrompus et le mépris immense – souvent intimement raciste – des siècles ; et voyons parmi quels tourments Cuba a survécu, en dépit de persécutions et de manipulations sans pareilles, comme une splendide épine symbolique dans le talon du grand dragon  = sous tous les cieux, il est possible d’entendre, malgré les fabuleux moyens mis en œuvre pour la faire taire, l’entêtante musique des peuples qui ne veulent pas se soumettre, et qui, finalement – contredisant le paradigme central de l’anthropologie hobbesienne – préfèrent, librement, la mort à presque tout.

Tel est le motif ultime – la liberté tout simplement, l’infinitésimal de l’âme, la résistance à la fatalité naturelle du jeu des corps – pour lequel, à mon sens, la conjecture internationale [ou bien concernant les relations interindividuelles] ne saurait jamais échapper à son statut de conjecture, d’autant plus féconde à mes yeux qu’elle demeure fluide et hésitante, qu’elle ne prétend pas conclure.

Vous comprendrez ainsi que je ne puisse, justement, conclure sérieusement ; vous verrez que M. Magnier, finalement, ne conclut pas vraiment non plus ; c’est l’histoire qui conclut ; et elle même ne conclut jamais d’une certaine façon.

 

Capture d’écran 2018-01-17 à 10.29.42.png

 

Capture d’écran 2018-01-17 à 10.30.08.png

 

Capture d’écran 2018-01-17 à 10.31.13.png

Capture d’écran 2018-01-17 à 10.31.40.png

 

Ci-dessus, deux cartes postales recto-verso de mon fils Louis-Cyprien, assez coutumier de la composition de paradoxales cartes de « vacances » après ses voyages en toutes sortes de lieux difficiles ; la collection complète est bien entendu  particulièrement saisissante.

 

 

TROIS TEXTES DE M. MAGNIER AU FIL D’UNE CONTROVERSE CONCERNANT DES PROPOS PRÊTÉS À SAYYED HASSAN NASRALLAH [AVEC, EN ANNEXE, LE DISCOURS DE CE DERNIER EN VUE D’ÉTEINDRE LA CONTROVERSE]

 

Ci-après, le premier texte de M. Magnier dont voici le lien =

Le leader du Hezbollah : “Israël va sans doute nous attaquer cet été et vous pourriez me perdre”.

De façon générale, il est utile de suivre le site de cet auteur, lequel publie quatre à six douzaines de papiers par an, presque tous sur les questions orientales =

https://ejmagnier.com

Les images sont celles du texte sur le site de M. Magnier ; certaines ne manqueront pas de vous surprendre un peu peut-être ; je ne sais si elles sont très représentatives ou non ; je compte bien sur tels de nos étudiants originaires du Liban pour me dire leur sentiment à la rentrée.

 

Elijah J. Magnier: @ejmalrai

Le dirigeant du Hezbollah Sayyed Hassan Nasrallah croit en la possibilité d’une guerre surprise avec Israël, cet été, au Liban.

S’adressant à ses plus hauts commandants, Sayyed Nasrallah leur a demandé de ne pas cacher la réalité de la situation ni la possibilité d’une guerre à leurs hommes, leurs familles et aux gens des villages et des villes dans lesquels le Hezbollah opère.

“Il se pourrait bien que je ne sois plus parmi vous  très longtemps ; il est possible que tout le premier niveau du leadership soit tué. Israël peut réussir à assassiner de nombreux dirigeants et commandants. Leur mort n’entraînera pas celle du Hezbollah, parce que notre parti ne s’appuie pas uniquement sur des individus mais sur l’ensemble de la société, qui est un élément essentiel de son existence”, a déclaré Sayyed Nasrallah pendant le meeting. Il a ajouté que “des mesures et des procédures ont déjà été décidées pour répondre à la situation la plus grave (l’assassinat d’un membre du haut-commandement y compris celui de Sayyed Nasrallah lui-même).”

L’équipe qui protège le dirigeant du Hezbollah impose des procédures de haute sécurité à tous les visiteurs, quel que soit leur grade ou leur fonction. Aucun téléphone portable ou sonnerie ou objet personnel n’est autorisé. On les leur enlève avant d’arriver sur le lieu de la rencontre. Les commandants se rassemblent dans des lieux toujours différents et y sont transportés dans des autobus à rideaux noirs pour qu’ils ne n’identifient pas l’endroit où Sayyed Nasrallah les rencontre. A la fin de la réunion, l’équipe de sécurité personnelle de Sayyed Nasrallah l’emmène avant que les autres ne sortent.

“Il y a de fortes indications que cette guerre va prendre tout le monde par surprise, comme la guerre de 2006. Netanyahou (le premier ministre israélien) se prépare, contrairement à (l’ancien Premier ministre Ehoud) Olmert qui était indécis et qui a pris une décision mal préparée en juillet (2006). Israël peut tous nous surprendre comme il l’a fait à Gaza en 2008, dans le but d’éliminer une fois pour toutes la menace qui pèse sur ses frontières. C’est ce que les nôtres (les alliés du Hezbollah) doivent savoir, et ils doivent désormais se préparer au pire scénario”, a déclaré Sayyed Nasrallah.

Le Hezbollah estime qu’après avoir formé son gouvernement, Netanyahu aura une occasion unique d’attaquer le Hezbollah parce qu’Israël n’aura peut-être plus jamais la chance d’avoir à Washington un président qui, comme Trump, lui offre (à Netanyahou) un soutien sans limites.

Le Hezbollah estime qu’en cas de guerre, Israël pourrait déplacer et réinstaller ailleurs les colonies et les villages israéliens limitrophes du Liban, de Naqoura jusqu’aux fermes de Chebaa, pour empêcher le Hezbollah de prendre des otages israéliens de l’autre côté de la frontière. Mais si le Hezbollah s’y risquait, Israël laisserait sans doute les combattants du Hezbollah avancer avant de les encercler. C’est ce qu’on appelle une stratégie défensive mobile, qui a pour but de détruire les forces attaquantes.

