Chronique orientale n°3 [6/16 avril 2020] // II/ Israël/ Turquie/ Libye/ Syrie, etc.

 

Il ne fait guère de doute – pour ceux du moins [dont je suis] qui jugent essentiels le retour à l’effective souveraineté de la Syrie et la restauration d’une véritable espérance pour le peuple palestinien – que deux pays doivent être considérés, chaque jour, du strict point de vue des relations internationales, avec l’attention la plus aiguë = la Turquie et Israël.

 

Cette fois, Israël n’a étrangement pas lieu de solliciter le commentaire au-delà d’un événement au fond plutôt prévisible ; le général Gantz semble, à cette heure, s’être aventuré dans une affaire assez risquée en s’efforçant de trouver une combinaison politique avec son ancien adversaire et désormais nouvel allié, M. Nétanyahou, même si ce dernier a prétendu persister dans son souhait d’un « gouvernement d’unité d’urgence », selon la formulation en cours là-bas ; le président Rivlin, à l’expiration du délai légal, a refusé de prolonger, comme M. Gantz le lui avait demandé, le mandat de ce dernier en vue de constituer un gouvernement, donnant simplement quarante-huit heures aux deux hommes pour aboutir, avant de se tourner, selon les formes en vigueur, vers les députés de la Knesset pour qu’ils combinent, assez improbablement, une solution, sauf à ce que le pays s’achemine vers un quatrième scrutin dont des sondages suggèrent qu’il pourrait, dans les circonstances, être favorable à l’indéboulonnable Premier ministre qui dès lors, selon ses propres perspectives, aurait eu bien tort de se montrer conciliant sur tels chapitres pour lui cruciaux touchant en particulier aux questions judiciaires et à la fonction de ministre de la Justice, et pourrait s’estimer heureux au fond d’avoir bloqué un processus qu’il lui fallait feindre d’approuver mais dont l’échec pourrait lui être bénéfique s’il remporte de quatrièmes législatives qui se tiendraient le quatre août prochain… sous la condition certes d’éviter tout accident judiciaire de parcours.

 

 

MM Nétanyahou, Rivlin et Gantz.png

 

 

Certains peuvent penser que le likoudiste président Rivlin a voulu assister M. Nétanyahou ; il n’y a probablement pas lieu de s’accrocher à une telle vue car M. Rivlin ne passe pas pour aimer beaucoup l’homme qui est Premier ministre depuis si longtemps ; peut-être pense-t-il seulement que M. Gantz ne parviendra pas à boucler l’affaire après s’être aussi profondément affaibli en sacrifiant la fédération Kakhol Lavan sur l’autel d’une union nationale contre le coronavirus dont beaucoup de ses amis politiques ne voulaient pas, si bien qu’il se retrouve désormais avec une maigre force parlementaire de l’ordre de quinze députés ; après aussi, il est difficile de n’en pas convenir, s’être passablement discrédité en oubliant au fond les engagements répétés qui avaient été les siens de faire en sorte que la page Nétanyahou fût tournée, et en donnant le curieux sentiment, par son reniement, qu’Israël avait organisé trois élections en un an pour un résultat de toute façon assez maigre, puisqu’il semblait aller de soi entre les nouveaux comparses que M. Nétanyahou demeurerait Premier ministre pendant un an et demi encore.

Certains semblent toutefois considérer que M. Gantz n’a pas si mal joué en ne cédant pas – cela semble la cause de l’échec final de la négociation – sur les garanties légales que M. Nétanyahou souhaitait se voir accorder de n’être pas frustré du premier ministériat par la Cour suprême ; le détail technique m’échappe un peu, mais, lisant divers journaux israéliens en ligne, j’en tire la vague idée que M. Gantz eût pu consentir à s’effacer pour dix-huit mois devant M. Nétanyahou, mais avec le sentiment que la chance n’eût pas été mince que son nouvel « ami » se vît interdire l’accès à la fonction tant désirée.

