Chronique orientale n°2 [29 mars/5 avril 2020]

 

Le genre de la chronique hebdomadaire permet d’espérer découvrir des jeux de cohérence de court terme ; bien entendu, les contraintes ou appétits de long terme ne se trouvent pas supprimés pour autant – géopolitiques, économiques, touchant à la construction mythique des peuples qui aspire à mettre en ordre l’histoire [le mythe ottoman ou le mythe panturc par exemple, puisque je les ai évoqués la semaine dernière, mais l’Anatolie n’est bien sûr pas la seule à prétendre se construire comme destin = là est la clef, inévitable de toute identité collective, mais aussi de toute identité individuelle, lesquelles ne sont pas des donnés mais des construits accoucheurs de destins, tantôt opérationnels, tantôt destructeurs], etc. ; les jeux de long terme et les jeux de court terme, bien entendu, interagissent, comme à l’infini, ce pourquoi l’histoire est non seulement imprévisible, mais doit être conjecturée [ce n’est pas un abus du mot] même pour le passé, lequel nous demeure pour une bonne part mystérieux et fait l’objet d’interprétations contradictoires que l’on ne saurait imputer seulement soit au goût des historiens de se mettre en avant, soit aux effets justement de la construction mythique de soi par chaque peuple [pour ne donner que trois exemples qui m’ont particulièrement intéressés au cours de ma vie = beaucoup de choses également stimulantes mais notablement contradictoires, ou du moins différentes, ont pu être dites sur – à des échelles très diverses – le déclin de l’empire romain d’Occident, la Fronde ou les « responsabilités » dans le déclenchement de la Première Guerre Mondiale].

Ce propos liminaire général pour justifier simplement l’orientation de ma chronique ici [laquelle eût pu se trouver plus exsangue du fait, justement, du climat d’attente qui semble régner en nombre de lieux, écartant en général ces grands moments dont on comprend immédiatement qu’ils entrent dans l’histoire] = le déchaînement planétaire – progressif toutefois, étalé sur quatre mois, ce qui n’est pas rien – de ce qui est apparu assez tôt comme une pandémie en cours de déploiement [même si l’idée en a été refoulée, avec une bêtise remarquable suggéreront la plupart, un art exceptionnel, mais fort dangereux, de la manipulation penseront les plus soupçonneux – je tends pour ma part à concilier ces deux points de vue, prenant M. Macron et ses proches « en même temps » pour des imbéciles qui se surestiment fort et des immoraux dont le cynisme apparaît sans beaucoup de précédents dans notre histoire] — ce déchaînement donc ne saurait guère ne pas affecter la politique internationale en tous ses aspects ; il me semble que – pour le moment – avec retard [c’est-à-dire seulement depuis quelques jours], l’effet dominant est davantage d’apaisement, non des antagonismes, mais de leur expression, de diffèrement du moins de la manifestation la plus physique, la plus militaire, de ces antagonismes ; mais, si l’on sort du cadre de cette chronique, enclose entre Méditerranée et Hindou Kouch pour l’essentiel, ce premier sentiment peut sembler trompeur, au moins pour un motif que j’aborderai à la fin, suggérant plutôt que, non la campagne présidentielle étatsunienne en elle-même, mais la façon dont M. Trump et son entourage envisagent de pouvoir remporter la mise en novembre prochain conduira, quels que soient les enjeux techniques de la pandémie, aux choix tant extérieurs qu’intérieurs de Washington

L’Orient, quoi qu’il en soit désormais de cette clef générale d’interprétation du moment international [compris donc, hélas, comme moment irréductiblement impérial, et maintenant, dans l’ultime ligne droite d’un combat où nul ne s’interdit rien, comme moment ultimement personnel] — l’Orient est frappé à cette heure, très au-delà de l’Iran, durement éprouvé depuis des semaines on le sait [probablement au-delà de ce que les autorités admettent], par la pandémie – j’y reviendrai – ; même la Turquie, dont il est désormais assuré qu’elle ne sera guère épargnée, s’en trouve aux toutes dernières nouvelles un peu assagie et songerait plutôt à limiter – à ne pas laisser du moins filer, ou filer trop vite – ses engagements en Syrie, lesquels, à n’en pas douter, exposent ses hommes du fait de la multiplication en particulier de « postes d’observation » qui soumettent les soldats réguliers à des contacts probablement excessifs avec toutes sortes de proxy pas très raisonnables et peu prompts à prendre de sages précautions.

