Chronique orientale n°3 [6/16 avril 2020] // I/ quelques mots sur le coronavirus et sur les cours du pétrole

 

Cette chronique – finalement décadaire pour éviter un rythme trop prenant – ne saurait guère, une nouvelle fois [au risque pour commencer d’un « hors sujet » délibéré dans ce premier volet], ne pas partir de l’affaire du coronavirus dont on dispute le point de savoir s’il convient de le dire chinois ; je ne crois pas indispensable pour le moment d’essayer de trancher ce point ; la seule chose dont je sois assez persuadé est que si Washington n’a aucun titre à proférer des accusations diverses contre Pékin, une bonne partie des embarras étatsuniens résultant évidemment, d’abord, des mauvais choix langagiers du président Trump, des faiblesses des décisions techniques de son Administration ou du caractère inévitablement disparate des préférences des autorités des States [il semble que certains gouverneurs aient manifesté de réelles qualités, mais le fédéralisme n’est pas toujours sans inconvénients en une telle affaire], les autorités chinoises, victimes certes de toutes sortes de propos déplacés pendant qu’elles étaient dans la tourmente, ont retenu un nombre de trois mille trois cents victimes en tout qui ne pourra qu’encourager ceux qui prétendront qu’elles ont notablement atténué la réalité, puisqu’un tel nombre est tout simplement très improbable.

Nous comprenons tous que l’Italie [moins frappée proportionnellement que la Belgique, qui l’est moins que l’Espagne] comptera autour de trente mille morts au terme de cette première salve virale dans un mois et demi peut-être [si un retour à la « normale » en juin peut être espéré, ce dont je ne suis pas très assuré, je dois le dire avec regret et inquiétude, surtout si des choix aventurés sont opérés sans tout le matériel sanitaire indispensable] ; or l’Italie compte vingt-trois fois moins d’habitants que la Chine et, si elle bénéficiait d’une mortalité à la chinoise, elle ne devrait pas en pleurer plus de cent quarante-quatre ; le coronavirus aurait finalement tué deux cent huit fois plus en Italie qu’en Chine [je laisse bien entendu, en Chine, la seconde salve qui se dessine peut-être ces jours-ci].

Certes, l’on peut suggérer que la Chine n’a pas été infestée [puisque l’affaire du marché aux poissons est au fond abandonnée, dans son montage initial en tout cas] de plusieurs côtés à la fois, comme l’ont été les pays touchés plus tard ; mais on pourrait peut-être objecter que l’effet de surprise y a été forcément plus grand et que le virus, probablement apparu à la mi-novembre, n’a été identifié et pris au sérieux qu’après de longues semaines [je laisse de côté l’hypothèse d’une fuite du laboratoire P4 de Wuhan, que ni je n’exclus ni ne retiens – mais qui deviendrait possible s’il était avéré que le virus fût une chimère combinant redoutablement, ainsi que j’en ai risqué un jour l’image simplificatrice, un missile, qui contamine, et une ogive, qui détruit].

Je n’insiste pas davantage ; ce que je veux dire c’est que nous demeurons très ignorants de l’impact démographique du coronavirus – diversifié et étiré chronologiquement [cet étirement formera à mon sens un aspect majeur de nos lourds problèmes à venir, ceux d’une danse macabre planétaire dont la musique s’éloignera d’un continent pour en endiabler un autre avant de revenir au point de départ quelques mois plus tard] ; en France ainsi, l’on y voit assez clair sur certains aspects désastreux, ceux sur lesquels il n’y a discerner étrangement que le néant criminel de nos gouvernants choutés au néolibéralisme et à l’argent des laboratoires entre autres substances hautement toxiques – les tests ou les masques ainsi –, moins sur d’autres – les traitements que suggère l’urgence ainsi et les motifs de la guerre comme préventive lancée depuis novembre contre la « chloroquine » et ses variantes, maintenue maintenant par des donneurs de leçons d’éthique « scientifique » parfaitement, et consciemment, étrangers aux questions qui se posent effectivement à cette heure, au regard en particulier de leur impéritie passée –, mais on demeure en significative part dans le brouillard sur les « chiffres » ; il a fallu une campagne impressionnante des réseaux sociaux pour que, peu à peu, sortent les valeurs, certainement très sous-estimées encore, des établissements accueillant des personnes âgées, mais des milliers de morts « à la maison » demeurent non recensés, de même que les milliers de victimes d’infarctus ou d’accidents vasculaires cérébraux qui n’ont pu être pris en considération [à New York circulent des chiffres effarants – nullement dus à l’hydroxychloroquine, même s’il semble admis que celle-ci puisse comporter des effets cardiaques indésirables – sur la montée en flèche des arrêts cardiaques à domicile ces dernières semaines], ou bien toutes les victimes de pathologies cancéreuses, souvent urgentes, qui n’ont pu consulter [songeons simplement aux innombrables patients qui n’ont pu bénéficier de ces consultations dermatologiques qui jouent un rôle si éminent dans la prévention de maladies redoutables si elles ne sont pas, comme l’on dit, « prises à temps » – la crise sanitaire d’aujourd’hui apportera, ici aussi, ses noires moissons de morts dans quelques années], etc.

