Sur les questions multiples & deux ou trois autres inconvénients

Voici la réponse que je viens d’adresser à une jeune femme inquiète ; je suppose que d’autres qu’elle y trouveront quelque éclaircissement. [I]

Je place à la suite, quelques heures plus tard, ma réponse, à un autre propos, à une autre jeune femme inquiète [et je me pose bien entendu la question suivante, sous forme d’alternative = les hommes sont-ils parfaits, sont-ils inconscients, ou bien sont-ils déjà en train de préparer un prochain voyage du genre de celui évoqué à la question triple 3, 4 et 5 ?] [II]

Ouf ! quelques heures ont passé et voici qu’un jeune homme m’écrit, me permettant, lui répondant, d’échapper [à temps ?] aux stéréotypes sur le genre ; il redoute que l’inhumaine machine n’admette que le noir et ne renvoie en septembre les amis du bleu. [III]

 

J’ajoute, pour égayer cette page un peu douloureuse, trois images que j’aime beaucoup [je possède la deuxième seulement, modeste mais éclatante estampe japonaise en triptyque qui dort dans le tiroir d’une commode… tombeau]

 

I/

Madame,

1/ En général = pardonnez-moi de ne pas pouvoir vous apaiser sur le point précis que vous soulevez = il n’y a pas de double correction du questionnaire, de la même façon d’ailleurs que dans un oral [genre que remplace le qcm] ; mais du moins l’avantage remarquable du qcm est-il d’homogénéiser absolument les situations de tous les étudiants, et de permettre une égalité, justement, mécanique ; cette égalité est à mes yeux sans prix ; elle ne me semble pas même réalisée dans un écrit anonyme = nul ne saurait affirmer qu’il n’est pas sensible, positivement ou négativement, à des détails, et que la note qu’il met ne s’en ressent pas [ce n’est nullement, de ma part, une critique de l’écrit véritable ; chaque genre littéraire présente ses avantages et ses inconvénients — selon une idée très profonde de Rousseau, rien qui résulte de l’art humain ne saurait ne pas présenter quelque inconvénient].

2/ En particulier, c’est-à-dire s’agissant des questions multiples = je ne suis pas certain de saisir à coup sûr votre difficulté ; prenons un exemple =

a) Soit une question quadruple numérotée 3 – 4 – 5 – 6

Si la réponse « bonne » est B

mais que l’on hésite entre B et D

alors on cochera par exemple :

3 B

4 B

5 D

6 D

et si l’on a eu « raison » de retenir D, par exemple, alors on obtiendra deux coefficients sur quatre, ce qui au fond donne la moyenne…

b) Même exemple, mais voici que l’on hésite entre A, C, E et F ; alors – pardonnez-moi d’évoquer le jeu, activité à mes yeux détestable, mais ici l’on peut évoquer la vocation absolutoire des circonstances – il pourrait sembler rationnel de placer différemment sa mise, ses jetons =

3 A

4 C

5 E

6 F

c) Mais voici que vous hésitez entre toutes les réponses possibles à la question et que vous cochez

3 A et B

4 C

5 D et E

6 F

Si la réponse « bonne » est soit A, soit B, soit D, soit E, je crains que vous n’obteniez aucun point à la question multiple ; mais en même temps, l’on ne voit pas comment il pourrait en aller autrement ; et ici, l’on ne saurait demander, ni à la machine ni d’ailleurs à l’homme, de distinguer entre la maladresse et une possible ruse.

3/ Singulièrement, si l’on veut, c’est-à-dire s’agissant du blanc = j’imagine que si vous blanchissez proprement une mauvaise coche, la case blanchie ne sera pas lue comme cochée ; ce n’est d’ailleurs sûrement pas la première fois que cela arrive ; par contre, je ne peux imaginer que, tout entière, votre « fiche soit annulée », selon vos mots, parce qu’elle comporterait des malfaçons ponctuelles, lesquelles se borneraient, finalement, à de simples salissures.

Je comprends tout à fait l’inquiétude en général [je tends même à trouver mes congénères trop peu inquiets dans l’ensemble], mais je pense que la vôtre, ici, n’est pas justifiée [si du moins, bien sûr, j’en comprends bien les termes] ; la personne chargée de superviser l’opération informatique est d’une grande qualité et je travaille dans la plus grande confiance avec elle depuis des années ; je m’entretiendrai dans quelques jours avec elle des questions soulevées [sans bien entendu avoir ni la possibilité, ni le souhait de lever un anonymat bienfaisant] ; si, à la suite de nos échanges, m’apparaissait quelque aspect d’intérêt général que ce soit, il va de soi que je le communiquerais ultérieurement dans le présent billet.