De toute façon, le présent échec [si échec il y a, et s’il est possible d’être assuré de l’identité de ses victimes] ne saurait revêtir, pour ceux qui pensent qu’une nette inflexion de la politique de l’occupant israélien est urgente, qu’une portée assez limitée ; les idées de M. Gantz lui-même n’ont jamais été alternatives à celles de son adversaire ; c’est la coalition Kakhol Lavan tout entière, telle que la formation d’une majorité eût pu conduire à l’élargir, en tout particulier à la Liste Unifiée, [coalition du parti de gauche Hadach, « ethniquement » mixte, avec trois formations strictement arabes, la Liste Arabe Unie, Ta’al et Balad], qui eût pu apporter l’espoir d’un certain changement = or cet horizon était définitivement barré ; quant aux vues de M. Gantz, il serait difficile de considérer qu’elles soient profondément différentes de celles de M. Nétanyahou, et cela a certainement pesé lourd dans sa rapide résignation à un gouvernement d’entente avec un adversaire qui, sur le fond, n’en est pas tout à fait un, même si l’on peut trouver – comment dire ? – meilleur genre au général qu’à l’inquiétant M. Nétanyahou.

En particulier, M. Gantz n’a jamais attaqué de front la si choquante, si terriblement raciste [car, très explicitement, il ne s’agit pas de renvoyer ici à une perspective proprement religieuse], Loi fondamentale du 19 juillet 2018, dite de « l’État-Nation du Peuple Juif » ; il s’est contenté de faire des promesses assez vagues, manifestement électoralistes, aux Druzes, si affreusement déçus que tant de services de leur part [depuis qu’ils ont noué ici, à la différence de leurs cousins plus septentrionaux, ce que l’on appelle le « Pacte de Sang », en prenant les armes en 1948 pour Israël, et en demeurant depuis fidèles à cet engagement fondateur, appelés au service militaire, nombreux dans l’armée, la police ou les gardiens de prison, mais progressivement plus divisés certes en mesurant l’insuffisante reconnaissance dont ils jouissent] ne leur ait pas valu un coup de chapeau symbolique ; dès lors que le Gal Gantz projetait un gouvernement d’entente avec M. Nétanyahou, il allait de soi qu’aucune évolution en ce domaine ne pouvait être attendue, la fermeté sur le sujet de son nouvel allié excluant la moindre retouche [comme M. Nétanyahou, en campagne, le martelait encore il y a cinq semaines : « Israël n’est pas l’État de tous ses citoyens car, selon la loi fondamentale sur la nation que nous avons adoptée, Israël est l’État-Nation du Peuple Juif, et uniquement du Peuple Juif »] ; au cours des discussions des derniers temps, M. Gantz avait aussi renoncé à pouvoir mettre son véto au déclenchement par Washington du prétendu plan de paix, en particulier pour ce qui concerne l’annexion des territoires cisjordaniens. Qu’ajouter ?

 

Pour rappel = LA LOI FONDAMENTALE DU 19 VII 2018 =

Basic Law: Israel as the Nation State of the Jewish People

1. Basic principles

A. The land of Israel is the historical homeland of the Jewish people, in which the State of Israel was established.

B. The State of Israel is the national home of the Jewish people, in which it fulfills its natural, cultural, religious and historical right to self-determination.

C. The right to exercise national self-determination in the State of Israel is unique to the Jewish people.

2 . The symbols of the state

A. The name of the state is “Israel.”

B. The state flag is white with two blue stripes near the edges and a blue Star of David in the center.

C. The state emblem is a seven-branched menorah with olive leaves on both sides and the word “Israel” beneath it.

D. The state anthem is “Hatikvah.”

E. Details regarding state symbols will be determined by the law.

3 . The capital of the state

Jerusalem, complete and united, is the capital of Israel.

4. Language

A. The state’s language is Hebrew.

B. The Arabic language has a special status in the state; Regulating the use of Arabic in state institutions or by them will be set in law.

C. This clause does not harm the status given to the Arabic language before this law came into effect.

5. Ingathering of the exiles

The state will be open for Jewish immigration and the ingathering of exiles

6 . Connection to the Jewish people

A. The state will strive to ensure the safety of the members of the Jewish people in trouble or in captivity due to the fact of their Jewishness or their citizenship.

B. The state shall act within the Diaspora to strengthen the affinity between the state and members of the Jewish people.

C. The state shall act to preserve the cultural, historical and religious heritage of the Jewish people among Jews in the Diaspora.

7. Jewish settlement

A. The state views the development of Jewish settlement as a national value and will act to encourage and promote its establishment and consolidation.