Sur fond d’incertitude, on est bien sûr prêt à admettre des résultats variés de la lutte sanitaire, engagée selon des voies non uniformes, dans des sociétés nationales toutes différentes les unes des autres sous divers aspects [même en « Europe », comme l’on dit] ; les meilleurs résultats de l’Allemagne ainsi, pour lesquels des motifs divers sont esquissés par certains, sont bien entendu probables, et peuvent sous divers aspects nous faire honte, et nourrir notre révolte contre nos maîtres, qui courent après une Allemagne que l’on dira, ironiquement, callipyge et, sérieusement, bréhaigne, et ne sauraient la rattraper même dans ce domaine sanitaire et social dont ils ne se lassent pas de nous reprocher amèrement le coût supposément excessif [une goutte d’eau pourtant par rapport aux coûts cumulés estimables de la présente aventure !] ; ils sont probables parce qu’ils conservent une forme, certes flatteuse, de commensurabilité, ce qui n’est aucunement le cas de la revendication chinoise, sans que l’on puisse être bien persuadé que les gouvernants pékinois soient beaucoup moins dissimulateurs [et avec d’autres moyens, il faut en convenir] que les parisiens ou d’autres [je veux bien, pour ma part, confesser mon affection historique pour l’Union soviétique dont l’effondrement a libéré toutes les ressources les plus monstrueuses du capitalisme globaliste – mais de façon persistante étatsunocentré – et ma tendresse pour la révolution cubaine, mais je souhaite éviter autant la sinophilie aveugle que cette sinophobie latente qui fait mécaniquement verser dans le camp de l’impérialisme atlantique].

 

 

le coronavirus en Orient à la mi-avril, résultats inévitablement approximatifs.png

des indications à prendre avec beaucoup de prudence

 

 

De la situation dans l’Orient infortuné, est-il excessif de dire que nous ne savons presque rien ? À peine. La Turquie, l’Iran et Israël sont notablement touchés, mais il n’est guère douteux que la situation iranienne est sensiblement plus dégradée qu’on ne nous le dit, dans des circonstances rendues plus terribles encore par les atroces sanctions qui pèsent sur le pays ; et si les valeurs communiquées par Tel Aviv, concernant en tout cas le nombre de morts israéliens sont certainement appropriées, l’on sera moins assuré des nombres turcs, et l’on soupçonnera fort qu’à peu près partout il ne faille pas trop se fier à ce qui est communiqué, soit que le souhait de sous-estimer la catastrophe puisse être jugé probable dans certains cas [le bruit insistant selon lequel un nombre important de princes de la Maison de Séoud serait infecté en Arabie séoudite laisse supposer que la situation est plus grave qu’on ne le suggère à l’heure d’ailleurs où, de façon unique dans l’histoire, le Hajj de La Mecque, qui devait avoir lieu à la charnière de juillet et d’août, semble sur le point d’être supprimé pour cette année], soit que des pays profondément divisés et bouleversés soient de toute façon hors d’état d’établir un compte même très approximatif des morts [ne parlons pas même des contaminés dont la France « développée », en chute sanitaire libre, est incapable d’avoir la moindre idée du nombre – pour ne pas évoquer, je le répète, la gravissime pénurie de masques, de tests et peut-être – l’on verra – à la veille de l’arrivée plausible depuis l’Ukraine d’un nouveau nuage radioactif de Tchernobyl, de comprimés d’iode, qui de toute façon devraient être déjà distribués au regard du sérieux d’un risque déjà éprouvé] ; lorsqu’on apprend, ces jours-ci, que le Yémen viendrait de connaître une première contamination [ou peut-être, selon certains, mort, il y a eu un peu de flottement dans la nouvelle], on peut bien supposer que la fragmentation de la guerre entrave autant la diffusion du virus qu’elle ne favorise son expansion dans les groupes restreints qui, ultérieurement, en sont frappés, mais l’on est surtout saisi d’un fort doute, même en considérant la désynchronisation planétaire de la pandémie que j’ai évoquée plus haut ; et les valeurs esquissées pour la Syrie, l’Irak ou l’Afghanistan par exemple, laissent bien entendu l’observateur prudent.