“C’est la première fois que Sayyed Nasrallah évoque une aussi sombre perspective, en faisant passer les chances que la guerre éclate de 50/50 à 70/30”, a déclaré une source bien informée.

Personne au sein de la direction du Hezbollah ne sait exactement ce que sera la prochaine guerre avec Israël. La première évaluation est simple : On s’attend à ce qu’Israël détruise entre 1000 et 2000 cibles dans les premiers jours de la guerre. Le commandement militaire israélien estime qu’il est possible d’éliminer la menace du Hezbollah, estime Sayyed Nasrallah.

Il ne fait aucun doute qu’Israël déclenchera immédiatement une guerre s’il parvient à localiser Sayyed Nasrallah. Dans ce cas de figure, l’opinion publique israélienne accepterait probablement la guerre, malgré la crainte des terribles représailles du Hezbollah.

En présentant l’avenir avec ce pessimisme, Sayyed Nasrallah veut alerter ses commandants sur la nécessité de prendre de grandes précautions, de rester sur le qui-vive dans l’attente d’une attaque soudaine, et d’informer les gens avec qui ils vivent. Il pense que les Israéliens, les Etats-Unis, les Britanniques et de nombreux Etats arabes pourraient participer à la guerre à venir, ce qui donne une indication de l’ampleur des destructions du prochaine round. Sans compter que le Liban traverse une grave crise économique et que la population aura du mal à supporter une guerre dévastatrice. Et que le Moyen-Orient entre dans une nouvelle configuration, avec Israël qui élargit ses relations avec des pays arabes qui lui offriront des fonds et des renseignements en cas de guerre contre les partenaires de l’Iran au Liban.

En ce qui concerne le Hezbollah, son arsenal semble suffisant. Il a assez de ses précieux missiles pour soutenir une longue guerre contre Israël et lancer des centaines de roquettes et de missiles tous les jours. Le Hezbollah s’est assuré qu’aucun missile ne se trouve à proximité d’installations civiles afin d’éviter d’avoir des victimes et des pertes financières. Selon certaines sources, les travaux souterrains dans le sud du Liban rappellent les tunnels sous Paris qui ressemblent à du Gruyère. Financièrement,

Le Hezbollah n’a plus besoin d’autant de fonds maintenant que sa présence sur la ligne de front en Syrie est considérablement réduite.

Est-ce qu’Israël tolérera la présence d’une armée irrégulière hautement qualifiée, organisée et expérimentée à ses frontières alors que le Premier ministre Netanyahou a changé de stratégie militaire ?

Sayyed Nasrallah pense que Netanyahou ne poursuit plus la politique de David Ben Gurion qui se contentait de déplacer la bataille dans le territoire ennemi. Il veut éliminer les menaces partout dans la région. Sous Netanyahou, l’armée de l’air israélienne a bombardé l’Irak (les forces de sécurité irakiennes d’Hashd al-Shaabi) à la frontière avec la Syrie. Chaque fois qu’il

a perçu la présence d’une cargaison d’armes sophistiquée, il a immédiatement bombardé quelles qu’en soient les conséquences. Il a détruit des entrepôts et des armureries en Syrie pour handicaper l’armée syrienne. De plus, Netanyahou vit aujourd’hui dans un monde où les armées arabes sont absentes ou détruites : elles ne représentent plus aucun danger pour l’existence d’Israël. Pour Israël, la seule menace qui subsiste est le Hezbollah. Pourquoi Netanyahou supporterait-il plus longtemps une telle menace à ses frontières ?

La Russie, la superpuissance présente en Syrie qui cherche à s’implanter au Liban, ne devrait pas réagir contre Israël sur le terrain. Peut-être à l’ONU, oui. Mais la Russie a intérêt à ce que la Syrie soit affaiblie et ne soit pas dépendante d’un allié fort comme le Hezbollah. La Russie pourrait conclure un accord avec les Etats-Unis sur la Syrie – une fois que le Hezbollah serait éliminé ou affaibli. Il s’agirait d’échanger le départ du président Assad contre Idlib et le nord-est actuellement sous occupation américaine. Un tel marché ravirait Washington et Trump pourrait alors mettre fin à la présence de ses forces en Syrie.

Mais qu’est-ce qui explique ce pessimisme soudain et ce risque accru de guerre au Liban ? Le Hezbollah voit les mouvements de l’US Air Force et de l’US Navy dans la région, le comportement de Netanyahou avec Gaza (où il donne aux Palestiniens ce qu’ils veulent pour qu’ils restent tranquilles – avec l’Egypte comme garant – en cas de guerre contre le Hezbollah), le soutien illimité des Etats-Unis, qui représente une occasion unique pour Israël d’avoir ce qu’il veut, le soutien arabe à Netanyahou, la classification du Hezbollah comme pays terroriste par un plus grand nombre de pays, les menaces répétées de l’establishment étasunien au Liban pour les empêcher de soutenir le Hezbollah, l’inimitié à l’égard de l’Iran des Etats arabes, le durcissement des sanctions à l’encontre des pays du Levant, l’”Accord du siècle” prévu pour cet été, et la victoire de l’extrême droite en Israël.

Mais comment le Hezbollah et l’Iran vont-ils réagir ? Les deux sont sur la défensive et on ne s’attend pas à ce qu’ils prennent l’initiative et attaquent en premier. L’Iran pourrait développer sa capacité nucléaire et surprendre le monde en sortant de son chapeau une arme qui interdirait toute guerre. Mais le Hezbollah ne va pas rester les bras croisés. Il prend des mesures pour contrer les objectifs d’Israël. Il a vidé et quitté des centaines de sites dans tout le pays. Ses dirigeants militaires ont été affectés, les missions attribuées, et des réserves préparées pour le scénario le plus défavorable.