M. Erdogan, certes serait dit une tête de mule par un observateur moins ami que moi des animaux = disons que ce sale bonhomme a résisté le plus qu’il pouvait aux appels de la sagesse ; il y a quelques jours encore, le flot des renforts et des armes en tout genre, se déversant d’Anatolie, n’était pas tari ; et c’est vraiment à la toute fin de la semaine passée que trois nouveaux postes d’observation ont été installés auprès de Jisr el-Choughour pour surveiller prétendument, et protéger assurément les possessions stratégiques de ces Turcs orientaux ultraradicalisés que sont les Ouïgours du Sinkiang membre du Parti Islamique du Turkestan [oriental ou chinois], filiale pure et simple d’al-Qaïda ; tant que ces jihadistes occuperont les lieux, la M 4 sera inutilisable, les secours, provisions et matériaux ne pourront circuler commodément de la côte méditerranéenne de la province de Lattaquié à Alep [ou ailleurs] ; mais enfin, je crois qu’à de certains indices l’on peut gager sans trop de risque d’errer que la semaine qui s’ouvre ne verra pas de trop ambitieuses actions conduites de son chef et initiative par Ankara.

 

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ci-dessus, il y a assez peu de temps, jeunes Haredim luttant contre la conscription ; ci-dessous, il y a quelques jours, Haredim refusant d’interrompre leur prière ; les policiers,  soigneusement protégés, prennent patience

Hassidim refusant d'arrêter la prière ; la police prend patience avant de les arrêter.png

ci-dessous, le rav  Chaïm Kanievsky, plus haute figure du milieu Haredi lituanien, mais rayonnant sur l’ensemble des communautés les plus « orthodoxes » ; il serait un peu « fatigué » et l’un de ses petits-fils aurait  contribué à la diffusion de ses paroles imprudentes dans les circonstances

le Rav Chaïm Kanievsky.png

Pour ne rien simplifier, le ministre de la Santé israélien lui-même, M. Yaakov Litzman, [ci-dessous] appartient au même milieu Haredi ; il est accusé ces temps-ci de n’avoir, intelligiblement, guère prêché contre ses convictions, et se trouve d’ailleurs, tout comme son épouse, infecté désormais

le ministre de la Santé Yaacov Litzman.png

 

J’évoquai les proxy agités ; il serait difficile, plus largement, de ne pas considérer que des théologies hâtives, ou bien de simples climats religieux portés à incandescence, peuvent conduire à des interprétations inégalement persuasives pour un temps sécularisé, voire à des choix erronés et dangereux, y compris en matière de santé collective ; l’on manque certes de confidences jihadistes [même s’il est possible d’observer que les radicaux qui s’agitent sur la M 4 ou les membres d’État islamique qui ont sauvagement attaqué l’Armée Arabe Syrienne à Homs semblent peu sensibles aux vertus du « confinement »], mais on sait très précisément ces temps-ci que les communautés traditionalistes des Haredim, très proches de comportements malgré leurs divisions [Hassidiques, Lituaniens, Sépharades] sont particulièrement éprouvées par la maladie de l’heure en Israël ; elles souffrent d’une absence délibérée d’information, car elles répudient les instruments du monde moderne ; elles ont été mal inspirées par tels rabbins peu raisonnables, ne souhaitant fermer ni lieux de culte ni lieux de formation ; mais il est probable aussi qu’elles inclinent à ne pas se sentir immédiatement impliquées par le destin des juifs sécularisés, voire qu’elles éprouvent une méfiance irréductible pour les conseils qui viennent de ceux-ci, soupçonnés d’aspirer à ce qu’ils manquent à leurs devoirs religieux.

 

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Les pays frappés par des sanctions – à commencer [ô combien] par l’Iran [qui s’est résigné pour la première fois depuis la création de la République islamique à solliciter une aide du FMI] – peineront plus encore que d’autres à surmonter la terrible violence du moment ; les valeurs communiquées pour certains de ces pays [je dirais volontiers = tous] sont toujours plus ou moins gravement sous-estimées [ceux qui soutiennent justement que l’équipe de voyous qui nous gouverne nous a lourdement et délibérément mentis – ce qui ne fait aucun doute – et qui prennent pour expression de la plus pure vérité la parole étatique partout ailleurs sont d’assez probables simples d’esprit, ou fous furieux idéologues, ce que je me suis gardé de répondre il y a quelques jours à une dame pas contente que je contestasse avec modération la plausibilité de valeurs chinoises suggérant que le coronavirus ait tué cent-vingt fois moins en Chine qu’en Italie, ou bientôt en Espagne ou en France] ; on ne saurait douter que le Yémen, la Syrie ou même le Liban n’abordent la crise sanitaire dans des conditions particulièrement défavorables ; tout au plus peut-on espérer, ainsi que je l’ai souligné en commençant pour la Turquie, que divers pays agresseurs ne voient leurs ardeurs décliner, au moins temporairement [mais le temps est presque tout dans les affaires humaines], avec l’accroissement du risque sanitaire ; même les États-Unis, certes inflexibles apparemment sur le maintien des sanctions, paraissent malgré tout un peu moins irréductibles que ces temps derniers, et commencent tout simplement à craindre pour leurs militaires dont certains s’agiteraient déjà un peu [le limogeage, le 2 avril dernier, du commandant du porte-avions Théodore-Roosevelt, durement touché par le virus, le Captain [O 6 = équivalent de capitaine de vaisseau] Brett Crozier, a emporté une manifestation émouvante de solidarité d’un équipage à bout et scandalisé par l’injustice d’une sanction frappant un officier soucieux de ses hommes, et d’ailleurs finalement contaminé lui-même a-t-on dit]

