Gribouillages pour une Nouvelle Doctrine Française

 

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Meissonnier, Étude de cuirassier

 

Mon ami Orlando, avec lequel je discutai de bon matin des affaires du 9 mai, est allé voir ensuite sur facebook deux réponses que je lui ai indiquées, portées cette nuit sous le pseudonyme qui, pour des motifs historiques bien précis, m’imposant longtemps la discrétion, est le mien sur ce réseau social [Georges Brantome] auquel j’ai fort peu donné, n’y accueillant que peu d’amis ; il vient de me rappeler pour me suggérer de les installer ici –  jugeant mes ours, quoique trop denses et rédigés dans la fatigue et la hâte, assez éclairants de ce que je vais répétant, tant dans ce blogue que sur twitter. Les voici donc, ces pauvres petits oursons plutôt, sans aucune correction, tels que la nuit les a portés à un autre ami, tout à fait charmant mais qui ne partage pas mes vues francorusses [à la différence d’Orlando dont le père est né à Moscou en juin 1917, « entre les deux tours » en quelque façon, ce qui l’incline à trop d’indulgence pour mes vues]

[NB = je ne peux bien sûr porter les brèves objections de la personne qui a suscité ces réponses ; la première conduisait à s’interroger sur la question des découpages chronologiques dans les relations internationales ; la seconde exprimait principalement une hostilité radicale à la personnalité de M. Poutine, ce qui à mon sens n’est pas la question ; ceux qui me lisent parfois savent d’ailleurs que je ne suis certes pas un inconditionnel des politiques qu’il conduit]

 

Première réponse =

Soit l’on ne remonte pas aussi loin [seulement aux guerres contrerévolutionnaires – appellation la plus juste des guerres dites révolutionnaires et impériales, qui furent à mon sens des guerres des vieux mondes contre celui qui naissait chez nous – il a capoté mais il est le seul justifiable] ; soit l’on peut, comme vous semblez au bord de le suggérer, remonter assez au-delà ; l’inexistante Angleterre est, immédiatement ou médiatement, le pays le plus important, et le plus préoccupant des huit derniers siècles, certes dominée d’abord par le continent d’une certaine façon, mais manipulant bientôt avec cynisme et génie les peuples du continent, modelant le monde, déployant au fil des siècles un Great Game nullement borné à l’Asie centrale ; je préfère rester toutefois dans le temps court qui commence avec notre grande révolution ; à partir de ce moment, la seule question qui compte pour nous, géopolitiquement si intelligible, est l’alliance francorusse ; les commodités [capitulations] ottomanes depuis François Ier ne revêtaient plus de sens, et d’ailleurs l’Angleterre nous avait supplantés là-bas , l’Europe moyenne, germanique, était désormais un adversaire inévitable ; l’appui russe nous était indispensable ; les choses ne se sont hélas pas passées comme il eût fallu entre Napoléon et Alexandre ; nous sommes morts de cet échec ; les Russes le savent fort bien à mon sens ; leur intérêt pour le début du XIXe est sans limite, et leur tendresse pour notre pays, malgré nos mauvais comportements, sans égale ; l’ennui tient à ce que la main a été reprise par Londres et Berlin ; il nous faut retisser un monde alternatif à celui qui nous asphyxie

 

Deuxième réponse

Je comprends très bien l’absence de sympathie, non seulement pour les individus, mais pour les systèmes auxquels ils semblent particulièrement associés [encore que le capitalisme autoritaire russe ne soit peut-être – par-delà les spécificités « locales » – qu’une illustration des évolutions observables, hélas, partout aujourd’hui] ; je pense simplement que la préférence « anglaise » [« anglo-saxonne »] de nos élites [ancienne, très sensible dans le quai d’Orsay des frères Cambon avant Quatorze, malgré l’antériorité de l’alliance francorusse <1893> sur l’Entente cordiale <1904> avec Londres, Entente qui n’était pas grand chose, et la répugnance de l’Angleterre, ennemie acharnée de la Russie, à signer la convention anglorusse de 1907, qui concernait d’ailleurs le Grand Jeu asiatique et non l’Europe, si bien que ce que l’on appelle Triple-Entente n’était à peu près rien, avec Londres du moins, lorsque la guerre a éclaté], que cette préférence « atlantique », en un sens large, si manifeste chez les « Young Leaders of the French American Foundation » Juppé, Hollande, Macron, Philippe, etc., nous a conduits dans un piège terrible ; il n’y a plus de grande politique étrangère française ; tout ce qu’avait mis en chantier ce géant qui pensait à l’échelle des siècles [auquel on ne pourrait à mon sens reprocher que deux choses – n’avoir pas été socialiste, avoir sous-estimé la dangerosité d’une bourgeoisie qu’il méprisait mais qui a fini par le briser, et n’avoir pu anticiper les effets d’une réunification allemande, qui seraient plus terribles encore si ce pays ne courait pas – plus vite encore que nous et sans notre magnifique atout des pays francophones, qui pourrait nous permettre, les préventions s’estompant, mais pour cela il faudrait qu’il n’y ait pas trop de Zemmour, de dépasser le dangereux cap actuel – vers l’extinction démographique], tout ce travail de titan a été liquidé peu à peu, avec une violence invraisemblable depuis 2007 ; la France n’est plus qu’un nain prétentieux à la remorque de ces deux îles associées que sont Londres et Washington, n’a plus de politique continentale, plus de politique méditerranéenne et arabomusulmane, plus de politique du tout, si ce n’est un européisme stupide qui ne débouchera jamais sur une grande politique parce que les histoires n’ont rien à voir et que tous ne sont pas aussi oublieux que nous de la leur ; nous, la nôtre devrait être définitivement capétienne, si l’on peut dire = nous nous dressons contre l’empire de la mer et des espaces fluides [Londres et Washington], et aussi contre l’empire continental le plus proche [ces nouveaux empires centraux qu’est désormais l’Union européenne], et bien sûr nous mettons la barre à gauche toute et nous rapprochons de tous les peuples qui luttent pour s’émanciper de la domination occidentale, nous devenons les Cubains de l’Europe ; dans une telle perspective, un rapprochement avec Moscou, même si les forces occidentalistes y sont au fond tendanciellement dominantes dans les élites, est une figure obligée. Pardonnez-moi mon étrange fougue, mais j’aimerais tant être le citoyen d’un grand pays généreux, avec les siens et avec les autres, et non d’un membre finalement subalterne d’une bande de malfaiteurs, qui jettent leurs peuples dans une croissante misère et se comportent répétitivement comme de graves délinquants internationaux