8. Official calendar

The Hebrew calendar is the official calendar of the state and alongside it the Gregorian calendar will be used as an official calendar. Use of the Hebrew calendar and the Gregorian calendar will be determined by law.

9. Independence Day and memorial days

A. Independence Day is the official national holiday of the state.

B. Memorial Day for the Fallen in Israel’s Wars and Holocaust and Heroism Remembrance Day are official memorial days of the State.

10 . Days of rest and Sabbath

The Sabbath and the festivals of Israel are the established days of rest in the state; Non-Jews have a right to maintain days of rest on their Sabbaths and festivals; Details of this issue will be determined by law.

11. Immutability

This Basic Law shall not be amended, unless by another Basic Law passed by a majority of Knesset members.

 

 

Bien entendu, environ chaque semaine en moyenne, Tel Aviv frappe – deux fois illégalement – le territoire syrien en violant généralement l’espace aérien libanais ; de telles actions sont humiliantes pour Beyrouth comme pour Damas, et parfois douloureuses pour les Syriens ou tels de leurs amis de l’Axe de la Résistance ; mais l’effet d’ensemble demeure assez limité ; dès lors que l’entente est très majoritairement [non unanimement certes] réalisée parmi les Israéliens juifs pour frustrer les Palestiniens de leurs droits historiques [puisque d’ « Historical Right » il n’est qu’à leur bénéfice, et que c’est l’exclusivisme de ce « droit historique » qui emporte la conséquence que « The right to exercise national self-determination […] is unique to the Jewish people » <ci-dessus>], il est possible de considérer que la reviviscence d’un destin palestinien ne saurait se trouver indexée sur les résultats des élections et des tractations politiciennes israéliennes, lesquels présentent ainsi un intérêt assez inégal du point de vue de cette chronique – j’en conviens finalement à regret, contrairement à ce que j’avais porté en commençant. [Je ne dis pas que les Palestiniens de Cisjordanie, de Gaza ou d’Israël soient destinés à errer pour l’éternité dans les limbes d’un destin étatique ; je suggère qu’hélas, malgré une minorité nettement opposante, le basculement de l’histoire ne résultera pas ici d’un pivotement, d’une conversion majoritaire des cœurs, mais seulement d’un jeu de forces international très modifié dont l’horizon ne se dessine pas – mais, comme l’a dit un philosophe, casura exstant, même l’arrogance peut-être de tant de joueurs de cette sinistre partie]

 

 

 

Il y a bien davantage ici à se préoccuper à cette heure des intentions de la Turquie dont [jusqu’à présent du moins] il serait difficile de considérer qu’elle prend – comme j’avais pensé pouvoir l’espérer il y a peu – le chemin d’une certaine réserve afin, au moins, d’éviter toute imprudence sanitaire en ces temps pandémiques.

 

 

Situation en Libye le 13 avril 2020.png

 

 

En Libye, j’évoquais, il y a quelques jours encore, les progrès des forces du maréchal Haftar, lesquels paraissaient désormais pouvoir être couronnés de succès à assez court terme ; l’on a pu légitimement, à un moment, penser qu’Ankara allait décrocher, même si, selon certains bruits, environ cinq mille mercenaires venus de Syrie demeuraient engagés sur le terrain, bien entendu acheminés, armés et rémunérés principalement par la Porte ottomane [assistée par le Qatar, grand trésorier du frérisme international].

Mais il me semble que ce n’est pas trop dire que la situation s’est renversée ces derniers jours, pour des motifs dont je ne saisis pas très bien les contours.

Les forces de l’Armée Nationale Libyenne semblaient pourtant déterminées ; les amateurs du genre apprécieront certainement le petit film de propagande de l’Elite Storm Battallion dont voici le lien ; on se croirait dans un film yankee – fumigènes, ordres hurlés, claquements de talons, musique d’enfer, sirènes et gyrophares, klaxon sans fin d’une longue et éblouissante colonne de pick-up, pales d’hélico sabrant l’air…

 

 

