Palestine / La doctrine Pompeo, l’achèvement de la bantoustanisation palestinienne et le génocide rampant

 

CE LUNDI 9 UN GROS COMPLÉMENT A ÉTÉ APPORTÉ AU COMMENTAIRE DES PREMIERS FRAGMENTS [in fine] PERMETTANT DE DESSINER LES PREMIERS CONTOURS DE LA LÉGALITÉ INTERNATIONALE EN NOTRE AFFAIRE. RETENU PAR UNE TOUT AUTRE – URGENTE – AFFAIRE CES PROCHAINS JOURS, JE TERMINERAI CET ENSEMBLE ENTRE LE QUINZE ET LE 20 DÉCEMBRE PROCHAIN

 

chantier interdit au public.png

 

 

Je suggère de ne pas pénétrer tout de suite dans ce chantier incomplet et imparfait = je composerai un tweet quand la chose sera [à peu près] finie

 

 

Une fillette a dit :

Le ciel est incomplet

aujourd’hui que le cyprès s’est brisé

Mahmoud Darwich, trad. Elias Sanbar

 

Nous leur proposons un marché :

qu’ils suppriment les colonies, et nous supprimerons le poème

[Mahmoud Darwich, dernière phrase du texte « L’hystérie du poème », dans la trad. d’Abdellatif Laâbi, à propos du fameux poème « Passants parmi des paroles passagères », qui avait créé une onde de choc internationale]

 

Pour comprendre, sous divers aspects, la signification de la déclaration récente du Secrétaire d’État Pompeo [infra] concernant les colonies israéliennes en Cisjordanie, sachant qu’une signification est toujours subjective [allouée par celui qui accueille la proposition], mais qu’elle peut dans une certaine mesure être partagée, il faut essayer d’embrasser un peu largement les questions en cause, et aussi, il me semble, de se placer, empathiquement, dans l’esprit de Palestiniens qui ne se contentent pas d’écouter distraitement, comme la plupart des occidentaux, les « nouvelles », mais en éprouvent, dans leur mortelle répétition, la consistance.

 

I/ Génocide et autres crimes contre l’humanité

 

Il me semble, tout d’abord, que l’on n’entend pas bien le destin contemporain du peuple palestinien si l’on ne veut pas considérer qu’il puisse, finalement, soupçonner quelque intention génocidaire le visant [les juifs israéliens ne pensent pas différemment, à tort ou à raison, lorsqu’ils évoquent par exemple l’Iran et je doute que les récentes bonnes paroles du Rahbar, affirmant qu’il souhaitait la disparition de l’ « entité sioniste » mais non celle de ses habitants, suffisent à les apaiser complètement].

L’erreur, d’ailleurs, s’agissant de la notion de génocide, est de considérer qu’elle suppose un massacre direct et ramassé dans le temps [la Shoah ainsi, 1/ avec son volet de massacres « traditionnels », si l’on peut dire, perpétrés par les « Ordinary Men » des Einsatzgruppen dans les schtetlech d’Europe orientale, étudiés notamment par M. Christopher Browning, et 2/ son volet, longtemps considéré exclusivement, d’assassinat de masse rationalisé et industrialisé selon une méthodique division, « organisation scientifique » du travail culminant dans les chambres à gaz des camps d’extermination] ; l’exemple de l’élimination terrifiante des Indiens d’Amérique du Nord a montré que des actions génocidaires multiples, et souvent indirectes, pouvaient être filées au cours d’une longue période, avec un effet si inéluctable qu’il faut bien, pour les comprendre, supposer qu’elles ont manifesté une intention constante, encore qu’inégalement proférée [l’intention étant certes réputée une condition de la qualification de génocide].

 

Il faut toujours revenir ici, pour ne pas sous-estimer surtout le champ de pertinence de la notion de génocide, sinon à l’accord de Londres du 8 août 1945 « concernant la poursuite et le châtiment des grands criminels de guerre des puissances européennes de l’Axe » [Statut de Nuremberg, dont les formulations, en particulier en son art. 6, étaient encore rudimentaires], du moins à la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide du 9 décembre 1948, rédigée par Raphael Lemkin, lui-même contraint à émigrer de Pologne aux Etats-Unis en 1941 ; celle-ci porte en son art. 2 que =

« Dans la présente Convention, le génocide s’entend de l’un quelconque des actes ci-après, commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel : a) Meurtre de membres du groupe; b) Atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe ; c) Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle ; d) Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe ; e) Transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe. »

 

L’on notera que le Statut de Rome de la Cour Pénale Internationale [CPI/ICC], en date du 17 juillet 1998, a repris les mêmes termes en son art. 6 ; en son art. 7, énumérant les « crimes contre l’humanité », il porte aussi qu’

« Aux fins du présent Statut, on entend par crime contre l’humanité l’un quelconque des actes ci-après lorsqu’il est commis dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique lancée contre toute population civile et en connaissance de cette attaque : a) Meurtre ; b) Extermination ; c) Réduction en esclavage ; d) Déportation ou transfert forcé de population ; e) Emprisonnement ou autre forme de privation grave de liberté physique en violation des dispositions fondamentales du droit international ; f) Torture ; g) Viol, esclavage sexuel, prostitution forcée, grossesse forcée, stérilisation forcée ou toute autre forme de violence sexuelle de gravité comparable ; h) Persécution de tout groupe ou de toute collectivité identifiable pour des motifs d’ordre politique, racial, national, ethnique, culturel, religieux ou sexiste au sens du paragraphe 3, ou en fonction d’autres critères universellement reconnus comme inadmissibles en droit international, en corrélation avec tout acte visé dans le présent paragraphe ou tout crime relevant de la compétence de la Cour ; i) Disparitions forcées de personnes ; j) Crime d’apartheid ; k) Autres actes inhumains de caractère analogue causant intentionnellement de grandes souffrances ou des atteintes graves à l’intégrité physique ou à la santé physique ou mentale. »

 

Bien entendu, beaucoup de défenseurs honnêtes des droits de l’homme et assurément le gros des Palestiniens trouvent en ces termes des instruments propres à permettre la qualification de nombreux actes juridiques et matériels dont les seconds sont les victimes ; l’on parle beaucoup ainsi en ce moment, d’une façon qui n’est pas simplement polémique, et que l’on ne saurait considérer comme abusive, d’ « apartheid » ; et d’autres chefs d’inculpation devraient, à n’en guère douter, être considérés dans cette liste.

Certes, ni les Etats-Unis, ni Israël n’ont ratifié le Statut, mais cela pourrait ne pas faire obstacle à ce que Tel Aviv fût inquiété [si du moins la procureure générale de la Cour, Mme Fatou Bensouda, ne semblait pas décidée – prudemment – à faire obstacle, d’une manière ou d’une autre, à toute démarche en ce sens] ; quoi qu’il en soit, les juridictions n’ont le monopole ni de l’interprétation, ni de la qualification = c’est bien pourquoi d’ailleurs des textes comme le Statut de Rome ont d’abord, comme tous les textes à vocation pénale, une vocation dissuasive, afin que toute personne au bord de commettre un crime, auto-interprétant sa propre intention et qualifiant l’acte qu’elle projette de commettre, y renonce d’elle-même.

 

 

II/ Israël, « État-Nation du Peuple Juif »

 

Un deuxième aspect doit être liminairement conservé à l’esprit = le 19 juillet 2018, la Knesset a adopté une « loi fondamentale » [je traduis ce qui suit de l’anglais] déclarant « Israël l’État-Nation du Peuple Juif » ; cette loi rappelle d’abord quelques « principes fondamentaux » – ainsi = que « la terre d’Israël est la patrie historique du Peuple Juif » [ce qui est controuvable et a pour effet fort radical de nier dix-neuf siècles d’histoire, ce qui est gênant] ; que « le droit d’exercer son autodétermination au sein de l’État d’Israël appartient exclusivement au Peuple juif » ; que les symboles de l’État sont exclusivement ceux de la tradition juive [étoile de David, menorah, c’est-à-dire chandelier à sept branches, etc.] ; que Jérusalem, en son entier, est la capitale d’Israël ainsi défini [on y reviendra].

Puis, concernant la colonisation [évoquée par l’expression Jewish settlement], elle se trouve érigée en « valeur nationale » dans l’art. 7, lequel dispose que l’État « agira en vue de l’encourager et de promouvoir son établissement [establishment] et sa consolidation ».

Tout est dit en vérité dans l’intitulé de la loi, qui emporte un irrésistible glissement du religieux au supposément « racial » [le religieux prouvé généalogiquement devenant le critère, simplement, d’un « racial » supposé, fût-il dépourvu de sens sérieux] = en Israël, État et Nation forment un tout, et l’État ne l’est que d’une seule Nation, la Nation du Peuple juif, la Nation juive ; les Arabes [et autres], exclus de la Nation le sont donc de l’État ; certes, ils pourront s’y voir conférer des droits, y compris des droits politiques [il y a ainsi, on le sait, des élus arabes à la Knesset] ; mais il n’y jouiront d’aucun droit comme originaire ; ils n’y auront pas part à la souveraineté, comme l’on dit parfois assez maladroitement, pas de droit à exercer leur « autodétermination » selon le mot du texte.

 

Comment plus fermement inviter un peuple – ce peuple que l’on appelle palestinien – à sortir de l’histoire, histoire du passé [allouée abusivement à des juifs venus il y a peu pour la plupart sur la terre d’ancêtres supposés, ayant au mieux abandonné cette terre « promise, pour ceux qui en seraient venus, il y a soixante-cinq générations, comme s’il n’y avait pas eu de conversions au fil de deux millénaires, et d’alliances matrimoniales diverses, comme si, en dehors d’une affaire khazare que l’on ne saurait ne pas prendre au sérieux, même si sa géométrie est controversée, il n’y avait pas lieu de considérer les objections de divers auteurs, parmi lesquels le contrariant M. Shlomo Sand est le plus connu] et bien entendu histoire du présent et de l’avenir [dont il est posé qu’aucun « non-juif » ne saurait contribuer à la construire par la manifestation de sa volonté, accomplissant ainsi la transmutation de sa liberté en souveraineté et donc se mettant ainsi à même de nourrir l’espoir, simplement, de se constituer avec les siens en peuple] ?

 

Proche-Orient au IXe s. ajc.png

 

Comment encore, en posant la colonisation comme destin de l’Etat-Nation juif, c’est-à-dire, par principe, en annexant purement et simplement la Cisjordanie – sous la condition de la manifestation progressive de la volonté de l’État-Nation juif, discrétionnaire et non bornée spatialement dans le cadre d’un « Israël » dont le territoire n’est pas vraiment défini [et qui pourrait devenir un très « Grand Israël », au-delà même de la Cisjordanie, entre Nil et Euphrate suggèrent certains…] –, comment donc dénier plus radicalement tout territoire aux Palestiniens, peuple levantin issu [à la façon de tous les peuples ou presque] des croisements, infinis et indéfinis, des populations de la région dans les millénaires ? [v. carte ci-dessus, autour du IXe siècle ajc — et peuple, je le rappelle à gros traits, qui porte le nom des Philistins qui occupaient en gros l’actuelle bande de Gaza, et qui prétend, dans sa quête d’identité, être héritier des Cananéens, lesquels, dès le deuxième millénaire ajc, occupaient toute la région côtière de l’actuel Israël au-dessus de la présente bande de Gaza, parfois avec une emprise assez profonde dans l’intérieur des terres — peuple en tout cas, ce peuple palestinien, issu du mélange inappréciable dans la durée des Philistins, des Cananéens, des Hébreux, victorieux des Cananéens, probablement entre 1250 et 1200 ajc, puisqu’une partie du peuple juif put se convertir successivement au christianisme et, par la suite, à l’islam, des Moabites, des Édomites, des Hasmonéens, des Ammonites, des Araméens, des Phéniciens, et finalement, certains de ces peuples étant d’ailleurs déjà venus de la péninsule arabique, des Arabes, d’abord bédouins circulant depuis toujours par les déserts, mais ayant ensuite peu à peu afflué en effectifs plus significatifs, mais forcément minoritaires, lors de l’immense mouvement d’expansion de l’islam du VIIe siècle, sans exclure non plus des apports byzantins ou turcs résiduels, des brassages divers et nombreux au long de l’âge Ottoman, etc.

 

Au terme d’un mouvement négationniste de la pensée sans exemple, voici donc ceux qui se croient subjectivement palestiniens à la fois, indissociablement, sans temps et sans terre, sans histoire et sans géographie, soumis indéfiniment, pour leur simple survie, à l’inexistant bon vouloir d’un autre peuple qui prétend saturer les millénaires et les territoires au détriment de tout autre, cet autre se trouvant, en ce cas, transformé en un tout autre définitivement inacceptable, si ce n’est, tout à fait comme les Indiens de Bolivie très bientôt, pour accomplir des besognes très subalternes dans le cadre d’un assujettissement de fer, et sous le jougs moral insupportable d’un accablant mépris.