Tout cela risque de coûter cher au Liban. En 2008, le Hezbollah a occupé la capitale Beyrouth quand le gouvernement a voulu perturber son système de communication. Il peut faire beaucoup plus si son existence est en danger.

Telle est la perspective pessimiste des commandants du Hezbollah et ils se préparent au pire. Mais il se pourrait aussi qu’Israël ne prépare nullement une guerre et que cela lui suffise que les Etats-Unis travaillent pour lui en sanctionnant économiquement le Liban, la Syrie et l’Iran. Cependant l’été n’est pas loin, c’est le moment idéal pour Israël de déclencher une guerre pendant que le ciel est clair. Les Libanais pourront-ils profiter d’un été paisible cette année ou doivent-ils se préparer à devenir des réfugiés ?

Traduction : Dominique Muselet

 

 

 

Notez que, deux jours plus tard, M. Magnier a publié un nouveau texte sur le même sujet =

 

Elijah J. Magnier:@ejmalrai

Le journal Al Rai a publié ce dimanche un article intitulé : “Le leader du Hezbollah : La possibilité qu’Israël nous attaque cet été est très élevée et je ne serai peut-être plus avec vous très longtemps “. L’article a fait le buzz au Liban et dans tout le Moyen-Orient, soulevant des dénégations, de la contestation, de l’adhésion ou de la surprise. Mais la plus grande surprise est venue d’une “source médiatique au sein du Hezbollah” qui a insulté le journal et l’auteur de l’article, enfreignant les règles de conduite professionnelle en matière de communication que le Hezbollah a lui-même mises en place pour tout ce qui concerne l’organisation.

Cette source médiatique au sein du Hezbollah n’est autre que Mohammad Afif, le porte-parole du  Hezbollah. Il a qualifié Al Rai de “journal jaune” et a affirmé que l’article avait “été imaginé et inventé par l’auteur”.

Tout d’abord, le secrétaire général du Hezbollah a lui-même publié un article d’opinion en première page d’Al Rai et accordé trois entretiens privés à ce journal, le dernier d’entre eux, après que des procédures de sécurité strictes soient instaurées en 2006 pour protéger Sayyed Nasrallah et le premier niveau de commandement. Le dirigeant du Hezbollah a donc fait paraître ses analyses dans ce qu’Afif appelle un “journal jaune “.

Au lieu de sur-réagir inconsidérément, Mohamad Afif aurait dû répondre à la parution de l’article par une déclaration officielle réfutant le (vrai) contenu de l’article, ou laisser le dirigeant du Hezbollah qui devait prononcer un discours le lendemain, le commenter lui-même.

Pour ce qui est du contenu, l’article ne reprenait pas tout ce que Sayyed Nasrallah a dit à la réunion avec ses commandants. Il laissait de côtés des aspects importants des plans que le Secrétaire général du Hezbollah a révélés à ses commandants, ainsi que ses messages et ses menaces à Israël. Sayyed Nasrallah y a aussi parlé de la façon dont le Hezbollah réagirait en cas de guerre et des conséquences qu’une escalade pourrait avoir sur le Liban. Les hauts responsables libanais sont conscients de la tension qui règnerait dans le pays si Israël décidait d’attaquer des cibles précises ou de frapper à l’aveugle. L’article ne sort pas de “l’imagination de l’auteur”, mais il se base sur des informations sûres fournies par les personnes présentes à la réunion.

Lorsque l’article est devenu viral, il n’a pas surpris les personnes informées comme l’éminent journaliste Abdel Bari Atwan qui a écrit un article sur le même sujet, il y a quelques semaines, après avoir rencontré un haut responsable du Hezbollah. Atwan a dit que ce haut responsable avait passé cinq heures avec Sayyed Nasrallah et d’autres officiels, et qu’on lui avait dit qu’une guerre était hautement probable.

En ce qui concerne la “source médiatique”, le chef du Hezbollah lui-même a dit : “Il n’y a pas de source bien informée au sein du Hezbollah”. “Si la réaction aux nouvelles n’est pas officielle, c’est qu’il n’y a pas de réaction de tout”, a dit Sayyed Hassan à plusieurs reprises. Malgré les recommandations de Sayyed Nasrallah, le porte-parole a décidé de violer les propres règles de l’organisation et de fouler aux pieds un de leurs principes de base : “Suivre la règle qu’on s’est engagé à respecter”. [أنفسهم به ألزموا ألزموا بما المخالفين إلزام المخالفين إلزام قاعد]].

Le porte-parole du Hezbollah devrait peut-être se souvenir du célèbre poète arabe Abu al-Tay’yeb al-Mutanab’bi al-Kindi al-Koufi qui a dit, mutatis mutandis : “Si un imbécile me diffame, cela signifie que j’ai sans doute raison.” [ فهي ناقص ناقص من من مذمتي أتتك أتتك أتتك وإذاكامل بأني لي لي الشهادة].

Ce qui a le plus perturbé l’entourage du Hezbollah et ses partisans dans ce dernier article – que les médias locaux se sont hâtés de critiquer, en rapportant les commentaires non professionnels de son porte-parole plutôt que ses déclarations officielles,- est la perspective que “Sayyed Hassan Nasrallah pourrait ne plus être parmi eux” (c’est-à-dire pourrait être assassiné par Israël) en cas de guerre.

Cela me rappelle une conversation que j’aie eue à Téhéran à la fin des années 80 quand j’étais allé couvrir la guerre Iran-Irak.  Ali Akbar Welayati était ministre des Affaires étrangères, et j’avais rencontré un des hauts fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères. Ce haut fonctionnaire- dont le bureau était adjacent à celui du ministre des Affaires étrangères – m’a dit : “L’imam Khomeini ne mourra pas avoir d’avoir remis en personne le drapeau à l’imam Mahdi”.* Il n’était pas possible d’avoir avec lui une discussion rationnelle à ce sujet-là.