 

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Évidemment, les peuples foulés au pied sont ceux qui ont le plus à redouter la situation présente ; ainsi les Palestiniens se voient-ils non seulement refuser par Tel Aviv l’essentiel de l’assistance dont ils auraient besoin, mais privés d’infrastructures médicales que l’occupant n’hésite pas à détruire à l’occasion, ou dont il entrave la construction, des bandes de colons mettant même à profit ce temps difficile pour s’accaparer nuitamment de nouvelles terres ; le Hamas se propose de riposter en conduisant des actions ciblées ; il est difficile de suivre le calvaire sans terme de ce peuple, qui n’a contribué en rien au malheur juif [et que l’on n’évoque pas, en omettant les circonstances de son action, la figure du Grand Mufti de Jérusalem, Mohammed Amin al-Husseini !], sans que les larmes ne montent aux yeux, et guère plus aisé de mesurer l’indifférence manipulée des peuples d’Occident sans qu’au front le rouge ne vienne.

L’on peut malgré tout avoir le sentiment que, à mesure que va cheminer la conscience de la gravité de la situation, un certain apaisement ne se dessine sur le plan strictement militaire, pendant quelques semaines du moins ; les huit derniers jours ont déjà vu s’esquisser une telle évolution me semble-t-il ; il est possible ici de revenir sur la Turquie ; certes, ses troupes ont bombardé une base syrienne dans la région occidentale du gouvernorat d’Alep [celle du 46e régiment de l’Armée Arabe Syrienne], mais l’on observe une certaine tendance au repli en Libye ; il se murmure que des mercenaires jihadistes eussent déjà été ramenés [certains certes pour être inhumés] et que la plupart de ceux qui demeurent en Tripolitaine ne sont même plus rémunérés et trouvent le temps long alors qu’ils essuient des pertes significatives, les troupes de l’Armée Nationale Libyenne du maréchal Haftar marquant manifestement des points sur le terrain.

En Irak, Washington paraît réduire ses ambitions, puisque, non contente d’avoir remis aux autorités, successivement, les trois bases d’el-Qaïm, el-Qayyarah et K1 de Kirkouk, elle vient d’en ajouter une quatrième, celle d’el-Habbaniyeh dans la province occidentale d’el-Anbar [bien placée pour traquer des poches subsistantes de Daech qui cette semaine encore ont assassiné des soldats irakiens], dans l’intention transparente, au regard de la difficulté, malgré les rodomontades, d’agenouiller les milices composant les Hachd el-Chaabi, de réduire son exposition, et de mieux garantir sa présence par des missiles Patriot en nombre suffisant, mais à des fins plus profondes mal éclaircies, une telle évolution pouvant tout autant manifester le souhait, en cette année électorale, de mettre en œuvre à suffisance le projet originaire de M. Trump, qu’une intention de frapper de façon imminente l’Iran comme certains le pensent [mais je ne tranche pas, tout bien pesé, en faveur d’une telle dernière vue, certes possible au sein de calculs électoraux tendant à consolider le soutien d’électorats bien déterminés, à commencer par les évangéliques].

L’Iran, de son côté, paraît pourtant juger plausible une attaque, moins occidentale [certains pays européens ont montré même un peu de compréhension et envoyé quelque aide médicale en recourant au système Instex mis au point pour éviter les sanctions de Washington] qu’étatsunienne, puisque, à l’extrême fin de la semaine écoulée, on a évoqué le transfert de nombreuses batteries de missiles sur la côte iranienne du Golfe persique = inquiétude sincère ou bien souhait de donner un peu de spectacle à une population martyrisée par l’impérialisme ? il est difficile de trancher.

 

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Finalement, seuls les « Houthis » paraissent à cette heure vraiment indissuadables ; ils passent leur temps à avancer sur le sol yéménite [achevant la réduction du gouvernorat d’el-Jawf, s’attaquant désormais à celle, un peu plus au sud, de celui de Maarib, s’employant à consolider leur position dans la région hautement stratégique d’el-Hudaydah sur la Mer Rouge], et à attaquer même des objectifs séoudiens importants à l’intérieur du royaume wahhabite ; sans doute un nombre non négligeable finira-t-il par être contaminé ; mais rien ne semble pouvoir arrêter ces guerriers mal nourris, joyeux et bavards qui se promènent sans aucun signe de peur en psalmodiant sous la mitraille.