 

1: Plan de partage de l'ONU de 1947.png

 

 

III/ Cinquante ans de colonisation après trois guerres

 

Je souhaite être aussi bref que possible ici ; mais un modeste rappel historique permet de mieux comprendre l’extrême amertume de la situation pour le peuple palestinien.

1/ Le plan de partage des Nations Unies [ carte ci-dessus] du 29 novembre 1947 [résolution 181 de l’Assemblée générale que nous retrouverons brièvement beaucoup plus loin] partageait à peu près par moitié le territoire de la Palestine théorique =

a/ l’État juif bénéficiait à l’ouest d’une longue bande littorale, profonde d’en moyenne quarante kilomètres, et longue d’à peu près deux cents, entre le nord de Haïfa et le sud de Jaffa ; il disposait encore au nord-est, articulée autour du lac de Tibériade, d’une bande à peine moins longue et d’une épaisseur variable mais sensiblement équivalente à celle de la bande littorale ; enfin, il se voyait attribuer un territoire beaucoup plus considérable au sud, étiré entre Mer Morte, Mer Rouge et une bande de Gaza qui se prolongeait, presque à angle droit par une bande s’inscrivant entre Néguev et Sinaï, c’est-à-dire en gros l’actuel district sud d’Israël, s’étendant autour du désert du Néguev, parcouru traditionnellement par les Bédouins ;

b/ l’État arabe s’inscrivait dans une continuité territoriale tourmentée comprenant une façade maritime autour de Gaza et au nord d’Acre, et une grande Cisjordanie s’étalant entre les trois masses territoriales consenties aux juifs ;

c/ une zone internationale limitée, mais symboliquement très importante, englobait, au cœur de la grande Cisjordanie, Jérusalem, objet des passions les plus vives ;

 

[lien avec le texte de la résolution n° 181 =

http://archive.wikiwix.com/cache/index2.php?url=http%3A%2F%2Fdomino.un.org%2FUNISPAL.NSF%2F0%2F7f0af2bd897689b785256c330061d253%3FOpenDocument

 

2/ Ce plan de partage ne devint toutefois pas effectif ; le lendemain même, une guerre civile [selon l’expression généralement retenue et peut-être inadaptée] entre populations juive et arabe éclata, causant des milliers de morts, dans l’indifférence relative de la puissance mandataire anglaise, engagée désormais dans son retrait ; et quelques mois plus tard, lors du dernier jour de la présence britannique, le 14 mai 1948, David Ben Gourion, président de l’Agence juive, proclama l’indépendance de ce qui fut désigné comme État d’Israël.

 

Le Moyen Orient en 1950.png

 

La Première Guerre israélo-arabe de 1948 – déclarée par le Royaume Hachémite de Transjordanie, le Royaume Hachémite d’Irak, le Royaume d’Égypte et la République de Syrie, épaulés par une Armée de Libération Arabe, formée de quelques milliers de volontaires réunis à l’initiative de la Ligue arabe – fut une guerre sanglante [six mille morts environ du côté israélien, autour de vingt mille dans l’autre camp] qui exaspéra les tensions interethniques dans toute la région et au-delà, accroissant les mouvements de populations [notamment l’exil de 750000 Palestiniens, appelés pour beaucoup à peupler des camps de réfugiés [l’on parle de la Nakbah – le désastre, la catastrophe], et le flux, à partir des divers pays arabomusulmans, de l’émigration juive en Israël] ; mais, mal conduite par les forces arabes, adossées à des régimes dont les arrière-pensées étaient diverses [la monarchie jordanienne aspirant ainsi à l’annexion pure et simple de la partie arabe de la Palestine – ce qui est accompli sur la carte de la région que j’ai portée ci-dessus – et souhaitant un accord avec Israël] et dont certaines ne souhaitaient pas vraiment s’impliquer dans le conflit, cette guerre de quelques mois, mettant finalement aux prises sur le terrain des forces à peu près équivalentes, contrairement à la légende soigneusement cultivée d’une minuscule collectivité rééditant – miraculeusement – l’exploit de David contre Goliath, eut des effets contraires à ceux que les puissances qui l’avaient déclenchée poursuivaient [ou prétendaient poursuivre]

Cette guerre, quoi qu’il en soit, bouleversa profondément [v. carte ci-dessous] l’économie du partage de 1947, créant 1/ un déséquilibre territorial en permettant à Israël, dont les troupes [principalement les forces paramilitaires de la Haganah] avaient beaucoup progressé sur le terrain, la jonction des trois emprises en Palestine qui lui avaient été consenties internationalement [d’une façon que l’on pourrait discuter, mais c’est une autre question] et une expansion importante ayant pour effet la configuration d’une Cisjordanie étroite, d’une bande de Gaza réduite, et la prise de la partie occidentale de Jérusalem à la faveur de la création d’une péninsule entaillant sévèrement la Cisjordanie ; 2/ un résultat paradoxal pour les Palestiniens, qui se voyaient purement et simplement retirer l’horizon d’espérance de former un État, prévu expressément pourtant par la résolution 181 de l’Assemblée générale des Nations Unies en novembre 1947 [que nous retrouverons par la suite], puisque la Cisjordanie se trouvait annexée par le Royaume de Transjordanie, devenant ainsi purement et simplement royaume de Jordanie, et la bande de Gaza, réduite, par le Royaume d’Égypte… [il ne me semblerait pas excessif de considérer qu’il faut placer au principe du malheur palestinien, non seulement la politique d’Israël, mais les démarches velléitaires ou intéressées des « frères » arabes et le cynisme total, et signalant finalement une forme de cécité, et même de stupidité historique, du royaume hachémite de Jordanie — je reviendrai beaucoup plus loin sur le Jordanian-Israeli General Armistice Agreement du 3 avril 1949 dont voici toutefois le lien = http://archive.wikiwix.com/cache/index2.php?url=http%3A%2F%2Favalon.law.yale.edu%2F20th_century%2Farm03.asp  ]

 

2: Première guerre israélo-arabe 1948.png

 

3/ Laissons de côté la crise du canal de Suez, à la charnière d’octobre et de novembre 1956, non du tout parce qu’elle pourrait être considérée comme négligeable, mais dans la mesure où elle n’a pas emporté de modification territoriale pertinente au regard de la question qui nous retient.

Tout autre par ses conséquences sur ce chapitre sera – du 5 au 10 juin 1967 – la Guerre dite « des Six Jours », attaque préventive [il ne faut pas l’oublier, même si l’Égypte avait massé des troupes dans le Sinaï, bloqué le détroit de Tiran, c’est-à-dire l’entrée du golfe d’Aqaba en Mer Rouge, et passé avec la Jordanie un traité de défense mutuelle complétant un accord avec la Syrie] dont les suites pèsent si lourdement sur tout notre temps.

À la fin du conflit, Tel Aviv avait conquis l’immense Sinaï, la bande de Gaza [sur l’Égypte], la Cisjordanie et Jérusalem-Est [sur la Jordanie] et le plateau du Golan [sur la Syrie] ! [v. carte ci-dessous]

[Je reviendrai plus loin sur la résolution 242 du Conseil de Sécurité des Nations Unies en date du 22 novembre 1967]

 

3: La Guerre des Six Jours de 1967.png

 

4/ Tant que le président Nasser demeurerait en vie, il conduirait ce qu’il appellerait une « guerre d’usure » contre Israël afin que l’Égypte recouvre sa souveraineté sur le Sinaï ; les ripostes de Tel Aviv emporteraient bien entendu des déplacements de population sur la rive demeurée effectivement égyptienne du canal [on a là, on le sait, un aspect majeur et constant du destin des peuples broyés d’Orient] ; certes, un cessez-le-feu serait appuyé par la Russie et les Etats-Unis en août 1970, mais diverses circonstances suggéraient que, à la mort de Nasser [septembre de la même année], le conflit n’était aucunement apaisé, Le Caire ne pouvant s’accommoder bien sûr d’une telle perte territoriale.

 

C’est, du 6 au 24 octobre 1973, la Guerre du Kippour [dite par les Arabes, par l’effet d’une coïncidence calendaire = du Ramadan] qui allait emporter un premier déblocage de la situation territoriale issue de la Guerre des Six Jours. Ce conflit fut déclenché par surprise par l’Égypte et la Syrie, lesquelles attaquèrent respectivement par le Sinaï et par le Golan ; après avoir fortement progressé pendant quelques jours, ces deux puissances furent toutefois bloquées par une puissante contre-offensive des troupes de Tel Aviv qui pénétrèrent largement en Syrie au nord et traversèrent au sud le canal de Suez.

C’est alors que le Conseil de Sécurité des Nations Unies adopta la résolution 338 le 22 octobre 1973, affirmant la constante validité de la résolution 242 et appelant à un cessez-le-feu qui fut adopté trois jours plus tard après d’intenses manœuvres diplomatiques des grandes puissances auprès des parties régionales à l’affaire, singulièrement de l’Égypte, maillon stratégique qui avait une nouvelle fois montré ses limites [la Syrie finissant par renoncer à une grande offensive syro-irako-jordanienne dont il est difficile d’imaginer ce qu’elle eût pu donner].

C’est dans les mois qui suivirent que put progresser peu à peu la perspective d’un accord de paix séparé entre l’Égypte et Israël = le traité de paix israélo-égyptien sera finalement signé le 26 mars 1979 à Washington, à la suite des accords de Camp David de 1978 – traité de paix préfigurant celui qui serait signé le 26 octobre 1994 entre Amman et Tel Aviv = mais alors que le traité de 1979 abolissait à peu près tout contentieux territorial entre Israël et l’Égypte, le retrait du Sinaï étant finalement complet, la Jordanie n’a pas recouvré la Cisjordanie, au terme d’une sorte de marché de dupe, puisqu’elle a renoncé à cette terre avec l’assurance au fond qu’elle deviendrait pleinement, au terme d’un processus de paix, la terre du peuple palestinien. [sur la guerre du Kippour et ses suites, la carte ci-dessous]

 

4: La Guerre du Kippour de 1973 et ses suites.png

 

5/ L’on aura compris que le processus de colonisation de la Cisjordanie ne put pas commencer avant 1967 ; par la suite, il ne prit son essor qu’après une période intermédiaire au cours de laquelle le mouvement ultérieur n’aurait pu être véritablement prévu dans la radicalité qui devint la sienne, tendant purement et simplement à substituer à une Cisjordanie promise au peuple palestinien une « Judée-Samarie » en laquelle celui-ci demeurerait assujetti.

Ce qu’il faut comprendre, c’est que ce mouvement ne fut pas, en quelque sorte, circonstanciel, mais considéré par un nombre toujours croissant d’Israéliens comme réfléchissant une forme de nature d’Israël, relevant d’une manière d’ontologie dynamique du peuple de Dieu ; cet aspect pourrait sembler contradictoire avec le caractère nettement séculariste, pense-t-on, du gros de la génération des fondateurs ; mais ce fut ainsi, même chez ceux-ci ; une articulation problématique fut opérée entre la laïcité de l’État auquel ils disaient aspirer et le caractère de projection spatiale d’une promesse qui demeurait le fondement ultime de cet État.

Il est d’ailleurs un texte que l’on évoque trop peu souvent = celui de la Déclaration d’Indépendance de l’État d’Israël lue le 14 mai 1948 par David Ben Gourion [duquel on connaît d’ailleurs nombre de propos qui vont plus loin que ce qui suit] ; quelques extraits, en son début et en sa fin, permettent de comprendre l’esprit qui a sous-tendu la mise en œuvre du projet sioniste =

Eretz Israël est le lieu où naquit le peuple juif. C’est là que se forma son caractère spirituel, religieux et national. C’est là qu’il réalisa son indépendance, créa une culture d’une portée à la fois nationale et universelle et fit don de la Bible au monde entier.

Contraint à l’exil, le peuple juif demeura fidèle au pays d’Israël à travers toutes les dispersions, priant sans cesse pour y revenir, toujours avec l’espoir d’y restaurer sa liberté nationale. […]

Nous lançons un appel au peuple juif de par le monde à se rallier à nous dans la tâche d’immigration et de mise en valeur, et à nous assister dans le grand combat que nous livrons pour réaliser le rêve poursuivi de génération en génération: la rédemption d’Israël.

Confiant en l’Éternel tout-puissant, nous signons cette déclaration sur le sol de la patrie, dans la ville de Tel Aviv, en cette séance de l’Assemblée provisoire de l’État, tenue la veille du chabbat, le 5 lyar 5708, quatorze mai mil neuf cent quarante-huit.