Hier soir, j’ai parlé avec mes sources de la controverse au sujet de l’article. Elles m’ont dit : “Beaucoup de ceux qui l’ont lu approuvent chacun des mots parce que c’est Sayyed (Hassan) qui le dit, et qu’ils le savaient déjà. D’autres ont trouvé logique ce que dit l’article, parce qu’ils savent dans quelle situation critique nous nous trouvons. Mais beaucoup de gens ont aussi été choqués de lire que Sayyed pourrait disparaître, même s’il l’a déjà dit lui-même à maintes reprises dans ses discours. C’est un fait que la vie de tous les leaders et commandants, y compris celle de Sayyed Nasrallah, est constamment menacée et qu’ils peuvent être assassinés par Israël à tout moment.”

Quand Imad Mughnniyeh a été assassiné en 2008, ce fut un coup dur pour le Hezbollah mais pas une surprise. Ses proches savaient qu’Imad avait en quelque sorte bénéficié d’un supplément de vie de 25 ans, car il était pisté par les services de renseignements des Arabes, des Israéliens et des Occidentaux depuis 25 ans. Lorsqu’il est mort, ça a été un choc, mais pas une surprise. Le Hezbollah a perduré et il s’est même renforcé depuis.

Dans Bihar al-Anwar** (page 590/para 30), un éminent théologien, Sayyed Mohammad Baqr al-Majlisi, a écrit : “Ibn Abi al-Hadid a raconté que lorsque le Messager d’Allah, Mohammad (la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) est mort, Omar Bin Abi Al-Khattab a dit : Mohammad n’est pas mort et je tuerai avec mon épée quiconque dira le contraire. Abû Bakr est arrivé, il a embrassé le front de Mohammad et il a dit : Celui qui adorait Mahomet, qu’il sache que Mahomet est mort, et celui qui adorait Allah, qu’il sache qu’Allah est vivant et ne meurt jamais.

Traduction : Dominique Muselet

Notes :

* El Mahdi (arabe : mahdīy, المهدي, « personne guidée (par Dieu) ; celle qui montre le chemin ») ou El Mahdi Mountadhar (arabe : المهدي المنتظر, « le guide attendu ») ou le Khalifat Allah (« Dirigeant élu par Dieu ») est un rédempteur eschatologique attendu par l’ensemble des confessions musulmanes, à l’exception des coranites, et identifié au dernier imam dans le chiisme duodécimain. Wikipedia

** Bihar ul-Anwar ou « l’océan des lumières » (en arabe : بحارالانوار), est une collection complète de traditions (hadiths) compilée par le savant chiite Muhammad Baqer al-Majlisi, connu sous le nom d’Allama Majlisi (mort en 1110/1698). Bihar ul-Anwar est la plus grande source de hadith du chiisme en arabe. Wikipedia

 

 

 

Et puis, trois jours plus tard, le 25 avril, M. Magnier a publié un troisième texte dont le propos était de prolonger les deux précédents, en tenant compte des propos rectificatifs de Sayyed Hassan Nasrallah que je porte en annexe, mais en en modérant la portée =

 

 

Elijah J. Magnier: @ejmalrai

Ces dernières années, Israël a réussi à lire entre les lignes, à évaluer avec précision la situation politico-militaire au Moyen-Orient et à saisir les meilleures occasions de frapper ses ennemis en Syrie et en Irak. Le soutien intérieur, régional et illimité des Etats-Unis pour le Premier ministre d’extrême-droite Benyamin Netanyahou a permis à son appareil militaire d’attaquer ses ennemis dans la région, à savoir la Syrie, l’Irak, le Hezbollah et des cibles iraniennes en Syrie, quand ils étaient en situation de faiblesse, sans déclencher de réaction de leur part. Aujourd’hui comme jamais auparavant, la guerre menace, guerre qui pourrait être déclenchée par Israël et les États-Unis en relation aux sévères sanctions imposées à l’Iran et à son partenaire, le Hezbollah libanais, qui finiront certainement par affaiblir les économies libanaise et iranienne. De plus, et plus important encore, tout signe de faiblesse des ennemis d’Israël, s’ils étaient mal analysés, pourraient pousser Israël à provoquer le Hezbollah au Liban et ses alliés au point qu’une guerre éclate.

Israël a une longue histoire d’agressions contre le Liban. La réaction libanaise à l’article sur la réunion des dirigeants du Hezbollah de la semaine dernière pourrait être mal interprétée par Israël, et lui laisser croire que les pays voisins sont en situation de faiblesse et qu’il peut les attaquer. Cependant, si une guerre se déclenchait elle serait dévastatrice pour le Liban, et pour Israël probablement plus destructrice que celle de 1973.

La réaction libanaise à l’éventualité d’une guerre cet été – évoquée lors d’une réunion interne des commandants du Hezbollah la semaine dernière, bien que le dirigeant du Hezbollah ait dit ne pas croire à cette éventualité -, est significative. Le peuple libanais n’est pas prêt à endurer une nouvelle guerre (après la guerre de 2006 et les huit années de guerre pour imposer un changement de régime à la Syrie).

La réaction populaire a mis en lumière beaucoup d’autres questions cruciales sous-jacentes : le Hezbollah a perdu beaucoup de combattants et il n’est pas prêt à supporter les mêmes pertes ; du fait de leurs mauvaises relations avec le Hezbollah, les pays riches en pétrole n’investiront pas dans la reconstruction du Liban s’il est dévasté par une guerre initiée par Israël (comme en 2006) ; les sanctions sévères contre l’Iran ont réduit son budget, désormais consacré pour l’essentiel aux besoins intérieurs, et l’Iran n’aura pas les moyens de participer suffisamment à la reconstruction du Liban en cas de guerre; il ne pourra plus non plus réapprovisionner le Hezbollah en armes à la même cadence qu’entre 2006 et 2018 ; du fait de sa supériorité, l’appareil de guerre israélien peut infliger de grands dommages au Liban, globalement coupable à ses yeux de soutenir le Hezbollah; et la capacité des amis et alliés d’Israël à réapprovisionner Tel-Aviv en armes, et en fonds pour réparer les dommages que le Hezbollah pourrait infliger dans l’éventualité d’une guerre cet été est sans limite. Même si leader du Hezbollah, la juge “improbable”, tous ces facteurs ne diminuent pas la probabilité d’une guerre future au Moyen-Orient ; au contraire, ce sont des présages de danger et de possible escalade.