 

 

Comme j’aurai l’occasion d’y revenir plus loin [à propos de la Turquie en particulier], il n’est pas même certain que l’expansion ravageuse de la pandémie ait un effet systématique, comme je l’avais espéré précédemment, d’atténuation au moins temporaire de conflits militaires qui emportent assez mécaniquement à terme le déploiement irrésistible de la contamination et l’aggravation redoutable de la possibilité de soigner les malades.

Une seule chose semble à peu près certaine = le coronavirus ne saurait guère – peu à peu, trop lentement certes – ne pas calmer les ardeurs de projection maritime, si fortes encore ces tout derniers temps ; nous nous en serions doutés après l’épisode atroce, non pas unique mais seul digne d’un effroyable navet hollywoodien, du Diamond Princess ; l’on a appris que le Charles de Gaulle, notre unique porte-avions, contraint de revenir à Toulon dès ce dimanche en interrompant d’absurdes exercices atlantiques, avait pris la suite du Theodore Roosevelt et été notablement éprouvé par le virus ; sept cents hommes seraient déjà contaminés, du fait d’une nouvelle décision criminelle de nos gouvernants ; l’on se prend à espérer du moins que l’agressive flottille principalement animée par les États-Unis, lancée vers les côtes du Venezuela au prétexte d’une lutte dont le scénario a été opportunément rédigé il y a peu contre le « narcotrafic » et en tout particulier son chef allégué, le président Maduro [sans la plus petite ombre d’indices sérieux parmi les flots de récits qui ont surgi en un instant d’officines spécialisées], soit contrainte de renoncer à ses manifestes projets de Regime Change à Caracas au regard des dangers sanitaires qu’elle devrait redouter [l’on manque à cette heure, il me semble, de précisions sur le point où est parvenue cette inique projection à laquelle la France et d’autres pays de « l’Union » sont associés]

 

 

Brent de la mi-avril 2019 à la mi-avril 2020.png

le cours du baril de Brent de la mi-avril 2019 à la mi-avril 2020 ; je rappelle que je retiens la référence européenne du Brent par commodité, sachant que le propos est d’observer simplement les grandes tendances du marché

 

 

Bien entendu, l’ampleur de la crise sanitaire, et  les implications des mesures adoptées dans nombre de pays pour en limiter les effets et, peut-être, parvenir à y mettre fin, ont eu pour effet d’accroître démesurément des tendances baissières des cours du pétrole, appelées déjà par la morosité économique des derniers mois et encore amplifiées il y a quelques semaines par une décision absurde du prince Mohammed ben Salmane d’Arabie séoudite, désireux de faire fléchir la Russie, et peut-être Washington, de brader purement et simplement l’huile ; voici que certains chantent qu’une solution concertée a été trouvée ; on doutera, non qu’il y ait eu accord il y a quatre jours, mais que celui-ci puisse emporter dans les circonstances des effets significatifs et durables ; les réserves sont presque partout pleines ; et l’activité ne saurait se redresser significativement avant l’été, si aucun coup dur supplémentaire ne survient [coup dur au regard du système tel qu’il va certes, mais il est difficile de changer planétairement de système, celui qui prévaut fût-il désastreux, comme par enchantement] ; lorsque l’on connaît le poids – écologiquement effrayant, contrairement à ce que l’on serine aux prétendus gueux périphériques à vieille caisse carburant au diesel, dans l’un des permanents remake des animaux malades de la peste qu’organisent les si manipulables bobos des villes [qui se croient risiblement du côté des dominants et approuvent les pires horreurs néolibérales en semblant admettre qu’elles sont un juste hommage à leur intangible supériorité, tissée de deux ou trois diplômes et de quatre ou cinq idées trendy ces quinze dernières années] – de la consommation aérienne et maritime, le coup porté à certains aspects de la globalisation, amplifié, je me répète, par la désynchronisation redoutable des acmés nationales de la pandémie, interdira pendant un nombre significatif de trimestres que la consommation mondiale de pétrole puisse retrouver ne serait-ce que quatre-vingt-cinq pour cent de son niveau de 2019 ; le plus probable est qu’elle demeure durablement déprimée, et ne reconquière dans un délai de quelques mois que la moitié du volume perdu depuis janvier, ce qui ne saurait suffire à une sensible embellie des cours.