De ce point de vue, il serait difficile, il me semble, de considérer que la loi fondamentale de juillet 2018, en érigeant la colonisation juive en « valeur fondamentale [supra], n’ait pas dans une large mesure accompli ce qui demeurait à peine latent dans la Déclaration d’indépendance. David Ben Gourion lui-même, d’ailleurs, ne pouvait s’y résoudre = il voyait dans la renonciation à la vieille ville de Jérusalem et à la Cisjordanie [Judée-Samarie] une « cause de lamentation pour des générations » [cité par M. Benny Morris].

 

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6/ Quoi qu’il en soit, ce que la langue hébraïque désigne comme hitnahalut, implantations, a prospéré de façon saisissante au cours du dernier demi-siècle, encouragé par les sentiments patriotiques et religieux que la victoire de 1967 avait vivifiés, et avec un dynamisme accru depuis le retour au pouvoir de M. Nétanyahou en 2009 ; ces colonies [sachant que les implantations au Sinaï et à Gaza ont été bien entendu démantelées, respectivement en 1982 et 2005] sont désormais au nombre d’une trentaine au Golan [mais du Golan, je reparlerai], et de plus de cent-cinquante sur un territoire cisjordanien dont la taille est celle d’un simple département français choisi parmi ceux de taille médiocre, espace en lequel s’entassent donc, à côté de deux millions huit cent mille palestiniens, six-cent cinquante mille juifs [dont à peu près la moitié à Jérusalem-Est et certains regroupés dans de véritables villes nouvelles].

 

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Un tel procès de colonisation s’est bien entendu accompagné d’une constante violence, par les effets, nullement édulcorés, de son simple accomplissement, envers la population palestinienne dont l’existence a été placée, inévitablement, en dehors même des violences les plus caractérisées, sous un régime – je reprends à dessein quelques mots croisés au début de mon texte – dans lequel ses « conditions de vie » se trouvaient bouleversées et elle se trouvait exposée à de mécaniques « transferts forcés » et à des jeux de discrimination spatiale dont on ne voit pas comment on pourrait ne pas les considérer comme caractéristiques de l’ « apartheid » [ce terme, en langue afrikaans, a d’ailleurs pour sens « séparation » ; or tel est le mot auquel on a recours, on va le voir immédiatement, en Israël]

 

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Un mur – la « barrière de séparation » [ce qui est peu dire pour un mur de huit mètres de haut par endroit, jalonné d’un certain nombre de tours et miradors] – a d’ailleurs été peu à peu édifié depuis 2002 [il est curieux qu’il n’ait guère suscité l’émotion des bonnes âmes, si promptes à s’émouvoir du projet trumpien de poursuivre la barrière méridionale déjà entamée par MM. George Bush, le fils, et Barack Obama]. Or ce mur [qui n’est d’ailleurs vraiment tel que sur une petite partie de sa longueur, mais laisse place ailleurs à une infranchissable barrière dite « multicouches » s’étalant sur cinquante mètres de large] a déjà eu pour effet d’annexer spatialement un certain nombre de colonies à Israël, aggravant sévèrement les conditions de vie de nombreux Palestiniens [voir ci-dessus l’écart entre la ligne verte et la barrière de séparation]. Le 28 juillet 2017, M. Cyrille Louis, consacrant à cette enceinte un article dans le Figaro [qui n’est pas un brûlot « propalestinien » semble-t-il], au sein d’une série de papiers consacrés au thème intéressant des « Murs dans le monde », écrivait =

[titre =] À Bethléem, la «barrière de séparation» d’Israël asphyxie les Palestiniens de Cisjordanie

LES MURS DANS LE MONDE (2/6) – Le mur, qui englobe des colonies, protège des attentats mais prive les agriculteurs de leurs terres et empêche une majorité de Palestiniens de se rendre sur leurs lieux saints.

L’Assemblée générale des Nations-Unies a massivement et fermement condamné la construction de ce mur dès le 21 octobre 2003 ; de même la Cour Internationale de Justice dans un avis consultatif du 9 juillet 2004 [je reviendrai plus loin, je le répète, sur les aspects de légalité internationale les plus denses]

 

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Ci-dessous, quelques fresques merveilleuses peintes par un maître fameux du Street Art, Bansky, en 2005

 

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IV/ Brèves observations sur la Bande de Gaza et sur la « nature » de l’entité palestinienne

 

On aura compris que mon propos porte essentiellement sur ce qui, après ce quatrième mouvement préliminaire, suivra [= la nouvelle politique étatsunienne concernant la Palestine, et son illégalisme systématique et décidé, nullement certes pour surprendre], intéresse donc la question des Territoires occupés [la Cisjordanie, le Golan et Jérusalem-Est – le Golan étant une partie du territoire syrien], et n’est nullement ainsi de brosser une fresque historique incluant les multiples rebondissements d’une histoire à la fois chaotique et très douloureuse, mais procédant toujours davantage dans le sens d’une oppression et d’une compression plus lourdes du peuple palestinien [et d’un peuple palestinien sans doute, sous les coups répétés, davantage divisé que par le passé par les différences de statuts que la domination israélienne a introduites – entre Gaza et la Cisjordanie certes, mais aussi au sein de cette dernière, selon bien entendu le degré, différencié, d’acceptation de travailler pour Israël, capable de pourvoir les moins indociles d’emplois et donc de revenus], après du moins un moment de respiration, et peut-être même d’espoir il y a un quart de siècle.

 

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Je ne saurais ne pas accorder quelques mots particuliers à la Bande de Gaza [une vue ci-dessus], territoire – à première vue – nullement occupé ; Gaza manifeste en effet de la façon la plus perverse qui soit, et sur le mode d’une radicalité particulière, l’impossibilité pour ses habitants d’échapper le moins du monde à la fatalité contemporaine, sous des formes diverses, d’un destin palestinien tout entier d’humiliation, de dépossession et de douleur.

Il est notable d’ailleurs – et justifié – que du point de vue du droit international [et de la communauté internationale, comme l’on dit, en des acceptions d’ailleurs diverses], Gaza soit considéré comme territoire occupé au même titre que la Cisjordanie, l’ensemble des territoires placés sous l’autorité, eût-elle été nominale à Gaza pendant dix ans [de 2007 à 2017], de l’Autorité palestinienne, formant une entité d’un statut malgré tout difficile à caractériser sans une pointe d’inquiétude. Ce statut de territoire occupé est d’ailleurs compris internationalement comme créant des obligations pour l’occupant [au titre en particulier de la Quatrième Convention de Genève relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre du 12 août 1949, laquelle sera évoquée plus loin], et n’est donc pas – dans la situation – un désavantage formel pour les Gazaouis [à ceci près qu’Israël – qui pourtant, tout en récusant le recours formel à la Quatrième Convention et au Premier protocole, admet en accepter le contenu – foule au pied méthodiquement ses obligations].

Notons que cette admission internationale de l’applicabilité de la Quatrième convention, et du Premier protocole additionnel du 8 juin 1977 relatif à la protection des victimes des conflits armés internationaux [le rejet donc de l’applicabilité du Deuxième protocole du même jour concernant les « conflits non internationaux« ] place donc Israël, contre sa position, et la Palestine, conformément par contre à sa revendication constante, en situation de conflit international, et incline à penser que la position concordante de l’Assemblée générale et du Conseil de sécurité des Nations Unies, ainsi que de la Cour internationale de justice, est d’admettre que la Palestine doit être considérée comme un véritable État, mais alors largement ineffectif et en tout cas largement occupé et réduit dans ses prérogatives ; mais un certain embarras tient à ce que, par exemple, dans l’avis de 2004 que nous retrouverons, le raisonnement effectué par la Cour de Justice concerne la Cisjordanie – la zone située à l’est de la ligne verte – mais non Gaza qui n’a jamais été un fragment du territoire du royaume de Jordanie, laquelle avait été partie à la convention de 1949 ; la situation est donc assez difficile à caractériser et à justifier avec certitude, un aspect se trouvant toutefois hors de doute = les organes les mieux assurés de la « communauté internationale » considèrent tous que tous les territoires palestiniens sont des territoires occupés dans le cadre d’un conflit international justifiant l’application du droit humanitaire au titre de la IVe convention de 1949 et du Premier protocole de 1977.

 

Le territoire de ce camp de concentration à ciel ouvert [camp même d’extermination lorsque des snipers israéliens décident de faire des cartons] est minuscule = quarante kilomètres sur six à douze, trois cent soixante kilomètres carrés en tout, c’est-à-dire 50% de plus que la Forêt de Fontainebleau par exemple, ou celle de Rambouillet, 6% d’un département comme l’Oise ou la Seine-et-Marne ; puisque les Gazaouis sont plus de deux millions, la densité est considérable = 5500 h/km2 [deux fois celle de Bahrein, 50% de plus que Gibraltar, presque autant que Hong-Kong, les deux tiers de Singapour] ; cet aspect ne contribue certes pas à faciliter la vie des habitants, lesquels pourtant nous donnent une belle leçon [à nous qui ne voulons plus vraiment, ni concevoir, ni vraiment essayer d’élever des enfants] en procréant avec courage dans l’adversité même.

 

[pour illustrer l’expression « faire des cartons », par laquelle je ne souhaite aucunement faire de l’humour = lien avec un petit film présenté par France 2 en 2018 sur les criminelles atrocités commises par les snipers israéliens, acharnés à blesser par dizaines de milliers, à mutiler par milliers, à tuer par centaines les héroïques jeunes Gazaouis qui, sans attaquer les soldats, puisqu’ils ne le pourraient matériellement pas, procèdent à la Marche du Retour sur le territoire même de la bande de Gaza [vous noterez, parmi les moments les plus terribles, celui où le jeune cycliste comprend, tout en conservant une admirable dignité, que pour un pauvre comme lui il ne saurait y avoir qu’une prothèse de la jambe de bas de gamme

https://www.youtube.com/watch?v=ktKrbzIX7Pc ]

 

 

Beaucoup pensent que Gaza jouit dans les faits d’un statut de quasi-indépendance depuis le départ complet de l’occupant israélien et l’évacuation de ses colons en 2005 [et aussi bien sûr la rébellion du Hamas contre l’Autorité Palestinienne en juin 2007] ; or ce n’est pas le cas, loin s’en faut ; la bande de Gaza, d’ailleurs indissociable légalement de la Cisjordanie, peut bien être considérée avec cette dernière comme un État par les deux tiers des États du monde et par les institutions au travers desquelles s’exprime la communauté internationale ; mais pour autant, elle ne ressemble guère à un État souverain ; si l’on ne considère pas ce dernier aspect, l’on ne saurait comprendre pourquoi, d’ailleurs, l’on eût si longtemps parlé d’une « solution à deux États » ; ou plutôt = Gaza, dans le cadre général régissant les entités palestiniennes, semble s’être mis à même, entre 2007 et 2017 du moins [ces deux dates se comprennent dans le contexte du présent développement], de gérer, sur le plan interne, sa misère – une extrême pénurie en particulier dans des domaines aussi essentiels à la survie que l’eau ou l’énergie –, mais aucunement de se mettre en quête des voies, revêtant inévitablement une dimension internationale, qui lui permettraient d’y échapper.

S’agissant d’ailleurs de la dépendance étroite de Gaza envers l’Autorité palestinienne – qui a retrouvé après dix années le contrôle administratif du territoire après que le Fatah et le Hamas aient signé un accord de réconciliation au Caire en octobre 2017 -, la misérable bande en porte cruellement le fardeau ; la rigueur du président Abbas pour cette terre indocile s’est particulièrement manifestée récemment par le décret présidentiel du 3 janvier 2018 rétablissant la perception des impôts sur la bande de Gaza [le Conseil législatif palestinien siégeant à Ramallah devait être saisi ultérieurement, mais je ne saurais dire ce qu’il en a été] ; certes, il ne s’est agi que d’aligner les prélèvements de Gaza sur ceux de la Cisjordanie, mais la situation des deux régions est très différente, puisque nombre de Cisjordaniens, portant certes le poids de la sujétion, jouissent du moins d’un emploi en Israël qui leur procure des revenus ; à Gaza, l’on craignait en particulier que droits de douane et TVA ne portent un coup supplémentaire à une économie très dépressive [les renseignements précis sur les développements récents me font défaut mais divers articles de presse plus généraux ne laissent guère de doute sur la dégradation de la situation].