[18/4/20] un courrier d’ailleurs aimable me suggère qu’il ne puisse s’agir que d’un faux ; je ne le crois pas ; non seulement dans la mesure où Southfront, dont le travail est sérieux, l’authentifie, mais parce que le compte officiel de l’Armée Nationale Libyenne, d’ailleurs souvent intéressant, le cite visuellement ; il ne serait d’ailleurs pas excessif de considérer que l’esprit du film reflète une sorte de choix de communication beaucoup plus large du camp haftarien

 

citations Storm Battallion de l'ANL.png

 

puisque je mentionne le compte haftarien, je signale deux tweets récents [ci-dessous] qui sont, il me semble, de quelque intérêt ; la violence de ce qui se joue en Libye est très tamisée dans les rares « nouvelles » qui sont données au public français ; la connivence de la Turquie avec la plus haute radicalité est avérée et documentée, y compris avec des commandants d’État islamique, et cela depuis fort longtemps – ce ne sont pas les Kurdes qui diraient le contraire…

 

compte twitter de l'Armée Nationale Libyenne.png

 

Pourtant, le Gouvernement National d’Accord, qui paraissait aux abois il y a peu semble avoir marqué rapidement des points suffisamment importants pour que le sens de ce mois d’avril s’en trouve bouleversé ; dès le 9, les forces de la LNA ont été pilonnées par des drones, probablement pilotés par des conseillers turcs, à Tarhounah, au sud-est de Tripoli, et elle ont dû se replier en partie tout en conservant la ville ; le 13, il est apparu que les forces gouvernementales progressaient à la fois vers l’ouest et, à l’est de la région gouvernementale, dans les zones de Misrata et de Syrte, abattant même un hélicoptère de fabrication russe MI-35 près de la première ville ; en très peu de jours, toute la zone côtière occidentale, a été reprise par les forces gouvernementales, successivement ou concomitamment les villes de Sorman [ou Sourman], Sabratha, al-Ajaylat, al-Jamail, Zaltan… [cartes ci-dessous]

 

villes reprises autour de Tripoli par les forces du GNA à la mi avril 2020.png

les villes citées dans les lignes ci-dessus = Tarhounah tout à fait à droite ; à l’ouest de Tripoli, successivement d’est en ouest = Sorman [ou Sourman], Sabratha, al-Ajaylat, al-Jamail, Zaltan / Ci-dessous une autre carte correspondant aux mêmes événements

 

reconquête du GNA en Libye à la mi-avril.png

 

Or il ne fait guère de doute que c’est l’assistance turque – représentée certes surtout par des proxy nombreux, des conseillers techniques dont il est admis qu’ils ne seraient pas en grand nombre, des armements qui éprouvent l’adversaire – qui a fini par renverser le rapport de forces tel qu’il semblait s’être définitivement établi depuis de longs mois, en particulier en éliminant des dizaines de blindés par l’action systématique des drones [dont beaucoup, toutefois, ont été perdus], et en parvenant à tuer de la même manière un assez grand nombre d’officiers dont l’absence semble désormais se faire sentir dans le camp adverse.

Il semble que l’évolution en cours doive permettre – en un moment assez peu opportun certes – de revenir à une production pétrolière plus consistante [celle-ci est tombée ces derniers temps autour de quatre-vingts mille barils/jour ; voir les deux illustrations ci-dessous] ; l’exportation d’hydrocarbures achèverait de conforter ainsi le GNA de Tripoli.

 

Libya oil.png

 

Libya oil 2.png

 

Ce succès indéniable de la politique de M. Erdogan risque fort de ne pas l’incliner vers la modération. Or, les plus récentes manifestations des choix turcs en Syrie interdisent d’espérer qu’Ankara puisse se résigner à une évolution raisonnable à Idleb.

Le plus inquiétant tient à ce que les forces turques, appuyées par leur proxy, parvenant dans l’ensemble à trouver des accommodements avec les autres forces jihadistes établies dans la province d’Idleb, non seulement s’y renforcent  – adossées désormais, selon certaines évaluations, à une cinquantaine de postes d’observation – mais s’y fortifient peu à peu, apportant depuis l’Anatolie d’importants matériaux de construction

 

 

Syrie.png

 

 