 

 

Brent de la mi-janvier à la mi-avril 2020 - la crise du coronavirus.png

cours du baril de Brent de la mi-janvier à la mi-avril 2020

 

 

L’accord du 12 avril tendant à une baisse contrôlée de la production par un nombre significatif de très notables producteurs [d’où l’appellation en vogue d’accord OPEP++, couvrant non seulement dix membres de l’OPEP sur treize mais dix autres États, et ayant impliqué dans les conversations des puissances extérieures à ces ensembles, tels les États-Unis] se trouve ainsi dépassé alors qu’il vient d’être conclu ; l’on notera d’ailleurs que M. Trump, dont les limites sont si éclatantes/effarantes parfois, a distillé ces jours-ci des remarques plutôt judicieuses, tournant autour de l’idée que le coup de rabot donné [un peu moins de dix millions de barils/jour, c’est-à-dire environ dix pour cent de la production mondiale, supportés pour moitié par Moscou et Riyad, à raison de deux millions et demi de b/j chacun, ce qui est considérable pour l’un et l’autre pays] est, quoi qu’en disent plusieurs organismes officiels curieusement optimistes, inadapté à la gravité de la situation [qui eût appelé une compression de l’ordre, au moins, de vingt à trente millions de barils sans doute, progressive bien entendu du fait de la difficulté technique de la chose au-delà d’un certain niveau de réduction] et que d’ailleurs c’est finalement le fléchissement redoutable de la demande qui fixera une compression de l’offre significativement plus sévère que celle dont on vient de convenir.

Certes, la décision prise a donné un très bref coup de fouet psychologique aux cours, pendant quelques heures, et sur certaines places seulement, mais celui-ci n’eût pu ni se généraliser, ni durer ; moins encore si l’on accorde crédit [et il semble qu’il faille s’y résoudre] à la nouvelle du jour selon laquelle le prince Mohammed d’Arabie séoudite, personnage singulièrement redoutable décidément, aurait repris des petits jeux tendant à casser les cours vers l’Asie et à les soutenir vers le monde atlantique, afin d’écouler un maximum de barils d’un côté, mais sans trop contrarier l’imprévisible hôte de la Maison Blanche.

Sur le papier, M. Trump peut donner le sentiment d’avoir bien joué ; alors que les États-Unis sont devenus, avec l’exploitation intensive de l’huile de schiste, le premier producteur de pétrole du monde, loin devant la Russie et l’Arabie séoudite, il semble ne consentir aucun effort sérieux pour décrocher des treize millions de b/j [au moins] atteints par son pays ces derniers temps ; mais il sait bien, je l’ai relevé il y a un instant, qu’il s’agit d’une victoire en trompe-l’œil, puisque les cours ne se redresseront pas vraiment et demeureront inférieurs à la possibilité pour l’industrie du fracking de faire face à son colossal endettement, avec les effets perturbateurs que la bulle des hydrocarbures de schiste va désormais exercer sur l’ensemble de la planète financière.