Certes, en 1994, dans un climat favorable conforté par les Accords d’Oslo de 1993, l’administration de la bande [exceptées les colonies] avait été transférée à l’Autorité Palestinienne [mais, ainsi que je le suggérerai beaucoup plus loin, l’ouverture constituée apparemment par les accords d’Oslo se révélerait finalement un piège redoutable du fait que Yasser Arafat et ses conseillers, avec trop d’optimisme et même de naïveté, y avaient consenti beaucoup plus qu’on ne leur accordait, au point qu’il est possible de considérer – tel fut et demeure le sentiment du grand Noam Chomsky que les accords dits d’Oslo doivent être placés au principe de l’actuelle bantoustanisation palestinienne] –  ; et en 2005 le désengagement complet d’Israël, avec évacuation des colons, avait été consommé, après des années, à nouveau, de tensions extrêmes ; mais Tel Aviv, toutefois, conserva la maîtrise complète des espaces aériens et maritimes qui lui avait été consentie par les Accords d’Oslo et détruisit bientôt l’aéroport de Gaza construit avec l’aide de l’Union européenne ; comme, depuis 2014, une clôture enferme la bande, assortie d’une zone tampon de cinq cents mètres de large qui réduit d’autant son territoire, l’enfermement de la population est absolu, un très petit nombre de points de passage demeurant contrôlés avec la plus grande rigueur par Israël et une Égypte nullement amicale, en tout cas depuis l’arrivée du Mal Sissi.

 

l'enfermement gazaoui au début de 2017.png

[NB = pour la pêche, non plus six mais dix milles depuis quelques mois]

 

 

Bien entendu, les gens de l’extérieur ne peuvent entrer que très difficilement, avec un accord peu accordé des autorités israéliennes ; mon courageux fils Louis-Cyprien, photographe et vidéaste, a échoué une première fois et compte faire une nouvelle tentative – voici son site personnel pour les curieux = 

http://www.louiscyprienrials.com

Il n’y a pas de port international mais seulement quatre modestes ports de pêche ; pour ce peuple pêcheur, l’une des rigueurs les plus sévères a tenu à la limitation sévère de son territoire de pêche, qui a emporté au cours des vingt dernières années l’impossibilité de se maintenir pour environ les deux tiers de ses pêcheurs, la plupart des autres se trouvant plongés dans la misère [ce qui peut incliner certains à essayer de dépasser la limite impartie, avec un risque considérable puisque des dizaines de pêcheurs gazaouis sont blessés chaque année par les balles des gardes-côtes israéliens et leurs bateaux saisis, et que l’on apprend même parfois que des pêcheurs gazaouis sont morts après avoir été mitraillés et coulés] ; les Accords d’Oslo avaient pour l’essentiel consenti une zone s’étendant jusqu’à vingt milles marin, par la suite ramenée à dix milles puis à six en 2006 et à trois en 2009, avant de revenir à six en 2012 ; à la fin de mai 2019, un substantiel accroissement à quinze milles a bien été consenti, mais ramenés à dix dès le début du mois de juin.

 

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La question des hydrocarbures aussi est significative ; les considérables ressources, en particulier gazières, trouvées en Méditerranée orientale déchaînent bien entendu les convoitises [v. ci-dessus une carte des gisements revendiqués par Israël]

[voir mes observations à ce propos dans mon texte « Gaz dans l’eau en Méditerranée » du 8 juin 2019, lequel présente le texte d’un autre auteur et renvoie par ailleurs à un autre billet de ma plume du 6 avril 2017, plus intéressant ici peut-être — lien avec « Gaz dans l’eau […] » =

https://assasri.wordpress.com/2019/06/08/gaz-dans-leau-en-mediterranee/ ]

Aujourd’hui, s’il semble qu’il n’y ait pas de difficulté entre le Liban et Chypre, ou Israël et l’Égypte, les relations sont tendues sur ce chapitre entre le Liban et Israël, Chypre et la Turquie, cette dernière et la Grèce, etc., les grands oubliés, ceux dont on ne parle pas même, sont les Gazaouis, je l’avais souligné en avril 2017 = il n’est pas même besoin, on le comprend en considérant la carte, que l’on fore dans la zone qu’ils pourraient revendiquer, entre Égypte et Israël, pour que se trouvent ponctionnées dans une certaine mesure leurs propres ressources, dont ils auraient un si grand besoin.

 

[[ Sur cette affaire, l’inexploitation intéressant moins que l’exploitation, l’immobilisation de la situation a pour effet que, à ma connaissance, il y ait peu d’études ; c’est donc avec soulagement que je publie ci-dessous un entretien donné il y a quatre ans par le Pr Michael Schwartz, traduit il y a un an et repris par le site middleeasteye.net

Voici le lien =

https://www.middleeasteye.net/fr/analyses/l-nergie-nerf-de-la-guerre-au-moyen-orient-1071674622

Et voici le texte lui-même =

Comment le gaz naturel de Gaza est-il devenu l’épicentre d’une lutte  internationale pour le pouvoir ?

Je vous le donne en mille. Presque toutes les guerres, les insurrections et les autres conflits actuels au Moyen-Orient sont liés par un élément commun qui représente également une menace : ils se déroulent tous dans le cadre d’une course de plus en plus effrénée pour rechercher, extraire et vendre des combustibles fossiles dont la consommation future mènera indubitablement au déclenchement d’une série de crises environnementales cataclysmiques.

Parmi les nombreux conflits associés aux combustibles fossiles dans la région, l’un d’entre eux, riche en menaces de différentes envergures, a été largement négligé, et Israël se trouve à son épicentre. Ses origines remontent au début des années 1990, lorsque les dirigeants israéliens et palestiniens commencèrent à se disputer au sujet de potentiels gisements de gaz naturel en mer Méditerranée, au large de la côte de Gaza. Au cours des décennies qui suivirent, la dispute s’est transformée en un conflit qui s’est répandu sur plusieurs fronts, impliquant plusieurs armées et trois marines. Ce faisant, il a déjà infligé une misère incommensurable à des dizaines de milliers de Palestiniens, et menace dans le futur d’accroître le malheur des Syriens, des Libanais et des Chypriotes. Même les Israéliens pourraient finir par être affectés.

Certes, les guerres pour les ressources naturelles ne sont pas une nouveauté. Pratiquement toute l’histoire du colonialisme occidental et de la mondialisation au lendemain de la Seconde guerre mondiale a été animée par un effort visant à trouver et à commercialiser des matières premières nécessaires au développement ou au maintien du capitalisme industriel. L’expansion israélienne en Palestine et l’appropriation des terres palestiniennes constituent des éléments de cet effort. Mais les combustibles fossiles ne sont arrivés sur le devant de la scène dans les relations israélo-palestiniennes que dans les années 1990, et ce conflit, localisé à l’origine, ne s’est étendu à la Syrie, au Liban, à Chypre, à la Turquie et à la Russie qu’après 2010.

L’histoire toxique du gaz naturel de Gaza

En 1993, lorsqu’Israël et l’Autorité palestinienne (AP) signèrent les accords d’Oslo qui devaient mettre fin à l’occupation israélienne de Gaza et de la Cisjordanie et créer un Etat souverain, personne n’accordait beaucoup d’importance à la côte de Gaza. De ce fait, Israël accepta que l’AP nouvellement créée obtienne le contrôle total de ses eaux territoriales, même si la marine israélienne continuait de patrouiller dans la zone. Les gisements de gaz naturel censés exister dans cette zone importaient peu car, à l’époque, les prix étaient très bas et les réserves extrêmement abondantes. Il n’y a rien d’étonnant au fait que les Palestiniens aient pris leur temps avant de faire appel à British Gas (BG) – un acteur principal dans la course mondiale au gaz naturel – afin de découvrir ce qu’il en était réellement. Ce ne fut qu’en 2000 que les deux parties signèrent un contrat assez modeste pour développer ces gisements, dont l’existence était désormais confirmée.

BG promit de financer et gérer leur développement, de prendre en charge l’ensemble des coûts et d’assurer le fonctionnement des installations qui en résultaient en échange de 90 % des revenus, un accord de « partage des bénéfices » particulièrement abusif mais typique. Dotée d’une industrie du gaz naturel déjà opérationnelle, l’Egypte accepta de servir de centre d’activité terrestre et de point de transit pour le gaz. Les Palestiniens devaient recevoir 10 % des revenus (estimés à environ 1 milliard de dollars au total) et reçurent la garantie de bénéficier d’un accès à une quantité de gaz suffisante pour répondre à leurs besoins.

Si ce processus avait progressé plus rapidement, le contrat aurait pu être mis en œuvre tel qu’il avait été rédigé. Cependant, en 2000, avec une économie en pleine expansion, des combustibles fossiles déjà bien insuffisants et des relations particulièrement mauvaises avec ses voisins riches en pétrole, Israël se retrouva confronté à une pénurie chronique d’énergie. Au lieu d’essayer de résoudre son problème par un effort agressif, mais réalisable, visant à développer des sources d’énergie renouvelables, le Premier ministre Ehoud Barak inaugura l’ère des conflits pour les combustibles fossiles de la Méditerranée orientale. Il imposa un contrôle naval israélien des eaux côtières de Gaza et rejeta l’accord avec BG. A la place, il exigea que ce soit Israël et non l’Egypte qui reçoive le gaz de Gaza et qu’il contrôle également tous les revenus destinés aux Palestiniens – afin d’éviter que l’argent ne soit utilisé pour « financer le terrorisme ».

Avec ces mesures, les accords d’Oslo furent officiellement voués à l’échec. En déclarant que le contrôle palestinien des revenus issus du gaz était inacceptable, le gouvernement israélien s’est engagé à ne pas accepter l’autonomie budgétaire même la plus limitée de l’Etat palestinien, encore moins sa pleine souveraineté. Etant donné qu’aucun gouvernement ou organisation palestinienne ne conviendrait d’une telle proposition, ceci garantit un avenir riche en conflit armé.

Le veto israélien aboutit à l’intervention du Premier ministre britannique Tony Blair, qui essaya de négocier un accord satisfaisant à la fois le gouvernement israélien et l’Autorité palestinienne. Résultat : une proposition de 2007 selon laquelle le gaz devait être livré à Israël, non pas à l’Egypte, à des prix inférieurs au marché, avec le même pourcentage de 10 % des recettes allant à l’AP. Toutefois, ces fonds devaient d’abord être livrés à la Réserve fédérale de New York pour leur distribution future, ce qui avait pour but de garantir qu’ils ne seraient pas utilisés pour financer des attaques contre Israël.

Cet arrangement ne satisfit toujours pas les Israéliens, qui désignèrent la récente victoire du parti militant, le Hamas, aux élections de la bande de Gaza comme étant la cause de la rupture de l’accord. Bien que le Hamas eût accepté de permettre à la Réserve fédérale de superviser toutes les dépenses, le gouvernement israélien, désormais dirigé par Ehoud Olmert, insista pour qu’aucune « redevance ne soit versée aux Palestiniens. » Au lieu de cela, les Israéliens livreraient l’équivalent de ces fonds « en produits et services. »

Le gouvernement palestinien déclina cette offre. Peu de temps après, Ehoud Olmert imposa un blocus draconien sur la bande de bande de Gaza, que le ministre de la Défense israélien décrivit comme une forme de « “guerre économique“ qui entraînerait une crise politique dont le résultat serait un soulèvement populaire contre le Hamas ». Avec la coopération de l’Egypte, Israël s’empara ensuite du contrôle de tout le commerce à l’intérieur et à l’extérieur de la bande de Gaza, limitant sévèrement jusqu’aux importations de produits alimentaires et éliminant l’industrie de la pêche de la région. Comme Dov Weisglass, conseiller d’Ehoud Olmert, l’a résumé dans son programme, le gouvernement israélien mettait les Palestiniens « au régime » (ce qui entraîna peu de temps après une « malnutrition chronique », en particulier chez les enfants de Gaza, selon la Croix-Rouge).

Comme les Palestiniens refusaient toujours d’accepter les conditions d’Israël, le gouvernement d’Olmert décida d’extraire le gaz unilatéralement, chose qu’ils pensaient ne pouvoir se produire qu’une fois que le Hamas aurait été déplacé ou désarmé. L’ancien chef d’Etat-major de l’armée israélienne et actuel ministre des Affaires étrangères, Moshe Ya’alon, l’expliqua : « Le Hamas… a confirmé sa capacité à bombarder les installations gazières et électriques stratégiques d’Israël… Il est clair que sans une opération militaire globale pour arracher le contrôle de Gaza au Hamas, aucun travail de forage ne peut avoir lieu sans le consentement du mouvement islamique radical ».

C’est dans cette logique que l’opération « Plomb durci » a été lancée en hiver 2008. Selon le vice-ministre de la Défense Matan Vilnai, Israël avait l’intention de soumettre Gaza à une « shoah » (le mot hébreu pour holocauste ou catastrophe). Yoav Galant, le général commandant l’opération, a déclaré que cette dernière était destinée à « renvoyer Gaza des décennies en arrière ». Comme l’a expliqué le parlementaire israélien Tzachi Hanegbi, l’objectif militaire spécifique était de « renverser le régime de terreur du Hamas et de prendre le contrôle de toutes les zones d’où sont tirées les roquettes sur Israël ».