J’espère être parvenu à répondre à toutes les questions que vous et d’autres pourriez vous poser ; vous ne m’en voudrez pas, j’imagine, songeant à ces autres que je ne connais pas, de placer ces quelques lignes dans le blogue habituel [sans, bien sûr, ni votre courrier ni votre nom].

En vous remerciant de votre confiance, je vous prie de me croire, madame, votre dévoué

Stéphane Rials

 

 

La vie de l'enfant est sacrée dès la conception.png

 

 

II/

Réponse à un courrier manifestant l’inquiétude d’une personne qui, au lieu de « colorier » les cases, les a barrées d’une croix et redoute l’élimination pure et simple de sa copie =

 

Madame,
Ce serait très cruel assurément, même si l’instruction est donnée, me dites-vous, sur les fiches distribuées ; je m’assurerai auprès du service responsable du statut des copies dont l’auteur aurait commis l’erreur que vous dites ; s’il m’est dit que les copies à croix sont mécaniquement éliminées, je demanderai à ce qu’elles soient sorties de la liasse et, s’il n’est personne pour colorier les cases, je me rendrai à Paris pour le faire, cela va sans dire.
Croyez-moi, madame, votre bien dévoué
Stéphane Rials
ps = je joins cette réponse au billet déjà mis en ligne

 

 

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Puisqu’un curieux me demande de légender cette estampe, assez connue et que je prends en ligne [dans une version qui, du point de vue des coloris, est identique à mon exemplaire] faute de savoir faire une photo à peu près cadrée d’un fragile triptyque = il s’agit d’une estampe de [ou d’après]  Sadahide, de peu antérieure à l’ère Meiji, déployant dit-on une critique du système vermoulu du shogunat des Tokugawa, proche de sa fin, en prétendant illustrer une scène de la naissance de ce système institutionnel, à l’âge du shogunat [bakufu] Kamakura, instauré par Minamoto no Yoritomo à la fin du XIIe siècle – tout cela est bien sûr très intéressant, sur le plan artistique certes, surtout désormais, mais aussi sur le plan politique et social – plus médiatement, et concernant les relations internationales, s’agissant des mutations des mentalités multiséculaires de l’âge shogunal liées à l’avènement du Japon moderne.

 

 

 

III/

À un préoccupant rebelle, enfin, qui a colorié les cases en bleu et point en noir et, désormais, la pluie aidant, ne se sent pas très bien =

 

Monsieur,

Laissons votre intitulé anxiogène = « correction automatisée » ; l’ « intelligenceartificielle » va soulever d’immenses difficultés d’emploi dans les temps à venir ; mais la « machine », s’agissant de la correction du qcm, demeure archaïque et tout à fait, comme l’on dit, « sous contrôle ».

Nous nous trouvons depuis hier emportés dans un processus d’inquiétude collective assez curieux [je dirais = une spirale mimétique anxieuse – une de ces configurations psychiques collectives dont la fin du XIXe siècle raffolait à juste titre] ; il n’y a jamais eu, à ma connaissance, de difficulté sérieuse jusqu’à présent ; j’évoquerai naturellement l’aspect que vous me dites avec l’excellente personne en charge de l’opération sur le plan technique ; mais je ne parviens pas à être inquiet [sachant – je le précise car cela ne me paraît pas/plus très répandu – que je suis en mesure d’être inquiet pour les autres lorsqu’il y a quelque motif qui me soit accessible] ; je mentionnerai bien sûr cette affaire de bleu et de noir, mais je peux vous rassurer sur un point ; à moins que vous n’ayez reçu un avertissement solennel de venir à l’examen avec un bic noir, ou que l’on ne vous en ait remis un accompagné du mode d’emploi à l’entrée de l’amphithéâtre pertinent, il ne pourra rien vous arriver de bien préoccupant. Ne me dites pas, surtout = justement, j’ai reçu un courrier recommandé exigeant que je me présente avec un bic noir, et la Maison a poussé ses attentions de mère jusqu’à me remettre un bic adapté avant le début de l’examen, mais je suis un type contrariant, je n’ai pu obtempérer… Et pourtant, même en ce cas [improbable], je ne peux imaginer que votre modeste transgression tourne à la catastrophe. Ne vous tourmentez pas.

Avec mes pensées dévouées.

Stéphane Rials

 

 

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