 

 

Bien entendu, c’est surtout aux peuples d’Orient qu’il s’agit ici de penser, à l’Iran agenouillé sur le papier [mais pas selon l’esprit], à l’Irak soumis à de redoutables tensions et que l’effondrement du baril va plonger dans une crise inévitablement très aggravée, au Yémen, héroïque mais forcément vulnérable, dans l’état d’épuisement auquel l’a conduit l’agression séoudienne soutenue par l’Occident scandaleux, au  peuple palestinien, dont les moyens sanitaires et économiques sont très insuffisants pour affronter le choc qui vient, à la malheureuse Syrie où toutes sortes de voyous planétaires – ainsi l’Ottoman et l’impérialiste étatsunien – se promènent comme s’ils étaient chez eux, armant et soutenant la radicalité la plus incandescente, pillant les ressources, interdisant que le moindre effort de reconstruction ne commence

 

 

PS [le 17 au matin]

Bien entendu, le petit mot d’une personne dont je partage les sentiments radicalement anti-impérialistes, mais sans en tirer les mêmes conséquences s’agissant du rôle historique de la Chine – une Chine qu’il convient de soutenir dans sa résistance à la pression occidentale, mais sans s’illusionner selon moi sur sa vocation libératrice planétaire, en redoutant plutôt ses nouveaux horizons de projection, ainsi par la voie des « routes de la soie », comme on a d’abord aimé à dire [les gens « sérieux » préfèrent désormais parler de Belt & Road Initiative, ou encore OBOR, One Belt, One Road], horizons appelant d’évidence un vaste laminage commercial de ce qui subsiste de non asiatique dans la production mondiale, mais aussi une projection « sécuritaire » tout au long du chemin ; une Chine encore concernant laquelle, dans les controverses internes au mouvement communiste, assez aiguisées un temps, j’ai plutôt partagé les vues des pessimistes en ce qui concerne la « nature » du régime ; une Chine enfin où le contrôle de la population est poussé à un degré qui, même lorsqu’il est moindre que dans l’Empire du Milieu, m’est odieux partout.

Mon correspondant m’a critiqué ici pour ma propre critique des « chiffres » chinois, un peu comme une dame Muselet il y a quelque temps [v. mon compte twitter] ; il se trouve toutefois que j’ai lu cette nuit que Pékin venait de corriger son bilan en le portant de 3300 à à 4600, en évoquant des morts à domicile qui n’eussent pas été prises en compte ; cette rectification me semble constituer une erreur de communication puisqu’une telle augmentation ne change rien à ma conjecture [je ne saurais assez répéter que la pensée importe davantage que les « faits » prétendus, auxquels, le plus souvent, on n’a pas accès, sauf parfois avec le temps, et après qu’ils aient été, justement, intelligemment conjecturés puisque l’on ne cherche, multipliant les voies, que ce dont on suppose qu’il mérite d’être cherché] ; ce n’est probablement pas par milliers mais par dizaines de milliers ou peut-être centaines que des Chinois sont morts du coronavirus, et d’ailleurs, si tel n’avait pas été le cas, l’on n’eût pas vu les autorités prendre, assez vite, des mesures très radicales, il y eût eu moins de rumeurs et témoignages convergents dont on doutera que tous aient été faux, on ne verrait pas, aujourd’hui que les pays occidentaux qui s’en tirent moins mal que d’autres n’obtiennent aucunement des résultats chinois = il est déjà acquis que l’Allemagne, dix-sept fois moins peuplée que la Chine, verra périr un nombre de ses citoyens un peu supérieur à celui admis depuis cette nuit par celle-ci.

Je redis toutefois que la Chine, injuriée par tant en Occident, craignant de montrer sa faiblesse à son ennemi étatsunien, n’avait aucunement le devoir d’étaler sa grande [et humiliante pensait-elle sans doute] souffrance aux yeux d’adversaires qui eussent mieux fait de tendre l’oreille et de se préparer à accueillir à leur tour le choc, ce qu’ils n’ont pas fait et cherchent désormais à habiller pour calmer leurs opinions.

Quant au laboratoire P4 de Wuhan, je persiste à suspendre mon jugement en l’absence d’éléments me suggérant de l’arrêter ; je maintiens que la démonstration que l’on a affaire à une « chimère », comme l’ont pensé certains, conduirait à un fort soupçon ; il est probable par contre que la doctrine agitée aujourd’hui par nombre de médias impérialistes – celle d’une faille dans la sécurité du laboratoire et de la contamination accidentelle d’un membre du personnel – ne sera pas aisément justifiée, si bien que je tends à considérer que M. Poutine n’a pas tort de juger, dès lors qu’elles prennent un tour officiel, que de telles discussions, légitimes parmi les particuliers, sont pour l’essentiel « contreproductives » à l’échelon international des gouvernements.

 

 

 

[deuxième partie, dans un billet distinct, ce 17 avril au soir]