L’opération « Plomb durci » a en effet « renvoyé Gaza des décennies en arrière ». Amnesty International a indiqué que l’offensive de vingt-deux jours avait tué 1 400 Palestiniens, « dont environ 300 enfants et des centaines de civils non armés, et de vastes zones de la bande de Gaza ont été rasées, laissant des milliers de sans-abri et une économie, déjà dans une situation désespérée, en ruine ». Le seul problème : l’opération « Plomb durci » n’a pas atteint son objectif, qui consistait à « transférer la souveraineté des gisements de gaz à Israël ».

Plus de sources de gaz signifie plus de guerres pour les ressources

En 2009, le gouvernement nouvellement élu du Premier ministre Netanyahou hérita de cette impasse liée aux gisements de gaz de Gaza et de la crise énergétique israélienne, qui ne fit que s’aggraver lorsque le Printemps arabe en Egypte interrompit puis anéantit 40% des réserves de gaz du pays. La hausse des prix de l’énergie contribua rapidement à l’éclatement de manifestations impliquant des Israéliens juifs, les plus massives qu’ait connues Israël depuis des décennies.

Cependant, il s’avéra que le régime de Netanyahou avait également hérité d’une solution potentiellement permanente au problème. Un immense gisement de gaz naturel récupérable fut découvert dans le bassin Levantin, une formation principalement située au large des côtes, à l’est de la Méditerranée. Les responsables israéliens déclarèrent immédiatement que la « plus grande partie » des réserves gazières dont l’existence avait été confirmée depuis peu se trouvait « à l’intérieur du territoire israélien ». De ce fait, ils ignorèrent les affirmations contraires du Liban, de la Syrie, de Chypre et des Palestiniens.

Dans un autre monde, cet immense gisement de gaz aurait pu être exploité conjointement et de manière efficace par les cinq demandeurs, et un plan de production aurait même pu être mis en place afin d’améliorer l’impact sur l’environnement de la libération future de 130 000 milliards de mètres cubes de gaz dans l’atmosphère de la planète. Toutefois, comme l’observe Pierre Terzian, directeur du journal spécialisé dans l’industrie pétrolière Petrostratégies, « Tous les éléments qui pourraient représenter un danger semblent être réunis… Il s’agit d’une région où le recours à la violence est monnaie courante ».

Au cours des trois années qui suivirent la découverte, la mise en garde de Pierre Terzian sembla encore plus annonciatrice. Le Liban devint le premier point névralgique. Au début de l’année 2011, le gouvernement israélien annonça le développement unilatéral de deux gisements se trouvant dans les eaux côtières contestées, au large de la frontière israélo-libanaise, et représentant environ 10 % du gaz du bassin Levantin. Le ministre libanais de l’Energie, Gebran Bassil, brandit immédiatement la menace d’un affrontement militaire, déclarant que son pays ne « permettrait ni à Israël, ni à aucune compagnie servant les intérêts israéliens de prendre du gaz qui se trouve dans notre zone, quelle que soit la quantité ». Le Hezbollah, le groupe politique le plus agressif au Liban, promit de répondre par des attaques à la roquette si « un seul mètre » de gaz naturel était extrait des gisements controversés.

Le ministre des Ressources israélien accepta de relever le défi, en affirmant : « ces zones se trouvent dans les eaux économiques appartenant à Israël…  Nous n’hésiterons pas à faire usage de notre force et de notre puissance non seulement pour protéger la loi, mais également le droit maritime international ».

Pierre Terzian, le journaliste spécialisé dans l’industrie pétrolière, analysa de la manière suivante les réalités de la confrontation : « En termes pratiques… personne n’est prêt à investir avec le Liban dans des eaux contestées. Il n’existe aucune compagnie libanaise ayant la capacité d’effectuer des travaux de forage, ni aucune force militaire qui pourrait être en mesure de les protéger. Mais de l’autre côté de la frontière, les choses sont différentes. Certaines compagnies israéliennes sont en mesure d’exploiter des zones situées au large, et elles pourraient prendre le risque de le faire sous la protection de l’armée israélienne ».

Comme on pouvait s’y attendre, Israël poursuivit ses activités d’exploration et de forage dans les deux gisements contestés, déployant des drones afin de protéger ses installations. Entre-temps, le gouvernement de Netanyahou investit des ressources considérables afin de se préparer à un éventuel conflit militaire. Tout d’abord, et grâce à un financement américain généreux, Israël développa le système de défense anti-missile baptisé « Dôme de fer », destiné en partie à intercepter les roquettes tirées par le Hezbollah et le Hamas visant les infrastructures énergétiques israéliennes. Il augmenta également les effectifs de la marine israélienne, se concentrant sur la capacité de cette dernière à prévenir ou à repousser les menaces à l’encontre des installations énergétiques offshore. Enfin, à partir de 2011, il lança des attaques aériennes contre la Syrie dans le but, selon une source de l’administration américaine, d’« empêcher tout transfert de… missiles évolués anti-aériens, sol-sol ou rivage-navire » au Hezbollah.

Le Hezbollah continua néanmoins à faire des réserves de roquettes capables de démolir les installations israéliennes. Et en 2013, le Liban se décida à agir, entamant des négociations avec la Russie. L’objectif était de faire en sorte que des entreprises gazières russes développent des gisements au large du Liban, pendant que la redoutable marine russe prêterait main-forte en fournissant une assistance dans l’« interminable conflit territorial avec Israël ».

Début 2015, un état de dissuasion mutuelle semblait s’être installé. Bien qu’Israël ait réussi à intégrer le plus petit des deux gisements à développer, le forage du plus important était au point mort « compte tenu de la situation sécuritaire ». Noble Energy, l’entrepreneur américain engagé par les Israéliens, n’était pas disposé à investir les six milliards de dollars nécessaires dans des installations qui seraient vulnérables aux attaques du Hezbollah, et qui se trouveraient potentiellement dans la ligne de mire de la marine russe. Malgré une présence accrue de celle-ci dans la région, les travaux n’avaient pas commencé du côté libanais.  

Pendant ce temps, en Syrie, où la violence était omniprésente et où sévissait un état d’effondrement armé, une nouvelle impasse fit son apparition. Le régime de Bachar al-Assad, confronté à une violente menace émanant de différents groupes djihadistes, survécut en partie en négociant un soutien militaire russe massif fourni en échange d’un contrat de vingt-cinq ans visant à développer les gisements de gaz du bassin Levantin revendiqués par la Syrie. L’accord comprenait une expansion majeure de la base navale russe dans la ville portuaire de Tartous, assurant ainsi une présence nettement plus importante de la marine russe dans le bassin Levantin. Même si la présence russe semblait dissuader les Israéliens de tenter de développer des gisements de gaz revendiqués par la Syrie, cette présence ne s’étendait pas à l’intérieur du territoire syrien proprement dit. Israël établit alors un contrat avec l’entreprise américaine Genie Energy Corporation afin de localiser et développer des gisements pétroliers sur le plateau du Golan, territoire syrien sous occupation israélienne depuis 1967. Confronté à un risque de violation du droit international, le gouvernement de Netanyahou invoqua comme motif de ses actes la décision d’un tribunal israélien selon laquelle l’exploitation des ressources naturelles était légale dans les territoires occupés. En parallèle, afin de se préparer pour la bataille inévitable contre la – ou les – faction(s) qui remporterai(ent) la guerre civile syrienne, il commença à renforcer la présence militaire israélienne sur le plateau du Golan.

N’oublions pas non plus Chypre, le seul pays revendiquant des droits sur les gisements du Levantin n’étant pas en guerre avec Israël. Les Chypriotes grecs sont depuis longtemps en situation de conflit chronique avec les Chypriotes turcs. Ce fut donc sans surprise que la découverte du gaz naturel dans le bassin Levantin déclencha sur l’île trois années de négociations insolubles sur ce qui devait être fait. En 2014, les Chypriotes grecs signèrent un contrat d’exploration avec l’entrepreneur principal des Israéliens, Noble Energy. Les Chypriotes turcs surenchérirent en signant un contrat avec la Turquie pour explorer les gisements revendiqués par Chypre « jusqu’aux eaux égyptiennes ». Imitant Israël et la Russie, le gouvernement turc plaça rapidement trois vaisseaux de la marine dans la région afin de bloquer physiquement toute intervention des autres prétendants.

En conclusion, quatre années de manœuvres autour des gisements du bassin Levantin récemment découverts produisirent peu d’énergie et soulevèrent de nouvelles et vives revendications de la part des prétendants, ce qui provoqua un renforcement considérable de la présence militaire dans la région et une escalade incommensurable des tensions.

Gaza encore – et encore

Vous vous souvenez du système « Dôme de fer » développé en partie en vue d’intercepter les roquettes du Hezbollah visant les gisements situés au nord d’Israël ? Au fur et à mesure, il a été installé à proximité de la frontière avec Gaza afin d’arrêter les roquettes du Hamas. Il fut testé au cours de l’opération « Returning Echo », la quatrième tentative israélienne visant à briser le Hamas et à éliminer « toute capacité [palestinienne] de bombarder les installations israéliennes stratégiques de gaz et d’électricité ».

Lancée en mars 2012, cette opération a reproduit à petite échelle la dévastation engendrée par l’opération « Plomb durci », tandis que le « Dôme de fer » réussit à atteindre un taux d’interception de 90 % des roquettes du Hamas. Ce système, bien qu’utile pour compléter le vaste réseau d’abris construits pour protéger les civils israéliens, n’a pas suffi à assurer la protection des installations pétrolières exposées du pays. Un seul coup direct pourrait endommager ou détruire des structures aussi inflammables et fragiles.

L’incapacité de l’opération « Returning Echo » à régler les problèmes déclencha un nouveau cycle de négociations qui, une fois encore, aboutit à une impasse suite au rejet palestinien de la demande d’Israël relative au contrôle de tout le carburant et les revenus destinés à Gaza et à la Cisjordanie. Le nouveau gouvernement d’unité palestinien suivi ensuite l’exemple des Libanais, des Syriens et des Chypriotes turcs, et signa une « concession d’exploration » à la fin de l’année 2013 avec la société russe Gazprom, acteur majeur sur le marché mondial du gaz naturel. Tout comme avec le Liban et la Syrie, la marine russe se dressa en tant que moyen de dissuasion potentiel face à l’ingérence israélienne.

Entre-temps, en 2013, une nouvelle série de coupures électriques sema le « chaos » en Israël, entraînant une hausse draconienne de 47 % des prix de l’électricité. En réponse, le gouvernement de Netanyahou examina une proposition visant à débuter l’extraction du schiste bitumineux local, mais le risque de contamination des ressources hydrauliques provoqua une réaction négative qui compromit cet effort. Dans un pays riche de start-ups spécialisées dans la haute-technologie, l’exploitation de sources d’énergie renouvelable ne bénéficiait toujours pas d’une réelle attention. Au lieu de cela, le gouvernement se tourna une fois de plus vers Gaza.

Craignant les mesures prises par Gazprom afin de développer les gisements de gaz revendiqués par la Palestine, Israël lança sa cinquième attaque armée visant à obtenir par la force un consentement palestinien, l’opération « Pilier de défense ». Cette attaque avait deux objectifs principaux liés aux hydrocarbures : dissuader les plans palestino-russes et éliminer enfin les systèmes de roquettes de Gaza. Le premier objectif fut apparemment atteint lorsque Gazprom reporta (peut-être de façon définitive) l’accord portant sur le développement des gisements revendiqués par la bande de Gaza. Cependant, le second ne fut pas atteint puisque la double offensive aérienne et terrestre – en dépit d’un niveau de dévastation sans précédent de la bande de Gaza – ne parvint pas à détruire les stocks de roquettes du Hamas ni son système d’assemblage localisé dans les tunnels. Le « Dôme de fer » ne réussit pas non plus à atteindre le taux quasi parfait d’interception nécessaire à la protection des installations énergétiques proposées.

Aucun dénouement

Après vingt-cinq années et cinq offensives militaires israéliennes infructueuses, le gaz naturel de la bande de Gaza attend toujours, immergé ; et quatre ans plus tard, on peut dire la même chose pour la quasi-totalité du gaz du Levantin. Mais les choses ont changé. En termes d’énergie, Israël est plus désespéré que jamais, même si le pays a renforcé ses forces militaires de manière significative, y compris sa marine. Les autres prétendants ont trouvé, l’un après l’autre, des partenaires de plus en plus importants et puissants pour les aider à appuyer leurs revendications économiques et militaires. Cela signifie sans doute que les crises du premier quart de siècle relatives au gaz naturel de la Méditerranée orientale n’auront été qu’un prélude. A l’horizon pointe la possibilité de guerres généralisées pour le gaz, et les ravages qu’elles pourraient provoquer.