En Israël, l’argument de la pandémie a été utilisé par M. Gantz pour s’accorder avec M. Nétanyahou, d’une façon qui, quoi que disent certains commentateurs, ne laisse pas de surprendre beaucoup ; trois élections en un an pour laisser la fonction de Premier ministre – certes, en principe, pour dix-huit mois « seulement » – à M. Nétanyahou, tout en renonçant à toute législation propre à interdire l’accès aux plus hautes fonctions à des hommes politiques mis en accusation = une telle situation est traumatisante et elle a d’ailleurs fait immédiatement éclater la coalition Kakhol Lavan tout en décevant certains soutiens traditionnels de M. Nétanyahou, dénonçant les concessions faites au courant « centriste » ; l’on pressent – mais on aura l’occasion d’y revenir dans la prochaine chronique – que l’histrion sans scrupules qu’est M. Nétanyahou est à son affaire dans la crise ; comme tant d’autres, il profite de l’affolement pour dilater sans mesure ses prérogatives ; du moins doutera-t-on qu’il se jette ces temps-ci dans une hasardeuse entreprise extérieure contre l’Axe de la Résistance ; l’on craindra par contre qu’il ne brûle les étapes dans la mise en place de certaines des lignes du « Deal du siècle », sans que le général Gantz trouve grand chose à redire à une démarche qu’il ne réprouve probablement pas au fond de son cœur.

Il demeure que, s’agissant des États-Unis, ce n’est peut-être pas [encore] la crise du coronavirus qui apaise un peu leur politique extérieure ; je suggérai plus haut qu’une seule chose comptait ces temps-ci pour l’abject [mais non pas toujours inhabile] M. Trump = remporter la coupe une seconde fois dans sept mois ; les affaires orientales lui paraissent sans doute un trop gros morceau ; l’Iran est un adversaire coriace et surarmé qui, s’il était désespéré, n’hésiterait pas à frapper, de façon intelligible, Israël, qui appelle si obstinément Washington à vitrifier Téhéran ; une telle erreur ne serait pas pardonnée à celui par la faute duquel elle serait survenue ; et ce d’autant moins qu’un nombre même assez contenu de morts israéliens pourrait consommer un irrésistible renversement du flux migratoire, une forme d’Aliyah à l’envers. Il est probable ainsi que l’Orient puisse connaître un répit indexé sur la victoire que l’Administration Trump croit à nouveau possible contre Caracas ; depuis quelques jours, une offensive de grande ampleur est en cours de déploiement contre le Venezuela ; les étapes en sont parfaitement connues, mais on arrive désormais au moment fatidique = Caracas est présentée ridiculement comme la plaque tournante du crime organisé et du narcotrafic ; la tête de M. Maduro a été mise à prix 15 millions de dollars ; le raisonnement est articulé de telle façon que l’Étatsunien moyen associe deux menaces pour sa vie ces temps-ci = la pandémie et cette menace sournoise venue du sud de « l’hémisphère américain » ; tout cela n’a pas de sens ; la drogue provient de chez les amis colombiens ou bien encore d’Afghanistan, et il est de savants livres qui ont démontré le rôle éminent que jouaient les services étatsuniens dans les divers trafics ; le plan est simple = le président Maduro, élu il y a deux ans, est appelé à démissionner en même temps que la potiche Guaidó, strict produit washingtonien ; un Conseil d’État exercerait temporairement le pouvoir ; de façon effrayante mais non surprenante, l’Union européenne – en particulier par la bouche de M. Josep Borrell, Haut Représentant de l’Union pour les Affaires Étrangères, et « socialiste » [d’une sorte qui ferait presque passer M. Hollande pour un homme de gauche, simplement stupide] – a apporté son entier soutien à une démarche qui va accroître grandement le malheur vénézuélien ; la flottille qui traverse ces jours-ci la Mer des Caraïbes en vue de procéder à de grands exercices à proximité des côtes vénézuéliennes sera-t-elle l’instrument d’une agression militaire mûrie ? On serait embarrassé d’avoir à souhaiter que la pandémie ravage les équipages de la flotte impérialiste pour qu’un peuple fier échappe une fois encore aux ruses des Gringos et de leurs alliés compradores

 

La première année de la Grand’Peste ou Peste Noire de 1347/1351, les Mongols, eux-mêmes décimés, propulsent des corps pestiférés par-dessus la muraille de la ville coloniale gênoise de Caffa en Crimée ; l’on n’a pas d’image authentique du temps il me semble ; mais l’on verra avec intérêt sans doute l’une des danses macabres données par Bernt Notke un siècle plus tard, celle-ci à Tallin [le découpage de haut en bas doit être lu de gauche à droite]

 

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danse macabre de Tallin 2.png

 

danse macabre de Tallin 3.png