Le dirigeant du Hezbollah a peut-être raison de penser qu’une guerre cet été est “improbable”, pour ce qui concerne le timing, parce que c’est toujours Israël qui prend l’initiative. Néanmoins, les chefs militaires et politiques doivent toujours se préparer au pire scénario. Dire le contraire ou faire preuve d’un optimisme illusoire peut donner un sentiment de bien-être trompeur. Cela peut permettre d’éviter les querelles internes, mais en refusant de voir les problèmes concrets on risque de laisser la situation se dégrader. Le Liban plie déjà sous de de lourdes sanctions et les Etats-Unis profitent de toutes les occasions pour renforcer les sanctions contre le Hezbollah, ses riches hommes d’affaires, et ses généreux donateurs.

L’article qui a fait état d’informations fuitées sur la réunion des commandants du Hezbollah avec leur chef a suscité des controverses dans la société locale. Cela montre à quel point le pays est divisé entre les partisans et les opposants du Hezbollah. Cela montre également l’énorme influence que les médias locaux et régionaux ont sur les décideurs lorsqu’ils attaquent le Hezbollah et ses analyses des questions politico-militaires actuelles – et la réticence des Libanais à suivre le Hezbollah dans une nouvelle guerre. Enfin, il montre clairement que les partisans du Hezbollah ne sont pas prêts à prendre le risque de perdre leur chef dans une guerre, même si c’est le destin qui décide de ce genre de chose

Les amis du Hezbollah, ses membres et ses commandants, ne sont pas les seuls à analyser ces signes, les ennemis du Hezbollah aussi. Israël – le pays qui a déclenché toutes les guerres infligées au Liban – analyse aussi le flux d’informations fournies par les réactions de la population et des dirigeants du Hezbollah. Néanmoins, les autorités israéliennes doivent savoir que, s’il est acculé, le Hezbollah peut vider tous ses entrepôts et faire pleuvoir sur Israël tous les missiles et roquettes en sa possession – sans tenir compte des “Règles d’engagement” tacitement convenues entre les deux camps en cas de guerre.

Parce que le Hezbollah n’aura rien à perdre s’il y a une guerre, il peut vider ses arsenaux et jouer jusqu’à sa dernière carte. La question est la suivante : même si Israël bénéficie du soutien des médias internationaux, des milieux financiers et de nombreuses puissances militaires, est-il prêt à passer par une longue guerre sans merci juste pour épuiser le stock de missiles et de roquettes du Hezbollah ? Si c’est cela l’objectif d’Israël ses chances de succès sont minces. Le Hezbollah fait partie de la société et pour l’éliminer il faudrait éliminer plusieurs centaines de milliers de Libanais, tous ceux qui font partie du Hezbollah ou le soutiennent. Pourquoi les États-Unis et Israël se lanceraient-ils dans une guerre de cette envergure alors que les sanctions financières sont beaucoup plus efficaces et qu’elles ne coûtent rien ou presque ?

L’Iran, principal partenaire et allié du Hezbollah, avance dans l’inconnu. Les États-Unis ont annoncé leur intention de réduire à zéro les exportations de pétrole de l’Iran, en supprimant les dispenses de sanctions accordées l’année dernière à plusieurs pays. Même s’il est pratiquement impossible d’obtenir le niveau de sanctions souhaité parce que de nombreux pays – principalement la Chine, l’Irak et la Turquie – ne respecteront pas la volonté des Etats-Unis à ce stade, il est certain que l’Iran ne pourra plus exporter ses deux millions de barils de pétrole quotidiens (Iran produit 3.45 millions de b/j). Les États-Unis n’imposent pas un embargo ouvert à l’Iran, car cela serait considéré comme un acte de guerre et déclencherait des représailles militaires de la part de l’Iran et de ses alliés. Les États-Unis cherchent à imposer des sanctions économiques aux pays qui achètent du pétrole iranien, pour asphyxier le principal financier du Hezbollah.

C’est une guerre d’étranglement qui a fait ses preuves à court et moyen terme. Ça a marché en Syrie, un petit pays, mais est-ce que ça marchera sur une plus grande échelle ? Et quelle sera la réaction de l’Iran et de ses alliés s’ils se trouvent acculés ? Il est difficile de répondre à ces questions alors que les nuages s’amoncellent au-dessus du Moyen-Orient.

Traduction : Dominique Muselet

 

 

ANNEXE =

 

Nasrallah : Israël est incapable de lancer une guerre, méfions-nous des médias

Discours du Secrétaire Général du Hezbollah, Sayed Hassan Nasrallah, le 22 avril 2019, à l’occasion de l’anniversaire de la naissance de l’Imam al-Mahdi et du 34e anniversaire de la fondation des Scouts de l’Imam al-Mahdi.

 

[…] Mon deuxième point concerne la (perspective d’une) guerre israélienne (contre le Liban). En général, lorsqu’un journal quelconque publie des déclarations (sensationnalistes et mensongères sur le Hezbollah), même si elles me concernent personnellement, je ne les commente pas, pas plus que mes frères (au sein du Hezbollah), car il se dit vraiment trop de choses à notre sujet : déclarations, articles de presse ou scientifiques, analyses, etc., dont la plus grande partie est fausse ou basée sur des informations fausses, est animée de mauvaises intentions à notre égard, etc. [Si nous devions réfuter tous les mensonges publiés à notre sujet, nous ne serions plus le Parti de Dieu mais le Parti du Démenti].