 

 

 

V/ Après Jérusalem, le Golan et la rive droite du Jourdain = la doctrine Pompeo de la « colonisation »

 

L’Administration Trump – exceptionnellement proche non seulement d’Israël, mais, à la différence de celle de M. Obama, de ce qu’est devenu peu à peu Israël sous le long mandat de M. Nétanyahou [d’un Premier ministre dont, d’ailleurs, il serait erroné de supposer qu’il fût un extrémiste isolé, en réputant absurdement par exemple M. Libermann plus modéré, ce qui n’est certainement pas le cas, même si le sécularisme libermannien est davantage de nature à satisfaire les exigences du gros des Français qui jettent un œil distrait sur une situation bien complexe] – a opéré une série de choix extrêmement violents sur le plan symbolique, dont l’effet ne saurait ne pas être d’inciter Israël à poursuivre dans la voie de la colonisation, en amplifiant même le mouvement [pour lequel toutefois les bras pourraient manquer au regard de flux migratoires liés à l’aliyah modestes après quelques années fastes en 2014-2015].

Peut-être le terme « symbolique » surprendra-t-il au regard de l’ampleur possible des conséquences ; toutefois, il n’appartient pas à Washington de modifier unilatéralement la légalité internationale en de telles affaires ; ce n’est que du fait du poids considérable des États-Unis, et de la pression qu’ils parviennent souvent à exercer sur des États plus ou moins soumis, que les actions oratoires étatsuniennes peuvent emporter des effets de persuasion significatifs.

 

1/

troisième lieu saint

 

2/ Al-Jūlān/Golan

Comme nous l’avons vu plus haut, le plateau du Golan, syrien, dominant stratégiquement, de ses hauteurs de l’ordre d’un millier de mètres, la plaine syrienne qui s’étend à son orient, a été occupé par Israël à la suite de sa victoire dans la Guerre dite des Six Jours.

 

GOLAN 3 Golan.png

Ci-dessus, la carte la plus claire que j’ai trouvée en ligne ; elle date toutefois d’il y a près de vingt ans ; par conséquent, la première légende « Zone de sécurité » du Liban sud est inexacte. Cette région frontalière, qui était devenue le Fatahland dans les années soixante-dix fut, de fait, occupée par Israël de 1982 à 2000. Par la suite, elle fut dominée par le Hezbollah ;  après qu’Israël ait lancé la « Guerre des trente-trois jours », à l’été 2006, contre cette formation justement [laquelle manifesta en cette occasion son efficacité], la résolution 1701 du Conseil de Sécurité imposa le cessez-le-feu, ordonna le retrait des forces israéliennes du Liban, interdit que des forces paramilitaires, dont le Hezbollah, descendent en-dessous du fleuve Litani [voir la carte] , et ordonna le déploiement des forces  régulières libanaises et de la  Force intérimaire des Nations Unies au Liban [FINUL], créée depuis 1978. Sur le bord oriental du Golan, c’est la Force des Nations Unies chargée d’observer le désengagement [FNUOD], établie par la résolution 350 du 31 mai 1974, qui œuvre.

Israël annexa officiellement [mais illégalement] dès 1981 ce plateau stratégique ; mais il est notable justement qu’aucune administration étatsunienne, même parmi les plus réactionnaires, n’ait déclaré admettre une telle démarche en près de quarante ans, et n’ait procédé en conséquence à la reconnaissance de la souveraineté d’Israël sur le plateau occupé.

Le choix de M. Trump, exprimé le 25 avril 2019 à la Maison-Blanche, où il recevait M. Nétanyahou [photo ci-dessous], ne laissa donc pas de surprendre ; l’on pouvait souligner la relative inutilité, à première vue, de la décision trumpienne ; non seulement parce qu’elle sera très peu suivie, à n’en pas douter, par les autres États, et parce qu’elle ne saurait à elle seule modifier l’état admis de la légalité internationale, mais parce qu’elle ne change rien sur le terrain, déserté par d’innombrables réfugiés syriens [au lendemain de la victoire israélienne de 1967, des centaines de villages furent rasés, non loin de cent-cinquante mille habitants furent contraints à l’exil – devenus cinq cent mille environ désormais, entassés dans la banlieue de Damas ou le gouvernorat de Deraa pour la plupart], et déjà très largement, et systématiquement, colonisé [quelques villages syriens survivent bien, au nord, mais leurs habitants sont méthodiquement persécutés pas les autorités d’occupation].

Mais ce serait une erreur lourde de ne pas prendre au sérieux le « symbolique » ; d’abord parce qu’il ne saurait être négligé en lui-même, puisqu’il est placé au cœur – disons – des procès de la constitution identitaire prétendant justifier les prétentions des acteurs du jeu ; ensuite, ici, parce que le propos est de contribuer à produire, en quelque sorte, de l’irréversible psychique – du difficilement réversible du moins – ; j’y insiste parce que c’est bien de cela qu’il s’agit par ailleurs dans les relations entre Israël et les actuels États-Unis d’une part, et le peuple palestinien ; à force de nier ce dernier, dans le temps et l’espace – orientation portée à son sommet avec la loi fondamentale de juillet 2018 [voir supra] -, l’on espère, et parvient probablement dans une certaine mesure à instiller dans l’esprit des dominés un doute ravageur ; au fond, l’on se trouve dans des configurations qui intéressent par ailleurs notre temps pour l’étude des relations interindividuelles pathologiques, celle de la perversion narcissique et plus largement du harcèlement moral.

 

GOLAN 1 MM. Trump et Nétanyahou le lundi 25 avril 2019 lors de la reconnaissance de la souveraineté israélienne sur le Golan.png

 

De toute façon, une telle démarche modifie à peu près irrésistiblement ce que l’on pourrait appeler analogiquement la charge de la preuve = Israël n’a plus guère besoin de justifier le maintien de son occupation, et c’est à Damas qu’il reviendrait de persuader que sa remise en cause d’une longue effectivité se trouve appelée par quelque motif sérieux ; va devenir ainsi très difficile dans l’avenir de rouvrir un tel dossier, singulièrement après tant d’années de destruction, non seulement de la Syrie mais de son image internationale, et sachant par ailleurs que tant que M. Poutine sera aux commandes de la Russie, il se gardera de faire contrepoids aux États-Unis dans un dossier aussi contrariant pour Israël ; si bien que paraîtra un fauteur de conflit celui qui – président syrien sans doute – demandera, quelque jour peut-être, que le dossier soit rouvert.

 

La Proclamation de M. Trump [ci-dessous] ne se réfère à aucune résolution du Conseil de Sécurité ou autre, n’avance aucun argument juridique en forme, et semble prétendre se justifier par de stricts motifs de fait. Mais il est plus probable que le montage sous-entendu repose sur l’invocation de la légitime défense ; mais ici, une telle justification ne tient pas puisque, justement, la reconnaissance trumpienne ne change rien à la situation qui prévaut depuis cinquante ans = occupant le Golan, y déployant ses troupes et ses armements, Israël ne se voit conférer aucun avantage stratégique ou tactique par le simple fait de la Proclamation présidentielle.

L’art. 51 de la Charte des Nations-Unies, rappelons-le, dispose qu’

Aucune disposition de la présente Charte ne porte atteinte au droit naturel de légitime défense, individuelle ou collective, dans le cas où un Membre des Nations unies est l’objet d’une agression armée, jusqu’à ce que le Conseil de sécurité ait pris les mesures nécessaires pour maintenir la paix et la sécurité internationales. Les mesures prises par des Membres dans l’exercice de ce droit de légitime défense sont immédiatement portées à la connaissance du Conseil de sécurité et n’affectent en rien le pouvoir et le devoir qu’a le Conseil, en vertu de la présente Charte, d’agir à tout moment de la manière qu’il juge nécessaire pour maintenir ou rétablir la paix et la sécurité internationales.

Certes, les États-Unis ont développé, en particulier pour tenter de justifier leur agression contre l’Irak en 2003, une doctrine de la guerre préventive mais la plupart ont considéré finalement que leur guerre reposait non seulement sur des motifs de fait évidemment faux [l’Irak ne préparait aucune arme de destruction massive], mais encore sur des motifs de droit  inacceptables puisqu’une guerre préventive est purement et simplement une guerre d’agression, intrinsèquement condamnable aux termes de l’art. 2 de la Charte qui dispose en son quatrième alinéa que

Les Membres de l’Organisation s’abstiennent […] de recourir à la menace ou à l’emploi de la force […].

Mais ici, la construction se trouve d’autant plus bancale qu’il ne s’agit pas même de déclencher une opération militaire préventive, mais de se doter de façon, au plus, symboliquement plus assurée, d’un territoire dont on dispose déjà et qui pourrait être, le cas échéant, instrumental dans un conflit dont plusieurs mots soulignent, étrangement d’ailleurs, l’inactualité – ainsi « potential launching ground for attacks ». Plus étrange encore, la mention d’un « possible future peace agreement » = quelle drôle d’idée – la captation préventive d’un bien qui eût pu être considéré comme une monnaie d’échange dans quelque transaction pacifiante du futur !

 

GOLAN 2 Proclamation sur le Golan de M. Trump - original.png

 

 

 

 

suppression de l’aide aux palestiniens

 

 

 

 

VI/ Les positions répétitives des institutions internationales permettent de caractériser les choix des États-Unis et d’Israël comme des violations caractérisées de la légalité internationale

 

Je vais ici me contenter de reproduire – avant de tenter d’effectuer la synthèse de leurs enseignements – un certain nombre de documents légaux intéressant nos affaires. Je retiens certaines résolutions très connues – d’ailleurs déjà annoncées dans mon texte.

Trois observations :

1/ d’une part j’eusse pu mettre davantage de documents, en choisir d’autres, etc. ; mais mon propos n’est pas de faire un recueil – pour lequel il faudrait un énorme volume – de l’ensemble des documents concernant la question palestinienne ; ce serait une magnifique entreprise, mais la finalité que je poursuis est infiniment plus modeste = faire comprendre à des lecteurs de bonne foi l’énormité, le caractère vraiment insensé des choix étatsuniens actuels ;

2/ d’autre part, je ne prétends pas recueillir toute la signification dont ces documents peuvent être le support = simplement les faire servir, en toute honnêteté, à la fin limitée que je viens de dire ; je ne serais d’ailleurs pas, très loin s’en faut, le meilleur commentateur, puisque, si je suis juriste, je m’intéresse aux relations internationales davantage en historien, philosophe et politiste qu’en juriste [j’ai le bonheur toutefois, quand je suis trop embarrassé, de pouvoir me tourner vers mon grand ami le Pr Alland, consultissimus et sapientissimus uir, et en même temps homme charmant – il n’est bien sûr pas responsable de mes erreurs, lesquelles résultent de ce que je ne peux exiger de lui qu’il joue auprès de moi en permanence le rôle d’un professeur particulier]

3/ dans le vrac ci-dessous, l’on observera, en dehors d’un avis de la Cour Internationale de Justice, que se trouvent un petit nombre de résolutions du Conseil de Sécurité des Nations Unies et un effectif plus important de résolutions de l’Assemblée Générale des mêmes : les premières sont de véritables décisions dès lors, selon les termes de la CIJ, qu’elles sont « adoptées conformément à la Charte » ; les secondes, dit-on un peu hâtivement, pour avoir un grand poids politique, surtout si elles ont été adoptées massivement par les États membres, ne pourraient par contre pas se voir conférer de véritable signification de normes ; mais leur statut est tout bien pesé plus complexe [même s’il ne correspond pas aux aspirations « démocratiques » d’un certain nombre d’États prompts à dénoncer l’oligarchie du Conseil de Sécurité et désireux au fond, sous certaines conditions sans doute, de jouer quelque rôle faisant songer à celui d’un Parlement, ce qui n’irait certainement pas sans grands inconvénients] ; en effet, non seulement certaines résolutions de l’AG peuvent se trouver incorporées matériellement à des actes dont la pleine juridicité n’est pas contestée [des traités par exemple], ce qui n’appelle au fond pas d’observation particulière ; mais encore peut opérer une sorte d’ « attraction coutumière » selon une expression du Pr Alland dans son Manuel de droit international [6e éd., 2019] ; cet auteur donne une esquisse de typologie des configurations possibles ; parmi celles-ci, l’on comprendra que celles qui peuvent être subsumées – j’écris simplement ici mon sentiment – sous quelque horizon de coutume admis, peuvent opérer comme une manière de cristallisation d’un tel latent coutumier, contribuant véritablement alors à l’élaboration du droit international coutumier ; dois-je ajouter que, d’évidence, pour l’essentiel, les résolutions de l’Assemblée Générale qui nous intéressent, soient interprètent la Charte et peuvent se revendiquer de sa valeur, soit manifestent – et mettent en forme – un peu niable fond coutumier.