La situation au Levant est véritablement effrayante ; la Syrie est une sorte de pays ouvert aux plus mauvais vents de ceux qui semblent définitivement décidés à lui interdire de recouvrer sa souveraineté ; l’on est en permanence plongé dans l’entremêlement d’affaires de fous ; l’on sait que Washington exploite des puits de pétrole dans la grande région ciseuphratique ; voici que le Pentagone a renvoyé ces tout derniers temps de nouvelles troupes dans le gouvernorat d’al-Hasakah, en passant par le nord de l’Irak [image ci-dessous], fort mal accueillies d’ailleurs par les populations arabes syriennes de la région ; voici encore qu’une certaine entente entre les États-Unis et ces Kurdes qu’ils avaient abandonnés il n’y a pas si longtemps semble revenue ; celle-ci n’empêche pas des effectifs kurdes de multiplier les attentats contre les Turcs et leurs proxy  [que d’un autre côté Washington encourage dans leurs actions délétères] ; ils y ont bien des motifs, et lorsqu’ils frappent, par exemple, dans la région d’Afrine, où ils ont été purement et simplement chassés de leurs maisons données à des jihadistes turcophiles ou turcophones, on ne saurait guère ne pas les comprendre [même si – tel est mon cas – on trouve les exigences d’un grand Rojava dilaté à la Ciseuphratie tout à fait aberrantes = il faut bien que cette évidence soit proférée : les Kurdes sont une petite minorité en Syrie, et ils ne sont majoritaires traditionnellement que dans d’étroites zones très septentrionales ; c’est en Turquie qu’ils sont très nombreux, ou en Iran, ou même en Irak ; et il est de très mauvais goût que des occidentaux ignorants prétendent en permanence leur reconnaître quelque « Historical Right » sur de vastes régions qui sont le bien depuis toujours ou à peu près des tribus arabes] ; si l’on ajoute à tout ce qui précède qu’il y a de lourdes chamailleries qui se règlent dans le sang dans le vaste élevage de serpents à sonnette que les Étatsuniens gavent d’armes et surentraînent à at-Tanf, à la frontière syro-jordano-irakienne / à l’endroit du r de Syrian Desert sur la carte ci-dessus, ou encore que des cellules d’État islamique frappent davantage ces temps-ci que l’an dernier [en particulier dans la région située entre Homs et Deir ez-Zor, et notamment au nord-est de Palmyre], on a le sentiment poignant d’un gâchis humain accablant

 

troupes étatsuniennes dans le nordest de la Syrie.png

photo illustrant le retour de forces étatsuniennes et – ci-dessous – film dans lequel les véhicules proprement militaires accompagnent, comme on le voit, de nombreux camions

 

 

Certes, Damas et ses alliés ne sont pas inactifs ; l’Armée Arabe Syrienne n’hésite pas à frapper parfois des effectifs jihadistes dont le comportement est exagérément inapproprié ; la prudence de Moscou n’interdit pas de rares frappes aériennes de représailles contre les jihadistes dans la région d’Idleb lorsque les forces russes ont fait l’objet d’actions agressives.

Certes encore, la situation diplomatique de Damas s’éclaircit ; les Émirats – mus en partie sans doute par leur hostilité au Qatar [et au frérisme dont le « sultan » et « calife » ottoman est toujours plus manifestement le garant militaire dans le cadre de ses ambitions méridionales, équilibrant les préoccupations orientales qu’il nourrit bien entendu en tant que « Grand Turc »] – soutiennent ouvertement désormais, et c’est une forte carte, le gouvernement syrien [et jouiraient de l’agrément d’une Arabie séoudite qui préfère toutefois demeurer discrète, sans doute pour ne pas froisser Washington].

Néanmoins, il semble presque impossible que Damas reprenne l’initiative sur le front d’Idleb, et fasse obstacle ainsi à l’implantation redoutable de la Turquie au cœur de la Syrie. Ici, l’évolution de la situation sanitaire pourrait peser d’un certain poids, soit que la déferlante virale rende le maintien des forces d’occupation turques difficile, soit au contraire qu’elle n’affaiblisse davantage l’Armée Arabe Syrienne et ses alliés ; pour le moment, il est tout à fait impossible, je le répète, d’apprécier la situation en ce domaine.

 

[Je m’arrête ici pour n’être pas beaucoup trop long ; je reviendrai la prochaine fois en particulier – en dehors des inévitables Syrie et Turquie – sur le Yémen, l’Irak et l’Iran]