Mais je suis contraint aujourd’hui de réagir à ce qui a été publié il y a deux jours dans un journal koweïtien, car malheureusement, les médias de notre pays ont largement relayé ces déclarations (fantaisistes). Il est vrai que c’était samedi et dimanche, et il semble qu’ils n’avaient rien d’autre à se mettre sous la dent [Rires], donc ils ont repris cette information (en boucle), malgré le fait que ce genre de propos (mensongers) est publié quotidiennement. Cela a été largement relayé sur les réseaux sociaux, et même des amis chers et proches de premier plan ont été touchés par ces propos et ont publié des articles à ce sujet.

Quoi qu’il en soit, permettez-moi de commenter ce propos, car il concerne tous les Libanais, et il concerne également la région. Ce qui a été publié est entièrement faux, et je vais revenir sur la teneur des propos. Et cela a été publié à un moment particulièrement préjudiciable. Le contenu de ces informations est faux, et le timing est particulièrement préjudiciable.

Parlons du contenu. Je n’ai jamais tenu les propos qui m’ont été attribués. Je n’ai jamais dit, que ce soit dans une réunion interne à comité restreint ou étendu, ni même durant une rencontre en tête à tête, ni même ne me le suis-je dit à moi-même, je n’ai jamais dit qu’il y aurait une guerre israélienne cet été contre le Liban. En aucun cas. Même au niveau de la pensée, je ne l’ai jamais considéré. Je n’ai ni parlé de certitude de guerre, ni de probabilité de guerre, ni d’attente d’une telle guerre. Cela ne s’est pas passé, dans absolument aucune réunion interne. Je suis catégorique. Je vais revenir sur ce point.

Et de même, je n’ai jamais, au grand jamais, dit dans la moindre réunion interne que si une guerre se produisait, je ne serais plus parmi vous (à cause d’un assassinat). Comment pourrais-je prédire l’avenir ? [Rires] Comment pourrais-je savoir si je serai encore en vie ? La vie et la mort sont entre les mains de Dieu, le Très-Haut et l’Exalté.

Plaisantons quelque peu. Au contraire, si on devait solliciter l’avis des visionnaires – je le dis car certaines personnes ont été fâchées par ces prédictions (qui avaient eu un certain écho) –, permettez-moi de rétorquer, sur la même base (divinatrice que le journal koweïtien), que certains de ces visionnaires ont prédit que je vivrais longtemps, que je resterais longuement parmi vous, bien sûr avec la permission de Dieu le Très-Haut et l’Exalté, et que je ne serais pas tué par Israël, mais que je ferais partie de ceux qui entreront en Palestine (libérée) et prieront dans la mosquée d’Al-Quds (Jérusalem), etc. Ça vous va ? Il existe de telles prédictions, alors rapportez-les (aussi), puisque vous avez manifestement entrepris de rapporter les prophéties (et non plus les informations).

Non, je n’ai jamais rien dit de tel, et je n’ai jamais dit, à aucun moment, que la première ligne sera tuée, que la deuxième ligne sera tuée… Mais on parle d’un véritable massacre, d’un cataclysme [Rires]. La première ligne serait tuée, la deuxième ligne serait tuée, et la troisième ligne devrait supporter tout le fardeau (des combats)… Je recommande à ce journal (koweïtien) de réorienter l’auteur de ces propos (absurdes), que je ne connais pas, vers une carrière de scénariste de films de science-fiction. Ce sont des propos dénués de sens qui n’ont aucun fondement de réalité.

Il me reste encore une chose à dire concernant le contenu de ces propos (qui me sont faussement attribués) : en général, même dans nos réunions internes, nous procédons à ce que nous appelons une évaluation de la situation. On se demande si une guerre (israélienne) se prépare (contre le Liban). En tant que Résistance, notre position militaire et défensive doit toujours se baser sur la plus pessimiste des estimations. Nous demandons donc toujours à nos frères (du commandement militaire) d’être prêts au pire en permanence, car leur responsabilité n’est pas l’analyse politique (concernant la probabilité d’une agression, mais de faire en sorte que leurs unités soient prêts à y répondre). Nous devons être prêts en permanence pour le pire. Mais il n’y a eu aucun débat sur les attentes et les probabilités (de guerre).

Mais du fait de l’atmosphère à laquelle je réagis, je vais me permettre de donner mon avis personnel, sans en faire porter la responsabilité au Hezbollah dans son ensemble. Bien sûr, nous n’affirmons rien avec certitude, et nous ne ne rejetons aucune éventualité de manière catégorique. Au contraire, puisque ce propos m’est attribué, à titre personnel, je considère comme très peu probable une guerre israélienne contre le Liban. C’est mon avis personnel. Et c’est ce que je dis dans certains réunions au sommet, à deux ou trois personnes, quand on me demande mon avis. Je leur dis aussi que mon avis ne doit pas avoir d’importance pour eux, car en tant que militaires, ils doivent en permanence se préparer au pire. Mais ils insistent pour connaître mon avis.

Personnellement, je tends à considérer une agression (israélienne) comme hautement improbable. J’ai mes raisons, bien sûr, et ce verdict relève de l’analyse. Par définition, une analyse peut être juste ou fausse. Mes raisons sont : l’impréparation du front intérieur israélien, qu’ont démontré les événements passés. Tout ce que trompettent les Israéliens quant à leur capacité à faire face aux missiles, nous avons vu comment deux missiles tirés de Gaza par erreur (l’ont fait voler en éclats) en frappant Tel-Aviv. Ensuite, un missile tiré par erreur depuis Gaza a frappé le Nord de Tel-Aviv. Mais toutes les mesures de sécurité israéliennes (systèmes antimissiles Dôme de Fer, Patriot…) ont été absolument impuissantes. Et les (militaires et analystes) Israéliens disent eux-mêmes que le front intérieur israélien n’est pas prêt.