 

 

 

Résolution 242 du 22 XI 1967.png

 

 

 

Résolution 338 du 22 octobre 1973.png

 

 

Résolution 497 du 17 décembre 1981.png

 

 

Ci-après, une importante résolution adoptée le 21 octobre 2003 au cours d’une session extraordinaire d’urgence – le texte anglais seul est disponible =

 

Capture d’écran 2019-12-03 à 18.34.55.png

 

 

 

 

 

 

AGNU Résolution 9 XII 2003 1.png

 

AGNU Résolution 9 XII 2003 2.png

 

 

 

AGNU Résolution du 9 XII 2003 1.png

 

AGNU Résolution du 9 XII 2003.png

 

AGNU Résolution 9 décembre 2003 1.png

 

AGNU Résolution 9 XII 2003 2.png

 

AGNU Résolution 9 XII 2003 3.png

 

AGNU Résolution 9 XII 2003.png

 

 

 

 

AGNU Résolution 23 XII 2003.png

 

AGNU Résolution 23 XII 2003 : 2.png

 

 

 

AGNU Résolution du 6 mai 2004.png

 

 

 

Comme l’avis de la CIJ du 9 juillet 2004 sur les « Conséquences juridiques de l’édification d’un mur dans le territoire palestinien occupé » est très long, je le porte simplement en lien =

 

https://www.icj-cij.org/files/case-related/131/131-20040709-ADV-01-00-FR.pdf

 

J’extrais de cet avis le rappel [ci-dessous] de la résolution de l’Assemblée générale en date du 8 décembre 2003 saisissant la Cour [je n’ai d’abord pas su la trouver dans le recueil des résolutions des Nations Unies en ligne qui m’a fourni une bonne part des autres documents /// Rectificatif = reprenant cette recherche, je relève que cette résolution fut adoptée au cours d’une session extraordinaire d’urgence, faisant l’objet d’une présentation distincte sur le site, mais uniquement – si je ne me trompe pas – en anglais ; je laisse donc pour la commodité du gros des lecteurs la version française, tout en donnant le lien de la version anglaise = https://www.un.org/en/ga/search/view_doc.asp?symbol=A/RES/ES-10/14 %5D  =

 

AGNU Résolution 8 XII 2003 saisissant la CIJ pour avis 1.png

 

AGNU Résolution du 8 XII 2003 sollicitant l'avus de la CIJ 2.png

 

AGNU Résolution du 8 XII 2013 saisissant pour avis la CIJ 3.png

 

Après l’avis de la Cour, l’Assemblée générale adopta le 20 juillet 2004, à l’occasion d’une nouvelle session extraordinaire d’urgence, une nouvelle résolution prenant en considération l’avis de celle-là =

 

Capture d’écran 2019-12-03 à 18.44.37.png

 

Capture d’écran 2019-12-03 à 18.44.50.png

 

Capture d’écran 2019-12-03 à 18.44.59.png

 

Capture d’écran 2019-12-03 à 18.45.10.png

 

 

 

AGNU Résolution du 27 mars 2014.png

 

 

 

Je crois que je vais me borner à cette moisson imparfaite mais suffisante – j’espère – pour me permettre d’écrire quelques centaines de lignes de synthèse persuasives

 

 

De l’Assemblée générale des Nations Unies, je n’ai pas reproduit la résolution 181 du 29 novembre 1947, « Gouvernement futur de la Palestine » [voir toutefois un lien plus haut], laquelle approuvait le plan de partage élaboré par l’UNSCOP [United Nations Special Committeee on Palestine].

Il ne faut pas oublier les termes du plan, si l’on veut comprendre pourquoi les territoires arabes de Palestine ont tendu dans la durée, après la longue parenthèse de la souveraineté du royaume de Jordanie sur la Cisjordanie, à être considérés comme un État par la maior pars [la sanior aussi selon moi] de la « communauté internationale », malgré les dénégations constantes au fond [et définitivement manifestées, je le soulignerai, par des accords d’Oslo que beaucoup me semblent enjoliver commodément] de l’État d’Israël [dont on comprend dès lors que l’Iran l’évoque comme « entité sioniste » puisque, aux yeux de Téhéran, il n’y a en Palestine mandataire qu’un état de fait et rien de plus, position qui choque intelligiblement l’Occident – si soucieux de se débarrasser de son monstrueux passé – mais qui est au fond symétrique de celle d’Israël] ; cela avait été, on ne saurait l’oublier, la condition pour certains États, parfois extrêmement réticents, et dont il est admis que leur vote fut contraint [en particulier par une remarquable pression de Washington], pour qu’ils consentent finalement à la partition =

I,A,3 =

Les États indépendants arabe et juif ainsi que le Régime international particulier prévu pour la Ville de Jérusalem […] commenceront d’exister en Palestine deux mois après que l’évacuation des forces armées de la puissance mandataire aura été achevée et, en tous cas, le 1er octobre 1948 au plus tard. […]

lien =

https://undocs.org/fr/A/RES/181(II)

On a bien lu = « Les États indépendants arabe et juif […] »

 

Partons bien sûr de la résolution 242 du Conseil de Sécurité, adoptée unanimement le 22 novembre 1967 à la suite de la Guerre des Six Jours ; sa netteté ne doit pas égarer = 1/ il s’est agi d’un texte transactionnel, issu d’une profonde discussion ; 2/ il concernait  [très] médiatement les Palestiniens puisque la Cisjordanie était devenue on l’a vu une possession jordanienne ; 3/ toutefois, il n’est pas exact de considérer que les traités de paix israéloégyptien de 1979 et surtout, concernant notre affaire, israélojordanien de 1994, aient changé radicalement les termes de la question s’agissant des Palestiniens [l’eussent-ils pu] ; en effet, l’art. 3§2 du traité dispose que les frontières sont déterminées

« without prejudice to the status of any territory that came under Israeli military government control in 1967 »

[lien avec le traité = https://www.jewishvirtuallibrary.org/israel-jordan-treaty-of-peace ]

Quoi qu’il en soit, nul n’eût osé alors discuter, en toute sa portée imaginable, le rappel liminaire de l’art. 2 de la Charte et du principe portant « l’inadmissibilité de l’acquisition de territoire par la guerre » ; mais la suite devait soulever plus de difficultés, lorsque « deux principes » se trouvaient affirmés sans que leur portée allât d’emblée de soi =

« i/ Retrait des forces armées israéliennes des territoires occupés lors du récent conflit ; ii/ […] respect et reconnaissance de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et de l’indépendance politique de chaque État de la région […] ».

L’on s’explique ainsi que plusieurs aspects intéressant la portée de la résolution aient été âprement disputés par la suite [six principalement selon le commentaire du recueil Les grandes résolutions du Conseil de Sécurité […], publié sous la direction de M. Emmanuel Decaux et al., Dalloz, 2012, pp. 66 sq.] Et l’on comprend que le traité israélojordanien n’eût guère pu [il le fait d’ailleurs expressément en 3-2, on l’a relevé] ne pas augmenter l’incertitude en ne tranchant par la question du statut des territoires occupés [ce qui était bien sûr la condition pour qu’il pût être agréé par les deux parties].

 

La résolution 338 du même Conseil de Sécurité, adoptée aussi à l’unanimité le 22 octobre 1973 [à la suite bien entendu d’un compromis, mais strictement discuté entre les seules Washington et Moscou — sur cet aspect = Les grandes décisions du Conseil de Sécurité […], op. cit., pp. 86 sq.] pendant la Guerre du Kippour/Ramadan, frappe par sa brièveté puisqu’elle demande qu’après le cessez-le-feu auquel elle appelle, la résolution 242 trouve application et « décide », terme bien sûr fort mais dont il ne faut pas surestimer les implications [v. ouvr. préc., pp. 82 sq.], que s’engagent au plus tôt des négociations tendant à une « paix juste et durable au Moyen Orient ».

Une nouvelle fois, ce qui frappe [à première lecture], c’est le silence fait sur les Palestiniens, comme si l’interposition de la souveraineté jordanienne, de fait du moins, sur la Cisjordanie les avait fait sortir de l’horizon dessiné par le plan de partage de 1947 et la résolution 181 de novembre de cette année-là ; de fait, on a le sentiment dans la durée que les Palestiniens ont moins été considérés comme Peuple ayant vocation à l’État que leur avait promis la « communauté internationale » en 1947, que comme des « déplacés » ou des « réfugiés » appelant une considération plus humanitaire que politique ; étrangement, le mot Palestine avait été prononcé quatorze fois dans le Jordanian-Israeli General Armistice Agreement du 3 avril 1949 [   http://archive.wikiwix.com/cache/index2.php?url=http%3A%2F%2Favalon.law.yale.edu%2F20th_century%2Farm03.asp   ], mais sans que fussent évoqués ses habitants naturels, à l’heure bien évidemment où le roi de Transjordanie prétendait devenir roi de Jordanie ; l’art. II§2 allait jusqu’à poser que

« no provision of this Agreement shall in any way prejudice the rights, claims and positions of either Party hereto in the ultimate peaceful settlement of the Palestine question, the provisions of this Agreement being dictated exclusively by military considerations »

hereto signalait bien que n’étaient concernées que les parties à l’accord, Israël et la Jordanie ; et dans la résolution 242 de 1967, les Palestiniens n’apparaissaient bien encore, semble-t-il, sans être d’ailleurs autrement désignés, que sous la figure du réfugié lorsque le Conseil de Sécurité

« affirm[ait] […] la nécessité […] b) De réaliser un juste règlement du problème des réfugiés ».

Ici, l’on pourrait sans doute admettre que la laconique résolution 338 de 1973 ait pu marquer un léger progrès, si l’on veut bien considérer [mais faut-il le considérer ? ce n’est pas certain hélas] que, dans les circonstances de l’époque, nul n’eût pu ne pas comprendre les Palestiniens dans la décision que fussent organisées au plus tôt des négociations en vue d’une paix qui, pour être « juste et durable », n’eût évidemment pas pu les exclure, même s’ils ne pouvaient être strictement placés, dans le contexte interétatique de l’affaire [par la faute initiale, je le redis, d’un royaume hachémite jordanien pas même au niveau de son arrogante revendication territoriale, incapable de la soutenir, et astreint finalement dans la durée, pour son déshonneur, à demeurer jusqu’à aujourd’hui un terrain de jeu pour Londres – toujours Londres ! – et Washington, et un État durablement à demi vassalisé par Tel Aviv], au rang des « parties en cause » évoquées par la résolution [sachant qu’il semblait bien du moins qu’on ne les assimilait plus à de simples réfugiés].

Il est toutefois plausible que je me montre encore trop optimiste puisque je lis dans le recueil Les grandes décisions du Conseil de Sécurité […], op. cit., p. 86, sous une plume moins vagabonde et plus sûre certainement que la mienne =

« […] les décideurs américains [pour étatsuniens bien entendu] entendent […] faciliter […] des négociations directes entre Israël et les États arabes dans une conférence internationale (telle est la demande de la résolution 338 aux “parties en cause”) […] »

Il faut admettre que l’objet premier de la résolution étant la « demande à toutes les parties aux présents combats de cesser le feu », celle-ci ne pouvait qu’être adressée aux États belligérants, c’est-à-dire principalement Israël, Syrie et Égypte, et bien sûr à la Jordanie intervenue toutefois, comme l’Irak, dans un second temps seulement.

 

Quoi qu’il en soit, la combinaison des résolutions 242 et 338, bientôt très largement considérées comme formant un tout indissociable par la plupart des acteurs de la « communauté internationale », formait un socle qui serait longtemps considéré comme définitif, articulant indissociablement = 1/ reconnaissance de chaque État [entendons = d’Israël] par tous les autres ; 2/ retrait des forces israéliennes des territoires occupés ; 3/ négociations jusqu’à résolution de toutes les questions pendantes, en vue d’une paix juste et durable dont les conditions légales fondamentales n’étaient pas même esquissées.

Il faut bien comprendre que c’est ce consensus que l’Administration Trump essaie de briser [à la demande certes du gouvernement israélien], ouvrant la voie, sinon à la guerre, du moins, chez beaucoup, étouffés par tant d’injustice et menacés quotidiennement par une dynamique expansionniste sans entraves, à un désir de guerre interdisant de cheminer vers une paix si indispensable non seulement à la région mais au monde [car nul ne peut savoir ce que seront quelque jour les suites d’un tel abcès international non réduit – il suffit pour le comprendre de considérer la redoutable affaire iranienne, directement indexée de diverses façons sur l’antagonisme israélopalestinien].

 

 

Examinons le choix de documents retenu plus haut [mais en abordant d’abord, on va le voir, grossièrement mais fermement, la signification des accords d’Oslo] =

 

 

La résolution 497 du Conseil de Sécurité, en date du 17 décembre 1981, unanimement adoptée elle aussi, concernait le Golan et faisait suite à la décision unilatérale de ce territoire par Israël.