Toute guerre israélienne hypothétique, pour parvenir à réaliser ses objectifs fixés, nécessite une opération terrestre. Le temps où la force aérienne suffisait à remporter une guerre est révolu. C’est aujourd’hui une réalité militaire basique acceptée dans le monde entier. Si Israël veut lancer une guerre, pour pouvoir y réaliser ses objectifs, il est contraint de lancer une offensive terrestre. Et à travers Israël, on répète sans cesse que l’infanterie israélienne est incapable de se lancer dans une guerre. De nombreuses raisons nous poussent à… me poussent personnellement à pencher pour l’improbabilité de ce choix.

Actuellement, les Israéliens placent leurs espoirs sur autre chose. Ils se disent qu’il est inutile de lancer une guerre tant que M. Trump et M. Pompeo sont avec nous, et je vais conclure sur Pompeo qui vient de faire une conférence de presse (sur l’Iran). Les Etats-Unis sont en train d’affamer le monde entier (pour le soumettre à leurs diktats) : ils veulent affamer l’Iran, la Syrie, les mouvements de Résistance, le Venezuela, ils affament le monde entier (par leurs sanctions). Israël se dit donc que tant qu’ils ont une chance d’affamer et d’appauvrir le Hezbollah, et de le voir finir par disparaître du fait de sa crise financière, ou, comme l’ont dit certains responsables israéliens, de le voir vendre ses armes et ses missiles pour pouvoir s’acheter du pain, il est inutile de faire la guerre.

Quoi qu’il en soit, je ne veux pas entrer dans les détails maintenant, mais j’ai été contraint de dire tout cela, car le malheur des uns fait le bonheur des autres. Je veux dire que j’ai été contraint de dire cela car on m’a attribué (faussement) ces propos qui ont eu un effet négatif et injustifié dans certains milieux populaires, politiques et chez de nombreux analystes (favorables au Hezbollah). Mais si je veux à présent parler non pas du point de vue des attentes et probabilités (de guerre mais des certitudes), je vous affirme ce que je vous ai toujours dit, à savoir qu’Israël est un ennemi avide, dont la nature est le complot, la duplicité et la trahison, et c’est pourquoi toutes les éventualités doivent être prise en compte dans nos calculs. Nous n’avons pas le droit de nous baser sur telle ou telle analyse (dans nos mesures défensives, nous devons même être prêts à faire face à l’improbable et à l’imprévu).

Quant au timing particulièrement préjudiciable de ces fausses déclarations, il est dû au fait que nous sommes au mois d’avril, et que la saison estivale s’apprête à commencer. Pourquoi quelqu’un se manifesterait-il maintenant pour m’attribuer des propos dénués de fondement, aux antipodes de la vérité ? Pourquoi ces propos ont-ils été répandus si rapidement et commentés si largement ? Et j’appelle les médias, je les invite (à la prudence) : ô mon frère, je m’exprime (régulièrement) à la télévision, et suffisamment avec la grâce de Dieu, et nous avons des organes (de presse) officiels qui font connaître l’opinion du Hezbollah. Suffit-il qu’une personne écrive qu’untel lui a dit qu’untel a rapporté qu’untel aurait dit telle chose, durant une réunion interne, pour que sans aucune recherche ou confirmation fiable, ce propos soit pris pour argent comptant et qu’on bâtisse des analyses, des prises de position, etc. ? Cela nuit grandement au pays (en faisant fuir les touristes potentiels, impact négatif sur l’économie, etc.), surtout avec un tel timing.

Je tiens à lancer un avertissement à cet égard, (et espère davantage de prudence de la part des médias). En de telles matières, il s’agit parfois simplement de négligence de la part des journalistes, sans forcément de mauvaise intention ou de mauvaise pensée, mais parfois, il s’agit d’une campagne délibérée, coordonnée et conçue pour nuire (au Liban et au Hezbollah), et c’est pourquoi nous devons toujours bien vérifier et nous assurer de la validité des informations. Il ne faut pas se hâter de relayer des informations (surtout sensationnalistes) sans vérification (auprès d’une source fiable).

Par exemple, il y a quelques jours… Tant pis, je vais donner des noms.  Si on allume la chaîne TV Al-Arabiya… Je ne le fais pas, mais ceux qui le font m’informent. Cette chaîne parle d’affrontements entre les forces iraniennes et les forces russes à Alep.  Puis (elle nous dit que) les forces iraniennes et russes s’affrontent à Deir-Ezzor, et que le Hezbollah intervient dans les combats. Et (on y voit en permanence) des flash infos et autres (informations du même genre) sur le bandeau déroulant (en bas de l’écran). Ce ne sont que des mensonges, sans le moindre fondement de vérité.

En réalité, ils veulent parvenir à une atmosphère où avant même de dire qu’il y aurait des combats (entre les alliés de Damas), ils auront préparé le terrain pendant deux mois en parlant de concurrence, de sensibilité exacerbée, d’inimitié, d’hostilité entre l’Iran et la Russie, et les alliés en Syrie. Après quoi ils parlent de combats, après toute cette préparation de l’opinion. Mais je vous affirme que tout cela n’a aucun fondement de vérité.

Au contraire, la coopération actuelle entre les alliés sur le terrain en Syrie est aussi positive que par le passé, et ne s’est nullement dégradée. Bien sûr, il peut y avoir certaines divergences politiques ici ou là, mais cela n’a jamais laissé et ne laissera pas de trace sur la coopération interalliée sur le terrain, sans même parler d’arriver à un point où ces alliés s’entretueront !

La chaîne Al-Arabiya (et ses semblables) ne rapportent pas les événements réels, mais ce qu’ils espèrent voir se produire. Ce n’est pas une chaîne d’informations, mais une chaîne qui fabrique des (fausses) informations et rapporte ses espoirs et ses illusions. C’est pourquoi nous devons être vigilants face à tout ce qui se dit et tout ce qui s’écrit, surtout si cela concerne le Hezbollah. Car nous sommes tout particulièrement ciblés.

Par exemple, il y a quelques jours ou quelques semaines, lorsque les médias ont beaucoup parlé du fait que les sanctions (américaines) s’étendraient au Président de la Chambre des Députés (libanaise), Son Eminence Nabih Berri, ainsi qu’à nos frères du Mouvement Amal, du Courant Patriotique Libre, et à tous nos autres amis et alliés… Mais tout cela n’a aucun fondement de vérité. Cela a été fabriqué de toutes pièces par des politiciens et des journalistes, et fait partie de la guerre qu’ils espèrent voir menée (contre le Hezbollah). Ils désirent ardemment, souhaitent et espèrent que l’administration américaine fera une telle chose, et ils en font la promotion. Mais cela n’a aucun fondement. Nous sommes donc ciblés (en permanence).

Il y a quelque temps également… Au Hezbollah, ça fait longtemps que, du fait des conditions sécuritaires et des guerres en Syrie, nous n’avons pas tenu notre Congrès interne. A certains intervalles (6 mois, un an, un an et demi), nous faisons certains changements au niveau de nos responsables. Certains de nos frères sont déplacés d’une responsabilité à une autre (changement de poste au sein du Hezbollah), et c’est parfois une responsabilité plus importante. A de telles occasions, il se trouve toujours quelqu’un pour déclarer que dans le cadre de la lutte contre la corruption, le Hezbollah a révoqué tel, tel ou tel responsable. C’est de l’oppression, des accusations gratuites, de la diffamation, des mensonges et une attaque contre nos frères, nos frères que nous réaffectons d’un poste de responsabilité à un autre, et qui font partie de l’élite de nos frères combattants qui se sacrifient (pour notre cause), et qui ont assumé de (lourdes) responsabilités (avec honneur et succès) durant des décennies. Ils ont derrière eux de très longues années d’efforts et de dévouement entier. Puis une personne quelconque, un journal, une revue ou un site internet surgissent de nulle part, prennent leurs aises et se permettent d’insulter de grands (chefs) combattants, des frères chers et proches, et prennent prétexte du moindre changement au niveau de notre organisation, bien que ce soit une chose naturelle qui se produit dans tous les groupes ou organisations, en prétendant que cela relève de la lutte contre la corruption. Chez nous, une personne corrompue n’est pas déplacée d’un poste à un autre, mais complètement exclue du Hezbollah. Le fait qu’untel soit passé d’un poste à un autre est une chose naturelle dans toute organisation.

Ce que je tiens à déclarer, et ce que j’espère à cet égard, c’est que tout ce qui s’écrit, surtout dans certains médias libanais et arabes, et tout particulièrement ceux du Golfe, doit être lu avec une présomption de mauvaise intention (de leur part, donc lu avec méfiance), et doit être vérifié. (L’expérience) nous a appris à toujours vérifier (la véracité des informations). Aujourd’hui, ou plutôt hier soir, on m’a transmis une information issue des sites internet de médias (réputés sérieux), selon laquelle la Ministre de la Justice israélienne – je parle de l’ennemi ! –, la Ministre de la Justice israélienne, unetelle untelle, aurait déclaré dans un discours à l’AIPAC que les Arabes de l’Afrique du Nord, les pays et peuples arabes, devaient être liquidés et exterminés, etc., et qu’Israël s’en chargerait, car ce sont les ennemis d’Israël.

Bien que ce soit (des propos attribués à) l’ennemi, et que j’ai moi-même été victime de fausses informations il y a quelques jours [Rires], j’ai craint de commenter ce propos et qu’il se révèle ensuite qu’il avait été fabriqué de toutes pièces. J’ai donc demandé à nos frères qui suivent (quotidiennement) les médias hébreux de rechercher dans les journaux et sites internet israéliens pour savoir si cela était vrai, mais leur recherche a révélé que ces déclarations alléguées n’avaient aucun fondement de vérité. Malgré le fait que si cela avait été vrai, cela aurait entraîné un scandale dans le monde arabe, et aurait donné une impulsion positive au Hezbollah (au niveau de sa popularité et de la ligne de Résistance qu’il défend). Mais faut-il, seulement parce qu’un média a rapporté des propos qui sont conformes à ce que nous pensons et souhaitons (entendre), condamner notre ennemi en diffusant ces (falsifications) ? Même avec (les déclarations concernant) l’ennemi, il faut être prudent et méfiant. Même avec l’ennemi !

J’espère que tout le monde sera plus vigilant sur ces questions. […]

 

Dois-je préciser que je ne suis pas capable de démêler les fils de cette assez obscure affaire de communication, ni même de me forger un sentiment bien net sur ce qui aurait été dit, ou non, lors de la première réunion évoquée ?

Deux choses, au fond, m’intéressent ici =

la question – justement – de fond, concernant laquelle, vous l’aurez compris, je ne me sens pas même en mesure, après avoir soupesé divers aspects, d’esquisser une conjecture probable ;

celle, d’autre part, des difficultés extrêmes de la conjecture, même lorsque l’on bénéficie d’une « source » prise au sérieux par un commentateur avisé.

Puis-je ajouter que la rectification du chef du Hezbollah ne me semble clarifier qu’apparemment ces questions ? que je ne suis pas absolument assuré que M. Nasrallah n’ait tenu, lors de la réunion secrète évoquée, aucun des propos qui lui furent d’abord prêtés [mais dont son intention n’eût pas été, assurément, qu’ils fussent ébruités, avec l’effet de tintamarre médiatique que l’on a observé dans la région] ? et que M. Magnier ne dit pas vraiment autre chose dans son dernier papier, par lequel il tente de se tirer d’une situation qui n’apparaîtrait embarrassante qu’à des esprits trop sereins, assurés que le démenti d’informations secrètes divulguées inopportunément doit suffire à assurer que celles-ci étaient dépourvues de tout fondement.

 

sr