La fermeté du Conseil est totale =

« Réaffirmant que l’acquisition de territoire par la force est inadmissible […], Décide que la décision prise par Israël d’imposer ses lois, sa juridiction et son administration dans le territoire syrien occupé des hauteurs du Golan est nulle et non avenue et sans effet juridique sur le plan international ; »

Autre aspect, concernant les obligations israéliennes dans le domaine du droit humanitaire – aspect ici hors de doute [j’ai eu l’occasion de suggérer que la question eût pu se présenter un peu différemment pour les territoires palestiniens – voir plus haut au début de la section IV de mon plan] – =

« Déclare que toutes les dispositions de la Convention de Genève relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre, du 12 août 1949, continuent de s’appliquer au territoire syrien occupé par Israël […] ».

 

 

 

Quelques mots donc, ici, sur ce que l’on désigne comme Accords d’Oslo [1993-1995], comprenant,

1/ en premier lieu [accord de Washington du 13/9/1993] une déclaration de principes de dix-sept articles et de quatre annexes accompagnées de minutes explicatives [lien avec la version anglaise = http://news.bbc.co.uk/2/hi/in_depth/middle_east/israel_and_the_palestinians/key_documents/1682727.stm   // version française = https://mjp.univ-perp.fr/constit/ps1993.htm   ] ;

2/ ce qu’on a appelé, dit Oslo I, l’Accord de Jéricho-Gaza [4/5/1994] [lien avec une version française = https://mjp.univ-perp.fr/constit/ps1994.htm   ] ;

3/ l’Accord de Taba dit Oslo II [signé à Washington le 28/9/1995 – lien avec une version française = https://mjp.univ-perp.fr/constit/ps1995.htm     ]

Je ne peux évidemment entrer dans le détail de ce montage complexe. Oslo I et Oslo II, qui concerneront les institutions du gouvernement intérimaire palestinien [Autorité palestinienne et Conseil législatif palestinien] nous intéressent peut-être moins ici, à première vue du moins, que la déclaration de principes puisque celle-ci est le socle de négociations tendant – je reprends les termes du texte français dont je dispose – à des « arrangements intérimaires d’autonomie » [en anglais = Interim Self-Government Arrangements, je traduirais plutôt = des dispositions en vue d’un gouvernement autonome intérimaire] pour une période transitoire de cinq ans – un transitoire dont on n’est pas sorti un quart de siècle plus tard. [V. toutefois, pour une analyse de « L’accord intérimaire israélopalestinien sur la Cisjordanie et la bande de Gaza du 28 septembre 1995 », l’article ainsi intitulé de M. Madjid Benchikh, in AFDI, 1995, pp. 7 sq.]

On a le sentiment [sentiment que beaucoup de Palestiniens partagèrent alors parmi les plus lucides] que le talentueux Yasser Arafat, tout à la joie au fond d’une nouvelle considération internationale, a beaucoup – trop – consenti ; l’on se demande ainsi ce que pouvait signifier pour les parties [début de la déclaration] de « reconnaître leurs droits légitimes et politiques mutuels » alors qu’au fond, si ceux des Israéliens s’épanouissaient au-delà même, justement, de toute légitimité, par la colonisation en Cisjordanie ou l’annexion du Golan par exemple, ceux des Palestiniens étaient purement et simplement niés, non seulement par plusieurs dispositions, ou refus de dispositions renvoyées à plus tard [les colonies, les frontières définitives de l’entité palestinienne, le retour des réfugiés, etc.], mais semblaient résulter d’une concession partielle, précaire et révocable, cisaillant purement et simplement la notion de souveraineté et niant la qualité d’institution ne tenant que d’elle-même, intrinsèquement originaire en droit [par-delà toute considération de fait, sans pertinence théorique], de l’État.

D’ailleurs, ainsi que le releva le Pr Benchikh [pourtant assez optimiste] dans le texte mentionné il y a un instant, p. 23 =

« Tout tourne autour de la reconnaissance des droits légitimes du peuple palestinien et de son droit à la qualification d’État et pourtant les accords réalisés jusque-là sont très elliptiques à ce sujet. La déclaration de principes laisse ouverte comme l’accord intérimaire, la question de l’État palestinien ; il en résulte qu’apparemment toutes les solutions sont possibles : l’accord permanent peut confirmer le statu quo, reconnaître un État palestinien, souverain ou non [je tique pour ce qui me concerne sur ces mots – un État fédéré ne saurait être selon moi réputé davantage qu’une collectivité décentralisée, je m’en suis expliqué dans le passé], ou ouvrir la porte à une solution confédérale avec la Jordanie. »

Au risque de surprendre [puisqu’il est d’usage d’évoquer les Accords d’Oslo avec des tremblements émus et nostalgiques dans la voix], je considère donc que, s’interposant entre 1947 [charte internationale fondamentale à mes yeux] et notre temps, par la volonté palestinienne même, les accords d’Oslo de 1993-1995 ont marqué un recul du statut symbolique de la Palestine [et, en nos affaires, sur l’horizon certes des rapports de forces, le symbolique est la clef propre]. Il faut je crois conserver cela à l’esprit, même si les institutions internationales ont poursuivi dans la voie de leurs montages antérieurs, sans d’ailleurs que cela n’interfère sérieusement avec le comportement parfaitement unilatéral et indifférent à la considération de ses obligations internationales de l’État d’Israël, lequel avait obtenu tout ce qu’il voulait sans doute avec sa reconnaissance par les représentants du peuple palestinien [le simple parachèvement de celle-ci d’ailleurs, puisque le Conseil National Palestinien, sorte d’assemblée parlementaire de l’OLP, avait reconnu dès le 25 novembre 1988 à Alger les résolutions 242 et 338 du Conseil de Sécurité, l’OLP renonçant même peu après au « terrorisme » et reconnaissant le droit pour Israël de vivre en paix].

 

Mais lorsqu’on relève que le programme du Likoud de 1999, jamais révisé il me semble,

« rejet[ait] formellement l’établissement d’un État arabe palestinien à l’ouest du fleuve Jourdain »,

ou lorsqu’on voit que le droit à l’autodétermination palestinienne est dénié par la loi fondamentale israélienne de juillet 2018 [laquelle procède par ailleurs, je l’ai relevé, à une apologie incandescente de la colonisation], l’on tend à penser que les interprétations modérées des silences ou des ambiguïtés d’Israël dans les suites d’Oslo ne sont pas véritablement persuasives [celles ainsi de M. Benchikh, partic. pp. 25 sq.] Finalement, le pessimisme plus grand de M. Alain Bockel, dans la conclusion d’un texte paru lui aussi en 1995, était mieux ajusté =

« Tout paraît plaider en faveur de l’épanouissement de l’autonomie palestinienne, préfiguration de l’État de demain. Tout, sauf les réticences permanentes des Israéliens à la moindre concession pouvant, même indirectement, leur laisser craindre de perdre une portion même minime de leur contrôle de la situation. » [« Vers un État palestinien démocratique ? », AFDI, 1995, pp. 33 sq.]

Et je pense même qu’il est possible d’aller, s’agissant des Accords d’Oslo, jusqu’au jugement destructeur développé à plusieurs reprises dans ses livres par l’admirable M. Chomsky, ainsi dans Comprendre le pouvoir [2002 – trad. franç., pp. 277 sq.] =

« En Israël [expliquait une amie universitaire], les gens comparent ces Accords avec la fin de l’Apartheid en Afrique du Sud, alors que la comparaison juste, c’est avec le début de l’Apartheid – avec la promulgation des lois sud-africaines de 1950 qui instauraient les Bantoustans. C’est plus ou moins ce que sont les Accords d’Oslo : un asservissement, un programme d’asservissement avec à peu près autant d’indépendance pour les Territoires – peut-être moins encore – que ce qu’avaient les Bantoustans. […] »

Et tout cela, selon M. Chomsky, par la volonté combinée de Washington et de Tel Aviv, mais avec la capitulation complète de l’Europe, oublieuse de la position longuement défendue auparavant [mais l’Europe, singulièrement « nordique » – suprématiste, antisémite et exterminationniste -, cherche fondamentalement à se débarrasser de ses culpabilités historiques, sans bien entendu que cela préjudicie au maintien de sa domination impérialiste ; dans ce jeu fort grossier, la radicalité palestinienne, réelle ou supposée, fait fonction de commode médiation].

Techniquement, M. Chomsky fait encore remarquer [ibid., p. 278] que c’est le piège de la résolution 242 – volontiers louée pourtant par ceux qui sont sensibles à la détresse palestinienne – qui s’est ici refermé sur le peuple palestinien =

« […] il n’est question nulle part de quelque chose comme le droit à l’autodétermination dans les Accords d’Oslo. Maintenant, tout accord à long terme entre Israël et les Palestiniens devra se baser uniquement sur la résolution 242 […] qui ne mentionne pas les Palestiniens. »

M. Chomsky plaçait par ailleurs, avec une éblouissante lucidité, ce mouvement dans un cadre général – qui est celui sur lequel j’essaie, comme je le peux, d’attirer l’attention dans le compte Twitter que je tiens depuis ces quelques mois que j’ai dû ætatis causa cesser mes cours [ 😡 ]  =

« Nous assistons en ce moment à un profond renouveau de l’authentique impérialisme raciste traditionnel vis-à-vis de l’ensemble du Tiers monde » [p. 279].

C’est bien sûr dans ce climat que les suprématistes avérés à la Trump déploient leur révisionnisme violent en Palestine [aspect parmi d’autres d’une politique abjecte].

 

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Avant d’aller plus loin, je souhaite, pour être compris, livrer très brièvement le sentiment auquel je suis parvenu peu à peu, en me désencombrant l’esprit – ce qui n’est pas si facile – de tout ce qui fait obstacle, pour presque tous, à une compréhension simple et persuasive des termes de la terrible question qui nous emportera peut-être dans quelque troisième guerre mondiale, sans que les pays d’Occident puissent au fond incriminer d’autres qu’eux-mêmes.

Au fond, Israël n’aurait jamais vu le jour comme État jouissant d’une légitimité internationale sans le partage projeté en 1947, sans la résolution 181 [une résolution de l’Assemblée générale ne revêtît-elle pas la valeur juridique d’une résolution du Conseil de sécurité en principe – mais ici les circonstances peuvent être considérées comme exceptionnelles au regard à la fois du renoncement de la puissance mandataire anglaise à exercer ses responsabilités propres et de l’acceptation justement des autorités juives, le rejet arabopalestinien résultant lui-même de ce que la solution 181 semblait à ce côté-là déjà fort excessive] ; Israël n’existe dès lors comme État qu’en même temps qu’un État arabe, un État palestinien, prévu de la même façon qu’Israël ; je dirais même que la légitimité d’Israël est internationalement suspendue à l’existence d’un État palestinien, que l’existence d’un État palestinien est la condition de l’État d’Israël comme État légitime [[ autrement que sur le fondement de montages scripturaires auxquels – quoique, ou parce que chrétien, je laisse chacun en décider [j’ai bien sûr une idée extrêmement précise sur le chapitre de l’articulation chrétienne des « Écritures », et sur la question même des Écritures] je n’accorde pas la moindre valeur, au sens des juristes si je peux dire, à la différence des prétendus « évangéliques » ]] – ; l’on peut certes, en second lieu, entre deux États, procéder à des négociations territoriales raisonnables, ne pas juger intangible le découpage de 1947 ; encore faut-il qu’il y ait deux États effectifs et se reconnaissant pleinement.

En contribuant à brouiller les cartes, le royaume de Transjordanie a certes facilité le jeu ultérieur de Tel Aviv ; il demeure que l’OLP a assez mal joué à Oslo ; et qu’Israël a manqué ensuite de bonne foi en manifestant toujours davantage qu’il n’accepterait finalement qu’un État et que cet État serait un État ethniquement « pur » [cela est formellement affiché depuis la loi fondamentale de juillet 2018 sur Israël « État-Nation du Peuple Juif », plaçant la colonisation au premier rang de ses « valeurs nationales »], un toujours plus « grand Israël » conduit inévitablement, dans le cadre d’un tel destin assumé, à la bantoustanisation des Palestiniens, comprenant, pour le moment à la marge statistiquement, l’élimination physique pure et simple de « terroristes » dont on doutera fort que la plupart méritent d’être affublés [j’allais écrire = affabulés] de tels opportuns habits, je veux dire = d’une telle qualification.

Comment ne pas comprendre que les positions de l’administration Trump, si elles ne créent pas une telle situation, donnent un élan redoutable à ses dynamiques les plus dangereuses ?

 

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Vient ensuite une résolution du 21 octobre 2003 de l’Assemblée générale des mêmes Nations Unies [je ne répète pas ce qui a été dit sur la valeur d’une telle résolution] =

suite et fin donc entre le 15 et le 20

[avec reprise bien entendu

des manques dans une section antérieure du texte]